LES NAVIRES
A la fin de Tannée 1900, le Gouvernement français fit adopter par les Chambres un programme de constructions navales, dont l'accomplissement réglera prochainement la composition de notre flotte de guerre.
Cette flotte a des rôles variés à remplir, auxquels sont appropriés des bâtiments de types spéciaux, et ces types, qu'après bien des tâtonnements les grandes marines actuelles ont acceptés, se réduisent en réalité à quatre classes :
Les cuirassés ;
Les croiseurs ;
Les torpilleurs et contre-torpilleurs (aviso-torpilleurs et torpilleurs de haute mer) ;
Les sous-marins.
Toutefois, des navires cuirassés d'un faible tirant d'eau, et d'un moindre tonnage que les cuirassés modernes, dont le type n'est plus reproduit, figurent encore dans nos escadres actives : ce sont les garde-côtes cuirassés.
Ces cinq classes de bâtimenls répondent aux besoins de notre politique dans les mers d'Europe.
Mais la Marine n'a pas seulement à se préoccuper de l'organisation des défenses maritimes de la métropole, elle doit encore entretenir des forces dans les mers lointaines pour la protection de nos intérêts coloniaux et commerciaux.
Les bâtiments construits pour faire face à ces obligations hors d'Europe rentrent tous aujourd'hui dans la classe des croiseurs cuirassés et protégés, et ont pour adjuvants des avisos à roues ou à hélice, destinés à disparaître bientôt; des canonnières enfer de 500 à 600 tonnes de déplacement, et des chaloupes canonnières de 150 à 200 tonnes, dont la mission consiste à remonter les fleuves et les rivières.
Le transport des troupes aux colonies et leur rapatriement s'opèrent actuellement à l'aide de paquebots affrétés par l'Etat. Mais la marine tient en réserve dans son arsenal de Toulon un certain nombre de grands transports-hôpitaux, primitivement destinés au service de l'Indo-Chine, et qui seraient très heureusement utilisés, le cas échéant, soit pour transporter des corps de troupe et tout leur matériel, soit surtout comme navires-ambulances.
L'un d'eux, le Tonkin, a été dernièrement distrait de son affectation première et transformé, sous le nom de Duguay-Trouin, en école d'application des aspirants.
Enfin les vestiges de l'ancienne marine comptent toujours en service trois représentants devenus des casernes flottantes, qui forment trois navires-écoles : le Borda, anciennement vaisseau VIntrépide, aujourd'hui l'Ecole navale; la Bretagne, ancien navire de haut bord: le Fontenoy, actuellement l'École des mousses, — deux écoles pour lesquelles des installations à terre, adoptées déjà par d'autres marines, sont réclamées avec insistance par les hygiénistes, — et la Saône, vieil aviso-transport, réservé dans le port de Brest aux apprentis-gabiers, dont l'instruction technique s'effectuait encore, il y a deux ans, sur la dernière frégate à voile qui ait pris armement : la Melpomèrie.
Quant aux deux autres grandes écoles de spécialités maritimes, — celles des torpilleurs et des canonniers, — la première a élu domicile sur un cuirassé relativement moderne, le Magenta ; la seconde subsiste depuis vingt ans sur une frégate d'escadre décuirassée et aménagée intérieurement pour sa destination : la Couronne.
Telles sont, en ce moment, les diverses espèces de bâtiments qui composent notre flotte de guerre. Celle-ci est déjà bien différente de celle que décrivirent si méthodiquement Rochard et Bodet dans leur Traité d'hygiène navale, dont l'apparition coïncidait avec le premier échantillon de croiseur cuirassé (Dupay-de-Lôme), et dont les corn-
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mentaires si complets se rapportent, comme dernières imités modernes, aux cuirassés d'escadre Formidable et Hoche.
Depuis la publication de ce traité didactique, ces cuirassés ont dû subir, pour n'être pas démodés, d'importants changements, et, quoique l'un d'eux, le Formidable, figurât encore dernièrement dans notre escadre du Nord, l'évolution maritime leur a substitué des bâtiments de combat beaucoup plus puissants en même temps que beaucoup plus compliqués.
Mais ce sont surtout les croiseurs, que l'on a définis d'un mot en les appelant « les cavaliers de la mer », qui, depuis l'époque dont nous parlons, c'est-à-dire depuis moins de dix ans, ont conquis une large place en tactique navale, chargés qu'ils seront de faire dans nos escadres un double service de reconnaissance et de garde, d'entraver le commerce d'un adversaire, de ravager des côtes, etc....
Pour s'acquitter de toutes ces charges, il a fallu qu'ils fussent nombreux et variés, et pour satisfaire aux qualités dominantes — vitesse et rayon d'action — qu'on exige d'eux, leur conception architecturale s'est élevée jusqu'aux proportions des cuirassés, puisque les derniers types du genre, Ernest Renan et Edgar Ouinet, déplaceront 14 300 tonneaux.
Les torpilleurs et contre-torpilleurs, aidés des sous-marins, ont, de leur côté, acquis un rôle prépondérant dans la défense du littoral, dont ils sont devenus les véritables garde-côtes, et dans la protection des escadres, qu'ils contribueraient si efficacement à assurer. On les a multipliés, et on les perfectionne chaque jour.
Enfin le développement de la puissance maritime de certaines nations lointaines, auxquelles il suffisait d'opposer naguère, pour appuyer une réclamation diplomatique, des navires d'une valeur militaire médiocre, nous oblige maintenant à entretenir hors d'Europe des unités modernes représentées par différents croiseurs.
