‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 172 sur 181 · DES EFFETS DES BOISSONS ALCOOLIQUES · texte numérisé non relu

DES EFFETS DES BOISSONS ALCOOLIQUES

privée]

fonde aux sentiments de pudeur et de morale : sept fois sur 20 cas, l’obscénité était le caractère du délire. L’absence de la conscience du lieu est l’un des traits frappants des fous par ivrognerie; l’attention et la mémoire sont moins lésées qu’on ne le croirait; l’incohérence, c’est-à-dire le manque de force dans l’association des idées, n’a été notée que deux fois par Marcet. Les passions qu’ils éprouvent sont dépressives; la jalousie et la défiance dominent. L’ivrognerie, a dit Schlegel, est la principale cause du suicide en Angleterre, en Allemagne et en Russie ; le libertinage et le jeu en France ; la bigoterie en Espagne. La manie furieuse s’observe surtout chez les ivrognes des classes infimes et d’une grande force musculaire; elle débute par la brutalité ébrieuse; souvent elle éclate sans transition, s’irrite par la résistance, prodigue l’insulte et s’exaspère jusqu’au meurtre. La monomanie homicide entraîne irrésistiblement certains ivrognes. Roesch en cite un exemple remarquable. D’autres, qui appartiennent généralement aux classes cultivées, tombent dans la mélancolie ébrieuse; en même temps que leur funeste passion les entraîne, ils ont conscience de leurs excès, ils mesurent l’abîme où ils s’enfoncent, et dans ces luttes d’une raison défaillante, le désespoir survient, et avec lui le penchant au suicide. Nous avons traité en 18û5, au Val-de-Grâce, un jeune lieutenant qui, dans le régiment où il fut envoyé au sortir de l’école de Saint-Cyr, se trouva entouré de buveurs, soumis à une sorte d’épreuve par l’alcool, provoqué journellement à des joutes d’ivrognerie ; au bout de huit à dix ans, il en était venu à boire par jour une à deux bouteilles de vin blanc le matin à jeun, dix verres d’absinthe entre les repas, etc. Ses facultés intellectuelles faiblirent par degrés; les mouvements devinrent incertains; il éprouva quelques accès de folie furieuse; dans les intervalles, tristesse, taciturnité, dégoût de la vie, propension avouée au suicide. Conduit, à la suite d’un paroxysme furieux, à l’hôpital du Gros-Caillou, il y fut mis à un régime sévère : la privation absolue de l’alcool ramena les accès avec plus d’intensité; par mesure de sûreté, on le dirigea sur le Val-de-Grâce, où je m’empressai de le remettre à l’usage modéré du vin, et, vers la fin du deuxième mois de traitement, sa guérison paraissait assurée. La dipsomanie est une folie partielle, caractérisée par un entraînement irrésistible pour les boissons fermentées; ou l’a comparée justement à la boulimie, à la nymphomanie. La soif qui l’accompagne ne s’apaise que par l’ingestion de spiritueux : intermittente, les intervalles des accès constituent une sorte de convalescence, quelquefois marquée par une répugnance invincible pour les alcooliques; continue, elle s’accompagne de tremblements qui cessent après quelques gorgées de vin ou d’eau-de-vie. Nous avons connu en Morée (1830) un capitaine de l’ancien régiment de Hohenlohe (21e léger), qui, atteint de dipsomanie, avait peine, au réveil, à se traîner en chancelant jusqu’à sa bouteille d’eau-de-vie, dans laquelle il puisait la force nécessaire au service militaire de chaque jour. Les excès répétés ont pour terme la démence, la stupidité et l’idiotie. Ainsi, par la répétition de l’aliénation aigue et passagère qui constitue l’ivresse, finit par s’établir sous M. Lévy. Hygiène, 5° ÉuiT, 1

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une forme ou sous une autre un délire chronique, c’est-à-dire une aliénation mentale véritable, définitive : dans les maisons d’aliénés de la classe moyenne, cette cause figure pour un dixième; le docteur Bayle y rattache un tiers des maladies mentales qu’il a observées à Charenton. Dans les établissements où l’on admet les aliénés indigents, la part étiologique de l’ivrognerie est encore plus grande : sur 1079 aliénés reçus a Bicêtre, de 1808 à 1813, 126 furent atteints de folie par suite d’excès de boissons.

3° Lésions des mouvements. — On a appelé chorée des ivrognes le tremblement continuel qui affecte, chez beaucoup d’entre eux, les bras, les lèvres et les membres inférieurs ; d’autres n’y sont sujets que pendant le temps de leurs excès ou les jours qui suivent : l’abus du vin blanc occasionne particulièrement ces spasmes. Les femmes, surtout celles qui ont moins de trente ans, éprouvent des convulsions qui sont portées souvent jusqu’à simuler un accès épileptique. Il est d’ailleurs une épilepsie alcoolique dont les symptômes ne diffèrent guère de celles qui résultent d’autres causes; la plupart des épilepsies non héréditaires et réelles que l’on observe dans les hôpitaux militaires appartiennent à cette espèce; on les observe chez les remplaçants adonnés à la plus monstrueuse ivrognerie : la présomption classique de simulation qui les accueille à leur entrée à l’hôpital est souvent cause que l’on se méprend et , sur la réalité et sur l’origine de leur affection. La réunion des hallucinations des sens, des tremblements, du trouble des facultés intellectuelles, de 1 insomnie, constitue le delirium tremens. Cette maladie est le plus ordinairement le résultat d’excès répétés, mais on l’a vue se développer à la suite d une seule orgie; des sujets évidemment prédisposés en ont été atteints après lingestion d’une petite quantité d’alcool. D’après Tartra, cité par Rayer, un sommelier très-sobre, séjournant habituellement dans une atmosphère chargée de vapeurs alcooliques, en aurait offert les symptômes. Le délire, phénomène constant de cette maladie, est furieux ou calme, continu pendant la période aiguë ou divisée par paroxysmes; mais le plus souvent il se rapporte à la piofession de l’individu, ainsi que le genre des hallucinations : le militaire bataille, le charretier appelle ses chevaux, etc. ; la contraction musculaire, pervertie sans être diminuée, a les caractères de la convulsion clonique : défaut de précision et de coordination des mouvements. Les malades avancent veis le médecin une main vacillante, et les soubresauts des tendons repoussent le doigt qui explore le pouls ; ils s’épuisent en efforts pour porter à la bouche un verre de tisane qu’ils finissent par répandre, etc. Cet état singulier guérit souvent avec facilité, spontanément ou par l’emploi de différents moyens, parmi lesquels on a trop vanté l’opium ; mais l’inflammation du cerveau peut succéder aux congestions répétées qui s’opèrent sur cet organe; elle peut coïncider avec le délire et entraîner la paralysie générale. S’il ne périt qu’un trèspetit nombre d’ivrognes dans la période aiguë du delirium tremens (1 sur 20, Calmeil), beaucoup tombent, à force de récidives, dans le délire chronique, dans la stupidité, dans la démence; la congestion progressive du cerveau sc

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