D’HYGIÈNE PUBLIQUE
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par l'effet d’une autre plasticité s’arrangent et s’entretiennent les instruments du microcosme humain.
L’hygiène sous forme d’ordonnance religieuse et de prescription civile a donc devancé l’Hygiène qui procède scientifiquement par voie de déduction. Dans l’ordre des temps, l’Hygiène a pour représentants le prophète, le législateur, le savant : le premier impose avec autorité ce qu il a puisé dans des lumières supérieures ou dans la tradition des sanctuaires ; le second îésume en lui l’État avec ses intérêts et ses besoins ; le troisième, individualité isolée, s’adresse aux raisons individuelles et n exerce sur les masses d aulie action que celle des vérités dont il se fait 1 interprète, faut-il liaduiie pai des noms historiques cette triple phase de l’évolution des sociétés, nous dirons Moïse, Lycurgue, Hippocrate : l’un invoquant Jéhovah, 1 autre la Patiie, le dentier la Nature, pour propager parmi les hommes des préceptes de conservation et de développement régulier. Il est vrai que chacun d’eux accommode ces préceptes au but spécial qu’il poursuit : il s agit pour Moïse de ciéei une nation, pour Lvcurgue d’assurer la défense de 1 Ltat par 1 hérédité de la foi ce et de la vertu; Hippocrate, quoiqu’il ait l’orgueil du citoyen libre et qu’il célèbre la Grèce républicaine aux dépens de l’Asie énervée par le despotisme et par son climat, n’écrit que pour fournir à chaque individu, dans une société avancée, les moyens d’user sainement de toutes les choses qui modifient le coi ps humain.
Il n’ordonne pas comme le législateur de Lacédémone; il ne lait point pailei un Dieu comme le révélateur du Sinaï ; il ne place point une prohibition hygiénique sous la terreur du châtiment ou des imprécations ; il s’adresse tout simplement à la raison, il n’attribue rien en particulier à la divinité (1) : « Chaque maladie a une cause naturelle, dit-il, et sans cause naturelle aucune ne se produit. » De cette investigation des causes naturelles naît la science ; et celui que l’on a justement surnommé le père de la médecine ouvre aussi, dans le passé, l’ère scientifique de l’Hygiène : « Lorsqu’on recherche, dit Littié, l’histoire de la médecine et les commencements de la science, le premier corps de doctrine que l’on rencontre est la collection d’écrits connus sous le nom d’ Œuvres d’ Hippocrate. Lascience remonte directement à celte origine et s’y arrête. Ce n’est pas qu’elle n’ait été cultivée antérieurement et qu elle u ail donné lieu à des productions même nombreuses ; mais loul ce qui a\ait été fait avant la médecine de Cos a péri. »
En nous appuyant sur le témoignage d’une aussi solide autorité que Limé, nous énonçons la restriction suivante : Malgré les travaux antérieurs a 1 école de Cos, et qui, perdus, échappent à notre appréciation, la science proprement dite ne saurait dater que d’Hippocrate. Quelles sont, en effet, les sources où peut avoir puisé la médecine quia précédé immédiatement Hippocrate ? Littré répond qu’elles sont au nombre de trois : la première est dans le collège des
(1) Hippocrate, Œuvres complètes , nouvelle traduction avec le texte grec en regai d, par E. Littré. Paris, 1840, t. 11, p. 77 et 79.
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prêtres médecins qui, sous le nom cl ’Asclëpiades, desservaient les temples d’Esculape; la seconde, dans les philosophes qui, clans leurs conceptions systématiques, embrassèrent la nature entière, et par conséquent le corps avec ses maladies ; la troisième est dans les gymnases, où 1 ’on étudiait empiriquement les combinaisons cle l’alimentation et des exercices, en vue des résultats que rappellent ceux des modernes écoles d’entraînement. Mais si l’on se souvient qu’Hippocrate, tout en louant les remarques faites par les médecins des gymnases, revendique formellement la gloire d’avoir fixé le régime et fondé la prophylaxie sur la proportion respective des exercices et des aliments, on admettra difficilement quele champ d’observation hygiénique fourni par les gymnases aitété fécondé scientifiquement par les prédécesseurs cle ce grand homme. Les spéculations cosmogoniques des philosophes ont sans doute réagi directement sur la manière d’envisager les phénomènes fonctionnels du corps humain; mais les erreurs et les hypothèses qu’elles ont prêtées à la physiologie antique ne sauraient marquer pour la science une époque antérieure à l’école de Cos. Euün, la médecine sacerdotale, que les Grecs ont reçue des Égyptiens, appartientà la période qui, chez les Juifs, est représentée par les prophètes, période théurgique de la médecine, où les maladies sont considérées comme divines, comme sacrées. Ou peut lire (1) la nomenclature des maux dont Dieu menace les Hébreux par la bouche de Moïse. La thérapeutique répond à l’étiologie ; Moïse ordonne l’érection d’un serpent d’airain dont la vue doit guérir les morsures des serpents venimeux. La médecine théurgique des Grecs paraît avoir usé de recettes analogues ; sur diverses médailles, Esculape est accompagné d un chien, d’un coq, d’une chouette ou d’un vautour. Les commentateurs se sont exercés pour trouver un sens à toutes ces choses : « Misérables énigmes, s écrie Malgaigne (2), dont le mot véritable serait plutôt, à mon avis, ignorance et superstition. » Les tables votives que l’on conservait dans le temple d’Esculape ont été souvenL indiquées comme des histoires de maladies ; mais celles ■ que Ion a îelrouvées en donnent une opinion bien différente, et confirment le point de vue développé avec une verve si caustique par Malgaigne ; elles ne pi ésentent, eu elfet, que la mention laconique des miracles opérés parle dieu, eL elles ont plus de rapport avec les ex-voto suspendus dans les églises par la dévote reconnaissance des croyants d’aujourd’hui qu’avec des documents vraiment cliniques. Ges laits, et beaucoup d’autres que nous omettons, ne laissent aucun doute sur le caractère véritable de la médecine exercée dans les temples; et nous voilà dispensés, par cette courte analyse des trois sources que Littré assigne à la médecine grecque avant Hippocrate, de chercher au delà de 1 école de Gos les vestiges d’une hygiène scientifique. C’est donc aux enseignements de cette école célèbre que s’attachera d’abord notre enquête, apiès un coup d œil jeté sur les institutions anciennes qui nous offrent les
(1) Deutéronome, chap. xxvm.
(2) Malgaigne, Lettres sur l' histoire de la chirurgie (Gaz. des hôpit. du 23 juin 1842).
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premières traces d’une police sanitaire. Les signaler en détail nous conduirait trop loin, et sans explorer avec l’assurance de quelques-uns de nos devanciers l’histoire hygiénique des Égyptiens, des Phéniciens, des Indiens, etc., essayons seulement d’apprécier la portée de ce qui a été fait par les Hébreux, les Grecs et les Romains dans l’intérêt de la salubrité.
Depuis que l’école pseudo -historique de Voltaire est prisée à sa valeur, et que les esprits, plus amoureux de vérité que de persiflage, se sont replacés dans la juste perspective du passé, l’institution mosaïque a grandi par toutes ses faces ; on en saisit mieux l’ensemble et l’harmonie, grâce aux commentateurs à haute vue qu’elle a trouvés en Allemagne, et auxquels la France peut ajouter dignement Salvador, Munck et Renan ; mais il reste à en faire ressortir la signification hygiénique. On s’est plus occupé, en effet, à disseiter sui les maladies mentionnées par Moïse qu’à pénétrer, dans leur généralité, les mesures de police sanitaire que ce grand homme a consacrées dans sa législa tion ; elles n’ont guère été envisagées qu’isolément et jugées sous l’optique des idées régnantes. C’est ainsi que l’examen qu’en fait Ilallé trahit souvent le collaborateur de l’Encyclopédie. Cependant les préceptes sanitaires de la Bible procèdent d’un système de préservation collective, non de quelques conjectures incohérentes; il est aisé de suivre, dans ses applications, le système de Moïse, et de mettre en évidence le rapport logique qui lie entre elles toutes ses prescriptions : seulement, il faut tenir compte de la nature des seuls moyens d’exécution qui fussent à sa disposition, et qui se résument dans l’intimidation religieuse. C’est pourquoi la prophylaxie biblique se présente enveloppée de rites et de cérémonies qui paraissent étrangers au but hygiénique; mais, en la dégageant de cet appareil, on ne tarde point à reconnaître ce qu’elle a de rationnel et d’utile ; et ce luxe de formes religieuses, cet accompagnement d’obligations en apparence singulières, ne nous hâtons pas de les traiter avec mépris : l’orgueil d’une civilisation supérieure fausse le point de vue du passé. Dans le système sanitaire de Moïse, le coheu (prêtre) remplit le dernier office : c’est le cohpn qui est appelé à constater les premiers signes d’une affection réputée contagieuse ; le cohen seul a compétence pour la distinguer de toute autre maladie, et la fatale ordonnance de séquestration 11e doit sortir que de sa bouche. Le lépreux paraît-il guéri, c est le cohen qui vérifie son état et prononce, s’il y a lieu, s'a réintégration dans la tribu, c està-dirc son retour à la vie civile. Voilà donc un véritable ministère de salubrité publique commis aux hommes du sanctuaire, et c’est dans la religion seule que ces hommes pouvaient puiser l’autorité nécessaire à 1 exercice de km s fonctions. De là l’idée d’impureté attachée à certaines maladies dont le contact pouvait être redouté, ou qui, par leur masque hideux, devaient provoquer, avec l’idée de la contagion, une répugnance cl un dégoût universels. Lidee de purification est corrélative à celle d’impureté; et comme la maladie, envoyée de Dieu, emporte la signification d’un châtiment, guérir 11e suffit point : il faut que le convalescent soit rédimé devant l’Éternel par le cohen.
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Le sacrifice du péché complète et consacre le traitement ou les mesures hygiéniques. La nécessité de s’adresser au cohen pour la rédemption des impuretés corporelles assurait à celui-ci l’ascendant et la vénération dont il avait besoin pour l’accomplissement de son ministère; en même temps, elle servait de garantie à la réalité des guérisons. La publicité et la solennité des rites n’avaient pas moins d’avantage pour ceux qui en étaient l’objet; en les replaçant dans les conditions de leur vie antérieure, le cohen écartait par là de leur personne le reste d’appréhension et de répugnance qu’inspire encore le souvenir d’une maladie contagieuse. Le principe de la prophylaxie mosaïque, c’est l’isolement, la séquestration ; et en reléguant le malade hors du camp ou aux portes de la ville, le législateur du désert nous enseigne l’emplacement le plus convenable des ambulances et des hôpitaux. Éloigner les malades, ce n’est point les guérir ; mais, dans l’intérêt d’une population agglomérée, c’élaiL la seule mesure rationnelle à prendre dans un temps où il n’y avait ni diagnostic ni thérapeutique. Il est dans l’esprit de toute législation sociale de sacrifier 1 individu à la masse, imitant en cela la nature, qui veille au maintien de l’espèce ; encore les prescriptions particulières dans l’intérêt des individus malades ne manquent-elles point dans la Bible. Le précepte de l’isolement est laigement appliqué par Moïse aux hommes et aux choses dans les cas de lèpie déclaiée, d écoulements gonorrhéiques, de llux menstruel : « Le lépieux en qui est la plaie, aura ses vêtements déchirés, sa chevelure sera en désordre, il sera couvert jusqu’aux lèvres et criera : Impur, impur (1) ! » Après cet acte de notification au public, il est placé hors du camp. Le septième jour de cette rélégation, nouvel examen de la plaie par le cohen, et si la lèpre se confirme, on brûle le vêtement du malade (2) ; puis, après sept autres jours c expectation, la plaie est l’objet d’un nouvel examen, et d’autres mesures sont ordonnées suivant l’état où elle se présente. Dans le cas de guérison, « le co len sortira hors du camp ; le cohen regarde, et voici que la plaie de lèpre est guene : au lépreux » {Lévit., xiv, 3). La période de purification commence; léintégré dans le camp, l’ancien lépreux demeure encore sept jours
corns d 83 U*116 VG1S‘ ^ ' 1)ans CeL interv;'I,e» il a baigné deux fois son
vêlement S rT’ r *“ P°H’ 83 lôte et sa bai’be< et “eltoyê deux fois ses Mais l’habitat' personnelles se terminent par le sacrifice de délit.
elle est ^ Î io U T-™ “ été dédarée immo,,de com"ie sa personne ; l’enlèvement des Un<? S rK' aggravante de Prescriptions : la simple fermeture, mu “ cny /T qU/u°nt élé souilIées Par le malade, le grattage des
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b ge, avec de 1 eau vive, avec l’oiseau vivant, le bois de cèdre, l’hyssope et
(1) Lévit., xni, 45 et sqq.
d’habillement e^de cm l 'l"t,CS pays méridl°naux, on brûle encore aujourd’hui les effets ent et ^ couchage qui ont appartenu à des phthisiques décédés.
