‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 118 sur 158 · ECOLES POUR AVEUGLES · texte numérisé non relu

ECOLES POUR AVEUGLES

à eux. II y a tout intérêt à faire vivre le jeune aveugle en commun avec d'autres enfants ; avant qu'il ne puisse être placé dans des écoles spéciales qui n'existent que dans quelques grandes villes, il faudrait donc renvoyer à l'école communale, où il pourrait déjà profiter de l'enseignement oral, et où il s'habituerait à partager la vie de- ses camarades.

L'éducation intellectuelle doit être dirigée dans un sens tout spécial : les acquisitions sensorielles ne peuvent être réalisées que par l'ouïe et par le toucher. L'enfant qui a perdu la vue avant l'âge de cinq ou six ans perd la mémoire de tout ce qu'il a acquis avant cet Age, au point de vue de la forme et de la couleur. C'est surtout par Yéducation du toucher que l'on suppléera à ce déficit.

L'ouïe, qui est le sens par lequel l'aveugle reste surtout en communication avec le monde extérieur, se développe d'une façon remarquable ; les facultés musicales apparaissent de bonne heure et atteignent souvent un haut degré de perfection. Les sciences abstraites, qui exigent l'intervention de la mémoire, de la réflexion, du raisonnement, sont assez facilement accessibles aux aveugles. Les œuvres de pure imagination, la poésie ou le roman descriptif, ne peuvent les intéresser à un même degré : aucune « image » n'est réveillée dans leur intelligence par ces œuvres, dont la compréhension leur reste très imparfaite.

L'instruction des aveugles peut être réalisée de façon complète. L'enseignement oral y tient naturellement la première place, bien que la lecture et l'écriture soient rendues possibles et même assez faciles grâce à l'alphabet Braille (fig. 338).

« Cet alphabet comprend des points groupés de 1 à 6 et correspondant aux lettres, aux chiffres, aux notes, à la sténographie, aux signes divers de chaque langue écrite.

« On obtient ces caractères par la pression d'un poinçon mousse sur une feuille de papier posée à plat et maintenue par un châssis dans une tablette métallique munie de rainures et de trous équidislants le long desquels glisse une lame métallique appelée guide, pourvue de cases rectangulaires verticales dans lesquelles on trace ces divers caractères.

« On poinçonne verticalement et latéralement le long des petits rectangles du guide. On écrit sur le recto du papier, de droite à gauche, et on lit en touchant sur le verso, de gauche à droite. La lecture et l'écriture sont très rapides, presque aussi courantes que pour les voyants ; la lecture doit précéder récriture pour l'aveugle, tandis que l'écriture peut être enseignée avant la lecture pour le clairvoyant.

« L'écriture Braille est facile à apprendre et servira non seulement entre les aveugles, mais aussi entre aveugles et clairvoyants. Entre ces derniers, on pourra faire usage de machines à écrire diplo-

graphiques, donnant à volonté, en relief, le point saillant pour l'aveugle et la lettre pour le clairvoyant.

« Les aveugles tracent aussi, avec leur guide, des lettres ordinaires saillantes qu'ils peuvent relire et des lettres colorées par un procédé ingénieux de Mlle Mulot, qui sont lisibles par les voyants.

Procédé Louis Brailla.

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