‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 69 sur 181 · Température · texte numérisé non relu

Température

La sensation de la chaleur est relative, et l’intensité de la cause qui la fait j naître varie suivant la constitution, l’âge, le sexe, l’habitude, et surtout, comme \ nous le verrons plus tard, suivant les climats. Dans le nôtre, en général, l’air i fait sur nos organes l’impression d’un corps chaud, dès qu’il approche de I 25 degrés centigrades (1); cette température paraîtrait froide à l’indigène du j Sénégal, tandis que nous la trouverions trop élevée, si nous y remontions sans • { gradation du 6e ou du 8U degré au-dessous de zéro. Les phénomènes que la i ; chaleur ou l’absence de la chaleur, c’est-à-dire le froid, dispensée en différentes proportions, détermine dans l’organisme humain, ne peuvent être compris sans la connaissance des actions par lesquelles il se maintient à une température à peu près uniforme au milieu des fluctuations de l’atmosphère, par toutes saisons et par toutes latitudes. Gomment l’homme résiste-t-il à la loi qui établit entre les corps inégalement chauffés un échange proportionnel dont le résultat estl’équilibre ou l’égalité de température? Gomment réussit-il tantôt à consencr une chaleur supérieure à l’atmosphère, tantôt à maintenir sa température audessous de celle du milieu ambiant? Propriété merveilleuse dont on a fait autrefois une fonction spéciale sous le nom de caloricité, et qui est le résultat complexe de plusieurs actes physiologiques et physiques ; question qui domine l’étude des rapports physiques de l’homme avec le monde extérieur, et dont la solution peut seule nous rendre compte de 1 action des saisons et des > j climats.

La respiration est considérée comme la source principale de la chaleur animale : celte théorie s’appuie sur les recherches de Lavoisier, Grawfort, Delaplace, Dulong, Despretz, Edwards, etc. Dans l’impossibilité d’en consigner ici les résultats, rappelons seulement que les nombreuses expériences de W. Edwards sur ce sujet ont montré, entre l’étendue des mouvements respiratoires et circulatoires, la consommation de l'oxygène et le développement de s la chaleur animale, une liaison si constante, si étroite, qu'on est conduit à subordonner les deux derniers phénomènes au premier. La physiologie comparée confirme cette conclusion : si les oiseaux ont une température plus élevec que les mammifères, ils l’emportent aussi sur eux par 1 amplitude de leur surface respiratoire. Le poumon des reptiles présente moins de suiface cellulaire que celui des animaux à sang chaud; l’hibernation, qui ralentit l’activité respiratoire, entraîne aussi un abaissement de la température du

(1) Réamnur a remarqué que tous les changements thermométriques de cinq degres affectent la sensibilité de nos organes : « Cinq degrés du thermomètre produisent exacle- „ ment, sur la sensibilité générale de la peau, le même effet qu’un ton sur la sensibilité » spéciale de l’ouïe. » (Mémoires de l'Académie des sciences, 1758, p. 387.) L’experience de tous les jours justifie l’exactitude de cette observation, qui peut ainsi servir a graduer nos sensations sur 1 échelle du thermomètre.

.. pmvÉE-| ATMOSPHÈRE. — TEMPÉRATURE. 315

| corpS( etc.. Une autre preuve presque vulgaire, et sur laquelle sont fondées des applications d’hygiène, c'est qu’on absorbe plus d’oxygène et l’on dégage plus , d’acide carbonique en hiver qu’eu été, la calorification devant être plus énernique pendant la saison froide. Les recherches de Desprelz, répétées deux cents fois, ont démontré que, dans aucun cas, la respiration ne produit moins de 7/1 0OS ni plus de 9/10os de la chaleur totale émise par l’animal dans un espace de deux heures, et ce chiffre a constamment été plus élevé pour les herbivores que pour les carnivores. Quant à la différence de chaleur (de 1 à 3 dixièmes) que n’explique point la respiration, Desprelz la croit produite par l’assimilation, par le mouvement du sang, par le frottement des diverses parties. A ces conclusions, deux autres chimistes, Régnault etReiset, objectent: 1" que c’est par une coïncidence fortuite que les quantités de chaleur dégagées par un animal se sont trouvées, dans les expériences de Lavoisier, Dulong et Desprelz, à peu près égales à celles que donneraient, en brûlant, le carbone contenu dans l’acide carbonique produit et l’hydrogène; 2° que l’on dose celui-ci au moyen d’une hypothèse gratuite, en admettant que la portion d’oxygène consommée et non retrouvée dans l’acide carbonique a servi à le transformer en eau. Régnault et Reiset critiquent les données numériques de ces expériences, où les quantités d’acide carbonique ont été trouvées trop petites; ils ont d’ailleurs trouvé souvent plus d’oxygène dans l’acide carbonique dégagé qu’ils n’en ont fourni à la respiration : résultat qui, à lui seul, démontre l’inexactitude des recherches précitées. Et cependant nul doute que la chaleur animale ne soit produite entièrement par les réactions chimiques qui s’opèrent dans l’économie; mais le phénomène leur paraît trop complexe pour pouvoir être calculé d’après la quantité d'oxygène consommée. On ne peut apprécier la chaleur qui se dégage des combustions respiratoires comme celle que produiraient, en se brûlant, le carbone et l’hydrogène, supposés libres. D’ailleurs, les substances qui se brûlent par la respiration ne se détruisent pas complètement; une partie se convertit en d'autres substances qui ■ jouent des rôles spéciaux dans l’organisme, ou qui s’échappent, dans les excrétions, sous forme de produits très-oxydés (urée, acide urique). Or, dans toutes ces transformations et dans les assimilations qui s’effectuent dans les organes, il y a dégagement ou absorption de chaleur; mais comment soumettre au caliAil une telle complexité de phénomènes (1)? Celle réserve, digne de remarque, indique la limite de la science et de l’hypothèse : Liebig place la source de la chaleur animale dans l’action réciproque des principes alimentaires et de 1 Oxygène transporté dans l’organisme par l’effet de la circulation : « Peu importent, dit-il, les formes que prennent peu à peu les aliments sous l’influence des organes; peu importent leurs transformations directes; en définitive, leur 'I caibone se trouve toujours transformé en acide carbonique, leur hydrogène en eau ; l’azote et le charbon non brûlé sont évacués par les urines et les excré-

(1) Annales de chimie et de physique. Paris, 1849, t. XXVI.

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ments solides (1). » Ce qui est incontestable, c’est qu’une source puissante de chaleur existe dans la respiration ; l’étude de cette fonction dans toute la ■ série animale, dans toutes les périodes de l’évolution organique, dans les con- q ditions physiologiques les plus variées, démontre qu’elle se proportionne* i constamment à la nécessité d’équilibrer la production de chaleur avec le degré \ d’énergie des causes ultérieures de refroidissement; mais elle n’est point ] l’unique foyer de la température animale : celle-ci se produit et s’entretient « par des actions chimiques complexes qui s’accomplissent dans l’économie et qui ne sauraient se déduire intégralement du chiffre de l’oxygène absorbé dans 1 2 3 la respiration; outre l’acide carbonique et l’eau qui s’échappent dans l’air expiré > comme un produit des combustions interstitielles, et représentent une partie de la chaleur développée dans le corps, il s’v forme un certain nombre de substances très-oxydées (urée, acide urique, acide sudorique, etc.) qui sont éliminées par les appareils d’excrétion, et dont la production donne lieu tantôt à un dégagement, tantôt à une absorption de chaleur.

