II. — Lumière
La lumière a une action générale sur l’économie par l’intermédiaire du sang et des centres nerveux. Elle agit spécialement sur l’œil, dont elle est l’excitant naturel, et sur la peau, dont elle détermine les variétés de coloration.
Les effets qu’elle produit sur les végétaux conduisent par analogie à la connaissance de ceux qu’elle doit exercer sur les animaux et sur l’homme. Dans l’obscurité, dit Dumas ( loc . cit., p. 32), les plantes fonctionnent comme de simples filtres que traversent l’eau et les gaz; l’acide carbonique qu’elles puisent dans le sol passe au travers de leurs tissus et se répand dans l’air. 11 il est donc pas exact de dire que pendant la nuit les plantes produisent cet acide; elles le laissent passer seulement. Sous l’influence de la lumière solaire, elles fonctionnent comme des appareils réducteurs qui décomposent l’eau, l'acidc carbonique, l’oxyde d’ammonium. La décomposition d’un corps aussi stable que l’acide carbonique ne peut s’opérer dans les parties vertes qu’à l’aide des rayons chimiques de la lumière qu’elles absorbent en entier. Ces matières vertes elles-mêmes ne sauraient se produire sans l’intervention de la lumière;
(1) Rapporteur, M. Pouillet, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. LXIV, 1SG/.
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pkivée]
dans les cavités souterraines, la végétation est nulle ou se compose de quelques mousses. La fixation du càrbone dans les végétaux n’ayant lieu que par l’action de la lumière sur leurs parties vertes, c’est dans les lieux très-éclairés que les plantes présenteront en abondance les principes résineux et autres auxquels elles doivent leur odeur et leur saveur, principes généralement riches en carbone. C’est aussi là que l’on trouvera les bois les plus compactes, les plus solides, les plus avantageux pour le chaulTagc, car la chaleur que le bois donne par la combustion est en raison directe de la proportion du carbone qu’il contient. Mal éclairées ou privées de lumière, les plantes se décolorent, s’étiolent, se déforment, se gorgent des sucs aqueux cl perdent leur saveur. Si l’on fait germer une plante dans une chambre éclairée par une seule ouverture, on la voit se diriger vers celle-ci; la chambre est-elle percée de deux ouvertures, elle se penche vers celle qui donne passage au plus grand faisceau de lumière (Payer). Une lumière exubérante durcit le bois et nuit au développement; c'est pourquoi les arbres des forets, abrités en partie contre les rayons solaires, s’allongent plus que ceux qui viennent isolés dans les champs.
Tous les phénomènes qui naissent sous l’impression de la lumière dans les végétaux vont se répéter exactement dans l’économie animale; mais ici nous avons à considérer de plus le rôle de la lumière dans l’acte de la vision, suivant le nombre et l’intensité des rayons transmis à l’œil. Trop faible, elle donne lieu à la dilatation prolongée de la pupille et peut à la longue produire la myopie. Les efforts que 1 on fait pour voir sous un jour précaire augmentent la sensibilité des yeux et rendent dangereux le passage d’un endroit demiobscui a une vive clarté. IJne lumière éclatante irrite l’appareil oculaire, affaiblit la vue et finit par l’abolir; ces effets peuvent être occasionnés subitement par la brusque impression d’une lumière éblouissante et fugitive, comme les éclairs d un orage de nuit, la flamme d’un incendie, et ils varient depuis V éblouissement jusqu’à la cécité absolue. En 1819, des soldats suisses, en garnison à Lyon, manœuvrant par un soleil ardent, un grand nombre furent affectés d’héméralopie accompagnée de symptômes nerveux, tels que nausées, vomissements, etc. Lors de l’incendie du théâtre de l’Odéon, l’héméralopie se déclara presque épidémiquement parmi les militaires de service (1). L hémiopie et la diplopie sont dues souvent à la même cause. Il ne faut pas
moins craindre l’action d’une lumière brillante et continue, soit directe, soit
r éciie pai la neige, par un sol calcaire ou couvert d’une poussière blanche, pai des mut. s blanchâtres, etc. C est la réverbération de la neige qui fit perdre a vue à un grand nombre des soldats grecs ramenés par Xénophon, du fond
Asif : a].travers lt!S montagnes d’Arménie; c’est la réverbération des sables qui mu tiplia les ophthalmies dans l’armée d’Égypte; c’est l’intensité de la minière, augmentée par la couleur blanche des habitations, qui les rend eneme ftéquenles parmi nos militaires en Algérie. Les navigateurs qui ont
( ) ennes» Obset valions médicales sur quelques maladies rares ou peu connues \ Archives de médecine, 1831, t. XXVI, p. 374).
