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INFLUENCE DE L'ÉTAT PHYSIQUE SUR LE TRAVAIL INTELLECTUEL

Les variations de la valeur du travail intellectuel au cours des états physiologiques normaux. — Elles ont été étudiées par les expérimentateurs, et ces résultats donnent d'utiles indications pour le règlement du travail des enfants.

La croissance se fait, nous l'avons vu, par poussées successives, commandées par l'âge de l'enfant, et dans une certaine mesure par les conditions extérieures, en particulier par les saisons. Ce travail de croissance est surtout rapide au moment de la poussée prépubère, versles douzième et quinzième années chez les filles, et de la quinzième à la seizième année chez les garçons. L'accroissement en taille, par allongement des os longs, est plus notable que l'augmentation du périmètre thoracique, et par conséquent que le développement du volume des divers organes. C'est à cette période que Yindicede vitalité atteint un minimum que l'on considère comme insuffisant pour le maintien d'une santé normale : le périmètre thoraciqueest inférieur à la moitié de la hauteur du corps. C'est à ce moment que l'hygiène du corps et de l'esprit de l'enfant doit être particulièrement surveillée.

Un enfant est essentiellement un « être en devenir »; il a besoin de toute sa force vitale pour réaliser son évolution normale. Il y a, dans la vie de tous les enfants, des périodes où le développement physique exige un supplément d'énergie, au détriment du développement intellectuel. L'enfant pousse et augmente en poids plus à certainsmoments qu'à d'autres. Il y a despériodesde grande croissance et des périodesd'augmentation de poids, pendant lesquelles il convient de ralentir le travail intellectuel (1).

En effet, au moment des poussées de croissance, en dehors même de toute complication pathologique, l'activité intellectuelle est diminuée : c'est ce que permettent facilement d'apprécier les méthodes de mesure de la fatigue intellectuelle.

(1) J.-J. Van Biervliet, Pédagogie expérimentale, Alcan, édil.

Il en est de môme après les périodes qui exigent, à un titre quelconque, de la suractivité fonctionnelle ou musculaire.

Après la digestion, l'activité intellectuelle est notablement diminuée : Friedrich a établi, à l'aide de la méthode des dictées, que le nombre des fautes augmente au début de l'après-midi, tandis que dans la deuxième partie de l'après-midi, après la fin de la digestion, leur nombre n'est pas sensiblement supérieur à celui de la seconde partie de la matinée.

Malgré une opinion couramment exprimée, V exercice physique ne constitue pas un repos intellectuel. Mosso, par des expériences de laboratoire, avait déjà montré que la fatigue physique diminue l'activité mentale. Friedrich a confirmé ces résultats à l'aide de la méthode pédagogique des dictées. Après une heure de gymnastique, le nombre des fautes atteint 152, chiffre qui dépasse celui atteint après une heure de classe. Ces résultats sont transcrits sur le graphique que nous reproduisons plus loin (p. 357).

Le sommeil est nécessaire à la reconstitution des forces physiques comme à la réparation de la fatigue intellectuelle : nous avons exposé déjà quelle est la quantité de sommeil nécessaire aux différents âges scolaires. Après le repos de la nuit, les aptitudes intellectuelles ont subi une légère diminution, et une période de « mise en train » est nécessaire avant d'obtenir le meilleur rendement qui appartient aux premières heures de la matinée.

Il en est de même du repos : après un repos prolongé, le travail fourni est moins intense qu'après une courte « pause » ; et cependant, dans les périodes de fatigue, la valeur du travail est diminuée : il y a là une question de mesure ; nous reproduirons plus loin, en étudiant les mesures de la fatigue intellectuelle,- les procédés qui permettent d'acquérir ou de vérifier ces faits : nous renvoyons à ce chapitre pour éviter les inutiles redites sur ce sujet intéressant de l'influence du repos sur l'activité intellectuelle.

La valeur du travail intellectuel au cours ou à la suite des états pathologiques est presque toujours diminuée. — Nous signalerons d'abord lesmaladies de croissance, bien que, suivant le mot de Guinon (1), « il soit plus facile d'étudier les causes de ces maladies que d'en faire la description ».

En étudiant les maladies de l'écolier, nous signalerons les affections qu'on peut spécialement rattacher à la croissance; parmi celles-ci, les unes n'ont qu'un retentissement indirect sur les facultés intellectuelles : par exemple la scoliose et la myopie, qui peuvent entraîner une certaine difficulté du travail, mais sans perturbation psychique.