La température du corps humain peut être évaluée à 37 degrés centigrades. Liebig l’estime à 38°, 5 centigrades pour les adultes, et à 39 degrés pour les enfants, dont la respiration est plus active. John Davy l’évalue à 98 degrés F. = 37°, 22 centigrades. Despretz a trouvé pour la température moyenne de neuf hommes âgés de trente ans, 38°, \l\ centigrades ; pour celle • de quatre hommes âgés de soixante-huit ans, 37°, 13 centigrades ; enfin, pour celle de quatre jeunes gens de dix-huit ans, 36u,99 centigrades. Suivant J. Davy, la chaleur des diverses races d’hommes, toutes choses égales d’ailleurs, ne présente point de différences sensibles; mais la chaleur extérieure pouvant élever la température propre de l’homme, celle-ci s’accroît par fractions de degré du pôle à l’équateur. En expérimentant la chaleur des Européens à leur passage sous la ligne, il a reconnu que, dès leur arrivée près de l’équateur, elle avait gagné un demi-degré, et qu’à la hauteur de 12 degrés de latitude sud, elle avait augmenté d’environ 1°,1 centigrade (2). Il y a plus, les différentes parties du coi’ps n’accusent point le même degré d’échauffement. D’abord, le sang artériel est plus chaud que le sang veineux, et l’un et l’autre le sont d’autant plus qu’on les examine plus près du cœur : ainsi le sang de la carotide a 0°,15 de plus que celui de l’artère crurale ; le sang de la veine jugulaire a U°,3ü de plus que celui de la veine crurale. Contrairement aux observations de J. Davy, faites sur des agneaux morts d hémorrhagie, Cl. Bernard et Walferdin (3) ont constaté à l’aide de thermomètres métastatiques à mercure, assez petits pour pénétrer directement dans les vaisseaux de l’animal vivant sans arrêter la circulation et assez sensibles pour traduire à

(1) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie, etc., 1842.

(2) Annales de physique et de chimie, t. III, 1816.

(3) Gavarret, De la chaleur produite par les animaux vivants, etc. Paris, 1855, p. 108 et suiv.

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(■ l’œil nu un vingtième de degré, que le sang du ventricule droit du cœur chez les animaux vivants est plus chaud que celui du ventricule gauche ; les viscères rapprochés du cœur sont presque à la même température que lui ; mais, r dans les parties éloignées du diaphragme, la chaleur décroît sensiblement. La - température des membres est moins élevée que celle du tronc ; les parties superficielles sont moins chaudes que les parties profondes. Hunier a trouvé une différence de 1 à 2 degrés de l’orifice de l’urèthre à sa profondeur. Becquerel cl Breschet ont obtenu pour la chaleur moyenne des muscles, chez trois jeunes gens âgés de vingt ans, -f- 36°, 77 centigrades ; le tissu musculaire leur a offert jusqu’à + 1°,25 et même 2°, 25 centigrades de plus que le tissu cellulaire sous-cutané. Ils ont observé qu’une immersion de quinze minutes dans un bain à -f- U9 degrés centigrades élève la température des muscles d’un cinquième à deux tiers de degré. Tous ces faits démontrent : 1° que le corps humain tend à l’équilibre de température avec les corps extérieurs ; 2° que celte tendance se manifeste plus dans les tissus périphériques que dans : les tissus profonds. S’ils laissent voir que la chaleur humaine oscille dans des limites restreintes, ils prouvent qu’elle n’est pas aussi stable que les physiologistes l’ont avancé, et, en définitive, la fixité réelle de température n’appartient qu’aux organes centraux. Entre les autres parties du corps il existe une fluctuation continuelle de température, nécessitée par les mouvements qu’elles exécutent et par l’impression des agents atmosphériques (1).

Il importe de préciser dans quelles limites l’homme peut résister avantageui semenl à l’action de la chaleur et du froid; elles doivent varier suivant les mêmes conditions qui influent sur l’énergie de la respiration, source principale de la calorification. Or nous avons vu [Ages, Sexes) que l’intensité de la : respiration exprimée par fa quantité d’acide carbonique qui sort des voies aériennes est subordonnée à l’âge, au sexe, à la constitution, etc.

Résistance a la chaleur. — Les faits ont depuis longtemps démenti la célèbi e pioposition de Boerhaave : « Observatio docet nullum animal quod pulmones habet, posse in aere vivere , eu/ us eadem est temperies cum sanguine suo. » Les expériences ont pour ainsi dire forcé la démonstration du contraire ; on a vu des individus supporter dans des étuves sèches, pendant un certain nombre de minutes, une température de 60, 80, 100 et 115 degrés centigrades. On connaît l’histoire de ces servantes d’un boulanger, qui pou-

(1) Longet estime ainsi les écarls entre la plus haute et la plus basse température es animaux, sans qu’ils s'éloignent trop de leur état physiologique :

80° à 100° pour certains infusoires ;

à 50 pour les invertébrés ;

35 à A0 pour les reptiles et les poissons ;

• 0 a 35 pour les mammifères et les oiseaux hibernants ;

“î 1 * p0lir les mammifères et les oiseaux non hibernants : b a 8 pour l’homme.

[Physiologie, t. I, 2e édition, p. 11AA.)

DES MODIFICATEURS. — C1RCUMFUSA. [hygiène «

vaicnt séjourner sans incommodité, pendant près de douze minutes, dans un' four chauffé au point nécessaire pour la cuisson du pain (1). Duhamel et TilU-t || eurent peine, en la racontant, à en accréditer la réalité; depuis, cette expé- a rience a été répétée publiquement à Londres par Fordyce et Blagden (1775), fl à Liverpool par Dobson, et à Paris par Berger et Delaroche. D’un autre côté, É le thermomètre a atteint à Pondichéry 44°, 7 centigrades, à Madras 40 degrés, fl au cap de Bonne-Espérance 43 degrés, à Paris même 38°, 4, etc. (2), tempé- fl ratures supérieures à celle de l’homme, et qui néanmoins ont été supportées, i Comment? — Par la vaporisation de l’eau provenant tout à la fois du poumon • et de toute la surface cutanée : c’est ici la simple application de cette loi de la physique qui ne permet à l’eau de passer à l’état de vapeur qu’en absorbant une quantité considérable de calorique, et l’uniformité de la chaleur ani- t male s’entretient par les variations continuelles dans la quantité de vapeur aqueuse qui se forme dans les poumons et h la surface de la peau. C’est CC' qui résulte des expériences de W. Edwards, qui a vu la faculté productrice delà chaleur augmenter pendant l’hiver et diminuer durant la saison chaude. Franklin, un des premiers, appliqua cette loi à l’économie animale ; il y fut conduit un jour par l’observation de la chaleur de son propre corps qui marquait 35°, 50, le thermomètre étant à 37°, 70. Les expériences de Berger et Delaroche ont montré jusqu’à l’évidence que l’évaporation pulmonaire et cuta- J née est la seule cause qui détermine le refroidissement des animaux exposés à une forte température ; qu’en supprimant ce phénomène tout physique, on i s’oppose au refroidissement, et l’on voit les animaux acquérir une tempéra- - ; ture égale ou supérieure à celle du milieu environnant jusqu’à la limite compatible avec la vie. La transpiration pulmonaire et la transpiration cutanée I sont donc les régulateurs de la température du corps humain ; la perte qui s’opère journellement par ces deux voies est évaluée à 15 onces pour la première et à 30 onces pour la seconde (Lavoisier et Séguin); il doit en résulter pour l’économie une énorme déperdition de calorique, les 45 onces de vapeur exhalées par le poumon et par la peau renfermant, en effet, a l’état latent, une proportion de chaleur capable d’élever de 814 degrés et demi un poids égal d’eau à zéro (3). Que l’on juge, d’après ces données, de la soustraction

(1) Mémoires de l'Académie des sciences, 1764.

