‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 17 sur 181 · AGE · texte numérisé non relu

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DES IDIOSYNCRASIES

privée]

constante des actes cérébraux et des particularités des organes sexuels; ces dernières justifient seules l’admission d’une idiosyncrasie. L’exaltation du sens génésique, que les auteurs ont décrite sous les enseignes d’un tempérament, c’est-à-dire d’une forme régulière de la santé, est une affection morbide dont le siège est dans l’encéphale ; les organes génitaux, dans le plus grand nombre des cas, ne sont excités que secondairement, et comme Georget l’a dit ingénieusement, ils sont les complices du cerveau, N’esl-il pas remarquable que les maladies de l’utérus, du vagin, du pénis, des testicules ou des ovaires, dans le type aigu comme à l’état chronique, non-seulement ne sollicitent presque jamais le désir vénérien, mais encore se passent obscurément dans les localités affectées, souvent sans aucun ébranlement sympathique? Il est certain que le rôle de l’encéphale dans la production des phénomènes physiologiques et morbides de l’appareil reproducteur a été longtemps méconnu ou restreint sans raison. Mais, d’un autre côté, il est des faits nombreux qui font éclater l’influence puissante de cet appareil sur l’encéphale : la provocation du désir vénérien pendant la veille et des songes voluptueux durant le sommeil par le simple fait de l’érection déterminée mécaniquement, les effets si connus de la castration sur le moral et sur l’intellect, ceux de la grossesse, etc., prouvent toute l’importance que mérite l'appareil générateur, considéré comme source de modifications cérébrales. Le principe de cette idiosyncrasie se trouve donc dans les sympathies nerveuses; cependant elle peut dépendre aussi du résultat de la fonction, c’est-à-dire de l’abondance de la sécrétion spermatique. On sait les suites de la pléthore spermatique produite par une

3 continence trop prolongée chez les sujets vigoureux : leur œil vif, leurs gestes prompts, leurs allures agressives, l’animation de leur extérieur, l’odeur pénétrante et presque spermatique de leur haleine et de leurs sécrétions, l’agitation morale qu’ils éprouvent, et parfois l’impatiente rêverie où ils tombent, tout ce cortège étrange de signes qui dénoncent une virilité mal combattue est-il dû exclusivement à la résorption du fluide séminal, ou plutôt ne dérivet-il pas en partie de l’organe cérébral? Ici encore l’innervation et l’état du sang sont étroitement liés; ici encore nous trouvons un foyer de réaction sur le 1 cerveau, et, sans placer dans l’utérus ou dans les testicules un principe de manifestations morales, nous disons que ces organes sont, comme le cœur, les poul! mous, le foie, etc., des modificateurs internes pour l’instrument de la pensée.

L’origine comme la multiplicité des idiosyncrasies se trouve indiquée dans ! celle proposition de Bichat : « Une somme déterminée de force a été départie en général à cette vie : or cette somme doit rester toujours la même, soit: que ’ sa distribution ait lieu également, soit qu’elle se fasse avec inégalité; par conséquent, l’activité d’un organe suppose nécessairement l’inaction des aulies (1). » L existence congénitale ou le développement d’une ou de plusieurs ) idiosyncrasies, en même temps qu’ils témoignent du perfectionnement de

(1 ) nichât, Recherches sur In vie et sur In mort.

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certains organes, entraînent la détérioration d’autres organes qui perdent de leur vitalité ; l’exercice continuel et violent du système musculaire, condition absolue d’un si grand nombre de professions mécaniques, finit par opprimer la pensée ; le cerveau s’affaisse, s’appesantit par l’effet des digestions trop considérables et trop souvent répétées ; les contentions énergiques et prolongées de l’esprit tournent au détriment de la contractilité musculaire. Toutefois la sphère d’influence des idiosyncrasies n’est pas également étendue, elle a pour limites celles mêmes de la puissance sympathique des organes. Aussi ceux qui à l’état normal agissent peu sur l’axe cérébro-spinal ne l’influencent guère davantage par leurs idiosyncrasies : tels sont le foie, le rein, les poumons. Que ces viscères fonctionnent avec une grande énergie, le cerveau n’en est affecté que médiocrement.