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le fil rouge. Passons l’hyssope et le fil rouge 4 la superstition d’une peuplade des déserts de l’Asie, et reconnaissons que les autres mesures ordonnées par Moïse ne sont pas moins avantageuses, moins logiques que la plupart des pratiques usitées encore aujourd’hui dans les lazarets et les quarantaines de l’Europe civilisée. Quoi de plus sage que la séparation prescrite entre homme et femme pendant la période menstruelle et quand l’écoulement menstruel venait à se prolonger? Et ces ablutions répétées qui sont encore en usage aujourd’hui parmi les populations arabes, qui n’en reconnaît l’utilité à une époque où l’emploi du linge était ignoré, dans les sables du désert, sous les rayons d’un ciel ardent? La prohibition des alliances entre les consanguins et les proches ne dénonce-t-elle pas une observation profonde des causes qui déterminent la décadence des races et l’abâtardissement des familles ? En choisissant lui-même sa femme hors de la maison d’Israël, n’a-t-il pas donné à la fois un exemple de tolérance, et le précepte salutaire du croisement des races? Dans quels détails minutieux n’entre-t-il pas pour assurer la salubrité des demeures privées et publiques, des maisons et des villes? Il ne dédaigne de mentionner aucune particularité, si infime qu’elle soit, lorsqu’elle peut influer sur la santé de tous. Chef d’un peuple nomade dont l’organisation définitive est ajournée jusqu’après la conquête de la terre promise, il sait régler un camp dans son assiette hygiénique ; rien n'est omis : « Tu auras hors du camp un lieu réglé pour les besoins de la nature, et tu porteras avec toi une pique suspendue à ta ceinture, et quand lu te seras accroupi, tu creuseras avec celte pique la terre d’alentour et tu recouvriras les matières dont lu te seras soulagé. » Ce précepte, que le soleil de l’Arabie rendait si urgent, est oublié aujourd’hui dans ces mêmes lieux où il a été dicté, jusque dans les villes, au grand détriment des populations.
On peut lire à la suite du Voyage en Orient de Lamartine, dans le récit de Fatalla Sayaghir, qu’une réunion de tribus équivalant à quinze mille guerriers, ayant campé sept ou huit jours dans les mêmes localités avec de nombreux troupeaux, le sol resta couvert d’un tel amas d’immondices, qu’il fut impossible d’y séjourner. Mais ce n’est pas seulement dans les plaines de l’Arabie que la prescription de Moïse est tombée dans l’oubli : les récits des médecins militaires qui pratiquent en Afrique nous apprennent qu’avant les travaux exécutés pour leur assainissement, nos principales villes de l’Algérie présentaient le spectacle des déjections accumulées et des foyers putrides au milieu des ruines. Nous-même avons été témoin d’un semblable état de choses en Morée, dans la citadelle de Navarin, et en 1835, une sous -préfecture de France, Calvi (Corse), s’est offerte à nos yeux dans ces mêmes conditions de repoussante insalubrité. J’ajouterai que si ce précepte de Moïse avait été observé en 1854 dans nos camps de Varna et de Crimée, on y aurait compté une énorme cause d’infection de moins.
Le régime alimentaire ne pouvait échapper h la police du législateur hébreu ; [il ne pouvait ignorer les effets de l’alimentation sur la constitution
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des individus comme sur l’avenir physique d’une nation. Dans l’histoire qu’il a tracée des évolutions du genre humain jusqu’il son époque, il fait connaître les extensions successives que la substance alimentaire a reçues ; il nous montre l’homme passant de la nourriture la plus simple à la multiplicité des aliments, mais pris encore en grande partie parmi les végétaux, auxquels il ajoute le lait. Dans une période plus avancée, les exigences de l’organisme se sont augmentées : la chair des animaux, les liqueurs fermentées, les assaisonnements de différentes espèces, ont pris place sur sa table. Quelle est la portée hygiénique des séries nombreuses de prohibitions alimentaires qui sont consignées dans la Bible? Ilallé déclare ne point la comprendre assez (1) ; il conçoit seulement l’utilité de la prohibition du porc, sujet, dit-il, à une altération du tissu graisseux très-analogue à la dégénérescence lépreuse (2). II faut chercher plus haut, ce nous semble, la pensée du législateur hébreu : placé dans l’alternative d’énerver son peuple par une diététique exclusivement végétale, ou de tolérer, sous un climat qui punit tout excès, l’usage désordonné de toutes les matières
alimentaires, il a pensé qu’une règle même arbitraire répondrait mieux à l’intérêt de la santé générale ; les restrictions dont il a frappé la nourriture animale ont eu pour effet de tempérer, par un juste mélange des substances organiques des deux règnes, le régime des familles, de pourvoir dans une mesure constante à la vigueur des générations, et de faciliter en même temps i œuvre d une civilisation progressive dans le silence des appétits grossiers et des passions farouches que fomente l’usage prédominant des viandes. Il laissait aux Hébreux assez de latitude pour satisfaire à cette autre loi de l’alimentation, à savoir, la variété. La diététique mosaïque établit, non Tuniformité, mais la régularité du régime ; et loin de nous associer au reproche que lui fait H allé, nous attribuons à ce régime, fidèlement observé de génération en génération, l’immunité singulière dont les Juifs ont souvent joui au milieu des épidémies meurtrières, et qui au moyen âge attirait sur eux les accusations les plus absurdes, les persécutions les plus atroces. Il est une pratique instituée par Moïse, et dont la valeur hygiénique a été constatée avec plus de raison : c’est la circoncision, stigmate héréditaire des enfants d’Abraham, marque étrange, si nous l’envisageons avec nos habitudes et nos idées du MX” siècle, de l’alliance que Jéhovah a conclue avec eux. On sait ce que o taire a dépensé de maligne érudition pour enlever aux Juifs la priorité de J. eu concision. A la vérité, Hérodote rapporte qu’elle était pratiquée par les égyptiens. La première circoncision que la Bible mentionne, et qui fut faite
v no ),aham’ remonte h 1900 aDS avant '*ôre commune; Hérodote écrivait ;,ns “P™* Abraham : de cet intervalle de quatorze siècles, Blalgaigne (3)
‘ ut a a piioiiié de la circoncision en faveur des Hébreux. Quoi qu’il en
(1) Halle, Hygiène ou l'art de conserver la santé. Paris, 1806.
(2) Dict. des sciences mèdic., t. XXII, p, 513.
(3) Blalgaigne, loc.-cit., n° 51.
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soit, Pltilon dit que la circoncision préserve la partie d’une certaine maladie inflammatoire qu’il appelle le charbon ; ce charbon désigne la gangrène du pénis, l’une des terminaisons du phimosis et du paraphimosis. Si nous rapprochons cette opinion des passages cités de là Bible (Lé oit., xv), où il est question des écoulements impurs, cause ordinaire des accidents qui nécessitent parfois encore une opération très-analogue à la circoncision, on ne répugnera pas à admettre un motif de prophylaxie dans cette ordonnance, tout en la considérant en même temps comme une institution politique, un signe de nationalité (1). Enfin, un autre intérêt de salubrité publique se trouvait garanti par l’usage des embaumements, que les Hébreux paraissent avoir emprunté des Égyptiens. On lit, chapitre L, versets 2 et 3 de la Genèse :
« Joseph ordonna à ses esclaves les médecins d’embaumer son père ; les médecins embaumèrent Israël. Quarante jours se passèrent ainsi, car autant de jours étaient employés par les embaumeurs... <> Hérodote (liv. II, chap. xx v i) fournit un bon commentaire de ce passage de la Genèse. Quoiqu’il ait écrit environ douze siècles après la mort de Jacob, l’immobile Égypte présentait encore de son temps les mêmes mœurs, les mêmes pratiques qu’à l’époque des patriarches. Cet historien nous apprend qu’il y avait en Égypte certaines personnes chargées par la loi de faire les embaumements et qui en faisaient profession. L’opération complète durait soixante et dix jours. Il donne des renseignements curieux sur la manière dont ils y procédaient, ainsi que sur les rites funèbres des Égyptiens, rites dont on trouve encore des traces dans les cérémonies actuelles des Israélites modernes. Tout le monde
(1) D’après les articles publiés dans F Encyclopédie méthodique et dans le Dictionnaire des sciences médicales , Ilallé refuse à la circoncision tout motif de salubrité, se fondant sur ce que les habitants de l’Arabie et de la Syrie ne sont sujets à aucune incommodité qui ait son siège dans les parties retranchées. Il argue encore de la pratique de cette opération dans l’île de Madagascar, parmi des nations qui ne paraissent avoir aucune notion du judaïsme ni du mahométisme. Mais reste une question que Hallé ne résout pas. Pourquoi ces nations pratiquent-elles donc la circoncision? Infirmer par des assertions plus ou moins exactes les solutions. données, ce n’est point en fournir une nouvelle.
Les médecins militaires qui ont exercé dans les corps de troupes, et qui y ont passé ce que l’on appelle des revues de propreté, comprennent mieux l’utilité de la circoncision ; on ne saurait s’imaginer, en elîet, dans quel degré de saleté la plupart des soldats laissent leurs parties génitales, et particulièrement le gland, lorsqu'il est entièrement recouvert par le prépuce ; entre le prépuce et le gland s’amasse la matière sébacée, jusqu’à former des couches épaisses et blanchâtres qui tapissent entièrement l’extrémité du pénis : rien, de plus rebutant que cette sorte de malpropreté. L’incurie des soldats, vainement gourmandée par les médecins, se retrouve dans les classes inférieures. A celte condition, joignez l’influence d’un climat brûlant, tenez compte du défaut absolu de linge, de l’absence de toute espèce de traitement médical pour les cas de maladie, et voyez si tous ces motifs réunis n’expliquent point l’établissement de la circoncision dans un but de prophylaxie.
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sait que des cadavres embaumés d’après ce procédé se sont conservés jusqu’à nos jours, et en développant plusieurs de ces momies à Paris, on y a surpris les papyrus et les ingrédients aromatiques indiqués par Hérodote. Chez un peuple gardien aussi fidèle des traditions que le sont les Juifs, les pratiques actuelles sont une légitime base d’inductions rétrospectives; or il est difficile de rencontrer à un plus haut degré que chez eux la piété des sépulcres et la religion de la mort ; leurs cimetières remplissent toutes les conditions d’une sévère hygiène et d'une sainte commémoration : nous en concluons volontiers à l’excellence de l’institution funéraire chez leurs ancêtres. L’Égypte moderne n’en est plus là, et, comme Pariset l’a si bien signalé, les tombeaux des pères, infiltrés parles eaux du Nil, se convertissent en autant de foyers pestilentiels pour les enfants (1).
Loin de nous la prétention d’avoir retracé en ce peu de lignes l’ensemble des dispositions hygiéniques qui sont consignées dans les livres mosaïques : ce serait la matière d un ouvrage, non une page d’introduction; mais nous dési-
rons avoir montré sous leur véritable jour des institutions et des mœurs qui, créées il y a plus de trois mille ans dans le désert de l’Arabie, ne peuvent être appréciées sainement avec les idées modernes et les mœurs de notre société occidentale. Une raison sublime vivifie toutes les parties de l’édifice mosaïque; mais toute raison n opère que sur le terrain où elle se trouve fixée et avec I instrument que lui fournit son époque. Admirons la puissance avec laquelle le législateur hébreu embrasse tous les détails de l’économie sociale et 1 unité d action qu il y établit; tout converge vers la divinité, tout émane d elle : la maladie, la guérison, l’impureté, la rédemption par le sacrifice et par l’holocauste. Au moyen de cette fabulation, le cohen devient le gardien de la salubrité publique, l’hygiène a sa sanction dans la religion, et une multitude indocile, sans cesse frémissante sous le joug, un peuple d’esclaves émancipé d’hier, et qui parfois se prend à regretter l’oignon d’Égypte, su bit sans murmure les rigueurs d’une discipline sanitaire qui s’étend jusque sui les détails secrets de la vie domestique.
