‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 66 sur 181 · SOT · texte numérisé non relu

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une année 100 incendies dans 77 départements (1). Ses dangers, d’après les recherches d’Arago, sont plus grands h la campagne que dans les villes, mais diffèrent beaucoup d’une année h l’autre. Tandis que la foudre a tué ou blessé beaucoup d’individus en 1759 h Fcltre, en 1784 à Mantouc, en 1819 à Châteauneuf, il n’a pas été notifié un seul cas de mort par cette cause à la préfecture de police à Paris pendant une longue suite d’années. En 1806, on n’a compté en France qu’un seul cas de fulguration mortelle, en 1819 vingt. Les édifices sont fréquemment endommagés par la foudre, et plus souvent encore les navires à la mer. Les cloches d’églises sont les plus menacées : dans la nuit du 14 au 15 août 1718, le tonnerre est tombé sur 28 églises en Bretagne. Dans nos climats et sur terre, le plus grand nombre d’accidents dus à la foudre correspond aux mois de juin, juillet et août. On n’en observe presque point en novembre, décembre, janvier et février ; mais en mer, c’est pendant la saison froide que le tonnerre est le plus dangereux. La statistique des coups foudroyants notés entre les côtes d’Angleterre et la Méditerranée, pendant un grand nombre d’années, en indique 20 pour les six mois froids et 10 seulement pour les six mois chauds (Arago). D’après les recherches de Sestier(2), les chances de foudroiement sont pour les navires dans les mers du Nord deux fois plus grandes en hiver qu’en été, quatre fois plus grandes en été qu’au printemps ou en automne, et six fois plus grandes en hiver qu’au printemps ou en automne. Dans la Méditerranée, le maximum des foudroiements a lieu en automne, 1/3 des cas environ; puis en hiver, 1/4 environ; puis au printemps, en 1/6; enfin, 1/13 environ en élé. Dans les latitbdes tropicales, c’est en hiver que les coups de foudre sont le moins nombreux ; ils se répartissent en nombre presque égal en automne (20 cas), en élé (18) et au printemps (17).

La foudre, en tombant, paralyse, déchire, brûle, désorganise, carbonise les malheureux qu’elle frappe, et qui meurent avant même d’avoir aperçu l’éclairchez eux, plus de contractilité, le sang est remarquable après la mort par sa fluidité, et tous les tissus se putréfient promptement. Si les blessures ont lieu le plus souvent à la tête, c’est que la foudre surprend ordinairement ses victimes dans la station verticale. La peau offre des brûlures plus ou moins nombreuses et étendues, les vêtements sont troués, les ornements d’or ou de tout autre métal, fondus, volatilisés; quelquefois le crâne est perforé et la* pulpe cérébrale altérée comme par le passage d’un fer incandescent ; mais le plus souvent le fluide électrique atteint le système nerveux sans lésion externe, et détermine instantanément, dans la trame des tissus, une modification inconnue, mais incompatible avec la vie : dans ce cas, la foudre, suivant Brown-Séquard (3), tue en épuisant toute la quantité de force nerveuse, mus-

fl) Annales d'hygiène et de médecine légale. Paris, 1855, 2° série, i. IV p. 241.

(2) Sestier, De la foudre , de sa force et de ses effets, etc. Paris, 1866, t. I, p. 372.

(3) Brown-Séquard, Gazette médicale de Paris, 1849, t. IV, p. 94,

DES MODIFICATEURS. — C1KCUMFUSA.

[hygiène

culaire, etc., que possède l'économie animale. On s’explique ainsi l’absence d’altérations visibles dans les organes : il n’en est pas besoin pour tuer, il suffit de l’anéantissement des forces, conséquence de celte loi bien connue : toute cause d’excitation dynamique agit de manière à diminuer d’autant plus la quantité de forces qui existe à un moment donné chez un individu que l’excitation est plus énergique. La foudre 11e lue pas toujours sur le coup, mais les désordres survenus dans le système nerveux ne permettent plus le rétablissement de ses fonctions. Dans des cas plus rares, elle 11e produit qu’une commotion qui se dissipe entièrement ou qui laisse à sa suite des troubles dans les fonctions sensoriales, particulièrement la surdité. La commotion peut n’être que partielle, bornée à un membre qui reste plus ou moins paralysé. Enfin, la sidération n’est marquée chez certains individus, aux yeux du médecin, que par des signes de congestion cérébrale et pulmonaire que l’art combat efficacement par les émissions sanguines ; ce cas rentre probablement dans ceux admis par Brown-Séquard, et où de faibles décharges d’électricité atmosphérique viennent atteindre successivement un individu ; la mort survient alors par asphyxie, comme chez les animaux que l’on tue par le galvanisme ou l’électricité : tous les muscles du corps, respirateurs et autres, entrent en contraction, il devient impossible d’exécuter des mouvements respiratoires, et l’asphyxie s’opère complètement; on en constate les traces à l’autopsie.

Celle-ci ne présente en général que des phénomènes d’hypérémie des poumons, du cœur ou du cerveau ; 011 a rencontré tantôt la flaccidité des membres, la fluidité du sang, tantôt la coagulation de ce liquide avec la rigidité des membres; souvent on 11’a pu découvrir aucun indice d’altération appréciable. C’est une investigation stérile et bizarre à la fois que celle de toutes les diversités ou oppositions d’effets déterminés par la foudre ; à côté des mutilations les plus étendues, on voit des gens frappés mortellement avec les apparences de l’intégrité organique : ici la foudre détruit les vêtements et ménage le corps, là elle tue en laissant les vêtements intacts; l’un périt sur place, l’autre est lancé à distance. La foudre glisse en Espagne sur la tente où Arago et Biot font leurs observations géodésiques; elle paralyse la jambe gauche d’un ingénieur suisse, Buchwalder, qui avait établi un signal géodésique sur le sommet .du Sentis (4 juillet 1832) et tue à ses côtés son compagnon en lui sillonnant le visage de taches brunâtres, en lui brûlant cheveux, cils, sourcils, etc. Par une autre singularité, 011 cite des guérisons de rhumatismes, de paralysie des membres, voire même de surdité et d’amaurose sous l’influence des décharges électriques de l’atmosphère (1). Foissac a réuni bon nombre défaits qui intéressent l’histoire anecdotique de la foudre. Au demeurant, elle produit, comme les piles et les batteries électriques, des effets chimiques, mécaniques,

(1) Foissac, De la météorologie dans ses rapports avec lu science de l'homme. Paris, 1854, t. I, p. 174 et sujv.

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