Il en résulte que, depuis une dizaine d'années, la physionomie de notre flotte de combat a considérablement changé.
Les limites restreintes du fascicule qui nous est résené dans cet ouvrage ne sauraient évidemment admettre une étude approfondie d'un grand nombre de bâtiments relevant des diverses catégories que nous venons d'énumérer. L'écart considérable qui existe entre le tonnage de nos croiseurs cuirassés, — pour ne citer que cet exemple, — laisse en effet aux constructeurs une latitude assez large pour leur permettre d'apporter, dans l'exécution du programme qui leur est prescrit, des modifications intérieures susceptibles de différencier très sensiblement, au point de vue hygiénique, deux représentants de cette même classe.
Nous bornant, dans ces conditions, à choisir pour chaque espèce de bâtiments un des types les plus modernes, nous n'envisa-
gérons que la distribution intérieure spéciale à chacun d'eux.
PROGRÈS DE LA CONSTRUCTION. — Mais, sans entrer dans des développements qui seraient ici hors de propos, il ne nous parait pas dénué d'intérêt de préluder à l'étude du navire, en rappelant succinctement la marche qu'a suivie, parallèlement aux progrès de la métallurgie et de l'artillerie, la construction de nos unités de combat. Ce simple aperçu technique élucidera le mode de cuirassement et de cloisonnement qui fait de ces unités modernes des demeures s'accordant si difficilement avec les prescriptions de l'hygiène.
Mode de cuirassement. — L'usage des navires cuirassés date du succès qu'obtinrent en 1855, à l'attaque des forts de Kinburn, nos batteries flottantes Lave, Tonnante et Dévastation, dont les murailles de fer furent à l'épreuve des plus gros projectiles ennemis.
Quatre ans après, la France mettait à l'eau le premier cuirassé de haut bord, la Gloire; l'Angleterre imitait presque aussitôt son exemple, et, dès l'entrée en service des nouveaux engins, une lutte, qui d'ailleurs dure toujours, s'engagea entre le canon et la cuirasse, l'avantage restant tour à tour à l'attaque et à la défense.
Dans le but d'augmenter la puissance défensive du navire, l'acier ne tarda pas à remplacer le fer forgé. Les plaques de ce dernier mêlai avaient pourtant l'avantage de se fendre très peu sous le choc: mais, malgré l'épaisseur croissante qu'elles acquirent, les coups de l'artillerie parvinrent à les percer.
Les plaques en acier eurent primitivement sur celles en fer le désavantage d'être plus cassantes, tout en formant un blindage plus résistant à la perforation, et ce n'est qu'à la suite d'une longue série d'essais que la métallurgie fut en état de livrer des plaques douées à la fois d'une cohésion et d'une résistance qui les rendirent à peu près impénétrables.
En même temps que la métallurgie accomplissait ces progrès, l'artillerie devenait de plus en plus redoutable :
1° En augmentant la puissance de perforation des pièces de tout calibre, due à une plus grande vitesse initiale (emploi des poudres lentes et allongement des pièces), ainsi qu'à l'utilisation des projectiles en acier chromé ;
2° En introduisant le tir rapide;
3° En chargeant ses projectiles avec des explosifs (en France, la mélinite).
L'augmentation de puissance de la grosse artillerie eut pour conséquence de rendre toujours plus difficile l'impénétrabilité absolue de la muraille d'un navire par une cuirasse appliquée sur ses flancs ; si bien qu'on finit par renoncer, — la qualité du métal allant d'ailleurs chaque année en s'améliorant, — à augmenter l'épaisseur de la ceinture cuirassée. C'est ainsi que, de 45 centimètres qu'elle était sur le Formidable, elle est descendue à 3*2 centimètres sur Yléna,
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et même à 30 centimètres sur le Suffren. Du reste, on peut dire que pratiquement, — les résultats de la guerre sino-japonaise Tout démontré, — une telle épaisseur met très suffisamment à l'abri des coups perforants, car ce n'est qu'à petite distance et sous une incidence normale (conditions presque irréalisables pendant un combat) qu'elle pourrait être traversée par les gros projectiles de rupture.
Cette ceinture ou cuirasse est surmontée sur toute la longueur du bâtiment d'un pont blindé, et forme avec lui la carapace d'acier sous laquelle sont abrités les organes essentiels du navire, dont toute la partie immergée porte le nom d' « œuvre vive », par opposition à T « œuvre morte », que figure toute la partie située au-dessus de la flottaison.
L'introduction des canons à tir rapide exposa bientôt l'œuvre morte à être démolie dès les premiers instants du combat (fait confirmé par la bataille du Yalu, septembre 1894) ; d'où la nécessité non seulement de protéger la moyenne et la petite artilleries étagées à différentes hauteurs, mais encore toute la partie basse de cette œuvre morte qui leur sert de support.
L'emploi des projectiles à explosifs rendit d'ailleurs plus impérieuse encore cette nécessité, puisque les dégâts considérables qu'ils produisent sont tels que, si leur éclatementa lieu au contact ou même simplement dans le voisinage (moins de 1 mètre) d'un pont blindé de 10 centimètres, celui-ci est défoncé, et ses fragments sont projetés dans les fonds.
Ce court exposé des effets de l'artillerie suffit à expliquer la répartition du blindage adoptée sur nos unités modernes.
