LA TOILETTE. — LES VETEMENTS
chaque école peuvent servir à compléter une toilette trop hâtive. Les bains-douches, dont nous souhaitons la vulgarisation, assureraient à tous les enfants un nettoyage complet, au moins hebdomadaire Voy. L'eau à V école p. 61 et suiv. .
Vêtements. — Les vêtements des écoliers mériteraient plus d'attention qu'on ne leur en porte généralement.
Dans les internats, les uniformes qui sont imposés aux élèves doivent être de forme assez ample, de façon à ne gêner ni la respiration ni la circulation: les tuniques serrées à la taille par un ceinturon de cuir et garnies d'un col haut et étroit convenaient fort peu à des enfants ou à des adolescents en pleine période de croissance. Les vareuses nous paraissent de beaucoup préférables.
Pour des raisons semblables, les robes très ajustées et les corsets baleinés sont préjudiciables à la santé des jeunes filles. J. Locke disait qu'il faut « laisser à la nature le soin de façonner le corps comme il lui convient. Elle dirige cette besogne beaucoup mieux que nous ne le ferions nous-mêmes. Des poitrines étroites, une respiration courte et fétide, des poumons malades et une taille voûtée sont les effets naturels et constants des corsets durs et des vêtements serrés ».
La question des chemises ou des sous-vêtements de flanelle est souvent posée; le point important est de ne pas exposer les enfants aux refroidissements après les exercices un peu violents ou prolongés : dans ces cas, la meilleure solution est le change de linge. Les tissus « cellulaires », les tricots légers, qui permettent une facile évaporation de la sueur, présentent des avantages appréciables.
La propreté des vêlements et du linge est indispensable; dans les internats, le linge sera changé deux fois par semaine ; dans les écoles primaires, des conseils seront donnés dans le même sens; il ne faudra pas hésiter à refuser les enfants dont la propreté laisse trop à désirer et dont la présence en classe est une source de mauvaises odeurs, voire même de parasites.
Les chaussures seront suffisamment amples, à bouts carrés ou arrondis, à talons plats, de façon à ne pas prédisposer aux déformations douloureuses des orteils, ni aux attitudes défavorables des membres inférieurs et du bassin.
Les vêtements d'hiver, pèlerines ou manteaux, ainsi que les coiffures, seront toujours laissés au vestiaire.
Havrosacs et serviettes. — L'écolier ne saurait se dispenser, pour aller en classe, de porter un volumineux bagage; c'est une satisfaction d'amour-propre que d'avoir sous le bras ou sur le dos une serviette ou un havrcsac bourré. La plupart de ces sacs sont mal compris.
La serviette, portée sous le bras, favorise les attitudes vicieuses: élévation de l'épaule du côté chargé, courbures de la colonne ver-
tébrale ; le sac porté par une seule courroie, passée en bandoulière sur une épaule, a les mêmes inconvénients.
Le havresac, de type militaire, ne provoque pas les mêmes attitudes lâcheuses, mais il lend à immobiliser le thorax et à gêner la respiration. 11 serait préférable que ces sacs soient pourvus de courroies assez longues pour permettre à la charge de ne plus peser sur les épaules et la région dorsale supérieure, mais, au contraire, de porter sur la région dorsale inférieure ou lombaire : c'est ce que réalise le riick-sack allemand, et qui serait particulièrement avantageux pour les enfants qui ont un parcours assez long à effectuer, comme cela arrive dans les écoles de campagne.
Les besoins en calories d'un organisme en voie de développement et, d'une façon générale, ce qui concerne la physiologie de la nutrition, ont été étudiés dans un autre chapitre de cet ouvrage (Voy. Croissance physique de l'écolier). De plus, Yhygiène alimenlaire a été, dans ce Traité, l'objet d'une étude très complète des Drs Rouget et Dopter (1).
Il nous reste à étudier ici la valeur des aliments destinés aux enfants, la composition et la répartition des repas dans les internats, et aussi la question si intéressante des repas distribués aux élèves des écoles primaires par les cantines scolaires.
Ces différents sujets ont été bien étudiés en France, où d'ailleurs de très grands progrès ont été accomplis dans ces vingt dernières années dans l'alimentation des collégiens et des écoliers. Les travaux du Dr Le Gendre ont beaucoup contribué aux rapides progrès de cette partie de l'hygiène scolaire, aussi bien par la documentation précise fournie par l'auteur que par son active persévérance dans la propagande de ses idées. Nous ferons à ces travaux de nombreux emprunts (2).
La ration alimentaire. — L'enfant n'a pas seulement besoin d'une ration d'entretien, maisaussi d'une vaiiond' accroissement. L'une et l'autre de ces rations sont essentiellement variables d'un individu à l'autre ; chez le même individu, elles peuvent également varier d'une période à une autre période; les dépenses d'énergie, la quantité du
(1) J. Rouget et Ch. Dopter, Hygiène alimenlaire (fasc. IV du Traité d'hygiène de Brouardel, Chai^teihesse et Mosny).
