VII. — Périodicité
La périodicité exerce une notable influence sur les phénomènes météorologiques. L’atmosphère a des phases de jour et de nuit, de mois et de saison,
(1) Chevreul, Rapport à l'Académie des sciences , 18 mars 1839.
Privée] ATMOSPHÈRE. — PÉRIODICITÉ.
lesquelles onl des relations plus ou moins prononcées avec les vicissitudes fonctionnelles et dynamiques de l’organisme. 1° Par un ciel serein, l’état électrique des couches inférieures de l’atmosphère atteint chaque jour deux maxima et deux minima : le premier maximum a lieu de 7 à 9 heures du matin et le second de 7 à 9 heures du soir; le premier minimum, vers 4 heures du matin et le second de 5 à 10 heures du soir : toutefois les variations de l’état hygrométrique de l’air produisent des variations correspondantes dans sa conductibilité ; de là des anomalies et de lii le désaccord des observations de de Saussure avec les lois générales de l’électricité. 2° Les intensités de lumière solaire ont chaque jour un maximum avant midi et deux minima qui correspondent aux crépuscules. Les effets chimiques produits par l'effet de la lumière dans les procédés daguerriens présentent les différences les plus tranchées à des heures également distantes de midi, à 10 heures du matin et à 2 heures du soir, .à 8 heures du matin et à 4 heures du soir. Toutes ces modifications, dit de Humboldt (1), influent peut-être aussi sur les organes de l’homme, mais leur influence a été jusqu’ici tout aussi peu reconnue que celle de l’intensité des forces magnétiques, variable selon les latitudes, selon le flux et le reflux de la chaleur diurne et pendant les perturbations des aurores boréales. Les phases de la lune ne paraissent point sans liaison avec un grand nombre de phénomènes météorologiques. 3n La température présente un maximum vers 2 heures après midi, un peu plus tôt en hiver, un peu plus tard en été. Le minimum a lieu, suivant Kaemtz, environ une demi-heure avant le lever du soleil, cet astre se trouvant encore il 12 degrés au-dessous de l’horizon; en automne et en hiver, le minimum coïncide avec un abaissement de 18 degrés au-dessous de l’horizon, et de 6 degrés seulement en été. Bouvard, en combinant les observations recueillies pendant seize ans à l’Observatoire, a trouvé en moyenne, pour le maximum, 14°, 47, et pour le minimum, 7°, 13. La température moyenne du jour s’obtient en prenant la moyenne de ces deux degrés extrêmes et la température à une certaine heure du matin ou du soir qui varie avec le mois : en juillet, c’est à 7 heures du matin que la température est égale ü la température moyenne de la journée, à 10 heures en janvier, et pour les autres mois à des heures intermédiaires. Les variations diurnes de température augmentent avec la température moyenne du jour. D’après Kaemtz, il faut observer à 4 heures et à 1 0 heures du matin, à 4 heures et à 10 heures du soir; le quart de la somme des températures trouvées donnera une valeur qui s’éloignera très-peu de celle de la moyenne. 4° Pendant toute l’année, c’est le matin avant le lever du soleil, que l’humidité est il son maximum, et la quantité absolue de vapeur ii son minimum. Plus le soleil s’élève sur l’horizon, plus 1 évapoi ation augmente] mais 1 air, plus échauffé, s’éloigne en proportion de son point de saturation, et nous paraît de moins en moins humide jusqu’au moment où la température a atteint son maximum (Kaemtz). En hiver, aug-
(1) De Humboldt, Voyage dans l’Asie centrale , t. III, p. 109.