La cuirasse de 30 à 40 centimètres d'acier entoure, avons-nous dit, les flancs du navire d'une muraille véritablement protectrice. Mais l'épaisseur du pont blindé qui repose sur cette cuirasse, et s'étend sur toute la longueur du bâtiment, ne saurait dépasser 7 à 9 centimètres, sous peine d'atteindre, par suite de ses dimensions, un poids inadmissible. Un pareil pont, nous l'avons vu, peut être entamé par un projectile à explosif venant éclater dans son voisinage, et ses débris pourraient occasionner les plus graves avaries aux organes essentiels qu'il recouvre. Aussi cherche-t-on à diminuer les chances d'une telle éventualité :
1° En revêtant toute l'œuvre morte, et en particulier ses parties basses, d'une cuirasse mince, complétée par des traverses également cuirassées, allant du pont blindé au pont supérieur du navire, et formant ainsi un immense écran contre les coups de travers et d'enfilade ;
2° En établissant, à 2 mètres environ au-dessous du pont blindé, une plate-forme d'acier dite pare-éclats, qui devient le véritable pont protecteur des fonds.
Avec cette disposition cuirassée, la ceinture et cette plate-forme,
sauf dans des cas exceptionnels, resteront intactes, et seuls seront endommagés la cuirasse mince de l'œuvre morte et le pont blindé.
Mais alors l'eau fera irruption sur ce pont et, par les brèches ouvertes, sur la plate-forme sous-jacente. Pour qu'un coup de perforation ne puisse pas ouvrir à la mer des espaces intérieurs trop étendus, dont l'invasion par l'eau porterait une grave atteinte à la stabilité du navire, il faut que cette plate-forme soit très compartimentée, ce qui revient à dire que le complément indispensable de la protection par la cuirasse est le cloisonnement cellulaire de la tranche comprise entre le pont blindé et la plate-forme pare-éclats.
Tel est, en résumé, le genre de protection par cuirassement et cloisonnement qu'opposent aux coups de l'artillerie ennemie les unités modernes dont nous allons étudier maintenant quelques-uns des principaux types.
STRUCTURE DES DIFFÉRENTS TYPES DE NAVIRES. DISTRIBUTION INTÉRIEURE DE CHACUN D'EUX.
CUIRASSÉS D'ESCADRE. — « Le cuirassé d'escadre est et restera longtemps encore, écrivait dernièrement Normand, l'élément principal d'une flotte. » Il représente par excellence l'instrument offensif des marines de guerre, et le Programme maritime de 1900-1906 résume très justement en ces termes sa fonction militaire : «Dans les batailles navales, les cuirassés formeront quelque chose comme l'infanterie et l'artillerie de l'armée de mer réunies, associées dans une action commune, et les coups qu'ils porteront seront d'autant plus efficaces que ces navires seront mieux protégés, par conséquent plus capables de tenir longtemps. »
Les deux qualités maîtresses qu'en art militaire on exige d'un cuirassé sont en effet la puissance offensive et la protection ; la vitesse et le rayon d'action ne viennent qu'en seconde ligne, sans toutefois pouvoir être inférieurs aux qualités similaires que possèdent les cuirassés étrangers.
Nous venons de déduire de ses raisons techniques le système de protection que doivent recevoir nos cuirassés. Leur puissance offensive s'exprime avant tout par le nombre de canons (grosse, moyenne et petite artilleries) dont ils sont porteurs, et que complètent accessoirement des tubes lance-torpilles aériens et sous-marins et, à l'avant, un éperon. Le groupement ou la dispersion de ces pièces à bord déterminent le genre du cuirassé.
Anciennement les grosses pièces d'artillerie étaient réunies dans un fort central, séparant les deux étages supérieurs du bâtiment en trois segments indépendants les uns des autres. Le Courbet, la Dévastation, et le Redoutable, dont Rochard et Bodet ont publié dans leur Traité d'hygiène les coupes schématiques, restent les trois types
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de ce genre, susceptibles de prendre encore armement en cas de besoin.
Sur ces cuirassés, un large puits d'aérage percé au centre du réduit blindé permettait encore une ventilation naturelle de certaines régions des fonds. De plus, les ouvertures d'angle du fort central, découpées en vue du tir en chasse et en retraite des grosses pièces, entraînant une rentrée des formes de l'avant et de l'arrière, obligeaient à placer sur le pont la moyenne artillerie, et dégageaient par cela même des espaces libres commodément habitables. L'hygiène y trouvait certainement son compte.
La série des cuirassés d'escadre qui succédèrent au type Courbet eurent pour caractéristique le remplacement du fort central par des tourelles placées sur le pont. — Ces grosses tourelles, qui améliorèrent considérablement la conduite du tir, sont ou complètement fermées et mobiles, ou fixes et dites barbettes, c'est-à-dire ne formant qu'un parapet blindé circulaire, que surmonte un dôme, et qui du pont s'élève jusqu'au-dessous de la volée du canon, protégeant ainsi la plate-forme tournante, le châssis et une partie de l'affût.
La conséquence primordiale de cette transformation fut de rendre aux deux étages supérieurs, que les' murailles transversales du fort blindé séparaient en trois compartiments distincts, toute leur continuité, modifiant de la sorte leurs conditions d'habitabilité.
L'étage immédiatement inférieur au pont redevint alors, dans toute l'étendue de sa partie médiane, une belle batterie, très aérée par de larges sabords, mais plus ou moins dégagée suivant les bâtiments. C'est ainsi que, absolument libre sur le Formidable, cette batterie, sur le cuirassé similaire Y Amiral Bauclin, présente l'inconvénient d'abriter les cuisines, qui en font un lieu d'habitation beaucoup moins propice.