Les idiosyncrasies se combinent avec les tempéraments. Le même sujet peut offrir un tempérament mixte avec une ou plusieurs prédominances viscérales ; c’est pourquoi il est souvent si difficile de démêler les éléments d’une individualité organique. Il existe une sorte d’affinité entre les tempéraments et les idiosyncrasies : la prédominance hépatique s’associe fréquemment au tempérament sanguin et au tempérament nerveux ; la prédominance cardiaque est aussi l’ordinaire attribut de la première de ces formes générales de la santé. Nous verrons, dans le chapitre suivant, que les idiosyncrasies se lient à l’évolution successive des organes, et que l’âge, en dirigeant sur tel ou tel d’entre eux l’activité plastique et vitale, leur confère presque à tour de rôle une éphémère suprématie.

Le fait constant des idiosyncrasies démontre l’impossibilité de bien diriger à la fois toutes les opérations organiques ; perfectionner les unes, c’est affaiblir les autres : l’inégalité est donc la loi des organes dans le même individu, comme elle est celle des organisations dans la même espèce.

La connaissance des idiosyncrasies est indispensable au praticien pour qu’il ne soit point exposé à les prendre pour des états morbides : la lenteui de la circulation est un phénomène de certaines maladies (congestion cérébrale, ictère) ; elle est naturelle chez beaucoup de personnes. Il est important d’écarter des organes qui sont doués d’une activité exubérante toute cause d’irritation. Il m’est arrivé de produire une superpurgation avec une dose minime de crème de tartre chez une personne dont j’ignorais l’idiosyncrasie gastro-intestinale, tandis que je vois souvent des purgatifs pris à forte dose ne déterminer aucun résultat sur de jeunes soldats dont la disposition gastro-intestinale est contraire à la précédente : on pourrait appeler cette dernière disposition une idiosyncrasie passive. Les effets secondaires de la lésion d’un organe retentissent davantage dans les parties qui sont le siège d’une idiosyncrasie : de là pour le praticien le problème journalier des concomitances et des complications morbides. Combien de fois la réaction sympathique, exagérée par l’existence d’une ou de plusieurs idiosyncrasies, a-t-elle donné le change sur le siège réel de la maladie? Combien de fois, avant les travaux

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immortels de Broussais, a-t-on diagnostiqué une méningite, une encéphalite, quand les phénomènes cérébraux n’étaient, malgré leur intensité, que le reflet d’une phlegmasie du tube digestif! — Dans la période d’incubation des fièvres exanthémateuses, c’est vers les organes prédominants que convergent les mouvements morbides; ce sont les idiosyncrasies qui décident de la localisation des prodromes. Ainsi on verra l’éruption variolique précédée chez l’un par des accidents cérébraux, chez l’autre par des symptômes de gastroentérite, suivant que le canal digestif ou le cerveau jouissent d’une énergie prépondérante. J’ai vu la rougeole se déclarer chez un militaire qui n’avait eu pour tout symptôme précurseur qu’une congestion cérébrale sans angine : mais il était sujet aux maux de tête. Enfin, l’application des révulsifs est réglée par la notion des idiosyncrasies : les malades à prédominance encéphalique doivent redouter l’emploi des sinapismes et des vésicatoires; les perceptions douloureuses que leur occasionnent ces applications neutralisent l’avantage que peut procurer l’hypérémie artificielle et fugitive d’une certaine étendue de la peau. Des inflammations viscérales ont cédé parfois à d’énergiques révulsions opérées autour des articulations d’individus doués de l’idiosyncrasie fibro-séreuse rhumatismale. En traitant de l’imminence morbide, nous déduirons des idiosyncrasies d’autres conséquences importantes pour la pratique.

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