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pénétré dans les régions polaires ont eu il souffrir aussi de la lumière répercutée par la neige, et le capitaine Ross a remarqué que ces effets étaient aussi communs chez les naturels (Esquimaux) que chez les gens de son équipage. Toutefois la réverbération n’exerce point sur l’appareil du cristallin l’influence qu’on lui attribue généralement. Furnari a observé que les cataractes sont rares dans les pays chauds, et que celles qu’on y observe sont dues aux altérations des parties réfringentes de l’œil par suite d’ophthalmies intenses, négligées et opiniâtres (1). La cataracte est rare en Laponie, en Norvège, etc., malgré la réverbération des neiges (2). Les professions qui exposent largement à l’action continue d’une lumière éclatante (cuisiniers, verriers, fourbisseurs), et celles qui concentrent longtemps la vue sur des objets très-éclairés et de petite dimension, déterminent des accidents variés. Aux premières, les conjonctivites, les larmoiements, les cataractes, etc.; aux autres, la rétinite, mais le plus souvent sous forme chronique et caractérisée par une sensibilité morbide des yeux à la lumière, un léger trouble dans la vision, un resserrement graduel de la pupille suivi de son immobilité, et enfin de l’amaurose : les joailliers, suivant Mackenzie, sont fréquemment atteints de cette forme de maladie. Chevallier a constaté que le brillant des caractères neufs est une des causes qui usent et détruisent la vue des compositeurs d’imprimerie (3). Des recherches spéciales ont appris à Guérard cpie les horlogers, après quelques années d’exercice, deviennent ordinairement presbytes de l’œil droit qui, pendant le travail, est armé constamment de la loupe. Ch. Bonnet rapporte lui-même dans ses Mémoires que l'œil dont il voyait habituellement au microscope était affeclé de diplopie. Les couleurs foncées même ne reposent la vue qu’autant qu on ne les fixe pas trop attentivement. Le blanc, le rouge, le jaune, et surtout le noir, fatiguent beaucoup les yeux : aussi les personnes qui font métier de couture s’abstiennent de travailler sur le noir à la lumière artificielle; il en est de même des couleurs contrastées, telles que noir sur blanc, rouge sur jaune, etc.
Toutes les parties de l’œil sont sensibles à cet agent : aussi peut-il affecter douloureusement par son contact les personnes privées de la vue. Deslandes (A) a connu un aveugte qui, incapable de discerner la clarté la plus vive de 1 obscurité la plus profonde, ne pouvait cependant passer de l’une à l’autre sans ressentir dans les yeux un picotement pénible avec sécrétion abondante de larmes. — La vue ne s’altère pas seulement par le contact d’une lumière trop intense ou trop faible; un exercice trop prolongé de l’œil à une lumièie
(1) Furnari, Voyage médical dans l'Afrique septentrionale. Paris, 1845, in-8.
(2) Furnari, De la prétendue influence des climats sur la production de la catarui le, ou de l'innocuité de la réverbération directe de la lumière sur les milieux réfringents de l’oeil , mémoire communiqué à l’Académie des sciences le 17 mars ( Gazette medical' .
Paris, 1845, p. 189).
