‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 86 sur 158 · OFFRE LES MEMES AVANTAGES QUE L'IODONE · texte numérisé non relu

OFFRE LES MEMES AVANTAGES QUE L'IODONE

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Laboratoires cLe HVtei-u-irice IROZBI3ST

AUTEUR DES COMBINAISONS MÉTALLO-PEPTONIQUES

PARIS — 13-15, Rue de Poissy, 13-15 — PARIS

LA MÉDECINE INTERNATIONALE

Mais vous comprenez qu'un pareil cataclysme ne peut se produire sans un choc émotif des plus violents ; or, nous savons que les états émotifs sont à la base de quantité de réactions nerveuses, et en médecine générale comme en médecine mentale, leur importance est capitale. Il faut donc nous demander quel va être le résultat de ce choc subit et si violent qu'a subi le pays.

La condition de résistance pour une nation est de s'adapter, c'est-à-dire de se mettre en harmonie et en équilibre avec les nécessités présentes. L'adaptation, c'est la loi la plus grande de la biologie, car nous ne vivons et nous ne conservons notre santé physique et morale que par l'adaptation. Qui est incapable de s'adapter succombe. Eh bien, disons-le très haut, notre race française s'est d'emblée et admirablement adaptée à ce danger imprévu. Rappelez-vous ce qu'a été Paris et ce qu'a été la France au moment de la mobilisation, rappelez-vous avec quel calme, quelle confiance presque joyeuse, chacun est allé au-devant de son devoir, sans émotion visible, sans trouble nerveux, sans rien qui indiquât une perturbation trop grande de notre organisme social. Tout s'est fait dans l'ordre, dans le calme, dans la méthode, et, sous ce rapport, le succès a été complet.

Pourquoi et comment avons-nous obtenu ce premier résultat si nécessaire, de supporter le choc imprévu de la mobilisation ? Nous en sommes redevables à une qualité que nous ne nous connaissions peut-être pas à ce degré, à la stabilité nerveuse, à la maîtrise de nous-même, au contrôle que nous n'avons pas perdu de notre système nerveux. C'est ainsi que nous avons vécu les heures d'angoisse du début de la guerre ; aujourd'hui le pli est pris, le pays s'est adapté aux nécessités de l'heure présente, il ne faiblira pas plus dans l'avenir qu'il n'a faibli jusqu'à présent.

Mais cependant, il faut bien dire qu'une nation est un mélange, elle n'est pas une sélection, relle ne comprend pas que des forts et que des stables, et, parmi tous les Français, on ne peut vraiment s'étonner qu'il s'en soit trouvé quelques-uns qui n'aient pu s'adapter à un changement aussi brusque. Dans une collectivité, il y a toujours un certain nombre d'individus qui suffisent à leur vie de chaque jour, proportionnée aux petits besoins quotidiens de l'existence, mais qui sont hors d'état de subvenir à une tâche plus ardue et de supporter un choc imprévu. Ceux-là, quand arrive l'heure de l'épreuve, succombent et, pour employer une formule un peu vulgaire mais expressive, ils perdent la tête ; il est vrai que, comme aimait à le dire Lasègue, qui fut à la fois un grand médecin et un homme de beaucoup d'esprit, « ceux qui perdent la tête ne perdent pas grand'chose. »

C'est que, en effet, ces défaillants de la première heure portent tous en eux le germe latent de leur débilité nerveuse, que celle-ci soit due à l'hérédité, à l'intoxication alcoolique, ou à la mauvaise direction de leur hygiène générale. Leur équilibre mental n'est qu'apparent.

On comprend, dès lors, que la simple imminence de la guerre ait entraîné, pour ces prédisposés, les plus graves conséquences. Nous ne l'avons pas trop vu quand, dès les premiers jours de la mobilisation, ont afflué dans les hôpitaux militaires de trop nombreux sujets profondément troublés dans leur psychique : les uns vraiment naufragés, en pleine confusion mentale, ayant perdu, du jour au lendemain, la possibilité de raisonner, d'associer leurs idées, de se reconnaître dans la vie ; d'autres, en proie à toutes les phases de la dépression nerveuse, se sentant incapables de suffire aux épreuves qu'ils prévoyaient, inaptes à remplir leur rôle de soldats ; rien n'a été plus triste pour nous, médecins, que de voir sombrer ainsi, du jour au lendemain, beaucoup d'intelligences et beaucoup de volontés.

Chez d'autres, au contraire, par une réaction inverse, c'était l'état d'excitation et de manie aiguë qui éclatait ; tant il est vrai que toute la pathologie mentale oscille et évolue entre ces deux pôles opposés : l'excès et le défaut, l'excitation et la dépression.

Mais n'exagérons rien ; si ces malades nous ont paru très nombreux, c'est que nous les observions dans des conditions spéciales, dans les services hospitaliers où ils étaient de toutes parts amenés et concentrés. En réalité, leur proportion relative, par rapport au nombre des sujets sains, était très faible. J'ajoute que beaucoup de ces vésanies aiguës ont été de durée assez courte, et ont permis à ceux qui en avaient été les victimes, de se ressaisir et de redevenir égaux à leur tâche. Retenons cependant l'enseignement de ces faits ; ils nous permettent de dire que la guerre est le réactif le plus sensible de la résistance nerveuse d'une race.

