ECOLES POUR AVEUGLES
possible, des procédés dérivés du môme principe: la géographie, la géométrie, etc., sont étudiées à l'aide de cartes ou de lignes en relief: pour l'histoire naturelle ou la physique, on fait palper aux enfants les objets de démonstration; l'enseignement purement oral, secondé par la lecture, est réservé aux connaissances abstraites.
L'instruction ainsi fournie aux aveugles permet aux plus intelligents d'entre eux l'accès de quelques carrières libérales ; beaucoup peuvent être professeurs dans les écoles spéciales ; le développement de leurs aptitudes musicales est utilisé par un grand nombre, qui deviennent professeurs de musique, organistes, accordeurs, etc.
Une instruction professionnelle pratique doit être donnée aux enfants moins intelligents, qu'il faut mettre en mesure de gagner leur vie. Un certain nombre de métiers leur sont accessibles ; des ateliers spéciaux existent pour l'apprentissage de ces métiers. M. Laurent, directeur des ateliers qui existent à Paris, rue Jacquier, a établi en 1891 la statistique suivante, qui indique le gain moyen des aveugles pratiquant divers métiers :
Moyenne.
Francs. Francs.
Brossiers J ,25 à 4 2,60
Rempailleurs 0,30 à 2,5 1,40
Canneurs-rempailleurs 0,80 à 1,5 1,40
Vanniers 0,50 à 3 1,60
Filetiers 0,15 à 1,25 0,75
Paillassonniers 1 à 2,50 1,75
Tricoteurs 0,10 à 0,60 0,25
//. ÉCOLES POUR SOURDS-MUETS
Longtemps considérée comme incurable, la surdi-mutité n'a été rapportée à sa véritable cause qu'à une époque relativement récente ; c'est seulement après qu'on eut reconnu que cette infirmité n'est pas due à une malformation des organes phonateurs que des tentatives d'enseignement furent faites.
Les acquisitions auditives, réalisées avant l'âge de six ou sept ans, sont, comme les acquisitions visuelles, trop superficielles pour être durables; les enfants qui deviennent sourds avant cet âge perdent peu à peu l'usage de la parole, ou leur langage se déforme à tel point qu'il devient méconnaissable : le qualificatif de demi-sourds-muets convient à ces enfants.
D'autres demi-sourds-muets sont ceux dont l'audition, extrêmement réduite, ne permet que la perception de quelques sons isolés ; ceux-là aussi ont un langage très rudiment aire et à peu près incompréhensible.
Aux sourds-muets absolus, atteints de surdité congénitale ou acquise dans les premiers mois de la vie, et aux demi-sourds-muets, les mômes méthodes d'enseignement sont applicables. Nous ne pourrons que les résumer brièvement ici, renvoyant pour plus de détails aux nombreuses publications consacrées à cet intéressant sujet (1).
Les premières tentatives d'éducation des sourds-muets furent purement individuelles; on cite les noms d'un moine espagnol, de Ponce de Léon, et d'un autre de ses compatriotes, Juan Pablo Bonet, qui réussirent à éduquer au xvie et au xvne siècle les enfants du connétable de Castille. D'autres essais plus ou moins heureux se poursuivirent au xvme siècle, mais jusqu'à cette époque la presque totalité des sourds-muets restaient livrés à l'ignorance et à la misère.
Le Suisse Amman inventa alors la méthode orale, qui devait permettre aux sourds-muets d'entrer en relations avec les « parlants » normaux sans le secours d'un langage spécial et conventionnel. Mais cette intéressante méthode, qui devait plus tard rendre de si grands services, fut d'abord très peu utilisée.
Il appartenait à l'abbé de l'Épée de faire entrer l'éducation des sourds-muets dans une voie pratique, en mettant à leur disposition une méthode d'enseignement plus simple que la méthode orale, et
(1) Revue générale de V enseignement des sourds-muels (publiée par le corps enseignant de l'Institution nationale des Sourds-Muets de Pans depuis 189S), Paris, Impr. de Tlnstit. nat. des Sourds-Muets, 25 i, rue Saint-Jacques. — E. Houdin, La surdité et les moyens d'y remédier par la lecture sur les lèvres, Paris. — Voy. également le Traité d'orthophonie publié par le Dr Gastex et les professeurs do l'Institution nationale des sourds-muets de Paris, 191 i.
ÉCOLES POUR SOURDS-MUETS
surtout en se dévouant totalement à ces malheureux infirmes, à qui il consacra sa fortune, et à qui il sut intéresser les pouvoirs publics; après avoir recueilli chez lui ses premiers élèves, sa maison en abrita bientôt soixante; le couvent des Célestins, puis le séminaire Saint- Magloire, furent mis ensuite à sa disposition, et c'est ce dernier établissement, situé rue Saint-Jacques, qui est aujourd'hui encore occupé par notre Institution des Sourds-Muets. L'Assemblée Nationale, qui avait su seconder les efforts de l'abbé de l'Épée, décréta que son nom serait « placé au nombre de ceux des citoyens qui ont le mieux mérité de l'Humanité et de la Patrie ».
De nombreuses écoles furent créées sur le modèle de celle de Paris, et la méthode des gestes, ou dactylologie, acquit bien vite une renommée universelle. L'abbé Sicard, élève de l'abbé de l'Épée, prit une grande part à cette vulgarisation.
Peu à peu on s'aperçut que les ressources offertes par la dactylologie étaient très limitées; elle ne permettait la conversation qu'entre sourds-muets, ou entre sourds-muets et quelques rares initiés à la méthode. Ces infirmes étaient obligés de rester en dehors de la vie sociale normale.
Au Congrès de Milan, en 1880, et après les travaux de Tarra et de Balestra, le système d'Amman fut considéré comme le meilleur, et c'est aujourd'hui la méthode orale qui est à peu près universellement employée.
L'éducation des sourds-muets, à l'aide de cette méthode, a pour double but d'apprendre aux enfants à émettre des sons articulés, à parler, puis de leur apprendre à lire sur les lèvres, à lire et
(1) Cette figure, ainsi que les suivantes, sont la reproduction de photographies
que M. Collignon, directeur de L'Institution des Sourds-Muets, a très obligeamment mises à notre disposition. Ces photographies ont été éditées sous forme de cartes postales à l'imprimerie de l'Institution.