(2) Annuaire du Bureau des longitudes, 1825.

(3) La quantité d’eau évaporée par un homme dans les vingt-quatre heures, par les effets réunis de la transpiration cutanée et de la transpiration pulmonaire, peut s’élever, d’après les expériences de Séguin, jusqu’à 800 et mémo 1000 grammes environ. Les évaluations de Dumas l’ont conduit à des nombres qui diffèrent peu des precedents. Ces 800 grammes de vapeur aqueuse peuvent saturer un volume d’air sec denxiion 60* mètres cubes pour la température de 15 degrés, et de 80 mètres cubes pourlatempéraluie de 10 degrés centigrades. Si l’air était déjà à demi saturé, il faudrait un volume double, soit 120 mètres cubes à -f- 10 degrés centigrades, et 160 à -J- 15 degrés centi-

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fRIVÉF,]

de calorique que subit le corps humain dans les abondantes transpirations provoquées par l’été ou habituelles dans les climats chauds. La perspiration pulmonaire augmente d’autant plus que la différence entre la température de l'air inspiré et celle de l’air expiré est plus grande; elle est au contraire en proportion inverse de la quantité de vapeur dissoute dans l’air, et comme l’hiver réunit au plus haut degré les deux conditions de sécheresse et de froid, c’est, aussi dans cette saison qu’elle atteint son maximum. Toutefois l’influence de l’état atmosphérique de l’air diminue en raison de la température qu’il acquiert en pénétrant dans le poumon. La quantité de vapeur qui s’exhale est encore proportionnelle, d’une part à la température de cet organe, qui est à peu près constante, d’autre part à l’étendue de l’espace dans lequel il peut sc développer; or cet espace est déterminé par les volumes d’air inspiré : il faut donc ajouter que la transpiration pulmonaire est proportionnelle à la capacité pulmonaire et aux phénomènes dits mécaniques de la respiration. Enfin, indépendamment de la réfrigération qui s’effectue par la double vaporisation périphérique, l’homme émet du calorique par rayonnement et par conductibilité, mais seulement dans un milieu dont la température est inférieure à la sienne. En somme, dans l’acte de refroidissement continu par lequel l’organisme lutte contre les fortes chaleurs de l’air, la peau joue le rôle le plus ! efficace, et la résistance sera d’autant mieux soutenue, que l’air sera plus sec et plus agité, la ventilation ayant pour effet d’apporter au contact de la peau des volumes d’air nouveau et non encore saturé d’humidité; aussi supportonsnous, au soleil et en plein air, une température qui nous paraîtrait accablante ; dans une atmosphère humide et sans mouvement.

Résistance au froid. — L’homme résiste à des froids extraordinaires.

Delisle a vu, en 1738, à Kirenga, en Sibérie, les hommes et quelques animaux supporter un froid de — 70 degrés de son thermomètre ( = 46 degrés 1/3 centigrades). Dans leurs expéditions aux régions polaires, les capitaines Ross et Pau y ont enduré des froids de — 42 et de 47 degrés centigrades; mais, sous l’action de ces températures extrêmes, le mouvement est nécessaire à l’homme pour l’entretien de la vie; dans l’inertie, il ne tarderait pas à céder au sommeil, sommeil irrésistible et fatal dont s’endormirent à jamais deux mille soldats de Charles XII dans l’hiver de 1709 et tant de nos braves compatriotes ans la campagne néfaste de Russie. C’est aussi dans les attitudes peu mobiles et dans l’inertie des gardes de tranchées, ou pendant la nuit, sous l’abri incomplet des tentes portatives, que plus de 6000 cas de congélation partielle se sont produits dans notre armée de Crimée pendant l’hiver de 1854-55. La acu té que possède 1 homme d’endurer le froid est en rapport avec son pouvoir calorifique; celui-ci augmente avec l’intensité des causes qui tendent à refroiu c corps, et comme la source principale delà chaleur humaine est dans la ’1 idtion, i faut que cette fonction s active et s’exagère : c’est ce qui a lieu,

grades. {Recherches sur la composition de l'air confiné, par F. Leblanc, Annales de Physique et de chimie , 1842, t. V, p. 228.)

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En hiver cl dans les climats froids, la consommation d’oxygène s’accroît, ' j comme le prouve l’augmentation d’acide carbonique qui. se dégage des voies ti pulmonaires, la différence est de 1/5° environ (1); d’un autre côté, une grande ) cause de réfrigération a cessé ou diminué, la peau ne produit plus de sueur.

Il est d’ailleurs remarquable que les animaux à sang chaud, non hibernants, se i refroidissent moins, ou, ce qui revient au même, développent plus de chaleur « en hiver qu’en été; des animaux soumis pendant l’été à un froid artiliciel, perdent 3 à 6 degrés centigrades. La même expérience faite pendant l’hiver abaisse à peine leur température de U dixièmes de degré (Edwards, op. cit.). Celte force de résistance ne se manifeste point d’emblée, car l’application brusque et subite d’un froid intense réduit plutôt qu’elle n’augmente notre pouvoir de calorification; aussi sommes-nous plus sensibles aux premiers j froids, notre économie ne développant que graduellement sa puissance de réaction contre leur atteinte. L’habitude exerce encore ici son influence; les plus fai blés alternatives de température affectent ceux qui s’enferment dans des appartements trop chauffés ou qui s’enveloppent de vêtements épais. Mais c est surtout l’âge et le caractère général de l’organisation qui font varier la faculté de résister au froid; elle est moindre chez les sujets nerveux, lymphatiques, et par conséquent chez la femme, en qui se réunissent d ordinaire les tiails de j ces deux tempéraments. Quant à l’âge, d’abord la chaleur des animaux nouveau-nés est généralement moins élevée que celle des adultes; ce fait a été démontré par les recherches de W. Edwards (2) et deDespretz (3); trois enfants ! mâles, examinés par ce dernier, n’accusèrent au thermomètre queo5°,0ô centigrades. Ensuite XV. Edwards a vu que les animaux nouveau-nés (chiens, : chats, lapins), exposés à un air peu froid, perdent successivement 10, 15, 20 j degrés de chaleur, et finissent par équilibrer peu à peu leur température avec celle du milieu ambiant. Toutefois le fœtus humain, parvenu à terme, jouit déjà, quoique à un moindre degré que l’adulte, de la faculté d entietenii une l température propre. Dans la période de déclin, la chaleur du coips baisse et peut tomber de plusieurs degrés au-dessous de celle de 1 âge adulte; suivant AV. Edwards, elle est de 35' à 36 degrés centigrades chez les vieillards de soixante ans et de 3û à 35 degrés chez les octogénaires. John Davy, tout en admettant que l’âge très-avancé diminue la force de résistance au froid, tire de huit expériences faites sur des vieillards (b) la conclusion que, chez eux, la température des parties profondément situées (base de la langue) est plutôt supérieure qu’inférieure à celle de l’âge moyen (36°, 6 centigrades). Ce phénomène, selon lui, tiendrait à ce que la majeure partie des aliments que les vieil-

(!) Annales de chimie et de physique, février 1849 : Statique chimique du corps humain, par Barrai, p- 1 70.