290 DES MODIFICATEURS. CIRCUMFUSA. [hvgif.ne
mention régulière de la vapeur jusque vers l’après-midi; mais, sous l’influence ' du refroidissement atmosphérique, la proportion de vapeur décroît, et l’humidité relative de l’air se prononce. En été, la quantité de vapeur absolue, plus forte le matin, atteint le maximum avant midi, diminue ensuite jusqu’au moment du maximum thermométrique, sans descendre cependant aussi bas que le matin, et après le deuxième minimum, elle augmente de nouveau jusqu’au lendemain matin. La rosée se forme en général toute la nuit, mais eu plus grande abondance de minuit au lever du soleil, parce que celte seconde partie de la nuit est plus froide que la première. 5° Les périodes barométriques diurnes se dessinent moins nettement dans nos climats que vers l’équateur, à cause des variations accidentelles dont l’étendue augmente avec la latitude. Les moyennes de plusieurs mois d’.observation ont fourni le résultat suivant : en été, le maximum a lieu avant 8 heures du matin, le minimum à k heures de l’après-midi, et le second maximum à 11 heures du soir; en hiver, le maximum s’observe à 9 heures du matin,, le minimum à 3 heures de l’aprèsmidi, et le second maximum à 9 heures du soir. En somme, le baromètre monte le matin, baisse dans le milieu du jour, remonte le soir pour baisser la nuit. A minuit et à midi, par un ciel pur et par une atmosphère tranquille, il se lève presque toujours un vent léger, ou celui qui règne change de direction; le matin, en hiver, il souffle un vent d’est; et le soir, en été, un vent d’ouest. On peut dire d’une manière générale que les fluctuations météorologiques de chaque jour sont gouvernées par la posiüon relative du globe et du soleil, et se déclarent presque constamment dans les quatre points cardinaux, le lever, le coucher du soleil, midi et minuit, comme elles font aussi dans les points du mouvement annuel qui sont les deux solstices et les deux équinoxes.
La périodicité mensuelle ou lunaire se dénote également par des mutations régulières dans l’atmosphère ; ce rapport, exagéré autrefois par les zélateurs des influences sidérales, nous paraît avoir été trop atténué par Burdach (1). D’après une longue série d’observations, Flaugergues a découvert que le baromètre monte, depuis l’époque où la lune est à 135 degrés du méridien vers l’est jusqu’à 90 degrés ouest, et que l’étendue de cette variation est de lm,48. Les observations de Flaugergues ont été confirmées par celles de Bouvard. U résulte d’un journal de quarante-huit années, que les hauteurs moyennes du baromètre sont plus grandes lorsque la lune est apogée que quand elle est périgée (2). La table dressée par Toaldo des changements survenus dans les points lunaires prouve qu’il y a eu 950 changements de temps sur 4106 nouvelles lunes; 156 fois seulement le temps n’a point changé, = I ! 6 I L Les pleines lunes donnent : : 5 : 1 ; le périgée : : 7 : 1. On a remarqué que les pluies et les inondations qui dévastèrent le midi de la France les 14, 15
(d) Burdach, Traité clc physiologie. Paris, d 839, t. V, p. 323.
(2)'Jourtelle, t. I, p. 21 G.
privée] ATMOSPHÈRE. — PÉRIODICITÉ.
et 16 novembre 1766 coïncidèrent avec le périgée, la pleine lune et le lunistice boréal.
La quantité de vapeur aqueuse qui varie dans l’air avec les heures de la journée par l’action seule de la température varie également suivant les mois et les saisons; le tableau suivant indique l’humidité absolue et relative de l’air à Halle pendant les différents mois de l’année (Kaemtz).
Tension
Mois. île la vapeur d'eau. Humidité relative.
Janvier 4509 (minimum). 0,850
Février 4749 0,799
Mars 5107 0,764
Avril 6247 0,714
Mai 7836 0,691
Juin 10843 0,697
Juillet 11626 (maximum), r 0,665
Août 10701 0,661 (minimum).
Septembre 9560 0,728
Octobre 7868 0,789
Novembre 5644 0,853
Décembre 5599 0,862 (maximum).
D où l’on voit qu’en hiver la tension de la vapeur est moindre qu’en été ; mais l’humidité est à son maximum, et vice versâ,
De Gasparin (1) a calculé les quantités moyennes de pluie tombée en Europe dans les diverses saisons :