Tout au contraire, certains troubles et certaines affections de

(1) Dr L. (iniNoN, Maladies de la croissance {L'hygiène scolaire, avril 1907).

croissance ont une influence évidente sur l'état psychique de l'écolier et sur la valeur de son travail intellectuel. Nous en ferons ici une rapide énumération.

Les troubles de croissance peuvent se caractériser par un retard, par un arrêt, ou par excès dans le développement. 11 est rare que tout à coup apparaissent ces anomalies dans le développement. Certains signes, cerlains indices, permettraient de les déceler dès la première enfance si l'attention était attirée davantage sur cet ordre de fait. Nous ne devons retenir ici, de ces troubles, que leurs rapports avec l'état psychique de l'enfant, et on peut affirmer que cette relation est à peu près constante.

La pathologie glandulaire, que la physiologie commence à éclairer avec une suffisante précision, tient une grande place dans les troubles de croissance, et certains auteurs lui ont accordé (en particulier à la pathologie du corps thyroïde) une telle importance qu'on est en droit de se demander s'il n'y a pas dans leurs affirmations une certaine exagération. Les glandes génitales, le thymus, l'hypophyse, les surrénales, jouent un rôle aussi certain dans le travail de croissance et dans l'équilibre fonctionnel des différents organes ; sans faire la pathologie de ces diverses glandes à sécrétion interne ou à sécrétion mixte, il faut en retenir l'influence considérable sur l'état psychique et sur le développement intellectuel. De légères insuffisances glandulaires passent très volontiers inaperçues : les troubles intellectuels minimes qu'elles provoquent sont attribués à des défauts de caractère ou à des fautes d'éducation; ce sont ces insuffisances à minima qui sont les plus intéressantes pour le pédagogue et aussi pour le médecin, qui peut le plus souvent y remédier de façon complète. En étudiant les anormaux psychiques, nous reviendrons plus complètement sur cette intéressante question.

Le rapide accroissement du squelette exige une forte proportion de phosphate et de chaux. Si l'assimilation de ces substances est insuffisante, c'est aux dépens des différents tissus, en particulier du système nerveux, qu'elles seront prélevées. Il faut voir dans ce mécanisme une cause de déchéance générale de l'organisme, une condition favorable à la germination de la tuberculose et une prédisposition à la dépression et à la fatigue du système nerveux : dans l'ensemble des causes susceptibles de modifier le psychisme de l'adolescent, cette nécessité d'une forte assimilation phosphorée mérite d'être retenue.

Sur le système nerveux encore, ont prise de multiples intoxications soit d'origine externe, soit d'origine interne. Parmi les premières, celles qui résultent de l'absorption de gaz nocifs doivent être placées en première ligne; les écoliers vivant dans des classes dont l'atmosphère est confinée respirent toujours une proportion exagérée d'acide carbonique et bien souvent aussi, avec des systèmes

d'éclairage ou de chauffage défectueux, ils absorbent de l'oxyde de carbone, en trop petite quantité pour que se manifestent des accidents toxiques nets, mais en proportion suffisante pour qu'il se produise une lente intoxication. En traitant de la ventilation, nous avons insisté sur ce fait. Ces accidents oxycarbonés latents se caractérisent par un certain degré d'anémie, par des céphalées ou des névralgies, par de l'inaptitude au travail.

Les intoxications alimentaires sont fréquentes : beaucoup d'enfants n'ont ni la ration ni la qualité d'aliments qui leur conviennent ; l'abus de la viande, des épices, des conserves provoque bientôt des fermentations intestinales, et la résorption des poisons ainsi élaborés n'est pas sans action sur le système nerveux. On connaît l'influence nocive de l'alcool sur ces mêmes centres. Malheureusement l'usage des boissons fermentées n'est pas exceptionnel chez les enfants, et le Dr Brunon (de Rouen) acité l'usage établi en Normandie de donner aux écoliers, pour la boisson de leur repas de midi, de l'eau-de-vie à peine additionnée d'eau.

Les auto-intoxications d'origine digeslive peuvent apparaître même chez les enfants soumis à un régime alimentaire convenable. La dyspepsie, la dilatation d'estomac, les troubles sécrétoires des glandes gastriques ou intestinales, ou des glandes annexes du tube digestif, glandes salivaires, foie ou pancréas, toutes les causes qui retardent la traversée digeslive ou qui modifient les conditions normales de la digestion, favorisent les fermentations anormales et peuvent secondairement produire des troubles liés à l'auto-intoxication: beaucoup d'anomalies psychiques légères n'ont pas d'autre cause.