(2) W. Edwards, Influence des ayants physiques, etc., p. 235.

(3) Despretz, Annales de physique et de chimie, 1824, t. WM.

(4) Annales de chimie et de physique, 3“ série, 1845, t. XIII, p. 181.

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privée]

lards ingèrent sert à la consommaiion respiratoire, la plus faible portion étant employée à subvenir aux pertes qu’éprouve le corps. Quand la faiblesse, au lieu d’être le résultat de l’âge, provient du manque d’alimentation, elle détermine aussi, d’après Hunter, un abaissement de la température animale, fait coniiriné par les recherches de Chossal- (voyez tome II, Inanitiation). Toutefois la résistance de l’homme au froid aurait des limites restreintes sans le secours des vêtements. Résumant les recherches de Lavoisier, de Boussingault et de Barrai, et s’aidant des travaux de Favre et de Silbermann pour évaluer en nombre précis les chaleurs de combustion du carbone et de l’hydrogène et la chaleur latente de la vapeur d’eau, Gavarret est arrivé à démontrer (1) que, sous le climat de Paris, l’homme, entre trente et quarante ans, par kilogramme et par heure, produit en moyenne 2300 calories,' et perd, par l’évaporation pulmonaire et cutanée, 0,037; il ne peut donc, en réalité, disposer que de 1863 calories par kilogramme et par heure, dans l’état de repos, après avoir suffi aux besoins de l’évaporation pulmonaire et cutanée. Celte faible quantité de chaleur, à peine suffisante pour élever de 2 degrés la température de son corps, ne lui pei mettrait pas de la maintenir invariable, de compenser incessamment les effets réfrigérants du rayonnement et du contact incessant des gaz atmosphériques dans les contrées même tempérées de l’Europe où la température moyenne de l’année est de 20 à 30 degrés inférieure à celle de son corps. Force lui est de chercher dans les vêtements l’abri que la nature a procuré aux animaux sous leur fourrure d’autant plus riche qu’ils habitent des climats plus froids. Sans la ressource des vêtements, l’homme ne pourrait ni vivre ni se développer librement à la surface du globe.

Il nous reste à étudier l’influence de la température atmosphérique sur l’économie : le froid et la chaleur ne paraissent pas agir autrement sur elle que air sec, chaud ou froid; pour éviter les répétitions, nous exposerons donc ici es effets ; de l’atmosphère considérée dans. ces conditions, rappelant toutefois les modifications que l’état de sécheresse de l’air imprime à la transpiration :

« En appliquant à l’homme les résultats des expériences faites sur les vertébrés, nous dirons que les états relatifs de sécheresse de l’air, comparés à l’huimdite extrême, augmentent considérablement la transpiration dans certaines .m.tes de température... Des degrés de sécheresse modérée peuvent rendre pertes de poids par la transpiration six ou sept fois plus grandes (rue dans o cas A humidité extrême, et même aller beaucoup au delà. . gmZ p;ige o24.) Il est inutile d’insister sur l’impossibilité d’établir d’une manière *o lue I influence des différents degrés de température atmosphérique sur le ! humain ; noos avons déjà signalé les principales circonstances oui h font ner. telles que i l'âge, l'habitude, la force de constitution ; il faut! !,o„

'(T ' ' TT"1’ le (!cnr‘‘ <lc nudité ; mais cette influence change surl°ut «nvant la subit à l’air libre, en se livrant à l'exercice, et proWgé

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par de bons vêtements, ou que l’on s’y expose immobile, à l’ombre, peu babillé ou même sans luibits. Dans ce dernier état, on ne supporterait pas trèslongtemps une température de -f- 16 degrés centigrades, tandis que dans le premier, l’homme sain se trouve entre chaleur et froid à la limite de 15 à 16 degrés centigrades. Pour préciser les effets des divers degrés de chaleur et de froid, Gerdy a eu recours aux bains, et il a reconnu que la température indifférente au contact de la peau y flotte entre 30 et 36 degrés centigrades. Mais ces expériences sont indirectes quant à l’action de l’air, qui, à ces températures, nous paraît accablant, et nous devons rechercher ici les effets de la chaleur, non dans un milieu spécial, mais dans les conditions les plus ordinaires de la vie qui sont exprimées par le mouvement à l’air libre, avec les moyens vulgaires de résistance que nous possédons contre 1 atteinte des températures prononcées (1).

Action de l’air sec et chaud. — L’air sec et chaud détermine à la fois en nous des phénomènes physiques et vitaux : les premiers consistent dans l’expansion des fluides et dans la dilatation des solides; les autres se rapportent pour la plupart à la manière dont le cerveau est affecté par la chaleur. Ces deux ordres de phénomènes se mêlent.

Les manifestations de la vie universelle sont en rapport avec la quantité de calorique répandue dans l’air; elles obéissent à une impulsion centrifuge ou centripète, suivant que la température du milieu général est ou très-élevée ou très-basse. L’homme subit cette alternative. Sous l’influence d’un air chaud et sec, les organes périphériques s’exaltent, les organes centraux s’affaiblissent La peau subit les modifications les plus promptes et les plus directes : colorée, gonflée par l’afflux des fluides, elle sécrète avec abondance : la sueur qui l’arrose représente l’excédant du liquide qui ne peut s’évaporer à cause de la saturation de l’air ambiant; le mouvement augmente cette exhalation, et, par une température excessive, le repos ne l’arrête point. Par compensation, les • urines sont rares, les surfaces muqueuses se dessèchent. La respiration consomme moins d’oxygène et dégage moins d’acide carbonique; la quantité de ? charbon brûlé dans la respiration est en raison inverse de l’élévation de la température. Il est important de remarquer que si la respiration devient anxieuse dans une étuve chauffée à + 60 degrés, elle reste facile et régulièic loisque l’étuve en forme de boîte ou de siège à sudation, s’arrête au cou et laisse la tête en contact avec l’air libre et frais. Un seul appareil d’élimination participe à l’exagération fonctionnelle de la peau : c’est le foie, dont le fluide abonde

(1) A Paris, le terme moyen de la température sensible correspond à 10 ou 15 degrés; entre ces deux limites thermométriques, dans une atmosphère calme, pour un cxcicice modéré, nous n’éprouvons à l’ombre ni froid ni chaud. Au-dessus et au-dessous de 1 15 degrés, la température se décide. La chaleur, encore modérée de 15 a 23 de , devient forte de '23 à 30, excessive au delà de 35 degrés. Le froid, déjà sens. ^ + 10 à 5 degrés, nous paraît rude de + 3 à - 3 degrés, rigoureux de - 3 a degrés, excessif de - 9 ou - 10 degrés et au-dessous.

