‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 121 sur 158 · VI · texte numérisé non relu

VI

Fig. 339. — Leçon individuelle d'articulation (1).

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a écrire. L'instinct d'imitation est la base sur laquelle repose tout cet enseignement. Le sourd-muet cherche à reproduire les mouvements qu'il a perçus chez son professeur, à l'aide de ses seuls sens de la vision et du toucher: tandis que normalement la parole est perçue quand elle arrive à l'oreille, le sourd doit la percevoir quand elle part de la bouche.

Les premiers éléments relatifs à l'émission des sons articulés sont enseignés de la façon suivante : tout d'abord le maître ouvre la bouche, mouvement que l'élève imite. Puis, le maître émettant la voix chuchotée, l'élève se rend compte, par sa main placée devant la

Fig. 340. — Une leçon d'articulation. Exercice d'ensemble devant la glace.

bouche du maître, de la sortie de l'air expiré: il s'exerce à reproduire ce courant d'air diversement interrompu. Enfin le maître émet la voix sonore; l'élève apprécie les vibrations qui se produisent en appliquant sa main sur la gorge du maître, pendant que sa propre main, appliquée sur sa gorge, vérifie si les mêmes vibrations s'y produisent pendant qu'il essaie d'imiter son professeur (fig. 339).

Après que l'élève a appris à fournir quelques sons fondamentaux, on l'entraîne à articuler les diverses voyelles et consonnes. L'étude de la physiologie de la voix, les travaux de Marey et de Marage, la chronophotographie et la cinémaphotographie, ont donné à cet enseignement des bases rationnelles et scientifiques ; l'enseignement de chaque syllabe articulée s'accompagne de démonstrations qui rendent plus aisée la tâche du professeur.

Les exercices d'ensemble se font devant une glace (fig. 340).

En même temps qu'une syllabe, ou qu'un mot est ainsi répété, on apprend à l'élève à le lire et à l'écrire : ces diverses acquisitions se

ÉCOLES POUR SOURDS-MUETS

font donc de façon parallèle. Un élève d'intelligence moyenne, après trois années d'enseignement, peut lire sur les lèvres une dictée facile, Técrire sans fautes d'orthographe et en répéter à voix haute le sens général.

Les autres matières de renseignement sont surtout l'objet de leçons de choses (fig. 341).

L'enseignement manuel tient une large place dans l'éducation des sourds-muets. Suivant leurs aptitudes, les enfants sont exercés au jardinage, au travail du bois, à la couture, à l'imprimerie, à la cordonnerie : à l'Institution des Sourds-Muets de Paris, ces divers enseignements donnent de remarquables résultats. L'imprimerie, en particulier, est organisée de façon si pratique qu'elle permet aux infirmes la publication de maints travaux, parmi lesquels la Revue générale de renseignement des Sourds-Muets.

Comme le fait remarquer M. Collignon, directeur de l'Institution nationale des Sourds-Muets, on ne peut prétendre donner à la généralité des sourds-muets une instruction calquée sur celle des enfants normaux. On doit s'attacher à leur fournir le moyen de gagner leur vie, en leur donnant les éléments d'instruction indispensable. Le but à poursuivre est en somme de leur permettre de vivre, parleurs propres moyens, dans la société dont ils ont été trop longtemps exclus.

L'éducation morale des sourds-muets donne lieu à d'intéressantes observations. « Le sourd-muet pris à son entrée à l'Institution, dit M. Marcel Bourneville (1), est très docile; n'ayant qu'une vie purement végétative, il ne cherche jamais à discuter les ordres (pie lui donnent ses maîtres. Cette période de l'éducation de l'élève est facile.

(1) Marcel Bourneville, L'assistance des enfants anormaux à Paris, in Revue j>hilàntrophique, 1906-1907, Paris, Masson et O, édit.

Fig-. 341. — Une leçon de choses.

Il n'en est pas de même dès que son esprit s'ouvre et se meuble. Ce qu'ils ont appris par rapport à ce qu'ils savaient est énorme; ils le savent et veulent user de ce nouveau savoir pour s'émanciper et se libérer de toute contrainte, mais ce qu'ils savent à côté de ce qu'ils devraient savoir est immense : ils l'ignorent, et pour enrayer ces dangereuses tendances à la liberté anarchique, il faut souvent se montrer dune sévère fermeté pour les maintenir. Généralement le sourd-muet se trouve en face d'une révélation à ce moment: la loi, l'ordre, autrui, se révèlent à lui, il les ignorait. On sent combien la délicatesse, le tour de main, l'habitude doivent aider le maître dans cette éducation sociale du sourd-muet. Certes la tâche est difficile, certes l'élève est rebelle, mais que de satisfactions après le succès! Et l'on peut dire que nombre de maîtres de la rue Saint-Jacques les ont, ces satisfactions, et à juste titre. Alors que dans l'éducation normale la discipline peut être reléguée au second plan, dans celle du sourd-muet la révélation de la règle et du devoir doit aller de pair avec l'instruction et la démutisation ; ce sont là les trois grands points qui doivent servir de base à tout plan d'études du sourdmuet. »

La discipline morale qu'on arrive à inculquer au sourd-muet, jointe à l'éducation intellectuelle et professionnelle qu'il peut recevoir, lui permet d'être rendu à la société, où il peut vivre la vie commune et normale.

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