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les Hébreux, on se contente d’en effleurer quelques parties, non sans offense c nique et 1 on s arrête avec un enthousiasme de collège devant les instituions de la Grece antique, notamment devant celles de Lycurgue, qui sem-
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Vi ""uv,;au~né’ eI I'- l'vaut à une mort immédiate s’il leur P . ssait tiop fatblc pour devenir un citoyen utile, les femmes assujetties au
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exercices (l’une éducation disproportionnée avec les forces de leur sexe, l’enfant enlevé h l’âge (1e sept ans à la tutelle de ses parents, la fameuse sauce noire pour base de l’alimentation publique, la proscription des arts, l’absorption de toutes les facultés physiques et morales dans un patriotisme fanatique et belliqueux, sont-ce là des créations de sagesse qui méritent d’être opposées à l’œuvre de Moïse? et quelle empreinte ont-elles laissée à l'humanité? Un trait surtout nous frappe dans la société de ces temps comparée à l’institution mosaïque, c’est l’usage reçu chez les premiers peuples de la Grèce, les Thébains exceptés, et plus tard chez les Romains, d’abandonner la vie des enfants nouveau-nés à l’arbitrage des parents ou des anciens de la tribu. Cet usage n’a point choqué les plus nobles intelligences de l’antiquité. Platon va jusqu’à reprocher à Hérodicus d’avoir enseigné par son exemple la longévité aux constitutions valétudinaires, sous prétexte que le soin d’une santé débile éloigne l’homme de la vertu et le rend à charge à la patrie! ( Républ ., liv. III.) Il ignorait que des constitutions en apparence chétives recèlent une puissante vitalité, que des organisations qui naissent faibles se consolident par le bienfait de l’éducation : si l’arrêt prononcé par le disciple de Socrate eût reçu son exécution, que de génies étouffés au berceau., que d’existences devenues glorieuses écrasées dans leur virtualité! Opposez les coutumes d’une société qui avait atteint l’apogée de sa civilisation aux ordonnances bibliques : l’avantage reste aux tribus encore barbares du désert de Sinaï, et la circoncision semble une aménité à côté de ce monstrueux arbitrage institué autour du berceau.
Les gymnases et les bains sont assurément ce que l’hygiène publique des Grecs et des Romains nous présente de plus remarquable, et cette double institution brille d’autant plus dans leur histoire qu’elle manque davantage à la nôtre. Ils savaient apprécier les bienfaits d’une gymnastique rationnelle et la multiple bénignité des bains. Quand Homère fait dire à Ulysse : « Les bains n’ont plusde charmes pour moi » ( Odyssée , chant XIX), il nous fait comprendre l’importance qu’ils avaient dans la vie des anciens; il nous montre encore Hector ne prenant sa nourriture qu’au sortir du bain, et la princesse Nausicaa se baignant dans les eaux d’un fleuve. Les principales villes de la Grèce possédaient de grands édifices destinés aux bains et ouverts à toutes les classes de la population. Les Spartiates, dans la crainte de s’amollir, en usaient avec plus de réserve, mais ils s’en dédommageaient par la fréquentation de l’étuve sèche, d’où le nom de Laconicum donné par les Romains à la portion de l’édifice employée à cette sorte d’étuve. Chez ces derniers, les bains publics reçurent un somptueux développement : les ruines des bains de Néron, d’Agrippine, de Dioclétien, de Titus et de Trajan, témoignent de la magnificence avec laquelle ils étaient construits. Il n’en existait point pour le public avant le règne d’Auguste : Mécène en fit élever un dont l’accès était livré au peuple moyennant une obole (Perse, Scityr. , IX) et à des heures fixées par la loi. Antonius Musa ayant réussi à guérir Auguste par les bains froids, la vogue s’en établit; on fil vanité de s’immerger dans l’eau la plus froide, et l’on vit
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un philosophe, Sénèque, se glorifier de ses exercices de nageur par la température des calendes de janvier, comme on vit les courtisans de Louis XIV se procurer artificiellement des fistules à l’anus pour capter les sympathies du maître. La natation était considérée comme un des éléments d’une éducation libérale; on stigmatisait un ignorant par ce dicton : Neque litteras didicit nec natare. Sous Justinien, il y avait, au témoignage de l’historien Procope, 815 bains particuliers et publics, 1352 grands bassins ou réservoirs, 15 nymphées, 6 naumachies, etc., alimentés par IA aqueducs (1). Aux bains s’ajoutaient, chez les Romains, d’autres pratiques qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les bains des Orientaux, notamment en Turquie, en Algérie; elles constituaient autant de spécialités exercées par des esclaves et qu’expliquent assez leurs titres : fricutores , tractatores, alipilarii , picatrices, olearn, unctores. Les onctions étaient déjà en usage chez les Grecs : « On fil couler, dit Télémaque, des flots d’huile douce et luisante sur tous les membres de mon corps. » Un vieux soldat, interrogé par Auguste sur les moyens qu’il avait employés pour se conserver : « Extus oleo , intus mulso », fut sa réponse. De nos jours les Turcs ont pour le bain d’étuve une prédilection qui nous a paru contribuer à leur détérioration; les médecins qui pratiquent à Constantinople n’hésitent pas à la considérer comme une des causes de la chloro-anémie, si fréquente chez les femmes turques. Volney l’explique par un motif plus humain qu hygiénique ; « La loi du Koran, qui ordonne aux hommes une forte ablution après le devoir conjugal, est elle seule un motif très-puissant; et la vanité qu’ils attachent à l’exécuter en devient un autre qui n’est pas moins efficace (2). » Les Russes possèdent encore aujourd’hui des bains publics; nous aurons occasion de signaler le mode suivant lequel ils les emploient. La France en a conservé jusque vers la fin du xr siècle. Desparts, médecin de la Faculté de Paris, faillit devenir la victime du ressentiment populaire, pour avoir recommandé aux magistrats de défendre les bains à cause d’une affection pestilentielle qui sévissait alors. Dans le xiiP siècle on faisait encore baigner les personnes qu’on invitait à dîner; on faisait prendre un bain aux chevaliers avant la cérémonie de leurs armes, et Louis XI se
rendait publiquement au bain, suivi de toute sa cour, au sortir de la représentation des mystères (3). 1
La gymastique, dont l’origine remonte à l’institution des jeux olympiens a
Tr ,mp0rtfn,te d8nS rexistence Publiïlue et privée des anciens, concourir ' ^ ^ Phllosophes, y tournaient leur attention et la faisaient
“Zhni" rrm c sm6‘ au déve,°PP^ent des vertus guerrières, à
-gulanté de la vie physique et morale; elle était la base d’un système régu-
d éducation physique auquel étaient soumises les populations libres de la
(1) Mm. de l Acad. roij. des inscript, et belles-lettres , t. XVI, p. 122.
2 Volney, Voyage en Syrie et en Égypte , t. I, p. 226.
étahlissements de bains ***
PROLÉGOMÈNES
Grèce. De celles-ci elle passa aux Romains, qui élevèrent des gymnases splendides. La vogue amena l’abus; l’abus amena le discrédit : l’émulation des jeux publics se perdit; les esclaves et les gladiateurs remplacèrent la jeunesse dans l’arène, et le sang coula pour l’amusement de Rome dégénérée.
Il existait chez les Romains d’autres institutions, d’autres coutumes qui ont dû exercer une heureuse influence sur la santé publique. Nous ne parlerons pas de l’habitude qu’ils avaient, en arrivant dans un pays nouveau, d’apprécier, par l’inspection des viscères des animaux, la qualité des eaux et des productions du sol. Rien de plus exact que le rapport qui existe entre le bon état des organes digestifs chez les herbivores et la nature des pâturages : un enlozoaire de la classe des trématodes (le distome hépatique) se développe dans le foie des moutons qu’on nourrit, pendant quelque temps, d herbages aqueux; l’humidité de l’habitation dispose le porc à la ladrerie ; les cysti— cerques se produisent en foule chez les lapins par l’ellet de la même cause. L’apparente superstition de cette pratique couvrait donc un but vraiment utile. Sous le nom d’édiles, ils avaient une magistrature municipale qui veillait à la salubrité des habitations et des villes (1) ; ce qui subsiste encore des
(1) Les fragments qui nous sont conservés de la Tabula Heracliensis nous donnent une idée des soins minutieux que le magistrat prescrivait pour 1 entretien de la voie publique, pour la circulation des voitures, etc. Un passage de cette loi ou de ce règlement nous apprend que les vidanges s’effectuaient la nuit, et que des voitures servaient, comme aujourd’hui, à cet usage : « Quæ plaustra noctu in urbem inducta erunt, quà minus ea » plaustra inania, aut stercoris exportandi causa, etc. » (Voy. Institut es de Justinien, traduites par Blondeau, t. II, p. 81 et suivantes.) On trouve encore des prescriptions touchant la sûreté de la voie publique, et des dispositions pénales contre les déjections, dans Yedicti prœtoris sententiœ quæ super sunt [Ibid., p. 90). Le respect des tombeaux était aussi garanti par la loi. Auguste créa une administration particulière pour la con struction et pour l’entretien des aqueducs, et en fit une magistrature honorable dont le chef avait le titre de curator aquarum. L’eau amenée par les aqueducs était 1 objet d un impôt et la source d’un revenu important pour l’État, sous la dénomination de vectigalei aquœductibus , ou bien vectigal formai ( formai , tuyaux) (voyez le Mémoire deM.Dureau de la Malle sur la distribution des eaux dans l’ancienne Rome, Comptes tendus de l Aut démie des sciences, t. XVI, p. 363). Sous les empereurs Nerva et Trajan, Rome recevait déjà un -immense volume d’eau, et le distribuait dans ses divers quaitieis, à do. niveaux différents, au moyen de neuf dérivations, dont six prises dans la vallée de 1 Anio. Le. ingénieurs romains n’ignoraient point la théorie du siphon : trois anciens aqueducs de Lyon, notamment celui du mont Pila, construit par ordre de 1 empeieui Claude, né à L\on, en présentent l’application. Six cents ans avant J. C., Tarquin 1 Ancien lit construire grande cloaque ( cloaca maxima), canal souterrain du Forum jusqu au Tibre. Plustar , d’autres égouts, pour les usages privés, circulèrent sous les voies publiques, convergeant vers la grande cloaque où ils déchargeaient les immondices de la ville ; des ouvertures ou regards ( meatus ) y étaient ménagés de distance en distance. Au rapport de Pline, Agrippa y fit passer d’énormes masses d’eau pour en assurer le nettoyage. La police des égouts appartenait, avec celle des rives du Tibre, à des curatorcs cloacarum, sous les auspices de l’édilité.
HISTORIQUE
aqueducs, des égouts qu’ils faisaient construire, nous donne une idée de l’excellence de leur administration. Des édiles particuliers, créés par César sous le titre de cereales, assuraient les approvisionnements publics. Les lieux d’inhumation étaient fixés hors des villes. Les inconvénients d’une exposition mauvaise des cités n’échappaient point aux anciens. Vitruve rapporte que la ville de Salapa, placée d’abord au nord-ouest d’un marais ( Salapina palus), dont elle recevait les émanations délétères, fut transportée à quatre milles au delà, au sud-est du marais, auquel Hostilius fit procurer un écoulement vers la mer. J1 n’a pas tenu à Jules César et à son successeur Auguste que les marais Pontins ne fussent à jamais desséchés. Enfin, le grand nombre de leurs expéditions lointaines, l’étendue de leurs conquêtes, la stabilité de leurs colonies, prouvent que les Romains s’entendaient à faire mouvoir des masses armées à travers les climats les plus différents, sans payer, un tribut considérable aux maladies qui se déclarent dans les grandes réunions d’hommes. De nombreuses légions ont franchi les mers, parcouru le monde ancien, depuis les déserts arides de l’Afrique jusqu’aux forêts de 1’àpre Germanie, et il ne paraît point que les épidémies meurtrières aient fréquemment arrêté leur marche. Cependant leurs soldats portaient, outre leurs armes pesantes, leur nourriture pour plus de quinze jours, tout ce qui était à leur usage, tout ce qu’il faut pour se fortifier; et quant à leurs armes, ajoute Cicéron (1), ils n’en sont pas plus embarrassés que de leurs mains. Comment auraient-ils joui d’une pareille immunité, si une police de salubrité, secondée par une discipline sévère, ne les eût garantis contre les causes extérieures de destruction et contre leurs propres excès (2) ?
Entre les institutions de l’antiquité et celles des modernes, le christianisme établit une différence profonde. A part les idées de quelques philosophes et de quelques législateurs, la civilisation ancienne est matérialiste; elle a pour objet le perfectionnement des facultés physiques, le triomphe de la force matérielle. Le christianisme, au contraire, déclare la guerre au corps, ennemi de l’âme ; il combat les instincts et les appétits de la matière organisée qui sert de prison passagère à l’être humain. Telle est, en effet, l’éternelle opposition des éléments de notre nature, qu’une juste pondération entre la vie morale et
(1) Cicéron, Tuscul., liv. II.
(2) Tringle (Malad. des armées, préface) note le silence des historiens sur les maladies des armées romaines. En Germanie, le scorbut (Pline le naturaliste); en Sicile une ma ai le pestilentielle (Tite-Livê), et au siège de Syracuse, une autre affection analogue avec (lux de sang (I)iodore de Sicile) : tels sont à peu près, d’après Tringle, les seuls renseignements de ce genre qui nous aient élé laissés. Montesquieu explique ce laconisme les historiens : « Ou ne remarque pas, dans les auteurs, que les armées romaines, qui ■usaient la guerre en tant de climats, périssent beaucoup par les maladies ; au lieu qu'il anive presque continuellement aujourd’hui que des armées, sans avoir combattu, se fondent pour ainsi dire dans une campagne. » ( Grandeur et décadence des Romains, chap. „, p. 135, édit, lrocy, 1822.)