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privée]

dans le tube digestif, pénètre dans la masse sanguine, et va nuancer la teinte cutanée. C’est qu’il supplée avec la peau à l'insuffisance de la respiration pour la décarbonisation du sang; organe d’hématose, il contribue à donner au fluide nourricier la composition qui le rend apte à réparer et stimuler toutes les parties du corps. Le pouvoir calorifique perd de son énergie ; car, ainsi que nous l’avons répété d’après "W. Edwards, un égal degré de réfrigération artificielle enlève aux animaux à sang chaud six fois plus de calorique en été qu’en hiver; mais en même temps l’organisme devient plus perméable au calorique du dehors, et c’est ce qui explique pourquoi J. Davy a vu la température humaine s’élever de 0°,5 à 1 degré centigrade entre les tropiques, en descendant d’une contrée montagneuse froide dans un pays bas et chaud. Les mêmes oscillations se produisent sous l’influence de l’air pris à divers degrés de température dans les appartements des pays que nous habitons (1). L’élévation de la température extérieure tend à élever la température de la surface de notre corps et des parties qui l’avoisinent dans un rapport plus considérable que celle des organes profonds; tandis que sous l’action du froid atmosphérique, la température de ceux-ci tend à s’élever, et celle des parties périphériques subit des réductions irrégulières. Sous l’influence d’une température très-élevée, les mouvements respiratoires s’accélèrent, parce qu’ils importent dans les poumons, sous un volume donné d’air, une moindre proportion d’oxvgène; la circulation acquiert une vitesse proportionnelle à celle des mouvements respirâleurs; pour s’en assurer, il suffit d’explorer le pouls dans un appartement : chauffé et à l’air froid. Est-il habituellement plus fréquent dans la saison chaude et dans les pays chauds? Les expériences de Poiseuille ont démontré que la vitesse de la circulation capillaire est éminemment influencée par la températ turc et s accroît avec elle; ce phénomène est-il dû à la moindre épaisseur, par 1 élévation de la température, de la couche immobile de sérum qui adhère aux parois vasculaires en vertu de leur affinité pour ce liquide? Nous l’attribuons plutôt au relâchement des vaisseaux capillaires qui, livrant au sang un passage plus facile des artères dans le système veineux, a pour conséquence l’affaiblis-

■ sement de la tension artérielle, et comme la fréquence des contractions du cœur est en raison inverse des obstacles à vaincre pour la systole ventriculaire,

i comme tous ces obstacles se résument dans la pression du sang sur les valvules sigmoïdes, c’est-à-dire dans la tension artérielle, il s’ensuit que, dans les climats chauds, on observe ce que détermine l’état fébrile, une accélération des ' battements du cœur, sans qu’il y ait pour cet organe un surcroît d’activité

■ (2). La diminution de l’eau dans la salive comme dans toutes les humeurs 'de I économie rend la bouche visqueuse, l’appétit baisse, les digestion languissent, la constipation est habituelle; la soif, exaspérée par les incessantes ««perditions de la peau, exige l’ingestion de boissons aqueuses qu’une absorp-

0) Annales de chimie et de physique, 3° série, t. XIII, p. 185.

(2) Marey, Comptes rendus de la Société de biologie, 3* série, 1860*

324 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

lion rapide fait passer dans le sang et cjui se dissipent presque aussitôt en sueurs. Sous l’influence de l’excitation trop grande du système nerveux, la nutrition s’accomplit mal; le tissu graisseux disparaît en partie par résorption, les formes se réduisent : l’été fait maigrir, comme on dit vulgairement. Sous une température non excessive, les personnes molles, d’une complexion humide, profitent de l’air sec et chaud, elles éprouvent de l’appétit, digèrent ! mieux, conservent de l’embonpoint : il semble que la chaleur atmosphérique élève la vitalité de leurs appareils organiques au degré nécessaire pour en régulariser le jeu.

L’état pléthorique qui survient chez certains individus vers la fin de l’hiver sous l’influence des premières chaleurs , ou que détermine brusquement l’exposition à une température élevée, trouve son explication dans la dilatabilité plus grande des fluides par le calorique; mais nous ne rapporterons pas entièrement à cette cause physique les accidents que peuvent éprouver les gens exposés à un soleil ardent, accidents caractérisés par une grande anxiété, par une gêne considérable de la respiration, par des étourdissements, par une céphalalgie intense. On a vu, en Afrique, des soldats parcourant une longue route sous les rayons d’un ciel brûlant être pris subitement de délire avec tendance au suicide, ou tomber sans vie; les suicides sont fréquents en Afrique pendant les chaleurs (1). Les cas de mort subite ne sont pas rares parmi les moissonneurs, au milieu des champs où ils travaillent sous un soleil ardent. Ces terribles effets de la température et de la lumière ont été attribués à l’asphyxie; ils proviennent d’une congestion cérébrale avec état semiasphyxique, qui s’est opérée plus ou moins rapidement et dont les premiers symptômes sont d’une observation commune en été; mais cette congestion a pour élément un sang modifié dans sa composition. Quelle est, en effet, 1 action des chaleurs sur le système nerveux, et, par suite, sur le système musculaire? La tête s’appesantit; l’intelligence est comme opprimée, incapable d’une contention de quelque durée; les réponses sont lentes; il y a répugnance au mouvement, propension au sommeil, faiblesse musculaire extrême. Quelquefois, il est vrai, la chaleur excite le cerveau et cause l’insomnie, comme on l’observe pendant les plus chaudes nuits d’été. Dans 1 un et 1 autre cas, le cerveau commence à s’hypérémier sous l'influence des impressions qui lui sont transmises par les extrémités nerveuses cutanées. Attribuer l’affaiblissement de l’innervation cérébrale à l’excessive déperdition qui s opère pai la perspiration cutanée, c’est n’expliquer qu’une partie des cas. Sans doute les sueurs débilitent; mais n’a-t-on pas. exagéré les conséquences de cette perte, puisqu’on peut tirer plusieurs livres de sang sans jeter l’organisme dans une égale prostration? D’ailleurs le repos, qui réduit à peu de chose la transpiration de la peau, ne garantit pas contre l’abattement que la chaleur occasionne. Chez les animaux qui ont succombé sous l’influence d’une température trop

(1) Mémoires de médecine et de chirurgie militaires, t. LU, p. 1/9.

ATMOSPHÈRE. — TEMPÉRATURE

privée]

élevée, Magendie a constaté par l’analyse du sang une diminution notable de quantité et de consistance de la fibrine, l’infiltration sanguine du foie, des reins, des poumons, des taches ecchvmotiques qui dénotent l’altération du sang, toujours diffluent et noir. En franchissant (1851) le col de Sfa, entre l’oasis d’Outaya et Biskara, par une température de /18 degrés, j’ai éprouvé les troubles caractéristiques de l’hypérémie encéphalique, due à l’irradiation solaire prolongée; mais ce qui prouve en même temps la spécialité de leur cause matérielle, c’est le soulagement immédiat que m’a procuré l’ingestion d’une petite quantité d’eau légèrement alcoolisée.

Quoique notre espèce ait le privilège d’une fécondité constante, l’activité des organes génitaux ne paraît pas soustraite entièrement aux influences périodiques qui agissent irrésistiblement sur les plantes et sur les animaux. L’époque de la floraison pour les unes et de l’accouplement pour les autres est marquée parle retour d’une température douce; l’homme participe alors à la turgescence vitale de tous les êtres, et sa force créatrice se subordonne en partie, comme celle de la nature, à la marche du soleil : le plus grand nombre des naissances arrive au mois de février, ce qui reporte au mois de mai le maximum des conceptions. Mais si une chaleur tempérée favorise l’exercice des fonctions génitales, en est-il de même des températures élevées? et tandis qu’elles énervent les facultés intellectuelles et brisent le ressort musculaire, suscitent-elles d’une manière insolite le goût des jouissances vénériennes et la puissance de le satisfaire ? On invoque la précocité méridionale et les lascivetés de l’Orient : cette question est complexe ; sans nier que l’excitation de la peau par le soleil se propage sympathiquement au sens génital, il faut reconnaître que le mode de civilisation intervient ici plus encore que le climat : c’est une observation déjà faite par Hippocrate que l’omnipotence du climat fléchit sous l’influence des mœurs et des institutions. — Au demeurant, les effets de la chaleur atmosphérique varient suivant son degré thermométrique : entre + 15 et 25 degrés centigrades environ, elle stimule modérément; entre 25 et 35 degrés, elle débilite; au delà de ùO degrés, elle exerce une action délétère sur la composition du sang, dont elle diminue la fibrine et la plasticité, et elle produit dans le système nerveux des troubles qui traduisent une surexcitation bientôt suivie de collapsus.

