I. Electricité
L électricité mise en mouvement par différents moyens, notamment par les appareils galvaniques, exerce sur l’économie animale une influence puissante, surtout si elle traverse les organes avec continuité. Les expériences de Voila, Nobili et Marianini ont fait connaître l’action des éleplromoleurs de force différente sur la contraction musculaire, et Prévost et Dumas, en étudiant la disposition terminale de filets nerveux, ont pu ramener ce phénomène à la loi de I électricité en vertu de laquelle les courants qui vont en sens Contran e se icpoussent. Quand les courants électriques se dirigent des troncs
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[hygiène
nerveux aux racines, il y a secousse plus ou moins violente ; dans le cas de 1 . circulation inverse, il y a plutôt sensation que contraction (Marianini). La cir- i culation capillaire est activée par l’application du Iluidc électrique. Les sécré- ■ lions sont modifiées par la même cause; une observation, due à Becquerel, semble devoir jeter un grand jour sur le mécanisme de ces actes fonctionnels: >
il a vu qu’en général, lorsque deux liquides différents, susceptibles de réaction chimique, sont séparés par une membrane qui ne leur permet de se mélanger que peu à peu, un courant électrique s’établit par l’intermédiaire de celle-ci et . des réactions chimiques se développent.
Enfin, les expériences de Matteucci ont établi que l’électricité animale n’est ni le privilège exclusif de certaines espèces, ni sous la dépendance absolue d’un appareil spécial (gymnotes, torpilles), mais qu’elle appartient à toute la série des êtres et se rattache à la fonction caractéristique de l’animalité, la locomotion; sur un animal quelconque, vivant ou mort récemment, on observe un courant électrique dans tous les muscles, l’intérieur et la surface de ces organes représentent les deux pôles de noms contraires. Le courant est d’autant plus énergique chez les êtres vivants et persiste d’autant plus après : leur mort, qu’ils sont placés plus haut sur l’échelle animale; il varie d’intensité suivant le degré de nutrition et de plénitude sanguine des muscles ; indépendant de l’intégrité et de l’activité du système nerveux, moins fort quand les tranches musculaires qui sont disposées en guise d’éléments pour former une pile communiquent entre elles par des filets nerveux que lorsqu’elles sont en contact direct, il a sa source probablement daus les réseaux capillaires, entre les matériaux du sang et l’oxygène absorbé dans le poumon : d’où il résulte que dans la production de cette électricité musculaire comme dans celle du courant musculaire continu, qui dans la grenouille se dirige des extrémités inférieures vers l’extrémité supérieure, le système nerveux ne remplit qu un rôle très-secondaire, celui d’un corps conducteur à un moindre degré que d autres parties de l’organisme.
L’étude physiologique de l’électricité se rapporte : 1° aux phénomènes qu’elle produit à forte tension dans les corps; 2° aux effets variés des contractions; 3° aux changements qu’elle détermine comme agent chimique. Il n’y a lieu d’entrer ici dans le détail de ces faits, auxquels s’ajoutent les services rendus par l’électricité à l’expérimentation des physiologistes; elle devient, entre leurs mains, un agent presque intelligent pour interroger la fonction motrice ou sensitive des différentes portions du système nerveux. S’agit-il de démêler le rôle des ramifications du nerf facial et de la portion ganglionnaire du trijumeau qui pénètrent les muscles de la face, on fait passer dans l’un et dans l’autre successivement un courant transverse d’une intensité médiocre, et l’on constate par l’excitation du premier nerf la contraction des traits, et malgré l’excitation du second, l’immobilité complète de la face. Qui ne connaît le parti que Longet a su tirer de ce moyen d’exploration délicate et péremptoire, pour achever la démonstration des propriétés des racines spi-
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privée]
nalos, des nerfs de sensation et des nerfs de sensibilité générale? Il résume en ces termes le mode d’action du courant électrique sur le système nerveux et les différences qui existent entre ce mode et celui des autres stimulants (mécaniques et chimiques) :
,, Le courant électrique est, entre tous les modificateurs du système nerveux, celui qui réveille son excitabilité avec le plus d’énergie et le plus longtemps, puisqu’il est le seul qui puisse encore la rendre manifeste, quand déjà tous les autres stimulants connus sont sans la moindre action sur elle.
» Appliqué à un nerf mixte, seul il peut exciter séparément tantôt une sensation, tantôt une contraction, suivant la direction dans laquelle il le parcourt.
» Seul aussi, quand il est transmis normalement à la longueur d’un nerf de mouvement, le courant électrique ne provoque aucune réaction motrice.
» Il possède la faculté toute spéciale de rétablir promptement l’excitabilité des nerfs moteurs, lorsqu’il est transmis dans un sens contraire à celui d’un autre courant qui avait d’abord affaibli ou détruit cette excitabilité.
» Enfin, et ce caractère est des plus curieux, quand le courant électrique vient à passer d’une manière continue dans un nerf mixte, il ne détermine plus, au bout de quelques secondes, ni sensations ni contractions; et pourtant, cellesci peuvent encore se manifester à l’instant même où le circuit est interrompu.
