MATERIAUX DE CONSTRUCTION DES NAVIRES
Nous avons intentionnellement rejeté à la fin de cette étude l'examen des divers éléments rentrant dans la composition du navire et pouvant intéresser l'hygiène.
Si un certain nombre de bâtiments du commerce sont actuellement construits en fer ou en acier, tels les paquebots et les longs courriers, il en est encore beaucoup qui sont construits exclusivement en bois. A côté d'avantages incontestables, le métal offre des inconvénients : l'humidité s'y condense plus facilement, et le chauffage, non employé partout, ne suffit pas toujours pour la combattre : les couchettes devraient, pour cette raison, être garanties obligatoirement de la coque métallique par un revêtement en bois. En outre, le métal s'échauffe rapidement, et les navires de commerce ne possèdent pasr dans tous les cas, les rideaux de carène si utilement employés à bord des navires de guerre ; de plus, le fer absorbe l'oxygène de l'air; mais, sur les bâtiments de commerce, il n'existe guère, comme sur les bâtiments de guerre, d'espaces clos d'aération difficile, où il y ait lieu de redouter une anoxhémie imputable à cette cause; enfin il est très sonore.
Quelle que soit la nature de la coque et de ses parties essentielles r le bois entre toujours pour une large part dans la construction et les aménagements du navire de commerce. A bord des paquebots, les ponts sont en bois de teck dur, résistant, incorruptible et ne se fendant pas au soleil; sur d'autres navires, ils sont en chêne, en pin
310 DUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.
ou en sapin : le premier résiste bien aux parasites animaux et ne fermente guère : mais, comme les derniers, il conserve l'humidité ; les joints sont calfatés à l'étoupe, parfois mais non toujours recouverte de brai ; lorsque cette précaution n'est pas prise, cette étoupe est susceptible de subir elle-même des fermentations, surtout lorsque les parquets humides sont imprégnés de détritus de toutes sortes, comme cela a lieu dans les postes de l'équipage des bateaux pécheurs.
A part le fer et le bois, les autres matériaux entrant dans la composition du navire ne donnent pas lieu à des considérations importantes relativement à l'hygiène; en dehors des machines, le cuivre est plutôt employé pour l'ornementation; le plomb et rétain sont en proportions minimes, et, si quelques cas d'intoxication saturnine ont été notés à bord des navires de commerce, il faut plutôt en incriminer le matériel de cuisine et l'emploi des conserves.
A bord des paquebots, les peintures sont lavables, laquées: le blanc de zinc s'est substitué presque complètement au blanc de céruse, et le plomb ne s'emploie guère qu'à l'état de minium pour les joints de la machine, et de peinture pour recouvrir les pièces métalliques : ces produits peuvent être nuisibles pour ceux qui les appliquent, mais ne le sont guère pour l'équipage même du navire. Sur les navires de moindre importance, et en particulier sur les bateaux pêcheurs, les parois des portes sont recouvertes d'un badigeonnage à la chaux, qui serait parfait s'il était plus fréquemment renouvelé, car il disparait rapidement.
Sur les navires de guerre, la voilure n'existe plus, à proprement parler, et l'antique filin n'a plus que des usages restreints et très limités ; sur les navires de commerce, il n'en est pas de même : les longs courriers et les bateaux pêcheurs sont abondamment pourvus de matières textiles, voiles fabriquées avec du lin, du chanvre, du phormium tenax, cordages de toutes dimensions; sur les grands navires, la mature est métallique: beaucoup de manœuvres sont des filins d'acier: mais, là comme sur ceux de plus petit tonnage, des voiles déchirées dans un grain sont parfois remises en soute étant encore humides, s'aigrissent et dégagent alors des odeurs nauséabondes. Ces émanations s'ajoutent à celles qui peuvent provenir des détritus animaux entraînés par les chaînes de l'ancre reposant sur des fonds vaseux, lorsque Ton ne prend pas le soin de lavera la lance ces chaînes avant de les rentrer à bord, et contribuent avec celles de la cale, non toujours soigneusement purgée et assainie sur les petits navires, à altérer l'atmosphère intérieure de ces bâtiments insuffisamment ventilés.
Nous devons encore tenir compte des matières grasses et oléonaphtes, étendues sur les parties métalliques des machines des bateaux à vapeur, et des risques d'incendie pouvant résulter de la combustion spontanée des étoupes ou chiffons employés pour cette opération; plusieurs sinistres se sont produits de la sorte.
CHARGEMENTS. ÎO— 311