L'avant de la batterie est réservé à l'hôpital, qui s'y trouve très favorablement installé, étant à la fois bien ventilé et suffisamment isolé; l'arrière, aux logements d'amiraux et de commandants.
Toutefois, sur certains types, tels que le Marceau et surtout le Hoche, que surmontaient autrefois de lourdes superstructures, dont les dimensions sont aujourd'hui bien réduites, des différences assez notables d'aménagements ont pu être introduites dans la distribution de ces locaux. Enfin, les deux extrémités de la batterie correspondent directement avec les grands espaces toujours libres qui s'étendent sous la volée des grosses pièces de l'avant et de l'arrière, et qui constituent ce qu'on appelle les plages.
L'étage sous-jacent à cette batterie, autrement dit l'entrepont principal, ne reçoit plus le jour et l'air que par des panneaux de descente, et latéralement par des hublots. L'arrière est consacré au carré de l'état-major ; de chaque côté, et sur toute la longueur de l'étage, sont construits en tôle mince gondolée, recouverte d'une peinture au
liège destinée à combattre l'humidité, une série de logements réservés aux officiers, aspirants et maîtres; l'extrême avant est occupé par des apparaux de mouillage et de remorque.
Toute la portion médiane sert de poste de couchage à une partie de l'équipage. Elle est partout bien encombrée, spécialement par des casiers à sacs, et ne profite guère des hublots dont sont percées les murailles, puisque le plus grand nombre d'entre eux s'ouvrent soit au carré, soit dans les autres logements. Mais ses dimensions sont toujours assez judicieusement calculées pour fournir à chacun de ses habitants le cube d'air qui lui est nécessaire.
Ces deux étages sont traversés perpendiculairement par les tourelles, les cheminées, les manches à air, les monte-charges et les mâts militaires, dont le tube intérieur, autour duquel serpente un escalier, sert lui-même pour certains réduits des fonds, et, suivant les circonstances, de conduit d'évacuation d'air vicié ou d'arrivée d'air frais.
Ces considérations générales s'appliquent pour toute la tranche supérieure du bâtiment, c'est-à-dire pour toute la partie située audessus du pont blindé, aux types Formidable, Amiral-Baudin, Hoche, Marceau, Neptune et Magenta.
Cependant, le système de protection des gros canons par des tourelles susbtituées au fort central fut, sur un avis émis dès 1889 par le conseil supérieur de notre Marine, étendu aux pièces de moyen calibre.
Cette innovation entraîna la modification complète du premier étage de la tranche supérieure, le second étage ou entrepont principal conservant les dispositions que nous venons d'indiquer brièvement.
En effet, la protection attribuée de chaque bord de cet étage aux pièces de moyenne artillerie, soit que celles-ci fussent abritées par de petits réduits blindés (Brennus), soit qu'elles fussent isolées dans de petites tourelles cuirassées [Masséna), fait en réalité disparaître la batterie. On conserva encore ce nom à ce premier étage, mais la nouvelle batterie ne fut plus représentée que par un grand espace bien dégagé et si largement aéré que les courants d'air dussent y être atténués à l'aide de châssis vitrés. Ce premier étage devint un local très encombré sur son axe par le passage des grosses tourelles, des cheminées, monte-charges, mats militaires, etc., très rétréci latéralement parles abris de l'artillerie moyenne, et réduit, somme toute, à deux coursives de passage, assez basses et mal éclairées.
Or, en même temps que, par suite des différents modes de protection appliqués aux diverses pièces d'artillerie, la tranche supérieure du navire subissait tous ces changements, la tranche inférieure se transformait aussi.
La suppression du fort centrai créa d'abord l'obligation de
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compléter le pont blindé principal, en l'étendant sans interruption sur toute la longueur du bâtiment. Il servait ainsi d'abri aux machines, aux chaufferies et à tous les appareils auxiliaires (presse de pompage, dynamos, servo-moteurs, barre, etc.) qui occupent cette tranche inférieure. Puis on reconnut que, pour être efficace, cette protection devait être doublée d'un deuxième pont blindé (plate-forme pare-éclats construite à 2 mètres au-dessous), qui limita avec lui la tranche cellulaire véritablement protectrice des œuvres vives. Concurremment, remploi des machines hydrauliques destinées à la manœuvre des grosses pièces, l'augmentation du nombre et de la force des dynamos, l'utilisation des trois hélices, lesquelles, en réduisant la puissance de chaque moteur, permirent de loger la machinerie dans des cellules contiguës mais spéciales, compliquèrent outre mesure le compartimentage de la tranche inférieure.
Dès lors, l'aération de tous les étages situés au-dessous des ponts blindés devint un problème de plus en plus difficile à résoudre, et nous constaterons au chapitre de la ventilation la solution très peu satisfaisante que, malgré l'ingéniosité des constructeurs, ont reçue à cet égard certains compartiments, en particulier ceux où nuit et jour fonctionnent des dynamos.
Ce court aperçu général se rapporte aux cuirassés d'escadre Brennus, Carnotj Jauréguiberry, Charles-Martel et Masséna, dont le dernier type, lancé en 1896, est représenté par le Bouvet, et dont le schéma de la figure 1, emprunté au Cours d'architecture navale de Croneau, nous fournit une coupe longitudinale.