Action de l’air sec et froid. — La sensation du froid est négative; elle indique que nous sommes en présence de corps moins échauffés que nous, et que l’équilibre du calorique s’établit à nos dépens. La limite lhermométrique où cette sensation nous saisit n’a rien de fixe : dans nos climats, on l’éprouve en général quand la température descend à 6 degrés centigrades, la sensation de froid augmente à mesure que la colonne thermométrique se contracte jusqu'à — 6 et — 7 degrés centigrades, moyenne de nos froids d’hiver, quoiquelle soit descendue jusqu’à - 12 et — 15 degrés et au delà. L’intensité tte la sensation du froid dépend principalement des caractères de la transition qui s est opéiée d une température à l’autre. Les mois d’avril et d’octobre

326 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [nYGifen ,

présentent en nos climats la môme moyenne thermomélrique; cependant, au ‘ sortir de l’hiver, nous trouvons la température d’avril très-douce, tandis qu’après les chaleurs d’août et de septembre, le mois d’octobre nous paraît plus que frais. Dans le fort de l’élé, nous sommes très-sensibles à l’abaissement de température qui succède à une pluie d’orage; dans le Midi, les belles soirées d’été produisent une impression de froid après les ardeurs de la journée. On s’explique aussi comment le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu ressentir une agréable impression de chaleur par une température de — • 24 à — 29 degrés centigrades, le thermomètre étant remonté brusquement à ce degré de — 47 degrés centigrades qu’il avait indiqués la veille. Il ne peut être question ici que des degrés inférieurs au terme delà glace fondante; car au-dessus de zéro il existe encore dans l’air une trop grande proportion de vapeur aqueuse pour que la constitution atmosphérique soit au froid sec.

L’action du froid sec sur l’économie diffère suivant deux ordres de causes, dont les unes sont extérieures et les autres propres au sujet qui y est soumis. Ces dernières sont la constitution, le tempérament, l’âge, le sexe, l’état moral, le régime, le repos ou le mouvement. Les constitutions fortes, caractérisées par la prédominance du système sanguin, par la fermeté des chairs, par la coloration de la peau, par la souplesse des mouvements et la gaieté de l’esprit, résistent beaucoup mieux à l'influence [du froid que les individus dont les tissus sont pâles et flasques, l’aspect lymphatique, les allures lentes, l’humeur mélancolique. Cette observation, faite par J.-D. Larrey (1), a été confirmée plus récemment par le capitaine Ross, qui pour les expéditions polaires recommande le choix d’hommes plus aptes que d’autres à produire de la chaleur. A quoi bon, s’écrie-t-il, couvrir de vêtements celui qui par lui-même est incapable de produire de la chaleur? Les gens à grand appétit, à digestion active, à caractère énergique et confiant, lui paraissent offrir les garanties d’une suffisante calorification; il avait, en outre, adopté pour le choix des matelots ce mode d’épreuve : il leur faisait poser un pied nu sur la glace; ceux cpii ne tremblaient ni ne pâlissaient, il les prenait; il refusait les autres. « J’ai remarqué, dit J. D. Larrey, que les sujets bruns et d’un tempérament bilioso- sanguin, presque tous des contrées méridionales de l’Europe, résistaient plus que les sujets blonds, d’un tempérament phlegmatique et presque tous du Nord, aux effets de ces froids rigoureux, ce qui est contraire â l’opinion généralement reçue... Ainsi nous avons vu les Hollandais du 3e régiment des grenadiers de la garde, composé de 1787 hommes, périr presque tous sans exception, car il n’en était rentré en France, deux années après, que 41; tandis que les deux autres régiments de grenadiers, composés d'hommes presque tous nés dans les provinces méridionales de la France, ont conservé une assez grande partie de leurs soldats. » Les médecins restés à AVilna ont assuré h J. D. Larrey que le froid avait tué plus d’individus de la coalition

fl) J, D. Larroy, MdmoirêS et campagnes de chirurgie, t. IV, p. 125.

pmvÉE1 ATMOSPHÈRE. — TEMPÉRATURE.

que de Français, quoique les premiers eussent plus de moyens de protection contre celle influence funeste que nos malheureux compatriotes, dépouillés par les Cosaques et forcés souvent de passer d’un lieu à un autre dans un état de nudité plus ou moins complète; mais le courage et l’industrie leur tenaient lieu d’autres ressources. Les Français, les Portugais, les Espagnols et les Italiens, sont encore ceux qui supportèrent le mieux les vicissitudes du froid et du feu des bivouacs, ainsi que la transition des frontières de la vieille Prusse au fond de la Sibérie : nouvel argument, ajoute J. D. Larrey (page 136), contre l’assertion de l 'Esprit des lois, nouvelle preuve que les habitants de ces contrées méridionales ont plus d’énergie et de moyens de résistance à l’action du froid que les peuples du Nord. En Algérie, les Arabes couchent en plein air, roulés dans leurs burnous; au siège de Sébastopol, nos troupes indigènes d’Afrique ont mieux résisté que les autres. Ch. Marlins et Bravais, en septembre 1839, couchaient par 0 degré centigrade dans les granges de la Finlande, tandis que les paysans du pays, étendus sur les poêles, s’entassaient dans des chambres chauffées à 25 degrés centigrades (1). Quant à l’âge, nous avons déjà fait remarquer que le pouvoir calorifique est moindre chez les vieillards que chez les adultes; néanmoins, si les adultes supportent mieux des températures très-basses, les enfants se rétablissent plus complètement après avoir été refroidis, pourvu que la soustraction de calorique ne soit point portée trop loin. Le régime modifie puissamment les effets du froid. Tout le monde sait que les naturels des pays froids mangent beaucoup; les Esquimaux, en butte à la température la plus rigoureuse, se font remarquer par la voracité de leur appétit, par l’énormité de leurs repas et l’énergie de leurs digestions. Hayes, chirurgien de la deuxième expédition des États-Unis au pôle arctique, les a vus manger habituellement 6 à 8 kilogrammes de chair crue (dont un tiers de graisse) de morse, veau marin, narval, saumon, ours, etc., avaler avec délices des morceaux d’huile de baleine gelée, et, grâce à ce régime, bien que mal velus et presque sans feu, se conserver en bonne santé, à l'abri du scorbut et des maladies tuberculeuses. Les marins de l’expédition ne purent lutter contre le froid excessif de ces régions qu’en adoptant cette nourriture, qui finit par entrer dans leurs goûts. Le capitaine Ross a vu la santé de son équipage varier en proportion des provisions dont il pouvait disposer ; aussi prescrit-il d augmenter considérablement les rations de vivres pour les expéditions polaires, et de régler en partie le choix des matelots sur la vivacité de leur appétit et I étendue de leurs forces digestives. Dans la retraite de Russie, le froid faisait périr en plus grand nombre les personnes amaigries par l’abstinence et privées d aliments nourrissants (2). A défaut d’alimentation substantielle, un peu de vin ou de café contribuait à soutenir les forces et calmait la

(1) Ch. Marlins, Du froul thermométrique, et de ses relations avec le froid physiolorjique ( Mém . de l’Acad. des sciences de Montpellier, -1859, t. IV).

