‹ Traité d'hygiène (volume 4)Chapitre 12 sur 49 · I. — ALIMENTATION DES HABITATIONS ISOLÉES; HAMEAUX · texte numérisé non relu

I. — ALIMENTATION DES HABITATIONS ISOLÉES; HAMEAUX

Lorsqu'une maison (ou un petit groupe de maisons) est isolée et que ses habitants ne doivent compter que sur eux-mêmes, il est clair qu'on ne peut s'adresser qu'aux ressources situées dans un voisinage immédiat, dans un rayon de quelques centaines de mètres, d'un kilomètre tout au plus. Une adduction d'eau coûtant, avec des tuyaux aussi bon marché et aussi réduits que possible, un minimum de 3000 à 4 000 francs par kilomètre, on ne pourrait envisager une dépense supérieure à ce chiffre que s'il s'agissait d'un château luxueux, d'une ferme très importante, d'une usine, etc. ; pour la simple maison du paysan ou de l'ouvrier, il ne faut pas dépasser quelques centaines de francs, c'est-à-dire le coût de l'adduction d'une source très voisine, de l'installation d'un puits et d'une pompe, dune citerne.

Le bilan des ressources qu'on peut trouver dans un espace si restreint est vite dressé. S'il n'y a pas de source à dériver, il faudra faire quelques travaux de sondage pour reconnaître les eaux souterraines et savoir si elles pourront alimenter des puits ou des drainages : généralement l'essai n'est autre que le fonçage même d'un puits ou le forage qui doit donner l'eau, en sorte que les procédés de recherche se confondent avec ceux de captage, qui seront décrits plus loin. Il va sans dire que la connaissance géologique du terrain est de première utilité pour faire prévoir la situation de la nappe phréatique et celle des nappes plus profondes, par conséquent le résultat des travaux à entreprendre; on se reporteia pour ce sujet à ce qu'ont écrit de Launay et Martel (1). Il est clair aussi que l'exemple des puits, forages ou drainages qui ont pu être faits dans le voisinage sera

(I) Voy. De Launay, Martel, Ogièr, et Boisjean, Le Sol et l'Eau, fascicule II du Traité d'hygiène, de Brouardel, Chantemesse et Mosny.

un excellent guide, et qu'il ne faudra jamais en négliger l'étude.

Quant aux eaux de surface, si Ton est forcé d'y recourir, on saura de suite à quelle rivière, à quel ruisseau, lac ou étang, s'adresser ; mais il ne faudra pas oublier que Ton n'a pas ainsi d'eau pure et qu'on devra la traiter artificiellement pour en faire de l'eau potable. C'est là une grosse sujétion et un danger, car il faut reconnaître que les appareils de filtration ou de stérilisation sont bien mal placés entre les mains des campagnards. Aussi est-ce l'usage de l'eau souterraine qui est de beaucoup le plus général et le plus recommandable à la campagne pour l'eau potable : il convient de s'en procurer toutes les fois que c'est possible, ne serait-ce qu'en petite quantité (quelques litres par tête et par jour peuvent suffire à la rigueur) et ne prendre les eaux de surface que comme appoint destiné aux autres usages.

Enfin, si ces ressources manquent tout à fait ou restent insuffisantes, il faudra recueillir l'eau de pluie et la conserver : c'est la solution des citernes.

Nous allons passer en revue tous les moyens de se procurer ces trois sortes d'eaux ; mais il reste bien entendu qu'avant de les mettre en œuvre on doit être certain de la bonne qualité de l'eau à utiliser. L'expertise détaillée de l'eau au quadruple point de vue physique, chimique, biologique et bactériologique a fait l'objet de la seconde moitié du fascicule II (1) : on voudra bien s'y reporter. Ce n'est pas à dire cependant qu'on doive se croire obligé de ne toucher à une source ou à un puits qu'après une ou plusieurs analyses. A la campagne, on est loin d'être toujours outillé pour cela. A notre avis, l'important est de s'assurer que la source et le puits ne sont pas contaminés ou sujets à l'être facilement, que leurs abords immédiats sont vierges de toute souillure, qu'en un mot l'eau est prise à l'état de nature, sans avoir subi l'influence néfaste du voisinage de l'homme ou des animaux. Nous signalerons à chaque occasion la protection dont on doit entourer les eaux utilisées : Martel en a déjà parlé au fascicule II (Mesures légales de protection des eaux potables).

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