La série des cuirassés suivants, qui furent mis à feau entre les
cuirassées à 10 centimètres,
aimées 1896 et 1899, comprend par ordre chronologique : le Charlemagne, le Saint-Louis, le Gaulois, Yléna, le Su/fren et le Henri IV.
Ces types réalisent le maximum de puissance offensive et défensive des cuirassés actuels et forment, par conséquent, les éléments principaux de nos escadres actives. Les cinq premiers possèdent des aménagements à peu près identiques, et nous choisirons l'un d'entre eux, Yléna, pour en donner une description un peu détaillée, quoique encore bien succincte.
guant au dernier en date, le Henri IV, il n'atteint plus que 8 400 tonnes de déplacement, au lieu de 11000 à 12000 comme ses prédécesseurs, dont il diffère très sensiblement par ses conceptions architecturales. Le problème de la protection y est réalisé à laide d un caisson blindé très large, rachetant par un accroissement de longueur la diminution de hauteur, — d1où une stabilité énorme associée à un moindre déplacement, - - système imaginé par le directeur du génie maritime, M. Bertin, mais qui jusqu'à présent n'a pas reçu d'autre application.
Description de l'Iéna. — VIéna (fig. 2) mesure 122 mètres de longsur 20 mètres de large à la flottaison. Son déplacement est de 12 104 tonnes.
Son armement se compose, dans Taxe du navire, de 4 pièces de 305 millimètres jumellées en tourelles cuirassées à 32 centimètres, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière ; latéralement de 8 pièces de 164mm,7, 4 de chaque côté, en casemates d'un certain nombre de pièces d'artil-
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lerie légère dispersées sur le ponl et sur les passerelles. Il est muni de quatre tubes lance-torpilles, deux sous-marins et deux aériens.
La protection des œuvres vives comporte une cuirasse-ceinture de 0m,32 d'épaisseur, que recouvre un pont blindé de 9 centimètres, au-dessous duquel est établie une plate-forme pare-éclats de 4 centimètres, formant avec lui une tranche cellulaire de 2m,10 de hauteur. La protection des œuvres mortes est assurée par une cuirasse mince, qui des plaques en ceinture s'élève jusqu'au pont en muraille d'éclatement, et que complètent à l'intérieur du navire deux cloisons cuirassées transversales.
Toute la partie du navire située au-dessus du pont blindé se subdivise en trois étages, appelés entreponts, le terme de batterie étant proscrit de la nouvelle nomenclature maritime. Ces étages sont surmontés du pont ou spardeck, qui supporte autour du mât de l'avant le blockaus cuirassé (poste de combat du commandant d'où les ordres sont transmis électriquement ou par le moyen des porte-voix aux différents services), et deux passerelles, reliées entre elles par un boulevard longitudinal, dont le centre, s'élargissant sur toute la dimension du spardeck, sert de chantier à de nombreuses embarcations. Le bloc des cuisines de l'équipage est très heureusement situé sous ce chantier. Des châteaux d'eau surplombent le boulevard, et tous les hamacs trouvent place dans les grands bastingages établis de chaque côté et au milieu du pont. Celui-ci, où se rencontrent encore sur sa ligne médiane des treuils, des forges, une fonderie, une pavillonnerie, etc., n'est cependant pas assez encombré pour qu'un grand nombre d'hommes ne puissent à certaines heures s'y promener librement. Sans offrir sous ce rapport tous les avantages des anciens ponts, auxquels suppléent d'ailleurs sur nos imités modernes fei plage avant et certains entreponts, tel qu'il est, ce spardeck constitue pour l'équipage un lieu de réunion très propice.
Étages supérieurs. — Les trois étages supérieurs du navire communiquent entre eux et avec le pont par des panneaux qui se correspondent; ils sont désignés, en allant de bas en haut, sous les noms d'entrepont principal, de premier et de deuxième entrepont.
Deuxième entrepont. — La topographie du deuxième entrepont (fig. 3), qui se trouve être l'étage le plus élevé, est caractérisée par la présence, au milieu de cet étage, d'un véritable réduit blindé, simulant, — dans des proportions et avec des dispositions bien différentes toutefois, — le fort central des anciens cuirassés : on pourrait logiquement le nommer la batterie des casemates. Huit pièces de 164mm,7 y sont réparties, à raison de quatre de chaque côté, dans huit casemates, que des coursives isolent les unes des autres, et que limitent à l'avant et à l'arrière des cloisons transversales de 0m,10 de blindage, percées d'étroites portes de communication. Le centre de ce réduit est occupé par le grand panneau d'aérage des machines, une série de
fi
tenions à faire
cuisines, deux séchoirs et la boulangerie, bien placés à proximité de l'escalier d accès des ponts et de deux coursives séparant des casemates.
Celles-ci, toutes similaires, largement
aérées et éclairées par le sabord de la pièce
de 16, chauffées l'hiver à la vapeur, servent
de poste de couchage aux hommes préposés
à l'armement des pièces : 153 canonniers
s'y reposent la nuit très hygiéniquement.
La partie arrière de cet étage se compose
\ d'une plage, réservée aux officiers, que do-
5 mine la grosse tourelle arrière, ainsi que
i les locaux très salubres des officiers supé-
l rieurs (chambres et carré).
\ La partie avant englobe la plage avant.