(3) Chevallier, Annales d'hygiène publique' et de médecine légale, 1835, t. AUI, p. ->l •
(4) Deslandes, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Paris, 1S34,
t. XI, p. 179.
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privée]
ordinaire produit le même résultat, mais du dedans en dehors, c’est-à-dire consécutivement à la congestion encéphalique que produisent les travaux de cabinet.
W. Edwards admet que la lumière, en frappant les yeux, agit indirectement sur le reste de l’économie ; on n’en peut nier au moins l’influence sur les centres nerveux, dans lesquels elle détermine une excitation passagère : de là le précepte de maintenir dans une demi-obscurité les individus affectés de fièvre aiguë, d’irritation encéphalique, etc., ou qui, après avoir subi une grande opération, se trouvent dans un état d’éréthisme nerveux augmenté encore par l’insomnie; à plus forte raison faut-il soustraire soigneusement à la lumière ceux qui sont affectés d’une inflammation oculaire.
La privation absolue de la lumière, ou l’obscurité, agit diversement, suivant qu’elle est temporaire ou permanente : passagère, elle repose la vue et le cerveau, qui n’est plus assailli par les sensations visuelles ; mais quand elle dure, l’intelligence, ne recevant plus d’impressions par la vue, se concentre dans l’élaboration des sensations internes, des souvenirs, établit entre les objets de son attention des rapports inexacts qui ne sont pas rectifiés par l’œil; et c’est ainsi que naît la disposition à la frayeur, la croyance aux choses insolites, favorisée encore chez les enfants par une éducation qui a pour mobiles la crainte et le châtiment.
L’action de la lumière sur la peau se confond en grande partie avec celle qu’elle exerce sur l’ensemble de la constitution. Indiquons d’abord ce qui se rapporte spécialement à la peau. Celle-ci est à l’homme ce que la partie verte est aux végétaux; dans l’ombre, elle s’étiole et se décolore; le contact de la lumière l’anime en développant ses réseaux capillaires, la colore, l’épaissit et favorise la transpiration, car elle a la propriété d’évaporer les liquides (1). La paleui habituelle des habitants des grandes villes, et particulièrement des femmes qui appartiennent aux classes élevées, provient du manque d’insolation, taudis que les manœuvres qui travaillent au grand air et les gens de la campagne ont la peau des membres thoraciques-, de la face, du cou et de la poitrine, halée, brunie par l’influence prolongée de la lumière. Quand les premières viennent à exposer au soleil une partie habituellement couverte, elles contractent facilement cette variété d’érythème désignée sous le nom de eouP de solei1 > la chaleur contribue sans doute à la production de ce phénomène, mais il se manifeste aussi, suivant l’observation de W. Edwards (2), pai la simple exposition au grand jour, dans des circonstances où le soleil n’a
(1) On a exposé la nuit, aux rayons de la lune, qui ne donne aucune chaleur appréciable au thermomètre ni aux sens, deux vases d égalé capacité contenant les mêmes quantités d’eau, et dont l’un a été couvert d’un parasol : dans l’espace de neuf nuits, ce dernier vase avait perdu 2 lignes et 1/G' d’eau de moins que l’autre, exposé à l’action irecte de la lune. On sait que la lumière de cet astre est d’environ 300 000 fois moins forte dans son plein que celle du soleil.
(3) W. Edwards, De l'influence des agents physiques sur la vie, p. 395.
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CIRCÜMFÜSA.