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la vie corporelle semble un problème presque insoluble; il faut que l’esprit triomphe aux dépens du corps, ou que le corps prospère au détriment de l’esprit. Mais en même temps que la loi du Christ fait prévaloir la spiritualité et suggère un régime en rapport avec ce but, elle fait respecter la vie individuelle en montrant, sous l’enveloppe du corps, quelle qu’elle soit, des âmes égales par leur origine, égales par leur destination, égales par les prérogatives de l’immortalité. Aussi l’Hygiène moderne ne s’adresse ni à une nation, ni à une classe d’individus; elle applique dans l’ordre physique la parole du Christ : «Venez à moi, vous tous qui êtes chargés. » Les institutions qui distinguent la société moderne sont conçues dans l’intérêt de ceux qui souffrent de misère ou de maladie, non au profit de ceux qui possèdent assez de loisir et de santé pour passer la plus grande partie de leur journée dans les exercices du gymnase ou sous la main huileuse et caressante des unctores. Quant à la diététique spéciale de l’Église, elle n’a rien qui blesse les lois physiologiques. Le carême, correspondant à une saison transitoire, repose les organes digestifs suraclivés par la nourriture principalement animale de l’hiver et les prépare à l’épreuve des chaleurs ; les asiles monastiques, dont le nombre est réduit de nos jours, n’ont pas toujours été des antres de corruption, n’en déplaise à leurs adversaires systématiques; beaucoup de ces établissements ont été des écoles de tempérance et de travail. En voyant l’accroissement rapide de la population européenne, on pourrait croire qu’ils entraient dans un système de compensation rationnelle. Il est certain que les Étals protestants regorgent d’une population exubérante, cause aggravante de détresse, quand ils ne réussissent à s’en débarrasser par voie d’émigration coloniale. D’ailleurs les natures exaltées ou mélancoliques qu’attire la solitude des couvents ne sont pas, au point de vue physiologique, des éléments désirables de reproduction ; la race humaine gagne peut-être 'a leur élimination.
Dans notre France toutefois, l’influence de la civilisation romaine s’est prolongée. Pendantquatre siècles d’occupation, les institutions des conquérants furent celles de la race conquise; les mesures de police sanitaire qu’ils avaient introduites furent maintenues par les premiers rois, comme le témoignent leurs capitulaires, et notamment ceux de Charlemagne; mais les traces de civilisation antérieure s’effacent par degrés, et bientôt les seuls monuments d’hygiène publique que la France présente sont les léproseries destinées à recevoir les individus atteints de la lèpre, d’éléphantiasis des Arabes et d’autres maladies contagieuses qui se répandirent sur l’Europe à la suite des croisades. Au xmc siècle. Matthieu Paris ne compte pas moins de deux mille léproseries en France, et porte à dix-neuf mille le nombre de celles qui existaient à la même époque en Europe. Dans le siècle suivant (1350), Jean II, surnommé le Bon, créa une véritable police de santé, bien imparfaite à la vérité, et dont quelques dispositions prouvent dans quelles conditions d’insalubrité était tombée la cité ; Dédit royal de 1350 eut le mérite de provoquer des recherches et
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de nouvelles ordonnances relatives à l’hygiène publique. Le progrès fut médiocre jusque vers la dernière moitié du xvn° siècle, où la Reynie, en régénérant la police générale de Paris, soumit aussi à cette révision la police de santé. A ce magistrat revient l’honneur d’avoir donné le premier exemple d’une convocation de médecins (2A mars 1668) pour délibérer sur une question d’hygiène publique relative à la fabrication du pain. La carrière ouverte par la llèynie ne resta point stérile; la surveillance sanitaire s’étendit de plus en plus; elle se porta successivement sur les professions' nuisibles, sur les épizooties, sur les secours à administrer aux noyés, etc. La province imita l’exemple salutaire de Paris : l’intendant de police de la ville de Lyon publia deux ordonnances (1737 et 1739) ayant pour objet d’arrêter la propagation de la morve des chevaux; Marseille prit, en 1730, des mesures énergiques pour se défendre contre l’invasion de la peste d’Orient. Ainsi s’étendit en France, par des efforts d’abord isolés, puis plus généraux et plus suivis, un ensemble de dispositions hygiéniques qui se complètent par le progrès du temps et de la science. L’année 1 770 est signalée par une création qui immortalise le souvenir de l’échevin Pia : la capitale est dotée d’un service régulier de secours aux noyés et aux asphyxiés. Quelques années plus tard, l’érection de la Société royale de médecine apporte à l’autorité l’appui d’un conseil compétent; les rapports qu’elle a fournis sur une foule de questions capitales de salubrité, telles que les épidémies et les endémies, les épizooties, les ateliers malsains, 1 éducation physique des enfants, le méphitisme des fosses d’aisances,
1 état des voieries, les qualités des boissons et des aliments, etc. , attestent l’heureuse direction de ses travaux, non moins que la sollicitude du pouvoir qui les provoquait.
Depuis cette florissante époque de l’hygiène publique jusqu’en 1802, la seule institution importante qui s’élève est celle du Conseil de salubrité de Pans (1). Mais cette création a été décisive; elle inaugure une période d’améliorations et de progrès multiples qui se continue au grand profit de la capitale et pour 1 exemple de toutes les nations civilisées.
C est sur la proposition de C. L. Cadet-Gassicourt que le premier préfet de police, Dubois, réunit en corps, sous ce titre, les savants qu’il avait habitude de consulter dans les affaires relatives à l’hygiène publique. Compose primitivement de quatre membres avec des attributions qui comprenaient examendes boissons, des manufactures ou ateliers insalubres, des épizooties et, plus tard la visite des prisons et la direction des secours publics, il est ormé aujourd lmi de dix-huit membres titulaires, sans compter les membres honoraires choisis parmi les fonctionnaires dont les attributions touchent de les ou de loin a l’hygiène publique, et il a pour mission toutes les enquêtes hygiene publique, l’examen sanitaire des halles et marchés, des cimetières,
telet Cett® ,nstltutl0n’ deux Rapports faits successivement par Parent-Duchâ-
J^Oi) ( d h'J9'ène’ lr° s6rie’ l- P- 243 ; t. XVIII, p. 5 ctsuiv. ; t. XLIH,
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des tueries, des voiries,
des chantiers d’équarrissage, des amphithéâtres de
dissection, des fosses d’aisances, des vidanges, du curage des égouts et des puits, des bains publics, des dépôts d’eaux minérales ; la visite des prisons, les secours à donner aux noyés et aux asphyxiés, les indications relatives aux épidémies, la statistique médicale, l’élaboration des tableaux de mortalité, l’assainissement des ateliers et des lieux publics, les moyens de prévenir ou de combattre les inondations, l’amélioration des procédés industriels 'nuisibles à la santé publique, la répression du charlatanisme, la détermination des meilleurs modes de chauffage, d’éclairage, de nettoiement et d’évacuation des boues; l’analyse des remèdes saisis, des boissons falsifiées et l’examen des vases suspects. De 1829 à 1839, il a statué, par voie de rapport, sur 4431 questions. Les principales villes de nos départements imitèrent, mais lentement, l’exemple de Paris : Lyon en 1822, Marseille en 1825, Lille et Nantes en 1828, Rouen et Bordeaux en 1831. Le 30 novembre 1836, l'Académie de médecine fut invitée par le gouvernement à préparer un plan général d’établissement de conseils de salubrité départementaux, plan qui a suggéré quelques-unes des dispositions du décret du 18 décembre 1848, portant organisation des conseils d’hygiène publique et de salubrité. Nous renvoyons à ce décret et au rapport qui le précède, ainsi qu’à l’arrêté ministériel du 15 février 1849, à la circulaire du 3 avril 1849 aux préfets, à celle du 3 mai 1851, accompagnant l’envoi d’instructions sur les attributions et les travaux des conseils d’hygiène publique et de salubrité, de ces instructions même qui, préparées par Ambroise Tardieu et discutées par le comité consultatif de Paris, présentent un programme complet d’hygiène publique approprié aux vues pratiques du gouvernement et aux besoins d’une statistique vraiment utile. Ces documents, complétés par un décret du 1er février 1851, donnent une idée complète de l’état sanitaire de la France, telle qu’elle est instituée pour l’avenir : des conseils d’hygiène publique et de salubrité dans tous les arrondissements, des commissions sanitaires aux chefs-lieux de canton, les uns et les autres reliés à des conseils départementaux; ceux-ci correspondant avec le comité consultatif supérieur qui remplace, auprès du ministère du commerce, l’ancien conseil supérieur de santé créé par l’ordonnance royale du 7 août 1822, avec des attributions trop restreintes. La loi fait entrer les médecins, les pharmaciens ou les chimistes et les vétérinaires pour une juste proportion dans la composition des nouveaux conseils, où elle appelle aussi les notables agriculteurs, les industriels, les ingénieurs de mines et des ponts et chaussées, les administrateurs, etc. Ce logique ensemble, qui constitue une sérieuse tutelle de la santé publique, ne fonctionne pas encore sur tous les points du pays; mais on comprend les espérances qu’il a fait naître. Les anciens conseils départementaux qui avaient déjà marché dans la voie de l’hygiène publique ont continué d’y marcher; d’autres s’y sont engagés, et ce mouvement finira peut-être par se
généraliser. S’il n’en advenait ainsi, il faudrait imputer ce demi-succès à deux causes principales : 1° l’insuffisance des communications des conseils locaux
HISTORIQUE. 17
avec leur centre légal à Paris; 2° surtout le caractère purement consultatif des attributions conférées aux conseils de tous les degrés. Là est l’infirmité de l’institution sanitaire en France dans l’ordre civil comme pour l’armée; elle dérive du rôle qui est fait à la médecine elle-même dans notre système d’administralion publique. Tandis qu’en Angleterre, en Allemagne et dans d’autres pays, une initiative réelle est assurée aux médecins investis de charges sanitaires, leur intervention en France est subalternisée ou absorbée par l’élément administratif, qui décide et agit. II est permis d’espérer pour la médecine un rôle plus efficace, fondé sur la réunion du savoir et de l’initiative, de la compétence et de l’autorité.
L Angleterre possède deux institutions d’une haute importance, une administration spéciale qui, sous le nom de Register’s office , rassemble les matériaux d’une vaste statistique médicale et en fait le dépouillement; et le General /lourd of Health , établi en 1848 par un acte du parlement, conseil général de santé pourvu d’une initiative presque illimitée, notamment du droit deprocéder par l’envo. d’un inspecteur, à des enquêtes sanitaires dans toutes lesvilles ou le chiffre des décès dépasse 23 sur 1000, et d’y prescrire en conséquence [ CS maures provisoires qui sont ultérieurement portées à la sanction du parlement. La Belgique en 1836, et la Sardaigne en 1847, ont adopté un système d administration sanitaire qui ne diffère pas essentiellement du nôtre. La Turquie elle-meine a subi l’impulsion de la France en admettant et en instituant
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w- Lévy. Hygiène, 5« édit. 1 qUI “ 0,U PasPeu contribué à répan-
18 PROLÉGOMÈNES
dre les notions justes, à encourager les administrations sanitaires. L ouvrage récent de notre savant ami, A. Tardieu, leur offre la facilité des rechei elles et les clartés d’une judicieuse exégèse (1). L’hygiène industrielle de notre laborieux ami, Maxime Vernois (2), les rapports du Conseil de salubrité de Paris, ceux du Comité d’hygiène des hôpitaux civils de France, les publications de Payan, Chevallier, Guérard, etc. , quelques ouvrages importants d’hygiène municipale et de topographie, tels que ceux de Tourdes et Stœber pour Su asbourg, de Polinière et Montfalcon, Marmy et Quesnoy pour Lyon, etc., voilà autant de sources d’informations qui n’existaient pas lors de la 1“ édition de ce traité.
Quelle influence l’hygiène a-t-elle exercée sur nos mœurs, sur nos coutumes ? Au premier abord, on serait tenté de la nier. Quoi de moins hygiénique que nos usages, et j’allais dire que nos institutions? Vêtements, nourriture, ■ récréations, habitudes domestiques, obligations sociales, toute notre existence d’aujourd’hui, flottante et travaillée, ressemble à une gageure : on dirait que nous avons entrepris de nous conserver à l’encontre de toute règle de conservation. La mode nous étreint de ses caprices et nous condamne à changer tous les six mois la forme de nos vêtements ; la fraude assiège nos tables et frustre nos organes des matériaux qu’ils réclament, si elle ne les convertit en poison ; les institutions publiques de l’antiquité, telles que le forum, les thermes, les palestres, les théâtres nationaux en plein air, ces institutions qui exerçaient et reposaient tour à tour, dans un ordre harmonieux, les facultés physiques et morales d’un peuple, ont fait place à des systèmes qui annulent la vie publique ou la concentrent dans une sphère de stériles passions et d’irritantes puérilités (3). L’industrie, en dotant certaines classes d’un surcroît de jouissances et de bien-être, place une partie de nos populations sous l’atteinte permanente des causes morbifères d’un nouveau genre, multiplie dans l’atmosphère de nos cités les foyers d’insalubrité. L’éducation intellectuelle, forcée de s élever et de se dilater avec les connaissances qui lui servent de fondement, monte le cerveau de notre jeunesse au ton d’une fiévreuse assimilation. Le genie, cône anine a créera la suite des littératures antérieures qui ont épuisé les sources de a pensée ou les nouveautés de la forme, se tourmente dans les jeux d une maladive fantaisie, et répand sur les esprits qui lui demandent le pam quotidien c e leur lecture l’ardeur de ses conceptions malsaines. Tel est le moment lng.éi i que de notre société, sans compter les mutations politiques et le c ep ace violent des intérêts, deux conditions assez peu favorables au paisible ba a -
cernent des santés.