(2)DpP.Le Gendre, La dyspepsie chez les collégiens (IIe Congrîs de gynécologie, d'obstétrique et de pédiatrie, Marseille, 1898); Quelques réflexions sur l'hygiène alimentaire, etc. {L'hygiène scolaire, 1903) ; Le régime alimentaire des enfants et des adolescents {Ier Congrès international d'hygiène alimenlaire et d'alimentation rationnelle, Paris, 1907); L'alimentation des écoliers (conférence faite à l'école des Hautes-Études sociales, et publiée in Hygiène scolaire, 1908).
sommeil, le besoin de mouvement, sont très différents suivant les sujets et aussi suivant les diverses conditions de la vie scolaire; à chacune de ces modifications de la vie physique de l'enfant correspond un changement dans ses besoins alimentaires.
La croissance ne se fait pas d'une façon régulièrement progressive, mais par poussées souvent très rapides : dans ces phases, la nutrition devient très active et réclame une plus forte ration alimentaire. A plus forte raison en sera-t-il ainsi dans les périodes de « crise » qui suivent les maladies aiguës, alors que les échanges nutritifs subissent une augmentation considérable.
Il est impossible, dans la pratique, de tenir compte de ces différents facteurs.
On ne peut pas davantage faire l'estimation de Y utilisation des aliments ingérés : suivant la valeur de la digestion, suivant surtout la façon dont se fait Y assimilation, les besoins des enfants peuvent varier du simple au double.
Les chiffres fournis par les physiologistes, et qui fixent la quantité précise de calories nécessaires à l'entretien et à l'accroissement de l'enfant, ne doivent donc avoir à nos yeux que la valeur d'indications théoriques; en pratique, chez l'enfant sain, les appréciations tirées de Y appétit et de Y accroissement pondéral ont plus d'importance ; quand la digestion est normale, l'appétit est habituellement en rapport avec les besoins nutritifs, et on le voit varier avec les conditions d'existence, augmentant si les dépenses physiques s'exagèrent et diminuant au contraire dans les périodes de moindre activité. Toutefois il faut compter aussi avec les « caprices » de l'appétit de l'enfant : ces inégalités se produisent souvent par gourmandise ou par répugnance, quand ce n'est pas par simple fantaisie. Mais, si l'on prend la moyenne de plusieurs repas, on verra que les aliments ingérés varient dans de faibles proportions.
Comme pour les nourrissons, on pourrait dire que la ratien alimentaire qui convient à l'enfant est celle qui lui procure un accroissement normal sans provoquer de troubles digestifs; d'après les tables de croissance que nous avons reproduites dans un autre chapitre, on pourra établir des chiffres moyens d'accroissement quotidien : pendant la cinquième et la dixième année, par exemple, la moyenne d'accroissement est de 4 à 5 grammes par jour; elle est de 7 à 9 grammes les années suivantes, et elle devient plus considérable au moment de la poussée prépubère, soit 13 à 14 grammes. Mais, nous le répétons, ce ne sont là que des moyennes extrêmement variables, suivant les sujets, suivant leurs conditions physiques d'existence et suivant la valeur de leurs échanges nutritifs.
« Nos connaissances sur les échanges nutritifs de l'organisme des enfants aux différents âges sont tellement incomplètes, dit le physiologiste Munk, cité par le Dr Le Gendre, qu'il est à peine pos-
si Me d'en déduire quelles quantités de chacun des principes nutritifs sont nécessaires à un enfant d'un Age déterminé pour maintenir son étal et pour fournir des matériaux' indispensables à son développement. »
(Test donc par expérience plutôt que par déduction physiologique qu'on est arrivé à lixer de façon approximative la ration alimentaire de l'enfant : « On a conclu que l'hygiéniste devait se contenter d'assurer à l'organisme, en lui fournissant une alimentation abondante, un stock de matériaux parmi lesquels il puisera suivant ses besoins. Mais il n'est pas indifférent que l'azote et le carbone soient fournis à l'enfant sous la forme de viande, de graisse, de légume et de pain (1). » Ce qui revient à dire que nous devons plus nous préoccuper de la qualité des aliments que de leur quantité, à la condition, bien entendu, que nous ne tombions dans aucun excès, en trop ou en moins, dans l'établissement de la ration.
Voici cependant quelques chiffres empruntés à la physiologie qui pourront servir de base d'appréciation :
Gruchet arrête aux chifïres moyens ci-dessous reproduits la quantité d'aliments simples nécessaire et suffisante pour nourrir 1 kilogramme du poids du corps de l'enfant (2) :
Eau 65 grammes.
Albuminoïdes ler,75
Graisses 3sr,50
Hydrates de carbone 6«,25
Un enfant de dix ans, pesant 26 kilogrammes, par exemple, devrait prendre par jour :
Eau 1690 grammes.
Albuminoïdes 45«,50
Graisses 91 grammes .
Hydrates de carbone 162sr,50
Ces chiffres sont sensiblement les mêmes que ceux donnés en France par A. Gautier, Bouchard, Le Gendre; ils se rapprochent de ceux de Monti (de Vienne); ils sont notablement inférieurs à ceux fournis par les auteurs allemands. En effet Flugge, cité par A. Gautier (3;, règle ainsi la ration des enfants :
(1) Dr P. Le Gendre, Hygiène alimentaire des établissements scolaires (Hy- (jiène scolaire, 1903).
(2) Gruchet, Pratique des mal. des enfants, t. I, p. 390.
(3) A. Gautier, Alimentation et régimes, 1904.