[nYCiÈSï
que peu de force. Les citadins au teint blême, qui prennent des bains de mer, ont le visage promptement bêlé par l’intensité de la lumière réfléchie à la surface de la mer. Les éphélides ou taches de rousseur sont dues à l’impression plus prolongée, quoique moins énergique, de la lumière solaire; les enfants, les individus lymphatiques, les personnes à cheveux blonds ou rouges, en sont très-fréquemment affectés ; elles passent avec l’ûge ou par le changement de saison ou de climat. Le pigmentum, condition anatomique des colorations cutanées, se développe sous l’influencé de la lumière solaire, non de la chaleur : ce qui le prouve, c’est que les Groënlandais, les Esquimaux, ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs; dans les contrées qu’ils habitent, la réverbération de la neige communique au jour un vif éclat; le soleil reste pendant six mois au-dessus de l’horizon, l’aurore et le crépuscule ajoutent à ce jour de six mois trois autres mois, et pendant les trois mois qui restent, la clarté des étoiles, les aurores boréales, etc.j suppléent h l’absence du soleil. Boitard s’est assuré que les Peaux-Rouges de l’Amérique septentrionale n’offrent la couleur qui leur a valp cette dénomination que sur les parties découvertes de leur corps. Les nuances qui caractérisent les différents peuples du globe traduisent donc les intensités de lumière. Il n’y a point de nègres au delà de la zone torride, et encore ne s’en trouve-t-il, dans ces limites, que là où
l’action de la lumière est excessive, c’est-à-dire où le thermomètre s’élève de 35 à 37 degrés centigrades. A mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, le teint noir devient basané, puis se change en brun et passe par dégradation immédiate au blanc. Les localités modifient cette grande influence de la lumière solaire : ainsi les terres qui sont abritées contre les vents d’est par le pic de Ténériffe et le mont Atlas ne sont pas habitées par des nègres parfaits comme les plages de la Nubie, de Serra-Leone et du Sénégal. Si les nations de l’archipel Indien, quoique vivant sous la ligne, ne sont que basanées, c’est que l’évaporation de la mer et les vents alizés ébranlent incessamment leur atmosphère et amortissent le reflet des rayons solaires. Dans l’île de Ceylan, les insulaires qui habitent les plages découvertes ont le teint cuivré, tandis que les Bédas, qui vivent dans les bois, se rapprochent des Suédois par la blancheur de lem peau. L’Européen qui se rend dans les contrées équatoriales passe par difféi enls degrés de coloration qui tendent à le confondre avec les naturels, surtout s il adopte leur genre de vie et leur habitude de nudité.
Des faits nombreux ne laissent aucun Roule sur les modifications profondes que subit la constitution entière sous l’influence ou par la privation de la lumière solaire. AV. Edwards a placé dans la Seine des têtards enfermés dans deux boîtes percées de trous pour le renouvellement de l’eau, et formées, 1 une de parois transparentes, l’autre de fer-blanc : la métamorphose des têtards en grenouilles s’est opérée dans la première, tandis que dans la seconde deux seulement sur douze se transformèrent. Le corollaire légitime de celle expérience est que l’insolation est indispensable au développement parfait des organes, et l’observation le confirme. C’est dans l’obscurité que l’on engraisse artificielle
privée] ATMOSPHÈRE. — LUMIÈRE. 311
meni les animaux, que l’on détermine chez certains palmipèdes l’infiltration graisseuse du foie, etc. Les individus qui passent une grande partie de leur vie dans les lieux obscurs ou mal éclairés ne se distinguent pas seulement par le caractère de leur peau; ils respirent moins (1) ; ils ont les chairs molles, bouffies, comme infiltrées; ils sont frappés d’atonie dans tous leurs tissus et sujets aux accidents de I’hvdrémic : tels sont les individus que la misère confine dans les quartiers les plus sombres et les plus encombrés des grandes villes, les prisonniers relégués dans des cachots ténébreux, les marins dont le poste habituel est dans les parties profondes des vaisseaux (2), dans la cale, à la cam-s buse, les portiers des maisons de Paris situées dans les rues étroites des quartiers les plus populeux, les ouvriers qui travaillent au-dessous du niveau du sol, etc. C’est parmi ces classes de la population que l’on observe en grand nombre les déviations du système osseux, les nuances exagérées du tempérament lymphatique, portées le plus souvent jusqu’à l’état scrofuleux; c’est aussi sur elles que la phthisie tuberculeuse sévit le plus. L’exposition du corps aux rayons du soleil, en même temps qu’elle favorise la nutrition, assure la régularité du développement et l’heureuse proportion des formes : « Hommes et femmes, dit Humboldt en parlant des Chaymas, ont le corps très-musculeux, mais charnu, à formes arrondies. Il est superflu d’ajouter que je n’ai vu aucun individu qui ait une difformité naturelle ; je dirai la même chose de tant de milliers de Caraïbes, de Muyscas, d’indiens, Mexicains et Péruviens que nous avons observés pendant cinq ans. Ces difformités du corps, ces déviations, sont infiniment rares dans de certaines races d'hommes, surtout chez
(1) Scharling ( Ann . de chimie et de physique, 3e série, 1843, p. 488) a trouvé les différences suivantes entre les quantités de carbone brûlé le jour et la nuit par le même individu :
Nuit. Jour.