{1) Tardieu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité. Paris, 1852-185/1, 3 vol.
o® édit., augmentée. Paris, 18(52, A vol. in-8.
(2) Max. Vernois, Traité d'hygiène industrielle et administrative, ans, . >
2 vol. in-8.
(3) Écrit en 18 UU.
msToniQUE.
Nouveau contraste! Nous venons d’entasser en peu de lignes les principales causes qui éloignent notre époque de l’observance hygiénique. Or, en face de ce tableau se place un fait qui interdit le regret du passé, un fait qui projette à travers les oppositions de notre vie sociale une lueur providentielle, c’est à savoir, l’augmentation progressive de la moyenne de la vie humaine. On vit plus longtemps par ce temps de perturbation physique et morale qu’aux jours vantés de la civilisation antique, qu’au temps des athlètes et des gladiateurs, des cirques et des palestres : 1 Hygiène n’est donc pas si loin de nos mœurs et de nos formes sociales qu’on serait tenté de le croire? L’Hygiène n’est donc pas morte avec les âges primitifs, avec les institutions de Sparte et d’Athènes? Chacun d entre nous possède une meilleure chance de longévité que les sobres concitoyens de Lycurgue : et pourtant notre législation ne règle pas le nombie des plats de notre dîner; nous ne nous débarrassons point parles noyades de nos enfants contrefaits; tout au contraire, la médecine se fait ingénieuse pour les conserver. En un mot, bien que nous laissions subsister parmi nous les éléments de population qui peuvent faire incliner le plateau de la mort, la mesure des jours qui nous sont comptés a grandi. C’est que l’Hygiène s’est portée de l’individu à la masse. A part quelques institutions conçues dans un espi it de ja ouse nationalité, plus encore que de conservation, qu’a fait l’antiqu. e pour la multitude ? Nos règlements de voirie grande et petite, nos marches, nos canaux, nos fontaines, nos lavoirs publics, nos hospices, nos crèches «os asiles pour les orphelins, les enfants trouvés et les enfants des ouvriers’ s nulle et une inventions d’une charité qui s’attache à toutes les misères’
apai*e à demi tous ,es ^ * « ni
œuvres de Dieu ^ ■ 6 C ^ m°derne applique annuellement aux lités de la mort ^ ^ If88’ s’accroît incessamment des libéra-
plus efficacement nue les T SU1 ^ condition des Populations
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Ce qu’i,s 0üt de liment hycomme l’individu c’est ce mm onservation qui anime les masses
et l’observation pouvaient se , les “V™'18 ?,Ppelé. PHyg.iène spontanée : l’étude dit, c’est d’Hippocrate nue dni^01^, f”1 ? ° .®ysien,e sc,entifique- Nousl’avonS Los qu’elle se présente pour la nr° ! * c est dans l’encyclopédie de
lion positive, avec la sanction / ®,nière. fols ave,c ,es caractères de i’observaiicateurs externes est appréciée G , expcneuce; c’est laque l’action des modidans l’ordre pathologique mais CC,taine Précis>on, non-seulement
rapport entre les pZ i de 71™°''° ^ de « * c’est là que le
l’°« a comprises depuis sous 3 °U ma,ade’ Ct ,es <lue
giène, est saisi dans sa générait et snïv' "np™pVe dc‘ matière de l’hyvduellc. Tandis que les Cnidiens •’ T ." 68 nua,IC0s de l 'organisation indi-
sympiômes pour multiplier sfc • ' ** C" ,IIMClU da,ls * annotation successive des P multiplier sérieusement les variétés de leur classilicatioi,
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sologique, les médecins de Cos s’attachent à la prognose, prise dans sa signification la plus large; et pour mieux asseoir ce jugement médical de 1 état passé, présent et futur du malade, d’une part ils reportent sans cesse leur attention vers les grands foyers d’étiologie que récèle le monde extérieur, d autre part ils ne se lassent point d’interroger par l’observation les conditions mobiles de la santé, afin d’en déduire par comparaison la valeur des phénomènes pathologiques. Hippocrate a fixé le domaine de l’Hygiène, il en a proclamé 1 utilité quand il a écrit ces lignes dont nous avons fait l’épigraphe de notre livre :
« Celui qui, par ses recherches, pourrait connaître la nature des choses extérieures, pourrait aussi toujours choisir ce qui est le meilleur; or le meilleur est ce qui est le plus éloigné du nuisible (1). » Ces recherches, auxquelles il convie les médecins, il en a pris l’initiative, et s’il n’a point rempli le cadre qu’il a tracé, c’est que l’imperfection des connaissances physiques et anatomiques nelui permettait pas de le tenter autrement que par la voie de l’hypothèse et de l’imagination. Les deux termes de cette vaste étude lui manquaient : la notion exacte de la nature des choses extérieures, celle de la structure des organes et du jeu des fonctions ; mais placé au point de contact de ces deux termes, c’est-à-dire observant les changements que l’usage des choses extérieures produit dans l’économie, il a su constater, parfois avec une sagacité merveilleuse, les traits nuancés de la réaction organique, et malgré l'insuffisance des données premières, lier les elfets à leurs causes par une véridique filiation. « Ce qu’Hippocrate savait le mieux, dit avec raison Littré, c étaient les effets produits sur le corps par l’alimentation, le genre de vie et 1 habitation ; ce qu’il savait le moins, c’était le mécanisme des fonctions. De là le caractère de son étiologie, toute tournée vers le dehors. » (T. I, p. 445.) Aussi son esprit se montre-t-il sans cesse préoccupé par les changements de 1 atmosphère suivant les saisons et les climats : d’où l’idée des constitutions medicales, idée féconde que les travaux des Sydenham, Pringle, Stoll, Huxham, Tissot, etc., n’ont point encore épuisée. Ces grandes influences se combinent dans sa pathogénie avec la nature propre du sol ; la terre, suivant les grand es divisions qu’elle présente, imprime un cachet spécifique à ses productions, et présente à l’action des influences atmosphériques des éléments différents ; K«. TtxXXa TX sv xÿ yri epu éfteva Teâvxx <Xx6Xou9a èovra t r, yv- » (T. H, P- ) En 8^" néral, tout ce que la terre fait naître est conforme à la terre elle-même: telle est la conclusion de son traité Sur les airs, les eaux et les lieux, et pour ainsi dire la moitié de sa pathogénie. Après les causes majeures de perturbation qui résident dans l’atmosphère et dans le sol, celles qu’il signale avec le plus c insistance consistent dans l’administration irrégulière des aliments et des exeicices ; il fait ressortir en maint passage les inconvénients d’une nourriture trop abondante, a Mais on commettrait une grande faute, une faute non moins malfaisante à l’homme, si on lui donnait une nourriture insuffisante et au-dessous
(1) Hippocrate, Œuvres complètes, trad. de Littré. Paris, 1830, t. 1, P- 637.
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de ses besoins. Car l’abstinence peut beaucoup dans l’économie humaine pour rendre faible, pour rendre malade, pour tuer. Toutes sortes de maux sont engendrés par la vacuité, différents, il est vrai, de ceux qu’engendre la réplélion, mais non moins funestes (1).» Et plus loin : « Qu’une abstinence intempestive ne cause pas de moindres souffrances qu’une intempestive réplétion, c’est ce qu’enseignera clairement un rapprochement avec l’état de santé. » [Ibid., p. 591.) On connaît son aphorisme sur le danger d’acquérir dans les exercices gymnastiques un excès de vigueur. Joignez à ces causes de maladie l’influence des âges qu’Hippocrate rapproche des saisons, et celle de la chaleur innée au corps humain, l’une de ses erreurs physiologiques, vous aurez toute son Étiologie. Elle roule donc exclusivement sur l’observation des effets produits sur les organes parles modificateurs externes; elle dérive immédiatement de l’Hygiène, et c’est aussi sur l’Hygiène que s’appuie la thérapeutique d’Hippocrate; il est le premier qui ait déterminé le régime dans les affections aiguës, régime abandonné jusqu’alors à la routine ou aux velléités du malade. Dans le premier livre du traité llrpt SiaÎT-nç, il dit, après avoir signalé l’insuffisance des travaux laissés sur ce sujet par ses devanciers: « Je ferai connaître ce que nul de ceux qui m’ont précédé n’a même entrepris de démontrer. » Dans le troisième livre, insistant sur 1 efficacité du régime, c’est-à-dire d’un juste rapport entre 1 alimentation et l’exercice pour combattre l’imminence morbide, il ajoute : <> II ne faut pas chercher à conserver la santé par les remèdes; à cet
égaid, c est moi qui ai trouvé ce qui approche le plus du véritable but, mais personne ne l’a exactement atteint. » Il suffit de parcourir les traités riepr. Otafrr/Ç et ïkrÀ àc^ainç iarplxnç, pour comprendre la part qu’il faisait au i égime dans le traitement des maladies. Il a fait du régime son étude constante; sans cesse il en proclame l’importance. G’est dans le régime des hommes, tandis qu’ils sont encore en santé, qu’il fixe le point de départ de ses observations; c est par là qu’il recommande expressément de s’instruire d’abord: Xpb à Xal -fcottïodacc b tïj <Wrr! r£v àv0pM7cc5v fri èyiodvovriov oïa Çw'p«.
Et après avoir vérifié comment agissent les aliments sur l’homme sain, il arrive a ce corollaire : « En santé, il faut savoir qu’user, avec une régularité toujours la même d’aliments et de boissons de qualité ordinaire, est en général plus sur que d’opérer en son régime quelque brusque et grand changement.»
( ra . de Littré, t. II, p. 283.) Il analyse avec sagacité toutes les circonstances qui font varier les effets de l’alimentation : « Une veille prolongée rend plus difficile la digestion des aliments et des boissons; d’un autre côté, trop de sommeil contre l’habitude relâche le corps, l’amollit et cause du mal de tête. »
\ ’’ P’ 332 333-) Il indique les ménagements qu’exige une transition de régime : « Dans le passage d’une alimentation abondante à l’abstinence, il faut u, repos au coips; il faut aussi, quand on fait succéder subitement le ‘I et inc olencc à une grande activité corporelle, donner du. repos au
U) Hippocrate, De l'ancienne médecine, trad. (le Littré, t. I, p. 539.
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ventre, c’est-à-dire diminuer la quantité des aliments ; sinon il en résultera pour tout le corps de la souffrance et une pesanteur générale. » (P. 3Ü9.) Dans un autre passage, il résume en quelques mots les lois de la diététique à l’égard des affections aiguës ; la médecine physiologique, gardienne inexorable de ses lois, n’aurait pu les formuler plus strictement par la plume de Broussais :
« Dans l’administration des aliments, on songera beaucoup moins à ajouter qu’à retrancher, puisque même un retranchement absolu est d’une grande utilité dans les cas où le malade pourra se soutenir jusqu’au moment où la maladie, arrivée à son summum, ait subi la coction. » (P. 305.) Et pense-t-on qu’Hippocrate ordonne de nourrir le malade toutes les fois qu’il est faible, sans tenir compte de la nature de sa faiblesse? L’école de Brown et de Broussais peutelle revendiquer au moins l’importante distinction de la faiblesse réelle et de la faiblesse apparente, indirecte, ce voile souvent jeté sur une phlegmasie, sur une désorganisation profonde ? Écoutez le médecin de Cos : « Je ne vois pas non plus que les médecins sachent comment il faut distinguer dans les maladies les différentes espèces de faiblesse entre elles, suivant qu’elles résultent ou de la vacuité des vaisseaux, ou de quelque irritation débilitante ou de quelque souffrance, ou de l’acuité du mal, ou des affections et des formes diverses qu’engendrent chez chacun de nous notre tempérament et notre constitution; et cependant l’ignorance ou. la connaissance de ces choses produit la mort ou le salut du malade. « (T. II, p. 317.)