Si l'épreuve a été dure, elle a tourné à notre honneur, elle a porté le témoignage que la race française n'avait pas dégénéré.

Il n'est que juste d'ajouter que, dès le premier jour, et pour sauvegarder cette stabilité nerveuse si nécessaire, il a été pris une série de mesures très sages : fermeture

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raux de cette grande question, que je serai bien loin d'épuiser ici. Dans d'autres réunions, vous verrez étudier avec le plus utile profit des points plus particuliers de l'étude, hygiénique et médicale, de la guerre actuelle.

Mais d'abord, quel sens devons-nous attacher à ce mot de race, dont, instinctivement nous sentons toute la grandeur ? La race, c'estd'abord, et avant tout, la notion de nos origines lointaines, la transmission héréditaire du sang qui coule dans nos veines ; mais ce n'est pas que cela, et à l'apport ethnique s'ajoute la longue tradition de tout notre passé historique. La race, telle que nous la sentons vivre en chacun de nous, c'est le souvenir perpétué et agissant de toute notre évolution nationale qui, sur le même sol, a fait se succéder les générations successives, reliées entre elles par la chaîne ininterrompue des luttes et des souffrances, des triomphes et des défaites, des espérances et des progrès ; c'est cette joie que nous éprouvons à nous trouver fraternellement unis dans les mêmes manières de raisonner, de sentir et d'agir.

On pourrait dire que la race devient la nation, quand elle a pris pleine conscience de son indissoluble unité, intellectuelle et morale. Ainsi comprises, la race et la nation tendent de plus en plus à se confondre. .»

Eh bien, quel est l'état de santé moyen d'une nation qui vit de sa vie normale ? Une nation, c'est un ensemble d'individus dont chacun poursuit sa vie, vie médiocre la plupart du temps, troublée par des incidents qui ne sont grands que pour chacun de nous, et dont l'ensemble correspond à la vie de la nation elle-même. Cette nation, elle n'est pas en état d'immobilité, elle ne peut l'être ; rien n'est immobile de ce qui vit, et une nation immobile serait une nation morte ; elle vit, elle est en vibrations constantes, en oscillations intellectuelles et sociales, dont l'amplitude ne dépasse pas le degré normal et donne comme la courbe moyenne de la vie nationale.

Dans cet état habituel d'équilibre apparent, nous tendons à régler nos vies d'après une loi physiologique bien connue, la loi du moindre effort, loi favorable au point de vue individuel, mais qui serait absolument néfaste pour une nation qui s'y abandonnerait. Dans le monde scientifique, intellectuel, moral, c'est la loi du plus grand effort qui doit rythmer nos vies, c'est bien elle qui dirige quelques vies d'élite, celles des individualités supérieures qui font avancer la nation dans les voies du progrès. Mais c'est malheureusement le plus petit nombre et, pour la majeure partie, nous vivons nos vies au mieux de chaque jour, ne donnant que l'effort nécessaire, et rien de plus.

Mais sur cette nation, qui est ainsi en état d'équilibre moyen, voilà que tout d'un coup apparaît la menace de la vie troublée, la menace du danger extérieur. Et rappelez-vous combien courte a été ici cette menace : moins de 8 jours après l'apparition du danger, c'était la mobilisation ! C'est à cette date historique, à cette heure mémorable du 1er août 1914, vers 4 heures 1/2, qu'a été lancé l'ordre de mobilisation générale et que nous n'avons pu nous faire illusion sur la catastrophe qui frappait nous et l'univers tout entier, la guerre la plus effroyable, la plus cruelle, et qui n'a rien d'analogue dans l'histoire.

Du jour au lendemain, à la minute même où cet ordre de mobilisation générale a été lancé et où la guerre devenait inévitable, tout était changé. Au lieu d'une vie nationale qui était une vie relativement calme, réglée sur le moindre effort, apparaissait la nécessité de la lutte et de l'effort maximum. Il s'est produit là quelque chose de tellement violent, qu'on** ne peut le comparer qu'à ces grands phénomènes physiques qui, brusquement, troublent l'univers : les tremblements de terre, les vagues de fond, les raz de marée.

Quel va être le résultat de cette catastrophe éclatant subitement sur notre civilisation ? On peut dire que le premier résultat a été de révéler le fond des âmes, et de montrer quelle était la résistance nerveuse des organismes et de la nation. La guerre apparaissant ainsi tout à coup présenté à chacun de nous une image nouvelle et souvent ignorée de ce qu'il est réellement et elle a fait passer à l'état d'âme héroïque des nations qui, jusque-là, ne se connaissaient pas de telles réserves de vaillance. Voyez ce qu'a été la Grande Belgique, ce pays si pacifique qui, (in jour au lendemain, s'est résigné à tout souffrir, pour défendre son droit et obtenir le respect, de la parole donnée.

Cette révélation du fond des âmes, c'est, pour ainsi dire, la mise en œuvre d'un mot terrible, que l'hymne funèbre du Dies irse applique an jugement des morts : « Tout ce qui est caché apparaîtra. » La guerre » si un véritable jugemenl des vivants, et c'est ainsi que nous avons vu germer et croître, sur le sol de trame, huile (die admirable moisson d'héroïsme.

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