Homme adulte. 1 ; 1,237
Id. . . 1 ; 1,235
ld 1 ; 1,420
Femme adulte 1 ; 1,240
Garçon 1 ; 1,206
Petite fille 1 ; 1,225
Différence en moyenne ;; 1 ; 1,237.
La dépense de carbone dans l’acte respiratoire est donc d’environ moitié plus forto le jour que la nuit.
Mulcschott a constaté que le dégagement de l’acide carbonique par les voies respiratoires est, dans l’obscurité et à la lumière du jour, dans les proportions de 3 : 5 ; il l’a même trouvé proportionnel aux intensités de lumière, évaluées à l’aide de papiers photographiques. Chez les animaux a l’état d’inanition, Ridder cl Schmidt, en les rendant aveugles, égalisaient entre le jour et la nuit la perte due à l’exhalation île l'acide carbonique et à la transpiration, tandis qu’avec la conservation delà vue, la différence était notable. (Voy. Milne Edwards, Leçons de physiologie et d'anatomie comparée , 1857, t. II, p. 555.)
(2) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, 1856, p. 203.
312 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène
les peuples qui ont le système dermoïde fortement coloré (1). » L’observation intéressante du célèbre voyageur s’applique en France sur une moindre échelle. Il est incontestable que la population méridionale de la France présente une conformation plus régulière et plus belle que ne l’est celle des départements du nord et même d’une partie de l’est: et, de même que les arbres isolés croissent moins en hauteur et ont le bois plus dur que les arbres ombragés des forêts, le groupe méridional de la population française n’olTre ni la peau blanche et mince, ni les statures élevées qui appartiennent à l’autre groupe.
La lumière artificielle, quelque intense qu’elle soit, ne peut suppléer le moindre rayon de soleil pour la végétation ni pour l’économie animale. Les femmes du monde s’étiolent et se flétrissent au milieu des lustres et des bougies de leurs salons, et si Humboldt et de Candolle ont pu obtenir à l’aide de la lumière artificielle un léger verdissement du Lepidium sativurn, ils n’ont pu déterminer par le même moyen la décomposition de l’acide carbonique et le dégagement de l’oxygène.
