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HÔPITAUX

La marine possède dans chacun des cinq ports de guerre un ou deux hôpitaux où sont soignés non seulement les marins de la flotte, mais encore les militaires de toute la garnison, les employés civils et les ouvriers des arsenaux.

Le service de ces établissements est assuré par les médecins de la marine, soit pendant les intervalles de leurs embarquements, soit pendant des périodes de cinq ans pour ceux qui sont chargés de renseignement dans les écoles annexes des ports.

Le personnel infirmier est le même que celui qui assure le service des bâtiments de la flotte : il constitue une des spécialités de la marine dans des conditions d'avancement, de solde, de tours d'embarquement absolument identiques à celles de leurs similaires des autres spécialités : il est regrettable que le service particulièrement pénible et dangereux de ces hommes dévoués ne leur assure pas des avantages matériels plus considérables : leur recrutement souvent difficile se ferait plus aisément, au grand bénéfice des malades de la marine.

Les hôpitaux sont laïcisés depuis 1903.

La valeur hygiénique de ces différents hôpitaux est loin d'être égale pour tous : tandis que quelques-uns d'entre eux, plus ou moins anciens, ont été construits spécialement en vue de leur destination définitive, d'autres occupent encore de vieux bâtiments, qui, étant toujours provisoires, servent très longtemps sans recevoir les aménagements reconnus indispensables aujourd'hui dans la pratique médicale, sans même que, en dehors des réparations d'urgence, ils puissent être entretenus dans des conditions satisfaisantes.

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Après une description succincte de ces hôpitaux, nous examinerons les principaux facteurs de leur valeur hygiénique.

CHERBOURG. — : L'hôpital du premier arrondissement maritime est de date récente : il a été achevé en 1869. Situé en dehors de la ville, au milieu d'immenses terrains cultivés et boisés, il se compose d'un grand bâtiment orienté nord-sud, où sont établis les bureaux de l'administration, la pharmacie, les laboratoires, les chambres des médecins résidant et des officiers malades : celles-ci ne comportent qu'un seul lit : c'est le seul hôpital où, quel que soit son grade, un officier est assuré d'avoir une chambre pour lui seul.

Ce bâtiment est séparé de la route par de grands jardins qui servent de promenoirs ; deux pavillons à deux étages, isolés, tombant en équerre sur le bâtiment central, contiennent les salles de malades : entre ces pavillons des cours-jardins facilitent l'aération des galeries et des salles; des promenoirs couverts, vitrés, rendent les communications faciles entre toutes les parties de l'établissement. Une chapelle occupe le fond de la cour, où se trouvent diverses servitudes, buanderie, amphithéâtre, chambre mortuaire, etc.

Cet hôpital n'est pas terminé : il doit comprendre en plus deux pavillons parallèles dont les fondations sont restées inachevées.

BREST. — L'hôpital de Brest, dont la construction commencée en 1822 fut terminée en 1834, rappelle par sa distribution intérieure l'hôpital Beaujon à Paris : il peut contenir 1 300 lits répartis dans 27 salles.

Il comprend 10 pavillons à un étage alignés parallèlement les uns aux autres sur une étendue d'environ 200 mètres, séparés par des cours plantées d'arbres. De larges galeries vitrées les ferment à une de leurs extrémités et permettent aux malades non alités de prendre un exercice salutaire à l'abri des intempéries.

L'espacement entre les pavillons est de 30 mètres. Chaque pavillon comprend à chaque étage une salle de 50 lits : il a une longueur de 60 mètres sur 3 mètres de hauteur, ce qui assure à chaque malade un cube d'air largement suffisant. L'éclairage et la ventilation sont assurés par de larges fenêtres.

Sur l'esplanade qui domine les cales de construction du port ont été construits des pavillons d'isolement genre Tollet, réservés au traitement des fièvres typhoïdes et des tuberculeux.

Signalons parmi les améliorations les plus récentes une salle d'opération très bien aménagée et un cabinet d'électricité très complet.

LORIENT. — Le port de Lorient possède deux hôpitaux : un situé dans l'enceinte de l'arsenal, appelé l'ambulance, comprend 200 lits : c'est là que sont concentrés les services administratifs et la direction.