\ domaine de l'équipage, suffisamment élevée
» pour être très rarement, du moins en Médi-
3 terranée, rendue intenable par l'état de la
» mer, plage adossée à la grosse tourelle avant,
1 dont le pied forme le centre d'un grand local jj" circulaire transformé en lavabo. De chaque f côté et à l'arrière de ce lavabo sont établies, 3 sur parquet carrelé, les poulaines de l'équi- 5 page.
| Ce n'est pas l'emplacement qu'eût choisi 3 pour elles un hygiéniste. Si elles sont assez
2 bien aérées, elles ne sont, en pareil endroit, 5 ni assez spacieuses, ni suffisamment isolées, 7 et les ozonateurs qu'on y entretient sont
parfois impuissants à en chasser toute mauvaise odeur. Sur le Gaulois, qui fut lancé Z deux ans avant Vléna, toutes les poulaines — de l'équipage, des maîtres et des seconds maîtres — sont cantonnées sur l'extrême avant du premier entrepont, commodément groupées et aussi complètement isolées que possible du reste de l'étage. Il est regrettable qu'une aussi favorable disposition n'ait pas été reproduite partout. Elle démontre en tout cas que, sur nos unités modernes, les exigences de l'hygiène ne se heurtent pas aussi obstinément qu'on pourrait le croire à des impossibilités matérielles, et, si nous ne apidementj ici une élude descriptive plutôt que
CUIRASSÉS D'ESCADRE
iO-17
critique, nous pourrions appliquer cette remarque à bien d'autres détails de moindre importance, en prenant encore pour modèle le Gaulois, qui, à notre avis, marque, pour toute la tranche supérieure du navire, le point culminant auquel ait atteint l'hygiène sur nos cuirassés récents.
Premier entrepont. — Le premier entrepont (fig. 4) ou deuxième étage est divisé en trois parties inégales par deux cloisons transversales.
La partie arrière, consacrée aux appartements de l'amiral et de certains officiers supérieurs, offre par ses travers les portes de coupées qui l'aèrent abondamment au mouillage. Elle communique par un panneau avec les étages supérieurs, et ce panneau ainsi que deux escaliers aboutissant sur la plage arrière permettent en toute circonstance l'arrivée de l'air à ce segment d'étage, dont l'avant est occupé de chaque côté par des bouteilles affectées aux officiers.
La partie médiane du premier entrepont est constituée par un quadrilatère de 40 mètres de long sur 17 de large, percé de vingt-deux sabords et de deux coupées qui, avec des panneaux d'accès, l'inondent d'air et de lumière. Les fenêtres de ces sabords sont surmontées d'impostes mobiles, destinées à assurer une aération continue, en dirigeant un courant d'air vers le plafond, quand ces fenêtres sont fermées. Le centre de ce grand poste a pu être semé d'obstacles (enveloppes des cheminées, manches à escarbilles, conduits de ventilation, monte-charges), sans provoquer l'encombrement de ce vaste local, absolument réservé à l'équipage, qui y prend ses repas, y couche et s'y repose aussi le jour dans des conditions hygiéniques très appréciables.
La partie avant de cet étage, que rétrécit beaucoup le passage du tube central et de la tourelle avant, se termine par un poste " de seconds maîtres, dont l'habitabilité est parfaite. C'est la place qu'occupe sur le Gaulois
le groupe des bou- X — 2
in
teilles dont nous avons parlé. Latéralement se trouvent les locaux de l'infirmerie, dont l'étude fera l'objet d'un chapitre spécial {Annexes et dépendances du navire), et qui, disons-le en passant, sans être aussi bien situés que Tétaient sur les cuirassés moins modernes les hôpitaux de l'avant, suffisent, avec leur pharmacie, leurs salles de visite, d'isolement et de bains, à toutes les obligations médicales du bord.
Entrepont principal. — Le troisième étage (fig. 5) ou entrepont principal repose sur le pont blindé. Sectionné transversalement par onze cloisons étanches, il comprend une partie médiane, de chaque côté de laquelle s'étendent deux parties latérales symétriques.
Sur la partie médiane, que traversent tourelles, mats militaires, cheminées, aspirateurs et panneaux de descente, sont placés les casiers à sacs, véritable vestiaire des hommes. Le carré des officiers occupe l'extrême arrière; la cambuse et son annexe, l'extrême avant de l'entrepont, Ce sont des locaux éclairés et aérés par de nombreux hublots, et, si leur ventilation souffre parfois de la fermeture de ces derniers, ce n'est j amais qu'assez rarement, à la mer et par mauvais temps.
Les deux parties latérales sont réservées de chaque côté à une allée large de 3 mètres, s'étendant d'un bout à l'autre du navire, et en dehors de cette longue coursive réservée à la circulation, mais que scindent les cloisons étanches, à toute une série de logements (chambres d'officiers, postes d'aspirants, de premiers et de deuxièmes maîtres), auxquels sont annexées des salles de bains munies de douches en *j pluie. Tous ces locaux sont séparés de
1 la muraille du bâtiment par une cloison
en tôle, interposant entre elle et eux un matelas d'air isolant, plus
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théorique que pratique ; leurs cloisons intérieures sont ajourées supérieurement, et leur aération comme leur éclairage sont sous la dépendance de hublots, distribués à raison de deux par chambre, mais dont ne profite guère le centre si encombré et toujours assez obscur de l'entrepont.
Tels sont, en résumé, les trois étages constituant la tranche supérieure de Yléna.