Il est difficile de rapporter exclusivement à la lumière solaire tous les effets que nous venons de mentionner; la chaleur inhérente aux rayons solaires a certainement une part dans quelques-uns, même dans les effets qu’ils produisent sur l’organe de la vision; c’est ce qui résulte des recherches de Delaroche et de Melloni. Le premier a démontré que certains corps, perméables à la lumière, pouvaient aussi laisser passer du calorique rayonnant, et cela en quantité d’autant plus grande que la source de chaleur est d’une température plus élevée; le second, empruntant à la pile thermo-électrique un moyen d’évaluation plus exact des quantités les plus légères de chaleur, a expérimenté un grand nombre de corps diaphanes sous le rapport de leur perméabilité au calorique ; pour indiquer cette dernière propriété, il les a appelés diathermanes. Parmi les solides, le sel gemme, le verre, le cristal de roche, la chaux sulfatée, l’alun, etc. ; parmi les liquides, les huiles d’olive et de colza, l’alcool, l’eau, etc., méritent ce nom. Les corps les plus transparents pour la lumière ne sont pas toujours ceux qui laissent passer le plus de calorique rayonnant; les rayons de calorique ne traversent pas tous les corps avec une égale facilité, alors même qu’ils présentent d’égales conditions de transparence et d’épaisseur. Quoi qu’il en soit, la propriété dialhermane des liquides et des solides explique pourquoi la vue d’un foyer ardent fatigue plus l’œil que l’impression de la lumière, et pourquoi la lumière de la lune nous semble molle et douce au regard; la lune n’émet point de calorique rayonnant, tandis qu’il en passe une grande quantité avec le rayon solaire à travers les membranes et les humeurs translucides de l’œil. Toutefois la radia-
(1) Voyage aux régions équinoxiales. Paris, 1814, in-4, p. 471 . — Prichard, Histoire naturelle de l’homme, traduit de l’anglais par F. D. Roulin, Paris, 1843, t. U,
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lion lumineuse est seule en jeu dans les résultats de coloration cutanée; la chaleur produit l’hypérémie de la peau, mais elle n’influe point sur la formation du pigmentum : les cuisiniers, les chaufourniers, les ouvriers travaillant dans les étuves, ne contractent point le haie, pas plus que les femmes de l’Orient, abritées contre le soleil dans la demi-obscurité des harems, bien que les uns et les autres soient exposés à des températures très-élevées.
Les rayons solaires, si nécessaires au jeu des forces nutritives, ont aussi leur danger quand ils frappent trop vivement les organes. Nous avons mentionné en partie les effets nuisibles qu’ils produisent dans certaines circonstances sur les organes de la vision. Outre l’érythème dit coup de soleil , et les éphôlides, ils font naître d’autres éruptions. Quand ils tombent directement sur la tète, ils déterminent des accidents plus graves, tels que des céphalalgies intenses, des érysipèles de la face et du cuir chevelu, accompagnés de délire : nous en avons observé plusieurs exemples en Corse ; tels encore que des apoplexies, des tétanos, des méningites, des aliénations mentales. Esquirol a noté 12 cas d’aliénation mentale par insolation sur 1266 cas (1); sur 110 sujets atteints d’arachnitis, Martinet n’en a compté que deux dont la maladie pût être attribuée à l’insolation ; mais ces praticiens ont observé dans notre climat. L’extrême fréquence des accidents cérébraux dans les maladies des pays chauds accuse plus haut l’influence des rayons solaires : à Rome (1851), les praticiens expérimentés de notre corps d’occupation recommandaient instamment d’éviter, même en novembre, l’irradiation solaire; dans l’Afrique française, on a vu, pendant les expéditions d’été, des soldats tomber comme foudroyés par l’action
• d’un soleil intense ; le soin que prennent les Arabes de se garantir la tête contre le soleil est sans doute justifié par une expérience séculaire. Sous les latitudes équatoriales, la population se tient à l’ombre ou fait la sieste aux heures d’insolation la plus intense; la mesure de consigner les troupes dans leurs casernes pendant ces mêmes heures est une de celles qui contribuent le plus au maintien de leur santé dans les contrées méridionales. Nous en avons observé l’excellent résultat en Corse et en Morée.
Il resle beaucoup à apprendre sur l’influence intime de la lumière dans la série des actes qui concourent à la formation et à la nutrition de l’organisme : mais la nier est impossible, et, d’après l’ensemble des faits qui s’y rapportent,
fl elle se caractérise par une stimulation du système nerveux et par des modifi-
• calions chimiques dont les phénomènes daguerriens sont comme un reflet
' dans un autre ordre de combinaisons : où la lumière manque, toutes les causes
I débilitantes acquièrent plus d’énergie et amènent plus rapidement cette alté-
■•auon du sang qui est propre aux diverses espèces d’anémies ; partout où
elle abonde, elle ajoute à l’effet des causes d’excitation ambiantes ou intrinsèques.
(1) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 1838, t. II.
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[hygiène