ARSENAUX. — ATELIERS
Jtieiisement les conditions dans lesquelles doivent se faire ces visites médicales ; les médecins de la marine chargés de ce service y apportent le plus grand soin, car c'est de son bon fonctionnement que dépendra la valeur hygiénique du personnel ouvrier, comportant le minimum de déchet par maladie et le maximum de rendement pour chaque travailleur.
Nous allons examiner les conditions de ce recrutement ; nous verrons ensuite quelles sont la morbidité et la mortalité des arsenaux, puis dans quelle mesure l'hygiène peut intervenir pour diminuer encore cette morbidité et améliorer les conditions de travail des ouvriers.
Visites médicales. — Tout ouvrier agréé par un chef de service de l'arsenal est adressé au médecin-major de cet établissement, qui constate et, après visite, certifie, s'il y a lieu, que le sujet est sain et qu'il remplit toutes les conditions physiques exigées pour le service militaire et par les règlements en vigueur pour le service des arsenaux. La visite médicale passée par le médecin-major est indépendante de toute autre visite, notamment des décisions des conseils de revision. Ainsi un homme réformé ou classé dans les services auxiliaires par les conseils de revision peut être reçu comme ouvrier de spécialité, s'il est jugé actuellement bon par le médecin delà marine, et inversement un homme sortant du service militaire peut être, malgré cela, éliminé, si le médecin de la marine le refuse.
L'ordre ministériel de se rapporter dans ces examens à l'instruction sur l'aptitude physique au service militaire n'est donné que pour fournir au médecin une base d'appréciation, et la marine reste absolument libre de ses décisions; la vie de plein air, la vie d'exercice du soldat n'est pas comparable en effet à la vie ordinairement confinée des ouvriers, et en admettant ou maintenant un agent avec qui elle prend au moins un engagement moral à longue échéance, l'administration a le devoir de se préoccuper de l'aggravation possible de certaines infirmités.
Contre-visites. — Chaque ouvrier est soumis au bout de deux mois de présence sur les travauxàune contre-visite, etce n'est qu'après cette double constatation qu'il est définitivement admis. Les instructions au sujet de cette contre-visite sont très sévères. A la visite précédant l'admission, le médecin peut, s'il n'est pas suffisamment éclairé sur la constitution du sujet, remettre sa décision à un examen ultérieur. Si, malgré l'emploi des moyens d'investigation en usage, il reste un doute dans son esprit, il doit conclure à la non-admission provisoire. En aucun cas, l'admission même provisoire ne peut être prononcée si le candidat ne remplit pas manifestement à la première visite les conditions requises par les règlements. Les contre-visites ont pour but d'éliminer des ouvriers qui, après avoir paru, à la première visite, remplir les conditions physiques exigées, n'auraient dû leur admission qu'à une appréciation trop favorable.
Lorsque le sujet à examiner a déjà été admis à une première visite, le médecin doit, avant de se prononcer pour l'admission définitive, se reporter aux certificats de visite antérieurs, et, en cas de séjour à Fhôpital, consulter les feuilles de clinique de l'intéressé. Au besoin ce dernier pourra être envoyé en observation à l'hôpital, soit pour un examen bactériologique, soit pour un examen clinique spécial, examen des yeux, du nez, des oreilles, etc.
Tout ouvrier ou apprenti qui, au moment des visites, ne remplit pas les conditions exigées doit être immédiatement congédié.
Une dépêche ministérielle de 1901 indique dans quelles conditions les médecins visiteurs peuvent appliquer et modifier l'instruction sur l'aptitude physique au service militaire. C'est ainsi que, pour la faiblesse de constitution, il n'y a pas lieu de s'en rapporter au rapport du périmètre thoracique à la taille ; cette donnée conduit trop fréquemment à des éliminations non justifiées ; on s'en tient à l'appréciation du médecin, qui base son avis sur l'état général de l'homme après examen minutieux de tous les organes.
De même pour la vue, il n'y a pas lieu d'appliquer aux ouvriers l'instruction pour le service militaire qui exige une acuité visuelle monoculaire au moins égale à la moitié, l'acuité visuelle binoculaire ne devant descendre ni pour l'œil droit ni pour l'œil gauche au-dessous de un dixième : il est incontestabte que pour des ouvriers travaillant au milieu des machines ou sur des échafaudages, ce qui importe le plus, c'est une bonne vision binoculaire, qui seule donne la sensation du relief des objets et une notion exacte de leur distance relative.
Pour la myopie, on est obligé de s'en tenir à la limite de 6 dioptries, parce que l'on sait que les myopies fortes ne marchent pas sans lésions du fond de l'œil et menacent constamment de s'aggraver.
La limite détaille est pour les ouvriers de lm, 52 et pour les apprentis de lm, 40 à quatorze ans, lm,41 à quatorze ans trois mois, lm,42 à quatorze ans six mois, et ainsi de suite en suivant une progression de 1 centimètre par trois moisjusqu'à dix-sept ans, où ils doivent avoir lm, 52 ; c'est l'âge auquel ils passent ouvriers.
Par contre, certaines infirmités qui n'entraînent l'exemption du service militaire que lorsqu'elles sont bien marquées, comme les varices du membre inférieur, seront un motif de refus quand elles seront visibles chez un candidat : c'est qu'en effet les varices ne peuvent que s'aggraver à la longue jusqu'à occasionner l'invalidité absolue, du fait de la station debout habituelle aux ouvriers.
Vaccine. — Tous les ouvriers nouvellement admis sont vaccinés dans l'année : cette vaccination est obligatoire ; aussi une circulaire du 29 novembre 1897 alloue aux agents du personnel ouvrier qui, par suite d'une vaccination subie par ordre, se trouvent dans l'incapacité de travailler régulièrement constatée, les trois quarts de leur salaire journalier pendant la durée de leur exemption de service.