ALIMENTATION EN EAU DES VILLAGES ET DES HABITATIONS RURALES
BESOINS EN EAU. — Toute habitation rurale, qu'elle soit dans un village ou qu'elle soit isolée, a besoin d'eau. Il faut en premier lieu de l'eau potable pour les hommes et les animaux domestiques. Pour l'homme, il faut compter 2 litres par jour et par tête pour la boisson, 2 à 4 litres pour la cuisson des aliments, une vingtaine de litres pour les soins de propre té corporelle (souvent très négligés par les paysans), une douzaine de litres pour le nettoyage de la maison ou des ustensiles et autant pour le lavage du linge et des vêtements, soit au total environ 50 litres par personne; pour les animaux, on compte de 30 à 50 litres par jour et par cheval, bœuf ou vache, et de 8 à 15 litres par veau, porc, mouton, chèvre, etc. Toute cette eau doit être d'une pureté irréprochable. On est souvent moins difficile pour les animaux que pour l'homme, mais on n'oubliera pas que le bétail peut souffrir de la mauvaise qualité de l'eau et que le cheval notamment peut contracter la fièvre typhoïde.
En second lieu, il est d'autres besoins pouvant être satisfaits avec une eau moins pure : c'est l'arrosage des cours et des jardins, l'irrigation des champs avoisinant la maison, le lavage des voitures, des tonneaux, etc., l'alimentation des cabinets d'aisances et urinoirs à effet d'eau (s'il y en a), la baignade des chevaux (aiguayoirs ou gués communaux et particuliers), les pièces d'eau des parcs, le service d'incendie, enfin dans les villages l'arrosage des rues et le nettoyage des égouts et caniveaux. Ces besoins sont très variables suivant les habitations et les localités, et un certain nombre peuvent être satisfaits directement par puisage dans les cours d'eau, lacs ou étangs voisins. Très souvent aussi le lavage du linge se fait dans les rivières et ruisseaux : cela peut se tolérer si le cours d'eau est peu souillé (bien entendu, on ne peut admettre pareille pratique pour l'eau de boisson, à moins de la purifier artificiellement).
Dans la suite, nous appellerons eau de première catégorie celle qui correspond aux besoins du premier groupe ci-dessus, c'est-à-dire qui a besoin d'être pure (exempte de tout microbe pathogène el de toute substance nuisible), et eau de deuxième catégorie celle qui correspond au deuxième groupe.
Ressources disponibles. — Comme on le sait, toute l'eau dune
ED. IMBEAUX ET E. ROLAISTS.
HYGIENE RURALE
région provient des précipitations de la vapeur d'eau atmosphérique (pluie, neige, rosée). L'eau sera donc d'autant plus abondante dans une région que la hauteur de pluie annuelle sera plus élevée (toutefois il faut tenir compte de la répartition de la pluie entre les saisonsr de sa fréquence, de l'intensité corrélative de l'évaporation, etc.). Oi\
Fig. 19. — Hauteur moyenne de la pluie annuelle en France (d'après M. Angot).
suivant la loi de Dausse, la pluie augmente avec l'altitude, et il résulte de ce simple fait que les régions montagneuses sont les mieux arrosées^); aussi sont-elles, même indépendamment du phénomène de la fonte des neiges et glaciers, l'origine de nombreux cours d'eau et le théâtre de nombreuses sources, et le problème de l'alimentation en eau y sera-t-il facilement résolu.
(1) Malheureusement, si les montagnes sont dénudées, l'effet de la pente très forte des versants contre-balance, au point de vue de l'alimentation des sources, la plus grande quantité de pluie : le ruissellement est en effet très intense et soustrait vite une grande partie de l'eau tombée à l'infiltration. C'est pourquoi les sources et les cours d'eau ont tout à gagner en constance et en régularité au reboisement et gazonnement des montagnes : les arbres, le gazon, la litière forestière retiennent une forte proportion de pluie, dont le sol s'imbibe lentement.