Les étages situés au-dessous du pont blindé, où résident journellement mécaniciens, chauffeurs et torpilleurs, c'est-à-dire plus du tiers d'un équipage, dont l'effectif s'élève à 646 hommes, deviennent trop compliqués pour pouvoir être décrits, même sommairement, sans le secours d'un plan à grande échelle. Aussi bien, aurons-nous l'occasion, en traitant la question de la ventilation, de signaler les particularités les plus intéressantes poumons que peut présenter la tranche inférieure d'un cuirassé d'escadre, et nous nous bornerons ici à donner le très court aperçu topographique d'un compartimentage, soumis d'ailleurs aux mêmes desiderata hygiéniques sur toutes les unités analogues à celle que nous envisageons.
Étages inférieurs. — Toute l'œuvre vive de Yléita, comprise entre le pont blindé et la cale proprement dite, se divise en trois parties : supérieure, médiane et inférieure.
Partie inférieure ou cale. — Une plate-forme délimite avec les doubles fonds, sur toute la longueur du bâtiment, la partie inférieure, qui n'est autre que la cale. Celle-ci ne reçoit qu'accidentellement et par infiltration de petites quantités d'eau qu'on épuise facilement à la main ; elle est donc constamment sèche. — Nous expliquerons, à l'article Vidanges, comment toutes les eaux grasses des machines et •des chaufferies, réunies dans des puisards ménagés entre cette plateforme de cale et les planchers mobiles des chambres de machine et de chauffe, sont aspirées par des pompes Thérion et évacuées par le canal d'un collecteur d'assèchement.
Partie médiane. — La partie médiane, intermédiaire aux deux autres, s'étend entre la plate-forme de cale et la plate-forme pare-éclats. Elle est divisée par des cloisons perpendiculaires les unes aux autres en dix-neuf compartiments d'inégale capacité, qui renferment des organes essentiels servant de soutes à munitions ou de water-ballasts. Parmi ces organes, les plus importants sont représentés par trois machines motrices, quatre chaufferies, six dynamos, dont trois à l'avant et trois à l'arrière, et deux tubes lance-torpilles sous-marins. Partie supérieure.— La partie supérieure est formée par l'espace de *2m,10 de hauteur compris entre la plate-forme pare-éclats et le pont cuirassé. C'est la tranche cellulaire protectrice des fonds en cas d'avaries survenues pendant le combat au pont blindé. Elle est très compartimentée, dans le but de fractionner les envahissements d'eau se produisant par les brèches d'un pont défoncé, et ses nombreuses
cellules, hermétiquement closes pendant une action navale, sont transformées latéralement en magasins, soutes à charbon et lavabos de mécaniciens et de chauffeurs ; longitudinalement elles abritent certains appareils tels que barre, servo-moteurs, frigorifiques destinés à abaisser la température des soutes à poudre, bouilleurs, poste central de transmission d'ordres communiquant directement par un tube cuirassé avec le blockhaus, machines électriques et à bras servant à manœuvrer les grosses tourelles, cabestans, etc.
Cette simple énumération laisse entrevoir les difficultés qu'on doit éprouver à faire vivre hvgiéniquement dans ces réduits étroits et surchauffés le grand nombre d'hommes qui s'y trouvent emprisonnés par leur service. Il paraît d'ailleurs impossible, et quel que soit l'intérêt militaire qui s'y attache, que, pour des unités nouvelles, on puisse, dans l'ordre du compartimentage, aller au delà des complications rencontrées actuellement sur la tranche inférieure des cuirassés du type Iéna.
Cuirassés en construction.— Les bâtiments destinés à succéder dans nos escadres actives à la série Iéna, Suffren, sont les cuirassés de 14800 tonnes, prévus au programme d'accroissement de la flotte, volé en 1899.
La puissance offensive de ces navires sera représentée, comme sur les types précédents, par quatre canons de 305 millimètres jumelés dans deux tourelles à l'avant et à l'arrière ; mais les pièces de 164m,7 seront portées à dix-huit, dont douze jumelées en six tourelles, trois de chaque côté, et six en casemates.
Ces navires posséderont cinq tubes lance-torpilles. Leur protection est constituée par une ceinture-cuirasse de 0m,30 d'épaisseur, s'élevant à 2ra,50 de la flottaison de bout en bout. Un blindage de 8 centimètres enveloppe tout l'avant du bâtiment. Le pont cuirassé supérieur a 5 centimètres d'épaisseur, la plate-forme pare-éclats 7 centimètres.
Ces nouveaux types ont reçu les noms de République, Patrie, Démocratie, Justice, Liberté et Vérité. Les quatre premiers viennent d'être lancés; les autres sont encore sur leurs cales de construction. Nous savons que leurs dispositions intérieures ne différeront pas très sensiblement de celles des cuirassés de 1*2 000 tonnes que nous venons d'examiner ; mais nous ne serons fixés sur leur valeur hygiénique qu'après la période de leurs essais. Toutefois on peut prédire, d'une façon générale, que la suppression des formes rentrantes, auxquelles sont substituées des murailles droites sur tous ces bâtiments, et la surélévation des étages habités due au cuirassement des œuvres mortes, feront de ces unités nouvelles des lieux d'habitation dont les qualités hygiéniques ne pourront qu'augmenter.
CROISEURS. — On désigne sous la dénomination commune de croiseurs tous les bâtiments armés d'une artillerie moyenne et de
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tubes lance-torpilles, qui ont pour caractéristique une grande vitesse et un grand rayon d'action.