(2) Larrey, loc.cit., p. 133.

DES MODIFICATEURS. - CIRCUMFUSA.

[hygiène

soif et la faim ; c’est dans ces circonstances que Larrey, épuisé par trois jours de ' privation presque absolue et en proie aux tortures de la faim, confirma sur luimême la vérité de l’aphorisme : Famem vini patio solvit (1). Mais l’abus des spiritueux est fatal : à Kowno, l’armée française perdit beaucoup de jeunes gens par l’ivresse (Larrey, page 111). Le capitaine Ross attribue à son abstinence des liqueurs alcooliques, d’avoir échappé aux maux d’yeux qui affectèrent tous les hommes de son équipage. La neige et l’eau glacée, prises dans le but d’apaiser la soif ou la faim, hâtaient la mort chez nos soldats dans la retraite de Russie, en absorbant la chaleur qui restait dans les viscères. Les chevaux mêmes, après avoir mangé de la neige, périssaient promptement; il fallait, pour les conserver, leur faire boire une petite quantité d’eau provenant de neige ou de glace fondue dans des vases au feu des bivouacs. Le danger du repos tient au ralentissement de la circulation du sang, véhicule de la chaleur animale :

« Quiconque s’assied, s’endort; et qui s’endort ne se réveille plus. » Cet avertissement laconique a été donné par Solander à ses compagnons de voyage.

« L’exercice habituel, dit Larrey (page 91), prévenait l’engourdissement des membres, entretenait la calorification et le jeu des organes, tandis que le froid, saisissant les individus portés sur des chevaux ou dans des voitures, les jetait bientôt dans un état de torpeur et d’engourdissement paralytique qui les portait à s’approcher d’autant plus des feux des bivouacs, qu’ils ne sentaient pas les effets de la chaleur sur les parties gelées : c’est ce qui provoquait la gangrène dont j’ai eu le bonheur de me préserver en marchant continuellement h pied, et en me privant entièrement du plaisir de me chauffer. » L’exercice doit être général : chez les cavaliers, la congélation menace pieds et jambes ; chez les piétons, mains et bras. Il est remarquable que tant que notre armée avait été en marche, malgré l’excès du froid, les fatigues et les privations, il ne s’était point déclaré de maladies internes ; les soldats n’étaient obligés de s’arrêter en chemin que pour des congélations partielles ; mais arrivés dans la vieille Prusse où l’armée eut quelques jours de repos, des aliments à discrétion et des asiles chauds, elle fut frappée par une épidémie que Larrey désigne sous le nom de méningite catarrhale de congélation (page 139), et qui, parvenue au troisième degré, devenait contagieuse, surtout quand elle se compliquait de gangrène des extrémités (2).

Les causes extérieures qui font varier l’action du froid sont, indépendamment de sa durée et de son intensité, la pureté de l’air, les courants d’air, l’élévation du sol. Plus l’air est transparent, plus le rayonnement de la terre vers les espaces célestes s’opère avec énergie; c’est pendant la nuit, le ciel étant pur et l’air peu agité, qu’il atteint son maximum; les corps placés à la surface de la terre perdent par celte voie la chaleur qu’ils possèdent : aussi Larrey, chez qui l’esprit d’observation suppléait souvent la science, a-t-il noté

(1) Hippocrate, traduit par E. Littré, t. IV, p. 477, section 2, aphor. 21.

(2) Il s’agissait évidemment du typhus à forme cérébrale.

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privée]

qu’hommes et animaux succombaient en plus grand nombre pendant la nuit au bivouac. Le capitaine Ross avait appris, par des observations réitérées, h redouter un ciel clair et brillant. Les abris, quels qu’ils soient, neutralisent en partie la funeste influence du rayonnement nocturne. Ross et ses compagnons, à l’exemple et avec l’aide des Esquimaux, se construisaient des huttes en forme de dôme et hautes d’environ lm,22, avec des morceaux carrés de neige gelée et cimentés avec de l’eau, entourées à l’intérieur de bancs de neige bien nivelée qui, recouverts de peaux, servaient de lits; une lampe alimentée avec de l’huile de poisson et de la mousse, éclairait, chauffait ce réduit et permettait de cuire les aliments; une galerie longue et sinueuse précédait l’entrée de la hutte. C’est là que ces hardis explorateurs dormaient chaudement par — 26°, 11, l’air extérieur étant à — 3fr°,46 (1). L’expérience populaire, précurseur des découvertes scientifiques, a signalé de tout temps la rigueur des nuits d’hiver sereines et lumineuses par la scintillation stellaire; ce n’est point que le rayonnement nocturne des corps soit plus considérable en hiver qu’en été : les recherches de Melloni (2) ont prouvé qu’un corps exposé pendant la nuit à l’action d’un ciel également pur et serein se refroidit toujours de la même quantité, quelle que soit la température de l’air ; mais celte déperdition est plus sensible par les temps froids. Si les brouillards augmentent la conductibilité de l’atmosphère pour le calorique, ils s’opposent au rayonnement et à la transpiration du corps, ce qui dépasse la compensation. Les courants d’air augmentent le danger des basses températures. Parry et ses compagnons n’ont pas souffert d’un froid de — W2 degrés, grâce à la tranquillité de l'air; le capitaine Ross et les gens de son équipage ont pu faire des excursions hors du navire par un froid calme de — él degrés, tandis qu’ils furent forcés de se renfermer par un froid de — 29 degrés accompagné d’une légère brise. Sur les hauteurs, les effets du froid redoublent, et c’est là que surviennent plus particulièrement certains accidents, tels que l’émission spontanée des urines, des hémorrhagies nasales, observées par Larrey sur les hauteurs de Mieneski, un des points les plus élevés de la Russie.

Le mécanisme de 1 action du froid est éclairé par les belles expériences de Poiseuille (3) : il a constaté que les vaisseaux sont enduits à l’intérieur d’une couche mince de liquide dont l’épaisseur augmente à mesure que la températuie s abaisse; de telle sorte qu’il en résulte un obstacle toujours croissant à la progression des globules sanguins. On savait déjà que le cours des liquides se ralentit dans les tubes capillaires, sous l’influence de la diminution de la chaleur. Mais on ne peut attribuer à ces causes physiques tous les effets pro-

(1) Ross, Narrative of second voyage, etc., p. 165.

(2) Melloni, Annales cle chimie et. de physique, février 1848, p. 160.

(3) Poiseuille, Recherches sur les causes du mouvement du sang dans les vaisseaux capillaires {Mémoires des savants étrangers à l'Académie des sciences, t. Vit, 1835). —

< '.cherches expérimentales sur le mouvement des liquides dans les tuhes de très -petits lame très {Mémoires des savants étrangers à l'Académie des sciences, l. IX, 1844).