La figure 19 montre la répartition de la pluie annuelle en France, et on peut voir que cette carte traduit presque une carte hypsométrique.
Quoi qu'il en soit, l'eau de pluie peut être recueillie par l'homme soit aussitôt après sa chute, soit après qu'elle a ruisselé dans les ruisseaux et rivières, soit enfin après qu'elle s'est infiltrée dans le sol. En d'autres termes, on s'adressera ou à la pluie elle-même, ou aux eaux de surface, ou aux eaux souterraines : une partie de ces dernières reviennent d'ailleurs au jour sous forme de sources et peuvent être utilement captées à ce moment même où elles cesseraient d'être souterraines.
Les caractères de ces trois sortes d'eaux sont différents. L'eau de pluie est fade, peu aérée, peu digestive : pure au moment de sa chute, elle se contamine bien vite au contact des surfaces sur lesquelles elle tombe, et elle devient dès lors très difficile à conserver ; enfin il faut la recueillir sur de grandes étendues pour avoir un sérieux approvisionnement. — Les eaux de surface sont généralement abondantes : mais, comme elles «ont ruisselé et entraîné de nombreuxgermes suspects, elles ne peuvent servir à la boisson sans une purification préalable : elles sont en outre souvent troubles, trop chaudes en été et trop froides en hiver, bref peu appétissantes pour l'homme. — Les eaux de sources et de nappes souterraines sont au contraire presque toujours claires, fraîches et agréables ; elles ne sont pas toutes d'une pureté assurée ; enfin, soit par suite de leur diminution dans les sécheresses, soit par suite de la grande difficulté d'extraction des eaux profondes, on peut dire qu'elles sont plutôt rares et coûteuses à conquérir.
Les ressources que présentent une région, le territoire d'une commune, le voisinage d'une habitation, en ces trois sortes d'eaux sont très variables : on trouve tous les degrés depuis l'extrême pénurie jusqu'à l'abondance la plus large. Un village, une ferme, une maison isolée peuvent être situés sur un plateau (par exemple d'un calcaire épais et fissuré en grand) ou dans une plaine n'ayant ni cours d'eau, ni nappes souterraines accessibles : il faut alors se contenter de la pluie et la recueillir sur toutes les surfaces possibles, voire même créer des impluviums spéciaux, heureux si un climat désertique ne rend pas les précipitations trop rares et trop maigres Au contraire, dans d'autres cas, la nappe souterraine alimente facilement puits ou drainages, ou bien le voisinage d'une belle source, souvent même d'une ligne de sources donne à bon marché toute satisfaction aux besoins, ou enfin une belle rivière esta proximité pour suppléer à l'insuffisance des eaux souterraines.
On conçoit donc que la solution du problème de l'alimentation en ■eau à la campagne dépende des circonstances et soit, comme pour les villes du reste, extrêmement différente suivant les cas. Mais, alors que les villes peuvent faire, grâce à leur richesse, de grands efforts
54 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.
soit pour aller chercher l'eau au loin ou à grande profondeur, soit pour créer des installations puissantes d'épuration ou de relèvement, le plus souvent à la campagne, on ne peut compter que sur de faibles sacrifices pécuniaires : or il faut proportionner les travaux aux ressources en argent et s'en tenir à une solution qui ne soit pas plus coûteuse que ne le permettent les intérêts à satisfaire.
Nous distinguerons deux cas : celui où ces intérêts sont complètement abandonnés à eux-mêmes, comme cela arrive pour les maisons isolées, fermes champêtres, châteaux, villas pour les hameaux, et pour les maisons de certains villages, où l'administration communale néglige totalement de s'occuper de l'alimentation en eau ; en second lieu, celui où ces intérêts se groupent, ainsi qu'il arrive quand un bourg ou un village fait une adduction d'eau pour desservir ses habitants, et quand plusieurs centres habités s'associent pour une œuvre commune du même genre.