VIII. - ÉCOLES POUR AVEUGLES
L'éducation des aveugles a été réalisée, au début du siècle dernier, par Valentin Ilaiïy ; c'est à lui que sont dues les premières méthodes d'enseignement, perfectionnées depuis par Barbier, inventeur de la cryptographie (ou écriture par points), et par Braille, qui rendit cette découverte pratique par l'invention de son alphabet.
Les méthodes employées aujourd'hui ont tiré un grand parti des découvertes mécaniques plus récentes, en particulier de la dactylographie.
Nous résumerons rapidement les procédés employés pour l'éducation et pour l'instruction des aveugles. On trouvera tous les détails sur ce sujet, et une riche bibliographie, dans les ouvrages de Javal (1), de Gouetoux (2) et dans l'article de Truc, Valude et Frenkel (3), auquel nous ferons ici de nombreux emprunts.
L'éducation physique des aveugles doit s'inspirer du besoin de mouvement inné chez l'enfant, et dont ces infirmes sont malheureusement privés; on les voit, en effet, s'agiter sur place, sauter, marcher avec précautions; mais ils ne peuvent se livrer à aucun des jeux mouvementés de l'enfance. C'est en partie à leur vie sédentaire qu'il faut attribuer la fréquence, chez les aveugles, de leur insuffisant développement physique et d'une sorte de déchéance organique due au ralentissement de la nutrition.
On suppléera d'abord à ce manque d'exercice en faisant exécuter aux aveugles des mouvements de gymnastique éducative et respiratoire; puis on combinera des mouvements d'ensemble, des rondes, des danses, des jeux variés, dirigés par les maîtres. Il faut rendre ces exercices attrayants pour que les enfants s'y livrent avec plaisir et en tirent le plus grand profit possible. Nous pouvions assister, des fenêtres de l'hôpital des Enfants-Malades, aux récréations des filles de l'Institution des Jeunes-Aveugles, et nous restions étonnés de l'ardeur et de la joie apparente avec lesquelles ces enfants prenaient leurs ébats ; leur adresse et leur agilité étaient si grandes qu'on en venait à douter de la réalité de leur infirmité.
L'éducation morale est assez facile chez les jeunes aveugles, qui sont volontiers dociles et soumis. La cécité n'est certes pas sans influencer le développement de leur caractère : ils sont d'apparence réfléchie, calmes, et assez souvent même taciturnes. Leurs sentiments affectifs se développent de bonne heure, et ils savent témoigner beaucoup d'amitié aux personnes de leur entourage qui s'intéressent
(1) Javal, Entre aveugles, Paris, 190 i.
(2) Couetoux, Manuel pratique des méthodes d'enseignement spéciales aux enfants anormaux, Paris, 1896.
(3) Truc, Valude et Frexkel, Nouveaux cléments d'ophtalmologie, Paris 1908.