» A part les différences qui viennent d’être signalées, il est permis jusqu’à un certain point d’assimiler l’action du courant électrique, sur le système nerveux, à celle des autres stimulants (i). »
Mais l’électricité répandue dans l’atmosphère produit-elle sur l’homme des effets analogues? Dans les conditions ordinaires, l’organisme est un excellent conducteur, et s’il n’est point isolé, il ne se ressent point de l’électricité ambiante. Mais comme les phénomènes d’excitalion physiologique que nous venons d’indiquer se rapportent à l’électricité vitrée, et que l’électricité négative produit des effets opposés, c’est-à-dire l’inertie musculaire, le ralentissement de la circulation sanguine et des sécrétions, etc., il ne sera pas indifférent au corps humain que l’atmosphère se constitue à l’un ou à l’autre mode électrique. Autant les fonctions s’accomplissent avec aisance par un air chargé de fluide vitré, autant, quand l’état de l’air est devenu résineux, elles languissent et, par leur faiblesse, entraînent une sensation générale d’accablement ; telles sont les journées à fortes tensions électriques qui précèdent les orages, et que 1 on qualifie vulgairement d’accablantes, tant le ressort de la machine est détendu. PelLier (2) a tres-bien distingué les orages suivant les effets qu’ils font éprouver à l’économie. Les orages et les pluies qui suivent les évaporations sont de deux sortes : la première provient de la condensation des vapeuis inférieures devenues vitrées par suite des évaporations successives , ces vapeurs opaques, attirées par la terre, forment une couche de
(1) Longet, Traité de physiologie. Paris, 1850, t. II, p. 83.
(2) Peltier, mémoire cité, p. A 2 G .
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brouillard roussâtre el possèdent une tension vitrée très-prononcée. En s’approchant du sol, leur tension électrique se perd insensiblement, soit par rayonnement, soit au contact des corps terrestres sur lesquels elles se déposent en rosée. Sont-elles massées en nuages distincts, elles forment des orages vitrés inférieurement, qui se déchargent sur le sol en pluies de très-courte durée et suivies de calme. Ces orages sont peu communs, durent peu el soulagent ; la tête de l’homme, la cime des plantes, deviennent, il est vrai, plus résineuses par l’influence, mais elles possèdent un état électrique du même ordre que l’état naturel. Il n’en est pas de même quand l’orage se forme par l’abaissement des vapeurs supérieures : celles-ci ne se résolvent en pluies qu’après s’être déchargées de leur énorme tension résineuse , soit par les • brusques agitations de l’air, soit par la foudre entre les nuages de tensions opposées ou sur le sol. Les orages résineux ont toujours une grande violence; le vent qui les accompagne est plus brusque, plus capricieux que sous les orages vitrés; ils donnent lieu 'a des averses abondantes, et très-souvent le temps reste pluvieux à leur suite, jusqu’à ce que l’atmosphère ait perdu son excès de vapeur, ou que des vents favorables aient refoulé dans d’autres régions les longues pluies qui succèdent à l’abaissement des vapeurs supérieures. Durant ces orages, les êtres organisés ont leur cime dans un état vitré, c’est-à-dire au-dessous de l’état normal ; cet état, contraire à celui qui nous est naturel, cause un malaise indéfinissable, surtout aux tempéraments nerveux et sanguins. C’est à l’approche des orages résineux que beaucoup de personnes se plaignent de céphalalgie, de frémissements musculaires, de douleurs vagues, de pesanteur générale; que les blessés ressentent des souffrances aiguës dans leurs plaies et sont plus disposés aux accidents tétaniques; que les affections internes à marche rapide présentent des exacerbations. Un effet singulier des perturbations électriques de l’atmosphère sur le système nerveux, c’est l’intimidation involontaire portée jusqu’aux angoisses de la terreur chez des personnes qui ne peuvent être suspectées de lâcheté ni de faiblesse : on a vu des militaires courageux jusqu’à l’héroïsme frissonner sous l’éclair, pâlir au bruit du tonnerre. Des observations (1), faites avec un éleclromètre à feuilles d’or, ont montré qu’à l’état de santé, l’électricité propre à l’homme est positive ; que les homme irritables, d’un tempérament sanguin, possèdent plus d’électricité libre que les sujets lourds et lymphatiques; que la somme de l’électricité humaine atteint son maximum le soir, qu’elle augmenté par l’usage des boissons alcooliques; que les femmes ont plus souvent que l’homme une électricité négative, etc.
Arago se demande (2) si la foudre cause des accidents assez nombreux, assez graves pour que l’on s’en occupe. D’après une statistique récente, elle a, de 1835 à 1852, tué roide plus de 1301) individus en France, occasionné en
(1) Meckel’s Archiv für die Physiologie, t. III, p. ICI.
(2) Arago, Notice sur le tonnerre ( Ann . du Bureau des longitudes pour 1838,
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