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Thaitiî d'hyi
"2V2 frUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.
La réglementation que nous venons de passer en revue a comme principal objectif d'assurer aux marins du commerce malades ou blessés les soins que comporte leur état, mais elle ne vise pas suffisamment les précautions hygiéniques qu'il est cependant indispensable de prescrire d'une façon absolue dans l'intérêt des équipages embarqués.
Il est certes malaisé, sans porter atteinte à la liberté des compagnies de navigation et des armateurs, voire même à la liberté individuelle, d'édicter des règles trop strictes et trop sévères: mais il est cependant permis de formuler des desiderata, ne serait-ce qu'en raison de cette considération que la marine militaire se recrute en partie dans la marine marchande et que la défense nationale se trouve par suite intéressée au maintien de la bonne santé des inscrits que l'État conserve sous sa tutelle.
Les compagnies de navigation et les armateurs demeurent libres de fixer les effectifs à embarquer; il leur est imposé seulement un nombre déterminé de marins de spécialités suivant le tonnage du navire et suivant que ce navire est à voiles ou à vapeur; il en résulte que, par mesure d'économie, il peut être attribué à un bâtiment un nombre trop restreint de matelots, strictement suffisant pour assurer la manœuvre, mais à condition que la navigation s'effectue dans des conditions absolument normales et qu'il ne se produise pas trop d'invalidités à bord.
D'un autre côté, en raison de la latitude qui leur est laissée pour la composition et le choix de leurs équipages, les compagnies et les armateurs ne sont nullement tenus à n'enrôler que des hommes en parfaite santé, capables de supporter les fatigues de la campagne à entreprendre. Aucune visite médicale préalable n'est imposée, et, de la sorte, peuvent prendre place à bord des chétifs, des malingres, des prétuberculeux, voire même des tuberculeux, devenant rapidement malades, pouvant de plus devenir contagieux, et qui, incapables de faire un service actif, font retomber sur les autres un surcroît de travail, les exposant ainsi à un véritable surmenage.
Il est bien recommandé aux capitaines, dans les instructions médicales qui leur sont délivrées en même temps que les coffres à médicaments, de former, autant que possible, leurs équipages d'hommes sains et robustes: mais ce sont là de simples conseils auxquels ils ne sont pas rigoureusement astreints à se conformer.
Au point de vue de l'alimentation, il est simplement prescrit que la ration alimentaire concédée aux marins naviguant à bord des navires de commerce doit être au moins équivalente à celle des marins de l'État. Abord des paquebots et des grands navires, cette clause est toujours observée, mais il n'en est pas absolument ainsi à bord de certains bâtiments de plus petit tonnage: si la ration y est strictement suffisante, le régime alimentaire pèche tout au moins
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par le manque de variété et par le défaut de préparation. Toutes précautions ne sont pas non plus toujours prises pour la distribution et l'approvisionnement de l'eau potable, non plus que pour la conservation des denrées alimentaires.
Quelques mesures ont été édictées relativement à l'abus des boissons spirilueuses : les approvisionnements particuliers sont formellement interdits : non seulement rembarquement des spiritueux est défendu, mais môme celui des fûts vides, qui pourraient être destinés à en contenir par suite d'achats opérés à l'étranger ; une surveillance est exercée à cet effet, mais trop nombreuses sont les infractions commises.
Il reste encore beaucoup à faire pour ce qui concerne le couchage des marins du commerce : les couchettes laissent souvent beaucoup à désirer ; les hommes apportent par ailleurs généralement à bord leurs matelas et couvertures, matériel trop fréquemment rudimentaire et qui devrait être plus surveillé, aussi bien dans l'intérêt particulier que dans l'intérêt général, des contaminations étant possibles dans certains cas.
Quant aux vêtements, il serait indispensable que Ton pût s'assurer et même exiger que les hommes embarqués en sont suffisamment pourvus ainsi que de linge de corps, de façon à pouvoir en changer pendant le cours de la campagne; il faudrait de plus que ces vêtements fussent appropriés à la nature de la campagne elle-même, et que, à bord de tous les bâtiments, un local spécial fût prévu pour les loger de façon à en assurer la préservation.
Si un navire de commerce ne peut être installé dans les mêmes conditions qu'un navire de guerre, il y a lieu, par cela seul que la surveillance y est plus difficile, d'insister sur toutes les améliorations qui peuvent y être apportées, et de les rendre obligatoires, dans une certaine limite. Ces améliorations doivent viser les aménagements u navire lui-même et concerner tous les détails de l'existence à bord.
Les commissions de visite pourraient apporter un concours efficace et précieux pour la réalisation des progrès désirables à tous égards ,' mais encore faudrait-il que ces commissions fussent constituées de telle sorte que les membres qui les composent demeurassent tout à fait libres vis-à-vis des compagnies de navigation et des armateurs, ce qui n'existe pas actuellement. Il faudrait aussi que ces commissions, dont le contrôle s'exerce uniquement avant le départ, fussent autorisées à s'assurer, au retour de la campagne, que les règles d'hygiène ont été suffisamment observées. L'article 2 du règlement général de police sanitaire maritime du i janvier 1890 prescrit que des mesures de précaution peuvent toujours être prises contre un navire dont les conditions hygiéniques sont jugées dangereuses par l'autorité sanitaire maritime; cette autorité doit donc être représentée dans les
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commissions, et être appelée à porter partout ses investigations, sans négliger aucun détail. Il ne suffit pas de constater que la sécurité de la navigation paraît assurée, que les approvisionnements de tous genres sont complets, que les denrées alimentaires sont de bonne qualité, il faut encore que le navire soit habitable pour ceux qui sont appelés à y vivre, et si, à la fin de la traversée, des infractions à Thygiène ayant entraîné des mécomptes sont signalées et dûment constatées, des pénalités devraient être imposées aux capitaines, aux compagnies de navigation ou aux armateurs qui n'auraient pas pris les précautions suffisantes pour obvier à ces infractions.