Eclairer l'armée de ligne à faible distance, explorer la mer sur une vaste étendue à l'image des raids de cavalerie, courir sus au commerce ennemi, telles sont les missions les plus urgentes que devront remplir les navires de cette classe.
La première de ces missions n'exige que des bâtiments de faible puissance ; il n'en est pas de même des autres, qui imposent des navires capables d'agir isolément, de se défendre, et au besoin d'attaquer.
Aussi existe-t-il un nombre considérable de types de croiseurs, dont la description et le classement se confondent avec leur étude historique. Toutefois, si différentes que soient leurs formes et leurs dimensions, — celles-ci s'étendant de 1000 à 14000 tonnes,— nos croiseurs rentrent tous dans les trois catégories suivantes : croiseurs protégés (subdivisés eux-mêmes en croiseurs de première, deuxième et troisième classe), croiseurs corsaires protégés, croiseurs cuirassés.
Croiseurs protégés. — Le premier croiseur protégé lancé en France en 1884, et dû aux plans du directeur des constructions navales Bertin, fut le Sfax.
C'est du Sfax que dérive toute la série des croiseurs dits protégés, qui, pendant une quinzaine d'années, ont été construits tant en France, d'où l'idée était partie, qu'à l'étranger, et qui tous ont pour caractère commun la similitude du mode de protection.
Celui-ci repose sur l'emploi d'un pont blindé en dos d'âne, situé partiellement ou en totalité au-dessous de la flottaison, et surmonté d'une tranche cellulaire, de hauteur différente suivant les croiseurs, mais toujours infiniment divisée.
Sur le Sfax, dont la figure 6 représente une coupe médiane, cette tranche cellulaire a été particulièrement bien étudiée et mérite d'être sommairement expliquée, puisqu'elle a servi de modèle à toutes les autres.
Elle est comprise entre le pont blindé en dos d'âne qui lui sert de base, et le pont de la batterie qui forme son plafond. Deux cloisons verticales aa' , bb' ', font le tour complet du bâtiment, le divisant sur toute sa longueur.
L'espace laissé entre la cloison aa' et la paroi du navire est partagé en un très grand nombre de cellules dites à cofferdam, véritables caissons étanches, qui furent primitivement remplies de cellulose fortement comprimée, et provenant du déchiquetage des fibres de l'enveloppe de la noix de coco.
La cloison bb', courant parallèlement à aa' , limite avec elle un couloir C, qui supporte des planchers intermédiaires P, permettant, grâce aux fenêtres /*, de visiter les cofferdams.
La partie centrale contiguë à ce couloir est fractionnée en nom-
breux compartiments servant pour la plupart de soutes à charbon.
Ce système à flottaison cellulaire avec cofferdams bourrés de cellulose avait pour but de protéger la stabilité du navire contre les projectiles de l'époque. Ceux-ci, en traversant la tôlerie légère de la coque, faisaient un trou légèrement supérieur à leur diamètre etécla- I aient ensuite. Le pont blindé arrêtait les éclats, et la cellulose en foisonnant bouchait automatiquement les ouvertures à la flottaison. Mais l'expérience ayant prouvé qu'en vieillissant la cellulose perdait sa propriété de foisonner au contact de l'eau, une circulaire ministérielle en prescrivit l'enlèvement. Le système à flottaison cellulaire n'en persista pas moins : les cellules disposées le long des parois du navire furent seulement de plus en plus fragmentées, de façon à limiter autant que possible les invasions d'eau.
Ainsi donc, sur tous les croiseurs protégés quels qu'ils soient, un pont blindé, établi au niveau de la flottaison, abrite machines, chaudières et soutes à munitions. Il ne protège pas la stabilité du navire, dont la conservation repose sur l'intégrité du cloisonnement de la tranche cellulaire.
Au-dessus de cette tranche, s'élèvent, suivant les types, un ou deux étages en tôlerie mince, dans lesquels sont répartis les canons et les tubes lance-torpilles. Le pont supporte lui-même un certain nombre de pièces d'artillerie, abritées derrière des masques, ou enfermées dans des tourelles, et, lorsqu'il est surmonté d'une dunette et d'une tengue, que relient généralement des passerelles, concourt avec les étages qui lui sont inférieurs à la distribution des logements.
On a, sur ces données, construit en France de nombreux croiseurs, auxquels on s'est efforcé de procurer une vitesse de plus en plus élevée, en augmentant progressivement leur tonnage. Dans cette longue série de bâtiments figurent sous des aspects très différents les croiseurs protégés de troisième classe (Forbin, Lavoisier, Surcouf, Désirées), ceux de deuxième classe [Dachayla, Cassard, Davoust, etc.), et enfin ceux de première (Cécilte, Tage, Isly, etc.), dont le déplacement passe successivement des 3000 à 4000 tonnes du Sachet et du Protêt, aux 5700 tonnes du Jurien de ta Gravière, et aux 8000 tonnes des croiseurs-corsaires Châteaarenaut et Guichen.
Il serait impossible de donner en quelques lignes une vue d'ensemble de tant de bâtiments divers, et il nous parait superflu de résumer la description de l'un d'eux, quelque important que soit d'ailleurs son équipage, attendu que, pour les raisons que nous indiquerons plus loin, aucun de ces types ne sera plus reproduit.
Qu'il nous suffise donc de remarquer d'une façon générale que tous les croiseurs protégés de première et de deuxième classe possèdent au-dessus de leur tranche cellulaire deux étages — aujour-