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RAPPORTS DE LA FORCE AVEC L’HABITUDE

avancée. Cette observation, faite aussi par Sainclair, a acquis force d’axiome, tant il est ordinaire de rencontrer la longévité comme fait commun à plusieurs membres d’une même famille. Même influence de l’hérédité sur la durée totale de la vie à courte période : dans la famille Turgot, on ne dépassait guère l’âge de cinquante ans; celui qui l’a illustrée est mort à cinquante-trois ans, malgré l’apparence d’une grande vigueur de tempérament. La race développe les conditions de l’hérédité sur une large échelle ; nous verrons, en traitant de la mortalité suivant les races, que l’origine collective exerce sur la durée de la vie une influence, sinon aussi considérable, au moins aussi manifeste que l’origine individuelle (1).

§ 5. — Mes rapports île la force avec l'habitude.

L’habitude résume ce que l’éducation physique ou morale peut ajouter ou ôter à la constitution primitive ; elle représente la puissance que nous avons de la modifier ; elle exprime aussi les éléments plus ou moins morbides qui se greffent sur elle par l’action de la volonté ou qui s’y infiltrent par l’altération progressive des organes. Mais le fond de la constitution échappe à l’influence de l’habitude ; il est, à proprement parler, cette nature première que niait Fontenelle, et qui, surchargée de besoins et de goûts facticès, enveloppée du manteau que lui jette la société, disparaît derrière l’habitude, cette seconde nature, moins l’essence indestructible de notre individualité physique.

L’habilude produit, non la force réelle, mais l’équivalent, ou plutôt l’illusion delà force, en annulant des influences qui sont plus ou moins efficaces pour les autres; endurcir, comme on dit, les organes par accoutumance, les mettre hors de l’atteinte de certaines causes, ce n’est point développer en eux la puissance de réaction, c est les en dispenser, c’est leur procurer l’immunité par inertie. Pour ceux qui sont ainsi élevés, les influences qu’ils bravent n’existent pas réellement, ou n’existent que dans une proportion inoiïensive pour leur santé; leurs conditions personnelles ne sont plus, en quelque chose, celles des autres hommes. Un exemple donnera l’évidence à cette proposition : des personnes très-délicates, très-irritables, réussissent à faire un usage habituel de 1 eau froide dans leurs ablutions de toilette; j’en connais une qui se soumet impunément tous les jours à des affusions d’eau froide sur la poitrine, ce qui ne l’empêche pas de s’enrhumer facilement par les vicissitudes de température. Dira-t-on que ces habitudes supposent de la force? S’il en est ainsi, les per- ■ sonnes qui se sont fait d’un vêtement chaud un besoin doivent passer pour J » faibles. Ni I un ni 1 autre : le degré d’insensibilité factice à l’influence d’un

, (1) V°yez dans p- Lucas> Traité de l’hérédité, t. I, p. 254 et suiv., «ne longue série exemples de longévité commune à des familles entières. Au moment où nous écrivons r ces lignes, le vétéran Golembiewski, né en 1744, et comptant quatre-vingt-quatre ans ' de service actif, cité par Lucas, est en traitement au Val-de-Grâce .(1844),

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modificateur isolé ne saurait mesurer le pouvoir de la constitution ; celle-ci ' peut Gtre perfectionnée, lion suppléée par l’habitude. La Constitution se corrobore à la double condition de se familiariser et avec les degrés extrêmes des influences, et avec leurs vicissitudes, mais sans les subir trop fréquemment.

Les mesures moyennes et les transitions quelque pcü ménagées lui sont plus utiles; des épreuves trop soutenues où d’une intensité disproportionnée l’épuê sent; des vicissitudes trop brusques et trop répétées la fatiguent.

§ <s. — i»cs rapports de la force avec la faille et le poids du corps-

Dans les conclusions auxquelles l’ont conduit ses recherches sur la taille de l’homme en France, Villeriné (1) dit que la taille des hommes devient d’autant plus haute et que leur croissance s’achève d’autant plus vite que, toutes choses égales d’ailleurs, le pays est plus riche, l’aisance plus générale, les logements, les vêtements et surtout la nourriture meilleurs, les peines, les fatigues, les privations éprouvées dans l’enfance et la jeunesse, moins considérables; en d’autres termes, la misère produit les petites tailles et retarde l’époque de l’évolution complète du corps. Cette conclusion, confirmée par les recherches de Quetelet (2) sur la population belge, est excessive; néanmoins elle mérite une attention spéciale quand il s’agit de constitution, de force constitutionnelle.

11 est évident, d’après la nature des causes qui influent sur la taille, qu’elle peut être prise d’une manière générale pour une mesure de force ou de faiblesse, et il devient important de s’informer des rapports qu elle présente aiec la constitution; mais ce problème est d’une solution difficile. Sans nier la part que Yillèrmé et Ouetelèt attribuent à l’aisance ou à la misère dans 1 accioissemeiit de l’homme eil hauteur, on aperçoit Ici d’autres causes, race, climat) localités, dont la première semble prépondérante. On sait que le développement de la taille s’arrête plus tôt dans les pays très-chauds et dans les pays • très-froids; que la moyenne' de la taille s’abaisse dans les contrées montagneuses et dans les contrées marécageuses, etc. Ensuite l’état constitutionnel des individus dont on a relevé la taille n’a pas été noté, c’est-à-dire qu on ne les a point partagés en catégories plus ou moins homogènes par les caractèi es > extérieurs de leur organisation. Qüelelet a eu l’idée de comparer deux quantités, le poids et la taille, aux différentes époques de la vie et dans les deux sexes; son travail est le seul qui puisse nous servir dans la question proposée, et quoiqu’il ne conduise pas à une notion exacte dti rapport qui peut exiger entré la force de constitution et la taille, il suggère des inductions dune ceitaine valeur. En effet, nous avons indiqué plus haut dans quelles proportions la force générale se montre suivant l’Age, le sexe, la prédominance du système > musculaire et l’activité de la respiration ; les tableaux dressés par Quetelet

(1) Villermé, Antltllës d'In/t/. ül rie méd. légale, lre série. Pans, 1829, t. I, p. 385*

(2) Ibid., t. X, p. 9 et suiv.

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