Ainsi, l’observation profonde des effets divers de l’alimentation sur les malades suppléait chez Hippocrate aux révélations du scalpel, et ce que les enseignements de l’anatomie pathologique ont seuls montré aux modernes, à savoir, l’existence des lésions inflammatoires là où pendant la vie la faiblesse et l’abattement avaient été les phénomènes en saillie, Hippocrate le déduisait de la réaction des organes sous l’impression des agents hygiéniques. Ainsi l’hygiène, dans laquelle il puisait en grande partie sa thérapeutique, et en totalité les éléments de son investigation étiologique, lui fournissait encore des aperçus d’une admirable justesse sur la nature des étals morbides et sur la valeur de certains phénomènes prépondérants. L’influence que l’école de Cos attribuait au régime ressort aussi du nombre et de l’étendue des écrits dont il est l’objet dans la collection hippocratique. Outre ceux que nous avons cités, il faut mentionner le traité Du régime des gens en santé (ELpt Stairns ùyiuvr,;), que Littré attribue à Polybe, ouvrage destiné particulièrement à servir de guide aux hommes qui vivent dans une condition privée et libre (î&wTote), et contenant des conseils pour réduire ou procurer l’embonpoint ; le livre De l'usage des liquides (Ilepî èypùv xprijioç), qui ligure dans la cinquième classe de Littré, c’est-à-dire parmi les livres qui ne se composent que d’extraits et de notes, sans rédaction définitive. Le livre Des songes (HepI èvuTrviwv) est rangé, par le savant traducteur d’Hippocrate, parmi les écrits (pii, dépourvus d’une autorité suffisante pour être attribués à ce dernier, portent néanmoins le cachet de son école ; il expose les rapports qui peuvent exister entre les songes et les
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variations du régime ; on a pu le considérer avec raison comme une suite du troisième livre Th si âtalryç, qui traite des effets de la réplélion et des écarts alimentaires, cause fréquente des agitations nocturnes. Le traité De l'aliment
(rissi fpoamç) est rangé par Littré dans la huitième classe des écrits hippocratiques, composés vers les temps d’Aristote et de Praxagore ; il traite de la nature même de la substance alimentaire, de ses proportions avec les âges et les tempéraments, de ses variétés et de son mode d’administration. Mais l’œuvre hippocratique qui intéresse au plus haut degré l’hygiène, c’est, sans contredit, le traité Des airs, des eaux et des lieux, monument immortel du génie, et qui non-seulement offre aux méditations du praticien une substance inépuisable, mais développe avec grandeur tout un système d’anthropologie. L’excellence de ce petit livre, si fréquemment cité et si diversement jugé, nous engage à en donner brièvement une idée à nos lecteurs. Il est aisé d’y suivre l’auteur dans l’examen de quatre points essentiels : 1" Quel est le degré de salubrité et quelle est l’influence pathogénique des villes, en raison de leur exposition particulière au soleil et aux vents ? 2° Quelles sont les qualités des eaux de provenance diverse? 3° Quelles sont les maladies qui prédominent suivant les saisons ? 4° Il termine par la comparaison de l’Europe et de l’Asie, rapportant aux conditions du sol et du climat les différences physiques et morales qui dénotent les populations de ces deux contrées. Ainsique le fait remarquer Littré, Hippocrate se contente d’énoncer les résultats de ses observations, sans nous apprendre comment il les a obtenues, ni par quels moyens il serait pos-
sible de les contrôler. Mais si le laconisme des indications que fournit Hippocrate contraste avec la multiplicité desdonnées que l’on exige aujourd’hui pour fondement d’une bonne topographie, on entrevoit bientôt, en les méditant, la grande portée des préceptes qu’il émet; on sent que chacun de ses axiomes concentre la substance d’une observation aussi minutieuse que multipliée, et qu il use du style aphoristique, non pour affirmer sans preuves, mais pour réduire par la généralisation l’immense détail de son expérience. La physionomie pathologique qu’il assigne aux villes ouvertes aux vents chauds et aux villes accessibles aux vents froids est pleine de vérité ; et telle est, suivant Hippocrate, l’énergie de cette influence topographique, que les villes exposées a I orient 1 emportent en salubrité sur celles qui sont exposées au nord ou au midi, ne lussent-elles séparées les unes des autres que par un intervalle d’un stade (94 toises et demie). (T. II, p. 23.) Ne voyons-nous pas, en effet, se déployer en quelque sorte la vérité de cet axiome sur les deux versants de ces montagnes du Piémont ou delà Suisse, dont l’un nous présente une population saine et belle, tandis que l’autre est habité par des goitreux, bénéfice et détriment de deux expositions contraires ? Il est facile d’appliquer à la plupart des enonciations d’Hippocrate le contrôle de l’observation actuelle; mais, pour -ii i econnaitK la justesse, il faut souvent écai torde interprétations accessoires I i émanent des v ues ei muées ou incomplètes sur la structure et le mécanisme ictionne des oiganes. Certains passages de ce livre et des autres productions
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hippocratiques ont une vérité locale, et sollicitent, pour être appréciés, l’expérience même du climat où ils furent écrits. Nous qui avons séjourné en Grèce, nous admirons sans réserve la courte description qu’il donne des maladies engendrées par les marais. Après avoir peint l’état cachectique des individus qui vivent dans les contrées paludiques, il ajoute : « En outre, les hydropisies y sont très-fréquentes et très-dangereuses; car, pendant l’été, les habitants sont affligés par des dysenteries, par des diarrhées, par des fièvres quartes de longue durée, maladies qui, prolongées , se terminent dans de pareilles constitutions par des hydropisies et causent la mprt. » (T. II, p. 29.) Voilà bien les phases pathologiques que déroule, dans des pays chauds à marais, la saison pyrétique (1). C’est encore ainsi, sous l’horizon de la Grèce, que l’on peut apprécier la justesse de la corrélation qu’il établit entre les maladies et les saisons. Mais, sous toutes les latitudes, il est donné de reconnaître tout ce qu’il y a de philosophique dans la marche suivie par Hippocrate pour l’étude des constitutions médicales et des climats. Il commence par noter l’influence que chaque saison exerce sur la constitution physique et sur le caractère moral de l’homme dans le pays même où il pratique; et, convaincu que les climats se caractérisent comme les saisons par la prédominance d’une température donnée, il en conclut que les peuples placés sous un climat quelconque doivent présenter le développement des facultés morales et physiques qui sont excitées spécialement par la saison dont la température correspond à ce climat : climats et saisons ne diffèrent donc, dans la conception hippocratique, que par le degré de permanence des effets. Qui nierait les modifications profondes que chaque saison imprime à l’homme et à toutes les productions de la nature? Or les climats froids ou chauds représentent en quelque sorte des saisons continues; par la stabilité de leurs conditions, ils doivent agir avec une invariable énergie, non-seulement sur les productions du sol, mais sur les
(1) En se plaçant au point de vue local, et pour ainsi dire dans 1 horizon physique de la médecine hellénique, Littré a jeté une lumière nouvelle sur les épidémies d Hippocrate, épidémies que répètent encore aujourd’hui les mêmes climats avec une saisissante identité de nature et de phénomènes. Nous regrettons seulement que Littré, au lieu d éclairer se» rapprochements parla seule pratique des médecins d’Afrique, n’ait pas interrogé celle des médecins militaires qui, antérieurement et pendant plusieurs années (de 1827 à 1833), ont observé sur cette même terre où Hippocrate a observé et écrit. Dans le nombre de ces derniers, la justice veut que nous mentionnions Raymond Faure, qui, dès 1829, adressait au conseil de santé les lignes remarquables qu’il a reproduites depuis dans son Traité des fièvres intermittentes et continues (Paris, 1833), lignes où le caractère des pyrexies locale» est bien apprécié, et l’emploi du sulfate de quinine largement indiqué. Feu mon maître. Gaspard Roux ( Relation médicale de l'expédition de Morée), n’a pas rappelé moins explicitement les principes de la médication quinique dans le traitement des fièvres rémittentes et subconlinucs. Ce petit livre d’un observateur éminent aurait dû servir de vade-mecum aux médecins de l’expédition d’Alger et de leurs successeurs sur cette terre classique des maladies palustres.
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populations qui l’habitent. L’anthropologie de Cos n’isole point l’homme de ce qui l’entoure, elle ne le considère pas comme un être d’une nature distincte ; il est fils du sol qui l’a vu naître; il porte, comme tous les autres produits de la nature, le cachet de son origine locale : « Ce que la terre engendre est conforme il la terre elle-même, et l’homme ne déroge point à celte loi commune. » Toutefois l’omnipotence du climat ne va point jusqu’à neutraliser faction d’autres causes moins générales; en esquissant à grands traits le caractère physique et moral des habitants des montagnes et des plaines, Hippocrate déclare qu’il faut tenir compte de la configuration du sol et de son exposition, comme d’une influence majeure ; il reconnaît avec une égale libéralité le pouvoir des institutions, modératrices des effets du climat ; sa pensée sur ce point respire tout entière en ces lignes : « La cause en est (de la pusillanimité et du défaut de courage des Asiatiques) surtout dans les saisons qui n’éprouvent pas de grandes vicissitudes, ni de chaud, ni de froid, mais dont les inégalités ne sont que peu sensibles. Là, en effet, ni l’intelligence n’éprouve de secousses, .ni le corps ne subit de changements intenses, impressions qui rendent le caractère plus farouche et qui y mêlent une plus grande part d’indocilité et de fougue qu’une température toujours égale. Ce sont les changements du tout qui, éveillant l’intelligence humaine, la tirent de l’immobilité. Telles sont les causes d’où dépend, ce me semble, la pusillanimité des Asiatiques. Il faut encore y ajouter les institutions : la plus grande partie de l’Asie est, en effet, soumise à des rois ; or là où les hommes ne sont pas maîtres de leurs personnes, ils s inquiètent, non comment ils s exerceront aux armes, mais comment ils paraîtront impropres au service militaire, etc. » (T. II, p. 62 et 6A.) La doctrine de l’influence souveraine des climats, des localîtés#et des institutions, a manifestement inspiré un autre ouvrage non moins admirable que le traité Des airs, des eaux et des lieux, nous voulons parler de {'Esprit des lois par Montesquieu. Vainement l’auteur se tait sur la source où il a puisé le principe de ses magnifiques développements ; vainement Dalembert inscrit au frontispice de ce monument littéraire et philosophique du xvilT siècle cette épiera, p ie empruntée d’Ovide : Prolem sine matre creatam, la filiation est évidente. Et pourquoi le génie, se retournant contre les siècles accumulés, renierait-il sa glorieuse généalogie? L’idée fondamen taie de Y Esprit des lois est dans la nécessite » accouei la législation des peuples avec la forme de leurs gouvernements, et c ans le rapport de cette forme avec la nature particulière du climat. Sans dou e le publiciste français, dans le développement de son idée, s’attache prinipalement à faire ressortir et à apprécier les causes essentiellement morales qui .avafllent les hommes réunis en société ; mais il a préalablement marqué dans e climat la cause déterminante des dispositions morales des peuples, et la oc nue de Cos a s. largement transpiré dans son ouvrage, que des critiques ont reproché d attribuer tout au froid et à la chaleur. Dans le XVIL litre,
■ i. tule hippocraliquement : Comment les lois de la servitude politique ont du a. ce unatui e du climat, il va jusqu’à étayer, comme Hippocrate, la
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démonstration de ses prémisses sur le parallèle des peuples de l’Asie et de l’Europe. Admirable virtualité d’un écrit de quelques pages, rédigé il v a plus de deux mille ans, et qui dépose, en traversant les siècles, ici l’idée des constitutions médicales, boussole éternelle de toute pratique, là le germe d’une des productions les plus considérables de l’esprit humain ; opuscule que toute main vraiment médicale a feuilleté avec respect, ébauche d’une climatologie tentée sans le secours des notions exactes que fournissent en foule aujourd’hui les sciences physiques et naturelles, et devant laquelle, lecture faite, ou s’écrie involontairement : « Que savons-nous de plus? »
L’histoire de l’Hygiène tire des ouvrages d’Hippocrate deux faits importants : 1° Il existait de son temps, et même avant lui, des médecins attachés aux gymnases, avec l’office spécial d’étudier les effets de l’alimentation sur les exercices, d’établir sans cloute le régime le meilleur pour exceller dans les différentes branches de la gymnastique, et d’en diriger les applications au rétablissement de la santé. 2° Sous le rapport pratique, l’Hygiène se confondait avec la Médecine, et, soit clans le traitement des maladies, soit dans la recherche, de leurs causes productives, soit même dans l’interprétation des phénomènes morbides quant à leur valeur et à leur gravité, les médecins de Cos out accordé à l’Hygiène une importance première, médiocrement imités en cela par les modernes, qui se montrent plus enclins à la thérapeutique et à l’étiologie systématiques.