Tous les états rangés par le Pr Bouchard sous le nom de maladies par ralentissement de la nutrition ont de fréquentes répercussions sur la valeur intellectuelle; l'assimilation et la désassimilation doivent parfaitement s'équilibrer; l'accumulation dans l'organisme des résidus de combustion, ou l'utilisation incomplète des substances ingérées, aboutissent à des manifestations variées dont plusieurs atteignent le système nerveux: céphalées, migraines, névralgies. Le travail intellectuel peut être entravé, au cours de ces états, d'une façon plus complexe : nous citerons seulement le cas d'un jeune garçon, de souche arthritique, qui, malgré une hygiène alimentaire sévère, avait une tendance fâcheuse à l'obésité ; la comparaison de sa courbe de poids et de son carnet de notes hebdomadaires montrait qu'à chaque accroissement pondéral correspondait une période de travail insuffisant, tandis que les notes devenaient meilleures aussitôt que le poids diminuait.

L'insuffisance respiratoire, par présence de végétations adénoïdes, aboutit aussi à une certaine insuffisance intellectuelle; il faut rapprocher de ces cas ceux dans lesquels les enfants ont une

hématose ralentie, parcequ'ils ne savent pas ou parce qu'ils ne peuvent pas respirer : tels sont les enfants à thorax étroit ou déformé et ceux dont l'amplitude respiratoire est très diminuée; le Dr Maurel (de Toulouse) attache une grande importance à cette hypo-hémalose.

Les albuminuries de croissance, orthostatiques ou intermittentes, sont à placer en première ligne parmi les affections de l'enfance capables de diminuer l'activité intellectuelle. Il en est de môme de la phosphaturie, qui cause une déperdition phosphorée analogue à celle qui se produit dans certains cas de croissance trop rapide.

Toutes les convalescences de maladies aiguës peuvent s'accompagner de modifications, assez importantes quelquefois, dans le psychisme des enfants. On connaît les cas de psychoses infectieuses, survenant au décours de la fièvre typhoïde, de la scarlatine, de la rougeole, voire même des angines simples; à côté de ces formes graves et nettement caractérisées, on observe plus souvent de simples troubles de l'attention, de la mémoire, ou une légère diminution de l'activité intellectuelle. Ces troubles peuvent être assez durables et nécessiter un repos prolongé.

A côté des perturbations graves apportées dans l'équilibre psychique par la puberté, il faut rappeler les modifications des caractères et de l'activité mentale qui accompagnent chez beaucoup de jeunes filles la période menstruelle : « Les unes, dit le Dr Tournier, sont visiblement malades et se couchent, mais combien d'autres continuent la vie commune, assistent aux classes et aux études ; cependant elles n'écoutent pas le professeur, elles ont les yeux fixes, ne voient rien, repliées sur elles-mêmes, grincheuses, irritables, ne supportant pas les observations; c'est une mentalité toute morbide. »

Le système nerveux réagit avec tant d'intensité, au cours des différentes maladies des enfants, et au cours même des simples perturbations de leur santé générale, qu'il est impossible d'énumérer tous les états dans lesquels apparaissent les troubles réunis sous les noms trop vagues de « nervosisme » ou de « dépression nerveuse ». Il faut retenir surtout que, derrière ces manifestations nerveuses, il existe presque toujours chez les enfants un état organique défectueux : c'est du côté du tube digestif, du rein, des voies respiratoires, qu'il faudra chercher la cause de ces petites anomalies psychiques, inattention, instabilité, irritabilité, si fréquentes chez les écoliers.

Cette énumération suffit à montrer qu'au cours de tous les états pathologiques infantiles peuvent survenir des troubles psychiques et intellectuels, qui aboutissent rarement à faire de ces enfants de vrais anormaux, mais qui peuplent les classes de sub-anormaux, dont l'anomalie serait le plus souvent curable par des soins médicaux appropriés.

Nous n'en dirons pas davantage sur l'influence de l'état physique

sur l'état intellectuel, au cours des maladies infantiles : ce sont des faits d'observation courante, mais qu'il n'est pas toujours aisé de rapportera leur véritable cause.

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