II. — PÊCHE COTIÈRE
Les limites de la pêche côtière ne sont point fixées au large; aussi ce genre de navigation serait-il susceptible de quelques subdivisions
PECHE GOTIERE. ÎO— 265
suivant la durée de l'absence des marins qui s'y livrent. Celle pèche comprend celle des poissons frais sans salaison à bord, telle que celles de la sardine et du sprat, qui se pratique au printemps et à l'automne sur les côtes occidentales et méridionales de France et à l'aide de filets flottants, celle des poissons divers qui alimentent journellement les marchés et ne font pas l'objet d'une exploitation exclusive; celle des huîtres, et même celle du corail, à laquelle se consacrent sur les côtes d'Algérie et de Tunisie mille huit cents à deux mille hommes, et qui s'effectue soit à l'aide du scaphandre, soit à l'aide d'appareils spéciaux, croix de bois lestées et munies à leurs extrémités de paquets de fils de fer analogues à des fauberts et destinés à s'accrocher aux polypiers, qui sont alors ramenés à bord.
La pèche du maquereau sur les côtes de Bretagne, dans la Manche et la mer du Nord, celle du hareng, celle du thon dans le golfe de Gascogne, exigeant parfois des séjours assez prolongés à la mer, confinent, par certains côtés, aux grandes pêches : les bâtiments qui y sont affectés sont armés par des armateurs et approvisionnés en raison de la durée de ces séjours ; il n'en est pas de même des chaloupes de pêche exerçant au jour le jour l'industrie qui apporte un appoint si varié à l'alimentation.
L'hygiène ne peut se montrer trop exigeante pour ces dernières. La profession est rude pour ces hommes, qui, en toutes saisons, de jour et de nuit, vivent en plein air et en pleine mer, exposés à toutes les intempéries, au soleil en été, aux coups de vent et au froid en hiver, insuffisamment nourris, dormant mal, trop portés en outre à abuser, dans le but de se soutenir, des boissons alcooliques, et à bord, et à terre lorsqu'ils viennent déposer sur les quais le produit de leur travail. Pendant leurs courtes périodes de repos, et dans les relâches, ils sont en général fort mal logés, et quiconque a pu observer, sur les côtes bretonnes en particulier, l'existence misérable de ces malheureux voués à d'incessantes fatigues, privés de toutes ressources, lorsque les migrations des poissons, comme la sardine, rendent la pêche infructueuse et entraînent des chômages forcés, se sent pris, à leur endroit, d'une pitié profonde. La charité publique et privée a dû maintes fois leur venir en aide ; on se préoccupe des moyens propres à empêcher le retour de pareilles calamités, soit en protégeant les fonds sur lesquelles se dépose le frai, soit en prohibant les engins destructeurs, soit en faisant la chasse des marsouins ou des poissons susceptibles de disperser ou d'effrayer la sardine et qu'il serait peut-être possible d'exploiter dans un but commercial, ce qui inciterait à les poursuivie : mais, telle qu'elle est actuellement la situation de ces petits pêcheurs, obligés d'ailleurs de recourir trop souvent à des intermédiaires pour écouler leurs produits, et perdant ainsi une partie de leurs bénéfices, est digne du plus grand intérêt.
266 DUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.
Il ne semble guère possible «rapporter un amendement à leur genre d'existence abord, de s'opposer à rembarquement de boissons spiritueuses considérées par eux comme indispensables; et il faut attendre de l'avenir les améliorations que semblent seules pouvoir réaliser la transformation de ce genre d'industrie et la diffusion de l'enseignement.
En mentionnant la pêche au corail, nous avons noté l'emploi du scaphandre ; des accidents de décompression peuvent se produire à l'occasion de la manœuvre de cet appareil et se sont quelquefois manifestés. Ce genre de pêche peut, dans ces conditions, ne pas être sans danger pour des hommes présentant quelques tares du côté des organes respiratoires ou du côté du cœur : aucune surveillance ne semble cependant être exercée à cet effet.
A la pêche au thon du golfe de Gascogne est affectée une flottille de plus de deux mille bateaux armés à Lorient, à la Rochelle, aux Sables-d'Olonne, aux îles d'Yeu et de Groix. Ces bateaux sont des dundees munis de deux mâts ou des sloops, cotres à un mat; chacun d'eux reçoit cinq hommes d'équipage : la profondeur du dundee est de 2m,50 à 3 mètres, il est ponté de bout en bout: le sloop a des dimensions plus restreintes. A chaque homme embarqué est attribuée une cabine ; la couchette comporte une paillasse et des couvertures. La durée d'absence de ces bâtiments est variable suivant la capture du poisson; elle est de trois à quinze ou vingt jours : clans ce dernier cas, du reste, il est établi un va-et-vient pour ramener chaque jour le poisson à terre par l'intermédiaire d'un navire spécial qui se charge des thons suspendus au fur et à mesure à l'aide d'espars sur le pont des bateaux pêcheurs séjournant eux-mêmes à la mer pendant tout le temps que la pêche est fructueuse. La cuisine est faite à bord par un mousse âgé de douze à quinze ans, et l'alimentation assez variée consiste en thon préparé sous toutes les formes, viande emportée au départ, pain qui est ensuite remplacé par du biscuit; l'eau potable est logée dans des barils en bois; il n'en est guère distribué pour la toilette des hommes, qui se servent plutôt d'eau salée pour leurs ablutions; l'approvisionnement de cette eau douce se fait à terre, aux sources où s'approvisionne elle-même la population du continent ou des îles dont dépendent les bâtiments ; la quantité d'alcool consommé est approximativement de 228 litres pour la saison de pèche, qui dure de cinq à six mois, ce qui représente environ 01U,25 par jour et par homme; mais il y a lieu de tenir compte des approvisionnements particuliers.
Les équipages, généralement jeunes, supportent vaillamment les fatigues qui leur sont imposées, et, d'après les renseignements obtenus, les ras de maladie sont pour ainsi dire exceptionnels. Etant donnée la faiblesse de leurs effectifs, il ne semble pas d'ailleurs qu'ils puissent disposer de grands moyens d'assistance.