Les bornes qui nous sont imposées nous obligent à glisser rapidement seules travaux dont l’Hygiène a été l’objet depuis l’école de Cos. Les premiers auteurs qui se présentent après elle sont Dioclès de Garysle, connu par son épître prophylactique adressée à Antigone, l’un des successeurs d’Alexandre, et Celse qui a condensé clans un cadre analytique les notions médicales de son époque (A. Cornelii Celsi de re medica libri octd). Celse, qui llorissait l’an 30 de notre ère, ne s’est point contenté, comme on l’a répété, de traduire Hippocrate : plus d’une page de son livre porte l’empreinte d’une observation personnelle, et, dans son ensemble, il est mieux ordonné que la plupart des écrits hippocratiques. Après avoir esquissé clans une préface les origines et les progrès de la médecine, il consacre le premier chapitre dit premier livre (1) a l’indication clés règles hygiéniques qui conviennent aux différentes constitutions. Osons-le dire, il est peu d’ouvrages modernes qui nous offrent en un si petit nombre de pages plus de réflexions judicieuses, plus de préceptes utiles. Que chacun étudie son tempérament, dit-il, car là est le principe des différences individuelles; il n’est guère de corps qui n’ait sa partie faible, un organe plus susceptible que les autres (2). Ailleurs il exprime clairement la loi des sym-
(1) C’est par erreur que, dans le Dictionnaire des sciences médicales, on mentionne le premier livre de Celse comme étant consacré à l’hygiène; le deuxième chapitre de ce livre appartient à la pathologie.
(2) « Ante omnia aulem norit quisque naturam sui corporis. quoniam alii graciles, alii
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pathies morbides et. des idiosyncrasies : « Quoties offensum corpus est, vitiosa purs maxime sentit. » N’est-ce pas dans l’organe malade cfue retentit toute impression trop forte que perçoit l’économie? Il devient en quelque sorte le centre auquel aboutissent toutes les sensations, tous les ébranlements communiqués à la machine; mais cet important corollaire de physiologie pathologique n’a pas été énoncé par les modernes avec plus de netteté que par Gelse. La susceptibilité plus grande de l’estomac citez les citadins et les gens de lettres ne lui échappe point (1). Il ne ressemble pas à ces médecins qui mettent la santé au prix d’une observation minutieuse de soi-même, et qui instituent sous le nom d’hygiène la plus misérable des servitudes. Pour l’homme sain et bien constitué, point de règle inflexible; la variété du régime et des exercices, les alternatives inégales de travail et de repos, tel est à bon droit l’ordre de vie qu’il lui conseille : « Sanus homo qui et bene valet, et suce spontisest, nullis obligare se legibus debet, ac neque medico neque iatralipta egere. Hune opurtet varium habere uitœ genus ; modo ruri esse, modo in Urbe, sœpius in agro ; navigure, venart, quiesccre interdum, sed frequenlius se exercere; stquidem ignavui corpus hebetat, labor firmat; ilia maturam senectutem, hic longam adolescentiamreddit. » Ce langage sera toujours vrai, fût-il d’une latinité moins élégante, car il est celui du bon sens. Les partisans de la tempéiance absolue s offusqueront de cet axiome de Celse, qui résume cependant les conseils qu’il adresse aux hommes sains et robustes : » Modo plus justo , modo non amplius assumerez (tantôt satisfaire simplement le besoin, tantôt en dépasser la stricte mesure), et ils répéteront avec Sanctorius ; « Ce/si sententia non omnibus tuta est. » Mais sans généraliser ce précepte de facile hygiène à tous les tempéraments, soutiendra-t-on que les mouvements de la vie doivent ressembler aux oscillations isochrones du pendule, et quelle volonté, toujours en éveil, répondra à l’organisme d’une mesure toujours égale d’activité, d’une dose invariable de stimulation? II ne pouvait d’ailleurs prêcher les excès débilitants, le praticien profond qui a recommandé de ménager dans la santé les ressources de la maladie (2), censurant ainsi (dix- !"'L 8lec,es à |,avance) les aberrations thérapeutiques de cette médecine qui, s absorbant dans les localisations morbides, perd de vue le tout vivant, et, par I aveugle énergie du traitement, enlève d’emblée au malade les ressources de leaction qu il a thésaurisées dans la santé.
Quo'que séparée justement delà médecine par Hippocrate, la philosophie pmi civoice avec elle, et, à certaines époques, elle intervient utilement pour la vulgarisation de ses préceptes. Plutarque leur a prêté les charmes de
* res^h.r. 'all aln .Cal,,ii’ ‘*lîi rrl>idiores; alii humidi, alii sicciores ; alios adstrlcla, alios
(Lib i ' 'US RX®rcet> Rarô flu'squam non aliquam partertl corporis imbecillcm habet. » i, cap. i, scct. xi.)
» cunidi lit if 'lllS sto'nacl'°’ A110 in nura0ro magna pars urbauorum omnesque pene » copiai htterarum surit [Ibid., sect. ii.)
(2) « Cavendum ne in secunda valetudine adversæ præsidia consunmnlur.
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son stylo dans un traité d hygiène (uyuiva TrapayyE'Xjuara) : il y recommande, entre tous les autres exercices, celui de la lecture à haute voix ; il s’élève contre l’abus des bains froids, contre le sirmaïsme ; quant à ses éloquentes déclamations contre la sarcophagie (nourriture animale), reproduites par Rousseau, il suffit, pour les juger, de rappeler que le philosophe ancien et le philosophe du xyiii6 siècle n’ont pas exclu la viande de leur régime. Lin autre philosophe, Aulu-Gelle, établit dans ses Nuits attiques (liv. XII, ci) un dialogue entre Favorinus et une dame romaine sur les inconvénients des nourrices mercenaires, et fait valoir l’allaitement maternel par des arguments que ne désavouerait pas entièrement la physiologie moderne; imitateur de Plutarque dans la proscription des viandes, Jean-Jacques s’est inspiré de ce passage d’Àulu-Gelle pour ramener les jeunes mères au devoir le plus doux que la nature leur ait confié (1).
La collection de Cos n’est pas plus riche en traités relatifs à l’Hygiène que la collection galénique; il n’y a pas lieu d’en donner ici l’énumération. La fécondité de Galien, on pourrait dire sa prolixité, défie la patience de l’analyse ; ses productions originales sur l’Hygiène, jointes à ses nombreux commentaires sur Hippocrate, forment une encyclopédie de cette science, dans les proportions de l’époque, encyclopédie où l’Hygiène morale, que l’on a cru inventer de nos jours, a son rang, car il a fait, ou du moins on lui attribue un livre sur la manière de connaître et de guérir les passions de l'âme. Il partage la société en trois classes auxquelles il adapte ses prescriptions conservatrices. La première se compose des hommes naturellement vigoureux et sains, ayant d’ailleurs le loisir de la culture personnelle ; la deuxième comprend les organisations délicates; dans la troisième, il range la plèbe des travailleurs dont la journée appartient aux occupations publiques ou privées. Les points qu’il a mieux approfondis, sous le rapport hygiénique, que ses prédécesseurs, sont l’enfance, la vieillesse, les tempéraments, les habitudes, les affections morales. Il prohibe les bains froids jusqu’après la période révolue de l’accroissement : « L’eau glaciale saisit trop ceux qui n’y sont pas faits et les refroidit profondément » , plus sage en cette exagération que Rousseau dans l’exagération inverse. C’est Galien qui a mis en circulation l’expression de choses non naturelles, appliquée à la matière de l’Hygiène; il en distinguait six : l’air, l’aliment et la boisson, l’inanition et la réplétion, le mouvement et le repos, le sommeil et la veille, les affections morales ; par opposition aux choses naturelles, qui sont les éléments, les complexions, les humeurs, etc., et aux choses extranaturelles, qui sont la maladie, la cause et les concomitances. La doctrine du chaud et du froid, du sec et de l’humide, déjà combattue par Hippocrate dans le traité de l 'ancienne médecine , se trouve dans Galien avec la division de chacun de ces éléments en quatre degrés, et c’est sur l’échelle fantastique
(1) En 1746, Déparcieux (Essai sur les probabilités de la durée de la vie humaine) signale aussi comme cause de mortalité chez les nouveau-nés la funeste coutume de les mettre en nourrice.
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de ces divisions qu’il prétend classer les propriétés des substances alimentaires et médicamenteuses. Il aperçoit les difficultés de cette classification, mais il l’entreprend dans la pensée de fournir un guide sûr aux pas du médecin : « Ce sera l’œil à l’aide duquel il fixera et discernera la vérité. » (Lib. III, firmedicam. simpl.) Singulière similitude ! Il semble que l’erreur tourne comme la vérité dans un cercle éternel ; l’homœopathie affirme que la puissance dynamique des médicaments se développe par les dilutions et croît en raison inverse de la quantité matérielle; elle affirme, non à priori, mais avec preuves et expériences. Ainsi fait Galien; il exécute sa rénovation de la matière médicale et hygiénique « non d’après des probabilités et des conjectures, mais d’après des expériences précises et exactes». La doctrine des quatre degrés s’appuie donc aussi sur l’expérience, ‘comme celle des doses infinitésimales; mais le succès qu’elle obtint n’a pas encore été égalé par cette dernière. Continuée par Oribase, Aétius, Paul d’Égine, Alexandre de Tralles, elle passa des médecins appelés Grecs anciens aux trois écoles à peu près contemporaines des Arabes d’ Orient, des Arabes d’Occident et de Salerne; elle défraya la science des médecins européens du xm° et du xive siècle qui ne connaissaient que les Arabes, et, par ces derniers seulement, Galien. Elle domina ainsi sans partage le monde médical; mais ce que Descartes fut pour le despotisme philosophique d’Aristote, les savants du Bas-Empire le devinrent pom la médecine galénique; en apportant à l’Europe les manuscrits de l’an ti— quité, ils en firent naître le goût, et les livres d’Hippocrate apparurent dans les écoles d Italie, de France et d’Angleterre. Dans la longue période qui aboutit à la Renaissance, un sepl monument historique s’off're à l’hygiéniste : c’est le recueil versifié de Salerne. Dès le milieu du vne siècle, cette école s’était rendue célèbre par la' culture des lettres; mais ce n’est que vers la fin du xi siècle que Constantin de Carthage, dit l’Africain, y importa le premier a medecine grecque et arabe. Remarquez le siège de cette école, entre l’Europe et l’Afrique ; c’est là, dans une ville placée sur la limite de deux civilisations issues, l’une du Coran et l’autre de l’Évangile, que le génie arabe dépose, en se retirant, une vase féconde d’où naît, sous la faveur de Frédéric II, la première institution que la médecine ait possédée dans l’Europe chrétienne.'
importance de l’école de Salerne réside moins dans l’unique ouvrage qui nous en reste que dans les résultats historiques de sa fondation ; elle n’a guère ami e mu ne que celui de sa date, mais ce mérite est immense ; elle succède ans 1 ordre des temps aux écoles des Grecs et des Arabes, dont elle est l’ex-
rnmT Cf0m,b'?ée; el,e servira de ^ aux institutions analogues qui s’élève- , .. ,S au ( ans ^CS gaules villes d Europe; elle ressuscite l’enseignement cnniiem i^r 0\0<^Ue’ ^ *C seul ia*1 (ïe son existence, une législation qui adenj l ** ,f°"demcnts de la l)olice médicale : le roi Roger décerne à ses conlisrif6 Pr,|V1 T cxcU,sd dc r^ercice de l’art, et établit la pénalité de la [u I ,|°n ' es )lU)s contre ceux qui osent pratiquer sans l’autorisation de ■'PpeiL te la que notre société, si infatuée de ses progrès, peut
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envier quelque chose à la Sicile du xie siècle. Quant au recueil connu sous le litre de Maximes de l’école de Salerne , il se compose d’une suite de stances en vers léonins, plus remarquables par la précision que par l’élégance de l’expression et la correction de la facture prosodique (1). La forme aphoristique, adoptée par l’auteur (Jean de Milan ?), n’exigeait entre les préceptes qui se succèdent aucune liaison méthodique ; on y découvre cependant un certain ordre; au début, quelques axiomes généraux sur l’entretien de la sauté qui sont, avec les vers suivants, la plus saine portion de l’ouvrage :
Si tibi deficiant medici, medici tibi fiant
Hæc tria : mens hilaris, requies moderata, diæta.
Les conditions d’une atmosphère salubre, les avantages de la propreté, sont indiqués plutôt qu’exposés. Les règles relatives aux boissons, aux aliments, aux assaisonnements, les propriétés alimentaires, curatives ou prophylactiques d’une foule de plantes, fournissent ensuite un grand nombre de stances et absorbent presque la moitié du texte. C’est dans cette partie que sont agglomérées en vers sybillins les erreurs les plus grossières, logique émanation des doctrines de l’époque; c’est là que des faits pathologiques mal observés font naître d’absurdes interprétations, et provoquent les conseils de la plus étrange thérapeutique. Cicéron a dit des philosophes, qu’il n’est si énorme absurdité qu’ils n’aient soutenue. Les philosophes le cèdent aux médecins, et, par une aggravation inhérente à leur ministère, ceux-ci appliquent sur le corps humain les témérités que ceux-là se contentent d’agiter en leur cervelle. Après ce petit traité de diététique, le lecteur passe à l’hygiène particulière de quelques organes; quelques maux qui affectent la tête, les yeux, les oreilles, la poitrine, sont examinés étiologiquement et donnent lieu à des préceptes curatifs. Vient ensuite une dissertation sur les tempéraments, sur les quatre humeurs qui les constituent, sur le mélange ou l’excès de ces éléments, etc. Enfin, quelques vers sur les effets de la saignée, et les précautions qu’elle nécessite après coup, terminent le recueil.