330 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène j

duits par le froid. Guérard, auteur d’un excellent article sur ce sujet (1), est ' tombé dans l’exagération opposée à celle de Larrey et de Georget, qui rapportent presque tous les phénomènes, l’un aux propriétés sédatives du froid sur e cerveau, l’autre aux sensations perçues par ce viscère. Le froid agit tout k la fois d’une manière physique et vitale; mais, suivant son intensité et les dispositions individuelles, il produira plus ou moins rapidement des phénomènes de l’une ou de l’autre espèce. Bernouilli dans la Newa, et le prince Poniatowski dans la rivière de l’Elster, périrent de convulsions. De vives douleurs se font sentir parfois dans les membres engourdis par le froid; nous les » avons observées sous forme épidémique k 1 armée d Orient (1854-1855). Georget a remarqué que le froid et toutes les variations brusques de la température agitent un grand nombre d’aliénés (2); un médecin de l’hôpital de Wilna a rapporté que beaucoup de nos compatriotes perdirent la raison dans i la retraite de Russie. Voilk des effets qui mettent en évidence l’influence du froid sur le système nerveux, s’ils ne sont dus en partie aux émotions d’une calamité publique. Les observations de Poiseuille rendent compte de la stase du sang k l’extérieur, et, par suite, de l’engorgement des vaisseaux dans les organes internes; il a prouvé que le dernier phénomène n est point consécutif au resserrement des vaisseaux périphériques : quel que soit le degré indiqué par le thermomètre, il n’a jamais vu les vaisseaux capillaires changer sensible | ment de volume ; leur diamètre restait constant, et le repos des globules était dû à l’augmentation, par le froid, de l’épaisseur de la couche immobile de sérum qui tapisse intérieurement les vaisseaux, et peut-être de l’atmosphère de sérum qui entoure chaque globule; les refoulements du sang sur les viscères [ profonds, les hyperémies pulmonaires et encéphaliques sont donc la conséquence de la gène croissante de la circulation périphérique. Quand le froid est intense, ce dernier effet est immédiat, et la peau se décolore instantanément; la circulation tend alors à s’arrêter et la congélation est imminente. La congestion suivie de stase paraît s’opérer d’abord sur le cerveau, quand la tete est dégarnie de cheveux ou n’est point protégée par des bonnets fouiiés (Larrey); mais alors même qu’elle porte simultanément sur les poumons et le cerveau, les symptômes partent surtout de ce dernier viscère; son action s affaiblit, les opérations intellectuelles s’embarrassent, la conscience diminue, les sens se troublent, les mouvements deviennent de plus en plus difficiles ; dans cet état, quelques-uns de nos infortunés soldats, en 1812, marchaient encoie conduits par leurs camarades; mais bientôt, l’engourdissement cérébral faisant des progrès, ils chancelaient comme des hommes ivres et finissaient par tomber sur le sol dans un état d'insensibilité complète : « La marche non interrompue et rapide des soldats réunis en masse obligeait ceux qui ne pouvaient la soutc-

(1) Guérard, Dictionnaire de médecine . — Considérations sur l’hygiène et mémoire sur tes accidents qui peuvent succéder à l’ingestion des boissons froides lorsque le corps est échauffé. (Annales d'hygiène , 1842, t. XXVII, p. 43 )

(2) Georget, De la physiologie du système nerveux. Paris, 1821, t. I, p. 3/0.

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privée]

nir à quitter le centre de la colonne pour se porter sur les bords du chemin et le côtoyer; séparés de celle colonne serrée et abandonnés à eux-mômes, ils perdaient bientôt l’équilibre et tombaient dans les fossés remplis de neige, d’où ils pouvaient difficilement se relever; ils étaient frappés aussitôt d’un engourdissement douloureux, passaient ensuite à un état d’assoupissement léthargique, et en peu de moments ils avaient terminé leur pénible carrière. » (Page 127.)

La brusque élévation de la température, qu’elle soit artificielle ou spontanée,

! devient une cause d’accidents funestes, ou précipite les effets du froid, au lieu d’y porter remède. Les soldats qui, déjà frappés d’un commencement d’insensibilité périphérique, s’approchaient de trop près d’un grand feu de bivouac ou entraient dans une chambre chauffée, couraient risque de gangrène aux extré' mités ou mouraient asphyxiés (Larrey, page Ù31); d’autres tombaient roide morts, comme par sidération, ou se précipitaient en délire au milieu des flammes (Desgenelles). Ainsi succomba le pharmacien en chef de l’armée, Sureau, qui, affaibli par le froid et l’abstinence, reçut l’hospitalité dans une chambre très-chaude de l’hôpital de Kowno; au bout de quelques heures, ses membres, qu’il ne sentait pas à son arrivée, se tuméfièrent, et bientôt après il expira, sans avoir proféré une parole. Pendant la campagne d’Eylau, la température monta subitement de — 19 degrés centigrades h -{— 6 degrés, et beaucoup de nos soldats qui avaient passé impunément cinq jours et une grande partie des nuits dans la neige, furent atteints de douleurs vives dans les pieds, d’engourdissement, de fourmillement, de phiyctones, de gangrène, et les plus maltraités furent ceux qui s’étaient exposés à l’action du feu (1). Les memes faits se sont reproduits dans notre armée de Crimée.

Ce qui précède se rapporte à l’atteinte prolongée du froid sec porté à un degré rigoureux. S’il agit passagèrement, avec moins d’intensité, il excite les tissus dune manière non équivoque; mais cette excitation, quoique en rapport avec la durée et l’énergie de la réfrigération, dépend surtout de la réaction individuelle ; elle est un effet secondaire et peut s’exalter jusqu’à l’irritation; elle peut se développer, sous différentes nuances, dans les organes mêmes qui n ont pas subi 1 action directe du froid, et en considérant toutes les circon-

stances où le froid peut irriter l’organisme, on arrive à poser les cas suivants, r II provoque une réaction excessive dans les parties mêmes qu’il a frappées directement (érysipèles phlegmoncux, engelures). 2° II refoule le sang d’un organe et l’accumule dans les vaisseaux d’un autre plus ou moins éloigné. 3° Le rhumatisme produit directement par le refroidissement des parties s explique par l’arrêt de la circulation capillaire, dû lui-même au froid que déterminé l’évaporation de la transpiration cutanée (Poiscuille). k° Le froid uspenc a fonction d un oigane sécréteur et détermine dans un autre, par 'oie ce solidarité fonctionnelle, une supersécrétion, ou bien à cet arrêt de

(1) J. D. Larrey, t. III, p. 62.

332 NES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hyciénf.

sécrétion succède l’irritation d’un organe sécréteur. 5° Il peut supprimer un écoulement de sang physiologique ou morbide, mais devenu habituel et lié à un état du corps qui l'ait de sa brusque disparition un danger. 6° Une irritation existant sur un point, le froid peut l’y faire cesser; mais elle se reporte sur un autre organe, et constitue ce que l’école appelle une métastase. Ces différents modes d’action du froid, bien compris en partie par Rulh (1), résument l’imminence morbide qui en résulte. Quant à la fréquence hivernale des inflammations, si rares dans les saisons chaudes, on est porté à la rattacher, avec Poiseuille (2), aux difficultés plus grandes de la circulation capillaire sous l’influence d’une température basse; l’activité plus grande des combustions respiratoires en hiver doit y contribuer. Remarquons encore l’impunité de certaines transitions rapides d’une température chaude à un froid excessif: dans son ascension aérostatique qui eut lieu au mois d’août. Gay-Lussac passa en quelques minutes de -f 30°, 7 à — 9°, 5, sans en ressentir aucun trouble sérieux.

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