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L'autre hôpital, placé à l'entrée de la rade, dans l'enceinte de la petite ville fortifiée de Port-Louis, n'est autre que le vieux couvent des Récollets converti en hôpital en 1797, à la suite du combat naval de Groix.

Abandonné pendant un certain temps, il a été réoccupé en 185(.) et complètement approprié à sa nouvelle destination, autant que Ton peut tirer parti de bâtiments aussi anciens et aussi mal disposés pour faire un hôpital que le sont ces antiques constructions.

ROCHEFORT. — L'hôpital maritime de Rochefort, bien que construit en 1783, peut encore être donné comme un modèle de l'architecture du genre.

Complètement en dehors de la ville fortifiée, bâti sur un terrain surélevé (la Rutte), entouré de grands jardins, il se compose d'un pavillon central à deux étages comprenant la pharmacie, les cuisines au rez-de-chaussée, les logements des officiers aux étages : ce bâtiment est flanqué à ses deux extrémités de quatre pavillons communiquant par des corridors vitrés ; ils comprennent également deux étages : à chaque étage correspond une salle de malades, très vaste, très haute de plafond, bien ventilée par des fenêtres élevées.

Sur le prolongement de ces pavillons, on en trouve encore deux autres à un étage, destinés aux contagieux, complètement isolés et entourés de jardins fermés par des grilles. Enfin, près de l'entrée de l'hôpital, sont deux bâtiments où sont installés les services administratifs, la bibliothèque; et plus en arrière, un amphithéâtre et des laboratoires, dont l'outillage perfectionné a été mis en rapport avec les progrès de la médecine moderne.

TOULON. — Toulon possède deux hôpitaux maritimes.

L'hôpital principal, au milieu de la ville, appelé du reste à bientôt disparaître, n'est autre que l'antique couvent des Jésuites de la rue Royale que l'on accorda au Service de santé en 1774, « pour mettre un terme, dit Lefèvre, (1) à Y interminable question de l'établissement d'un hôpital maritime en ce port ». Il n'a pas beaucoup changé depuis 1775, époque où fut occupé par les malades ce nouvel « asile, sur le fronton duquel on remarque encore les attributs de l'ordre qui l'a élevé et habité pendant près d'un siècle ».

Il comporte, outre les bâtiments de l'administration, quatre salles pouvant contenir chacune une cinquantaine de malades, plus un amphithéâtre et des laboratoires.

Nous n'insisterons pas sur les défauts de cet établissement condamné depuis si longtemps : il doit être prochainement cédé à la ville et remplacé par un nouvel hôpital en dehors des fortifications. La marine possède en outre, dans la presqu'île de Saint-Mandrier, à l'entrée de la rade, un vaste hôpital dont l'origine remonte à 1670;

(1) Lefèvre, Histoire du service de santé de la marine.

mais le bâtiment actuel fut terminé en 1830, et, bien que son éloignement et les nombreux défauts qu'il présente aient justifié les critiques les plus sévères, il a résisté jusqu'ici à tous ses détracteurs et durera tant que la marine ne possédera pas en dehors de la ville l'hôpital qui lui est indispensable.

En raison de la situation, en pleine ville, de l'hôpital principal, on a de tout temps envoyé à Saint- Mandrier les malades contagieux, et très grands ont été les services rendus par cet hôpital pendant les épidémies de typhus et de choléra qui ont sévi à diverses époques à Toulon.

De plus, les nombreux malades évacués de notre colonie Indo- Chinoise sont toujours débarqués directement à Saint-Mandrier, et, là, sous ce climat salubre, dans cet air pur et ensoleillé, ils trouvent un repos et des soins indispensables à leur état avant de pouvoir aller jouir de leur congé de convalescence.

Il est incontestable que dans une garnison aussi nombreuse, sur laquelle sévit la fièvre typhoïde à l'état endémique, il y a absolument besoin d'un hôpital d'isolement où doivent être réunis les services de contagieux, les dysentériques, etc.; mais l'emplacement de Saint- Mandrier, autrefois excellent, a perdu toute sa valeur depuis la transformation de l'artillerie à longue portée, qui met aujourd'hui l'hôpital dans la zone dangereuse, si bien qu'en cas de mobilisation son évacuation serait immédiatement effectuée, et cela au moment où on en aurait le plus grand besoin.

