ALIMENTS. — HABITUDE
privée]
quand elles mangent seules ou en famille, engloutissent d’énormes quantités de nourriture dans les réunions d'un autre genre où l’on contracte l’habitude de trop manger.
La répartition de la ration journalière ne se fait pas d’une manière égale sur les repas; la quantité et la nature des aliments que l’on prend en une fois varient nécessairement suivant l’emploi du temps, les coutumes de chaque pays, les exigences des intérêts privés ou publics. Les Romains prenaient leur repas le plus copieux après la clôture des affaires du jour, et telle est encore la coutume à Paris, tandis qu’en Allemagne il se prend vers le milieu du jour. On a dit que le déjeuner est le repas de l’amitié, le dîner celui de l’étiquette, le goûter celui de l’enfance, le souper celui de l’esprit et de l’amour. La table se dresserait ainsi tour à tour simple, volupteuse, frugale et délicate. « Il est des gens qui se trouvent bien de ne faire qu’un repas; et parce qu’ils s’en trouvent bien, ils s’en sont imposé la règle; d’autres font, de plus, un repas le matin par la même raison, à savoir, parce que leur santé l’exige : exigences qui n’existent pas pour ceux qui, par plaisir ou par toute autre circonstance, adoptent l’une ou l’autre habitude. Il est, en effet, indifférent à la plupart de s’accoutumer à faire ou un seul repas, ou un repas de plus le matin. Mais il en est qui ne pourraient, se dérangeant du régime qui leur est salutaire, supporter facilement cet écart; et chez eux, d’un changement en plus ou en moins, pour une seule journée, pas même entière, naîtraient de graves incommodités (1). » Les enfants font quatre ou cinq repas par jour, les adultes trois, les vieillards deux ou même un seul. Dans beaucoup de localités, comme à Paris, les adultes ne mangent que deux fois par jour, et leur santé s’en trouve bien. Les citadins oisifs ont moins besoin de nourriture que les travailleurs ; et tandis que ces derniers éprouvent, comme les enfants, le besoin de manger dès leur réveil, les premiers ne doivent déjeuner que plusieurs heures après. Dans les contrées basses où l’air est peu vif, l’appétit se manifeste moins souvent que dans les pays de montagnes; dans les climats chauds où la diète doit être légère, les heures de repas peuvent être plus éloignées que dans les climats froids, où l’assimilation est plus active et la dépense plus forte. Les mêmes règles s appliquent aux saisons. « Pendant l’été et l’automne, la nourriture est supportée le plus difficilement, le plus facilement pendant l’hiver; en second lieu pendant le printemps (2). »
Manger de peu et peu est la règle universelle; elle est dictée par l’instinct, et tous les animaux la suivent, excepté l’homme. L’intempérance dégrade le coips et 1 espiit. « L âme d un gourmand, dit J. J. Rousseau, est tout entière ans son palais; dans sa stupide incapacité, il n’est à sa place qu’à table; il ne sait juger que des plats. » Toutefois cJest une exagération que de vouloir léduiic 1 alimentation humaine à la plus stricte limite du nécessaire; la nature
(l; Hippocrate, édition Littré, De l’ancienne médecine, t. I, p. 591. (2) Hippocrate, Aphor. 18, sect, n.
79G DES MODIFICATEURS. — INGESTA. [hygiène
autorise, non-seulement l’usage, mais encore le plaisir ; elle ne condamne et ne punit que l’excès et l’abus. Il ne convient pas plus de soumettre la muqueuse digestive à l’uniformité d’uu régime très-sobre, que d’abriter avec une extrême sollicitude la surface cutanée contre les vicissitudes de l’air. « Il faut se faire une mesure ; mais cette mesure, vous ne la trouverez ni dans un poids, ni dans un nombre où vouspuissiez rapporter et vérifier vos appréciations ; elle réside uniquement dans la sensation du corps (1). » Au delà du besoin commence l’excès ; si par circonstance on mange plus qu’on ne doit, Réveillé-Parise conseille avec raison de se restreindre le lendemain. Vespasien faisait diète un jour par mois. Les jeûnes religieux, bien distribués, sont utiles aux gens qui ont habituellement une nourriture succulente. Le choix des aliments est subordonné à la tolérance gastrique de chacun ; le meilleur est celui que l’on digère le mieux. « On supporte bien les aliments et les boissons auxquels on est accoutumé, même quand la qualité n’en est pas bonne naturellement, et l’on supporte mal les aliments et les boissons auxquels on n’est pas habitué, même quand la qualité n’en est pas mauvaise (2). » Les mets réchauffés se digèrent moins bien que lorsqu’ils sont apprêtés nouvellement, sauf les idiosyncrasies; les alimenls froids sont moins digestibles que ceux qui se maDgent chauds ; l’usage des aliments d’une température très-élevée est nuisible; ceux qui sont à la glace ne doivent pas être précipitamment introduits dans l’estomac. Une mastication complète prépare une bonne digestion. Comme les liquides jouent un rôle important dans le phénomène de la digestion, c est une mauvaise pratique que de ne point boire ou de boire trop peu en mangeant. La proportion normale des aliments aux boissons a été estimé par Cornaro, de 1 ; 1,16; par Rye, de 1 : 1,33 ; par Robinson, de 1 : 2,50 ; par Sanctorius, de 1 : 3,33. Mais encore ici les évaluations numériques n’ont guère de valeur. La boisson doit être plus ou moins abondante, suivant que la déperdition en liquide a été plus considérable tant par les urines que par les deux transpirations pulmonaire et cutanée; que l’absorption par ces deux surfaces est plus ou moins active; que l’atmosphère est plus ou moins hygrométrique; que la constitution de l’individu tend plus ou moins à la sécheresse ou a 1 humidité; que les aliments renferment plus ou moins d’eau. Barrai a démontré qu en moyenne les alimenls ingérés chaque jour par l’homme contiennent trois quaits environ d’eau (voy. Boissons).
Après le repas, il est avantageux de rester assis quelques moments, ou de se promener à pas lents, et ensuite de faire un exercice modéré. Que 1 on se garde, en sortant de table, de se livrer à des travaux pénibles, à des courses précipitées, à des contentions d’esprit, à de vives sensations; il faut éviter encore l’exercice de la voiture, qui provoque souvent le vomissement, celui de l’escarpolette, les éclats de rire, le coït, les bains, l’impression subite deschan-
(1) Hippocrate, /oc. cit., t. I, P- 539.
(2) Hippocrate, édition Littré, Du régime dans /es maladies aigues , t. II, p.
CONDIMENTS
privée]
gements de température. Le sommeil après le repas, ou la sieste, est sans danger pour les personnes affaiblies par les maladies, épuisées par les fatigues ou par l’influence d’une température très-élevée, pour les petits enfants, pour les vieillards parvenus à l’âge de caducité ; mais l’habitude de la sieste est nuisible aux sanguins, à ceux qui font bonne chère ou qui mangent beaucoup. Le besoin de dormir après le repas indique souvent une digestion laborieuse, et l’on se trouve bien alors de le satisfaire; mais à la longue il en résulterait une disposition aux congestions cérébrales, à l’apoplexie, etc. On peut le prévenir en diminuant la quantité des aliments, en les choisissant très-digestibles et moins nutritifs, et en favorisant la digestion par un peu d’exercice au sortir de table. C’est à cause des inconvénients du sommeil, pris aussitôt après le repas, que l’on doit souper légèrement et attendre ensuite une heure avant de se mettre au lit.
Ce que nous avons dit de la convalescence, de l’imminence morbide, de l’acclimatement, nous dispense de revenir ici sur le régime qui convient h ces situations.