‹ Traité d'hygiène (volume 3)Chapitre 47 sur 129 · ACCIDENTS PAR LES ARMES EMPOISONNÉES. ÎO · texte numérisé non relu

ACCIDENTS PAR LES ARMES EMPOISONNÉES. ÎO

nageoires dorsales et pectorales portent en avant une forte épine, très acérée, dentelée en scie et creusée d'un canal central qui s'arrête à une petite distance de son extrémité libre. « Inférieureihent, ce canal communique avec un réservoir à venin : l'appareil reste clos; mais si, par exemple, le pied d'un baigneur ou la main d'un pécheur vient à heurter ou à saisir la plotose, l'épine s'enfonce dans les tissus, s'y brise, et, grâce à la compression qui agit sur lui, le réservoir à venin se vide dans la plaie. » (Blanchard.)

Les blessures se gangrènent facilement, mais on ne cite pas de cas de mort.

Les Vives, très communes dans l'Atlantique et dans la Méditerranée, causent des blessures envenimées par leurs épines operculaires et par les rayons de leur nageoire dorsale : elles ont donc un double appareil à venin.

Certaines espèces de Baie ont la queue armée d'une longue épine dentelée en scie dont la blessure est très redoutée des pêcheurs. Sur les côtes de l'Océan, nous avons vu un marin blessé à la cuis.se par une de ces grandes raies appelées 7 ère; il en résulta un phlegmon très grave, qui mit en danger le malade et causa l'atrophie partielle du membre atteint.

Citons encore les scorpènes, les ptéroïs, les perches, dont les piqûres sont très douloureuses, mais non suivies d'accidents graves.

Il est relativement facile de prémunir les marins contre des accidents de ce genre.

La pêche, surtout la pêche à la senne, est un plaisir très goûté des équipages, en même temps que c'est, dans les campagnes lointaines, une précieuse ressource pour les tables : lorsque les hommes sont autorisés à s'y livrer, il ne faut, en aucun cas, les laisser débarquer sur les récifs et sur les plages sans être solidement chaussés. Cette simple précaution empêchera des accidents graves, et même la piqûre des oursins, qui, sans être dangereuse, est une cause de longue indisponibilité pour les hommes qui sont atteints.

Le traitement des plaies envenimées ne présente rien de particulier.

ACCIDENTS OCCASIONNÉS PAR LES ARMES EMPOISON- NÉES. — Bien que l'usage des armes à feu se soit répandu à peu près généralement dans le monde entier, il existe encore bien des pays où les indigènes font usage de lances et de flèches empoisonnées : tout dernièrement un détachement de marins français livrait, aux Nouvelles-Hébrides, un combat où les naturels employaient l'arc »t la lance.

Ces sortes de blessures, autrefois très fréquentes, ont été l'objet de nombreuses études, et on sait maintenant qu'elles peuvent être causées par des poisons très différents appartenant au règne végétal et au règne animal.

Dans le premier groupe, un des plus importants est le strophantus, utilisé au Gabon, au Soudan, au Zambèze; son étude expérimentale a été faite à Bordeaux par Le Dantec, qui a indiqué en même temps le traitement à appliquer contre ce terrible poison cardiaque : ligature du membre, neutralisation chimique du poison dans la plaie au moyen d'une solution de tanin. Mais le traitement doit être appliqué en toute hâte, la mort pouvant survenir dans la demi-heure qui suit la blessure par la flèche empoisonnée.

Citons encore parmi les poisons végétaux dont les indigènes enduisent la pointe de leurs armes : Vouakaïo, des Somalis, dont les propriétés sont semblables à celles du strophantus ; Yupas antiar, des Malais, également poison cardiaque ; le curare, utilisé sur les bords de l'Amazone; le strychnos loxifera, à la Guyane.

Le venin des serpents, des rainettes est utilisé par certaines peuplades de l'Amérique du Sud.

Enfin on connaît, depuis les travaux de Le Dantec, l'utilisation que font les indigènes de l'Océanie de la vase des marais, qui renferme deux redoutables microbes pathogènes : le vibrion septique et le microbe du tétanos. La pointe des flèches, ordinairement un os effilé, a été trempée dans cette vase et en se brisant va causer l'infection de la blessure produite : si les flèches sont anciennes, le vibrion septique aura disparu, mais les spores du bacille de Nicolaïer donneront à coup sur le tétanos ; c'est ce qui s'est précisément produit en 1875 à bord de la Pearl : trois hommes sur six, blessés par des flèches, aux Nouvelles-Hébrides, succombèrent au tétanos, cinq jours après avoir été atteints.

Cet accident peut être aujourd'hui aisément combattu grâce au sérum antitétanique, en poudre, dont sont approvisionnés les navires de croisière.

Telles sont, rapidement indiquées, les principales affections médico-chirurgicales qui frappent le plus souvent nos marins. Nous terminerons ce chapitre par l'étude des secours que notre marine a prévus dans le cas d'une action navale.

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