Si l’on se place dans la perspective des progrès accomplis depuis cinq ou six siècles pour juger ce livre qui résume l’esprit d’une école célèbre, on n’y verra qu’un fatras indigeste de médecine et de diététique, un lambeau de galénisme cousu aux recettes de la polypharmacie arabe, les dictons de la sagesse antique, et les échos accrédités des superstitions populaires. Mais ne jugeons pas les travaux des siècles antérieurs avec les connaissances d'aujourd’hui; le testament médical de Salerne est un document historique, non une source à consulter pour le travail actuel de la science. Toutefois l’école hellénique semble se réfléchir sur quelques pages, et plus d’un axiome de salubre
(1) L’École de Salerne, traduction en vers français par Ch. Meaux Saint-Marc, avec le texte latin en regard, précédée d’une introduction par Ch. Daremberg. Paris, 1861, in-12.
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hygiène vous y frappe comme une réminiscence hippocratique. Cette observation, fécondée par un simple rapprochement de dates, permet de fixer le moment du premier réveil des lettres grecques en Europe; moment bien antérieur au voyage de Chrysoloras (1393), auquel Ilallé(l) attribue l’initiative de la révolution qui répandit les lettres grecques en Europe. Nous reconnaissons avec Rialgaigne (2) combien ce savant grec a contribué à celte restauration. Venu en Italie pour réclamer le secours des princes chrétiens, l’envoyé de l’empereur Emmanuel Paléologue condescendit à enseigner le grec aux disciples qui l’entourèrent avec une suppliante curiosité, et, par cet humble labeur de grammairien, il rétablit entre l’Orient et l’Occident la communion intellectuelle, scellée soixante ans plus tard par la prise de Constantinople (1453). Riais comment l’opuscule de Salerne, que l’opinion la nlus générale rapporte vers l’an 1100, s’est-il déjà coloré en maint endroit d’une teinte hellénique, dénotant ainsi dans l’école qui l’a rédigé l’influence mixte des Arabes et des Grecs? C’est que ce livre, dédié à un ancien croisé, cette école fondée sur une terre récemment arrachée parles chevaliers normands à
la domination des Sarrasins, correspondent à l’époque des croisades : or, les migrations armées qui ont précipité vers l’Orient serfs et feudataires ne furent pas seulement les vains épisodes d’une chevalerie dévote, une odyssée d aventures glorieusement inutiles; dans la plèbe guerroyante se confondaient clercs, artisans, moines, médecins, et cet essaim bigarré devint, entre les ignorances de la vieille Europe et la tradition scientifique du Bas-Empire, un véhicule de communication. D’une part, l’influence arabe fixée sur plusieurs points de l’Europe, et de là rayonnant sur elle avec énergie; d’autre part, le souffle de l’Orient glissant sur les esprits et les inclinant vers l’antiquité, voilà la double raison du mouvement civilisateur qui, noté sous le nom de renaissance, a commencé dès le xnc siècle, mais qui n’acquit toute sa force que pendant la durée du xve siècle, marqué tout à la fois par l’exhumation successive des manuscrits grecs et latins, par la découverte de l’imprimerie et par celle de l’Amérique,
Depuis cette époque jusqu’à Sanclorius (1571), les publications assez nombreuses dont l’Hygiène est l’objet se font remarquer tout naturellement par
une connaissance plus exacte des anciens, quoique la double superstition de
1 astrologie et des panacées, introduite par les Arabes, se prolonge jusqu’au commencement du xvi« siècle. Quelques-unes ont un caractère propre tels
LTqu treT t T* d® h B,'Uyère de ChamPier> cité par Boerhaave ;
Dréseni -H *eS avaiUaSes de la sobriété, dont il
S T6 eXcmPle ^morable, puisqu'on se contentant de douze
delà de * "T S S° K f et dC qual0rZe onccs fle lifll,i(,e par jour, il vécut au delà de cent ans; enfin, YHistoria morbi et vitæ du chancelier Bacon. Ce
(1) Dallé, Dict. ries se. méd., t. XXII, p. 584.
(2) Ambr. Paré, édition Malgaigne. Paris, 1841, 1. 1, p. 108.
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grand homme, en ramenant les esprits du culte exclusif des anciens à l’exploration directe de la nature, substitua l’autorité de l’expérience à celle de la tradition, et prépara les progrès ultérieurs des sciences physiques. Sanclorius entra largement dans cette voie nouvelle; son nom seul est une époque dans l’histoire des trois sciences congénères, la physique, l’hygiène et la physiologie ; il eut la première idée d’un instrument à point fixe pour l’évaluation de la température; six ans plus tard, le thermomètre fut inventé en Hollande, et il sert aujourd’hui, entre les mains de la médecine exacte, au but que poursuivait Sanclorius, à la mesure de la chaleur fébrile. Ses expériences sur la transpiration insensible, contrôlées depuis par tant de nouveaux essais, pèchent sans doute par quelques-uns de leurs résultats; mais conçues avec génie, continuées avec persévérance, elles jettent une vive lumière sur les connexions fonctionnelles des organes, et livrent à l’hygiène une ample veine de déductions pratiques. Scrupuleux à constater l’influence qu’exercent sur la transpiration cutanée tous les états par où passe l’économie, il grandit son sujet jusqu’aux limites d’un traité d’hygiène. Comment se comporte celte fonction éliminatoire aux différentes heures du jour, aux saisons diverses, à l’air, dans le bain, par l’alimentation et la diète, pendant le sommeil ou la veille, etc. ? Les réponses faites à ces questions par Sanctorius demeurent encore vraies dans leur généralité; les expériences faites depuis ont montré seulement que la température extérieure influe plus que la vigueur de la constitution sur la quantité du fluide exhalé par la peau.
En glorifiant la marche imprimée au travail scientifique par François Bacon, et si utilement suivie par Sanctorius, soyons justes envers un cordelier du XIIIe siècle, qui faillit expier au prix de. sa liberté, et peut-être de sa vie, la tentative qu’il fit pour secouer le joug de l’autorité scolastique. Ce cordelier s’appelle Roger Bacon, professeur à Oxford, et qu’on surnomma le docteur admirable. Il avait reconnu la nécessité de fonder la science sur l’observation, d’interroger directement la nature. Il trouva même des élèves qui se cotisèrent pour faire les frais des expériences projetées; il n’en fallut pas davantage pour le désigner aux persécutions de ses supérieurs religieux; condamné à la prison perpétuelle, au pain et à l’eau, il n’en sortit qu’à la condition de renoncer à la physique. Sept ans avant Sanclorius, était né à Pise cet autre martyr de la vérité, Galilée (1564), qui osa démontrer par des expériences péremptoires la vérité du système de Copernic, déclaré hérétique en 1515 par l’inquisition. L’année même où Sanctorius vint au monde vit naître Keppler, ce révélateur des trois grandes lois qui régissent les mouvements des corps célestes. Le xvic siècle, après avoir donné ces grands hommes, produit à son déclin le génie français, qui, à l’âge de vingt ans, imagine l’application de l’algèbre à la géométrie, jette les bases de la dioptrique, et prépare, si l’on peut ainsi dire, Huyghens (1629) et Newton (1642) : le lecteur a nommé, Descartes. Galilée, parla découverte de la pesanteur, avait conduit Torricelli à celle de la pression atmosphérique; Descartes suscita l’idée à Pascal de
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mesurer lés hauteurs par Je baromètre; ce dernier résolut en même temps les principaux problèmes de l’équilibre «des liquides. A ces découvertes Newton en ajoute d’autres plus grandioses : la loi de la gravitation universelle la décomposition de la lumière, prémices d’un génie de vingt-quatre ans. C’est 'encore Newton qui posa les premiers fondements de la chimie mécanique, en montrant que les combinaisons dépendent de l’action moléculaire. La physique générale reçut de ses travaux une grande impulsion; en appliquant le calcul aux phénomènes naturels, Newton apprit à vérifier, 'par ce contrôle analytique, les résultats de l’expérience. Il institua l’étude des forces auxquelles on doit rapporter tous les phénomènes (1); il n’observait, il ne classait ceux-ci que pour arrivera celles-là; enfin, en considérant l’attraction, non-seulement entre les masses à de grandes distances, mais encore entre les particules des corps, il créa la philosophie naturelle.
La liaison étroite qui existe entre les sciences physiques et l’hygiène nous obligeait à indiquer rapidement les progrès accomplis par celles-là dans les xvr et xviie siècles, progrès qui se sont continués jusqu’à nos jours, et qui ont élargi le domaine de la physique, au point de constituer en autant de sciences particulières ses principales branches, telles que l’électricité la umiere, la chaleur, le magnétisme, l’acoustique, etc. Plus tardive, la chimie se dégagé cependant des erreurs de l’alchimie, grâce aux efforts de Becker et le Stahl, de Boerhaave; Geoffroi expose la théorie des affinités et procure à
Black 6 01 “ BT12Un de puissants ,noJ'CHS d’analyse. Venel, et ensuite Black, constatent le principe qui caractérise les eaux minérales acidulés-
Beccan sépare de la farine de froment l’amidon et le gluten- Gartheuser
applique aux médicaments l’analyse par l’eau et par l’alcool. La découverte
es gaz entrevue par Van Helmont, au commencement du xviP siècle
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M- lSvy- Hygiène, 5e édit.
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Cependant les connaissances médicales, qui sont avec la physique et la chimie l’indispensable appui de l’hygiène, tendent aussi à une exactitude de plus en plus grande, là du moins où l’exactitude est possible. I.cs belles expériences de Harvey sur la circulation du sang (1619), la découverte des vaisseaux lactés par Asellius, les recherches de Rudbeck et de Ilartholi n sui les diverses portions du système lymphatique, recherches couronnées longtemps après par celles de Hewson, de Hunier, de Mascagni; les notions anatomiques perfectionnées par Malpighi, Ferrein, Winslow, Cowper, Valsalva, Scarpa, etc. ; l’anatomie pathologique instituée par Morgagni ; les résultats de la pratique féconde des grands observateurs, tels que Sydenham, Boerhaave, Van Swieieu, Mead, Hoffmann, Torti, Baglivi, de Haen, Stoll, etc. ; la physiologie éclairée par les vivisections et par l’anatomie comparée : telles sont, avec tantd auties travaux dont l’énumération serait longue, les acquisitions de la médecine jusque vers le déclin du xvitl0 siècle; elles se réfléchissent sur 1 hygiène, ainsi que les progrès des sciences physiques et chimiques. Dès le commencement du XVIIIe siècle, on s’efforce de trouver les causes de 1 altération de 1 aii et les moyens d’y remédier (Boyle, Haies, Sutton). Locke écrit sur 1 éducation physique ; Winslow démontre le danger des corps baleinés dans l'habillement des femmes; Tissot vulgarise les préceptes de l’hygiène (1). Nous ne pouvons que mentionner les expériences de Duhamel et de Tillet, celles de Foidyce et de Blagden sur les variations de la température humaine; les éciits de ^ icq d’Azyr sur le méphitisme et de Thouret sur les inhumations ; les commentaires de Lorry sur la statique de Sanctorius, son traité célèbre des aliments, celui de Zuckert (2); le traité des maladies des artisans par Ramazzini (3), ouvrage dont la seule idée honore le XVIIe siècle. Le xvmc inscrit encore avec orgueil les noms de Pringle, de Lind, d’Hillary, de Poissonnier, de Coock, de Parmentier, de Jean-Pierre Frank (ft), de Michaelis (5). H allé établit par ses travaux un lien de continuité entre le xym0 et le xix° siècle ; en soumettant à une révision sévère un certain nombre de questions fondamentales, telles que les tempéraments, les climats, etc., il a fait pour l’hygiène générale ce que Parent-Duchâtelet a tenté de nos jours pour l’hygiène publique, à laquelle ce dernier a fait, de plus, avec succès une large application de la statistique.
Accumuler des noms d’auteurs et d’ouvrages, ce n’est point tracer l’histoire d’une science, et pourtant, vu les limites de cette esquisse, comme à cause des
(1) Tissot, Avis au peuple. — De la santé des gens de lettres, nouvelle édition. Paris, 1826, etc.
(2) Zuckert, Allgemeine Abhandlung von den Nahrungsmitteln. Berlin, 1775.
(3) Traité des maladies des artisans , d’après Ramazzini, par Ph. Pâtissier. Paris,
1824, in-8.
(4) J. P. Frank, System einer vollstündigen medùintschen Poluei. Manheim, 1 1817 6 vol. in-8. — De tuenda republica per medicorum consilia, 1745.
(5) Michaelis, De principum ratione in conservanda subditorum sanitate , 1760.