Son déplacement s'impose donc dans une zone non exposée et d'accès plus facile, la traversée de la rade souvent mouvementée constituant toujours une grande fatigue pour les malades.

L'hôpital se compose de trois pavillons à deux étages occupant les trois côtés d'un rectangle de 100 mètres environ : de larges vérandas à arcades les entourent et, malheureusement, ne sont pas vitrées, ce qui rend leur séjour intenable par les fréquentes journées de grand vent.

Chaque pavillon contient environ 400 lits, par salle de 36 lits, avec un cube d'air considérable.

Le pavillon central faisant face à la rade au nord ne reçoit que les officiers malades et comprend le logement des médecins ; au rez-dechaussée, les cuisines, pharmacie, bains, lingerie, etc.; la façade sud de ce bâtiment est malheureusement trop rapprochée de la haute colline boisée qui domine l'hôpital et gêne l'accès du soleil pendant la saison d'hiver.

Du côté de l'est, se trouvent un long bâtiment où sont les vénériens et les casernes d'infirmiers et, plus en arrière, un grand jardin potager.

Deux pavillons Tollet ont été construits du même côté et servent à l'isolement des tuberculeux.

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Ces pavillons, sans étage, bien aérés avec leur véranda au midi, sont parfaits; mais leur prix de revient est trop élevé pour qu'on puisse les multiplier.

Enfin un service d'isolement très complet, fermé de murs et de grilles, sur le bord de la mer, comporte deux pavillons de malades et tous les accessoires nécessaires pour que les malades et le personnel hospitalier vivent complètement en dehors de l'hôpital.

D'après les descriptions qui précèdent, il est aisé de voir qu'une étude d'ensemble est impossible pour des hôpitaux aussi différents les uns des autres ; mais nous pouvons passer en revue quelques-uns des principaux facteurs de l'hygiène hospitalière et voir comment ils sont compris dans les établissements de la marine : nous ne parlerons naturellement que de ceux construits spécialement en vue de leur destination hospitalière.

Ainsi, au point de vue de la situation, l'emplacement des terrains sur lesquels ils sont bâtis a été heureusement choisi pour la plupart d'entre eux.

A Cherbourg, l'hôpital, très loin de la ville, entouré de vastes jardins, est admirablement situé. A Brest, l'emplacement de l'hôpital, bien choisi au moment de sa construction, a beaucoup perdu de sa valeur depuis que l'arsenal, transformé en usine métallurgique, offre des inconvénients de voisinage inconnus au temps des constructions en bois. De plus, le développement de la ville et des faubourgs en fait aujourd'hui un véritable hôpital urbain, heureusement situé sur un terrain surélevé, et dont les défauts sont moins sensibles sur cette côte bretonne, fortement balayée par les grandes brises du large.

L'hôpital de Rochefort est également devenu un hôpital urbain, mais la grande étendue des terrains qui l'entourent et la faible densité de la population des faubourgs le laissent isolé dans des conditions satisfaisantes.

A Toulon, l'hôpital de Saint-Mandrier, par sa situation excentrique, a au moins l'énorme avantage de l'isolement parfait.

De même ces hôpitaux présentent tous de bonnes conditions de superficie. Etant organisés pour recevoir en cas de mobilisation un nombre de malades qui deviendrait rapidement très considérable, ils se trouvent, en temps de paix, plus que suffisants, pour la moyenne des hospitalisés ; ils ne présentent jamais d'encombrement et peuvent toujours avoir un certain nombre de salles vides où sont évacués les malades des autres salles pendant les périodes de nettoyage ou de réparations.

Partout, c'est par les portes et les fenêtres que se font l'aération et la ventilation naturelle. Les fenêtres, opposées entre elles, s'ouvrent toujours par le haut et permettent tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, une aération régulière, suivant la direction du vent.

Le chauffage se fait exclusivement par des poêles placés dans les salles, poêles au charbon ou au bois suivant la région.

L'éclairage le plus souvent utilisé est le gaz avec lampes veilleuses : l'usage du bec Auer se répand de plus en plus.

L'alimentation des malades est assurée par des achats journaliers faits sur place : c'est le régime de l'ordinaire appliqué aux hôpitaux. Les principales denrées sont fournies par adjudication.

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