II. - EAUX DE SURFACE
Si, en y veillant avec un soin jaloux, on peut à la rigueur empêcher les germes pathogènes d'accéder à une citerne, il est à peu près impossible de le faire pour un cours d'eau, un lac, un étang : les eaux courantes ou stagnantes, dont le public peut approcher et auxquelles se mêlent presque immanquablement des eaux usées, sont donc toujours souillées et doivent être envisagées comme telles. C'est dire que, si on doit recourir à de telles eaux pour la boisson, la filtration ou la stérilisation s'imposent. Dans les pauvres maisons, où on ne peut installer un appareil ad hoc, toujours assez coûteux, l'ébullition devra être une règle absolue.
La prise d'eau dans une rivière ou dans un étang voisin de l'habitation est généralement des plus faciles. Si le niveau le permet, une simple conduite en tuyaux de grès, de fonte ou de plomb, ou un petit aqueduc en maçonnerie, partant d'un point situé à l'amont, peut amener l'eau par gravité ; en cas contraire, une pompe ou machine élévatoire quelconque, mue par l'homme, par un manège à chevaux, par un moulin à vent, enfin, pour les grandes installations, par un moteur mécanique (vapeur, gaz pauvre, électricité), relèvera le volume demandé jusqu'à la hauteur convenable. Comme pour l'élévation des eaux souterraines, on choisira bien entendu un genre de moteur se combinant avec la force motrice dont on dispose (chevaux dans une ferme, vapeur ou électricité dans une usine, etc.).
Il faut apporter toute son attention sur l'endroit même de la prise. Ainsi, pour une rivière, on veillera à ce qu'il n'y ait pas dans le voisinage (au moins immédiat) des déversements d'eaux résiduaires ou souillées, et on se placera nettement à l'amont de ceux qui seraient reconnus et qu'on ne pourrait détourner ; on aura soin d'aller jus-
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HYGIENE RURALE
qu'en plein courant et à une profondeur aussi grande que possible, suffisante pour être en tout cas en dessous des plus basses eaux ; inversement, il faudra défendre parfois la prise contre les crues, qui pourraient la détruire ou l'envaser. Parfois ces difficultés sont sérieuses, et il y a alors grand intérêt à faire la prise sous le lit même de la rivière, soit, comme le montre la figure 25, au moyen d'un tuyau per-
Fig. 25. — Prise d'eau sous le lit d'un fleuve.
foré, soit, comme dans la figure 26, par une chambre spécialement aménagée. La figure 27 montre une chambre de ce genre aménagée
Conduite en Fonte
Chambre de prise d'eau
Fig. 26. — Autre prise d'eau sous le lit d'un fleuve.
pour donner une certaine filtration [filter-crib des Américains), qui a tout au moins l'avantage de donner de l'eau claire. On se rapproche, comme on le voit, des galeries filtrantes, et il est clair qu'au point de vue de la pureté de l'eau on aura intérêt, toutes les fois qu'on le pourra, à recourir plutôt à la nappe souterraine de la vallée qu'à la rivière même.
Si Ton a affaire à une rivière souvent boueuse ou à un ruisseau torrentiel, on devra prévoir, à l'aval de la prise, des bassins de décantation, où les boues et matériaux entraînés viendront se déposer, au lieu d'engorger la conduite et les appareils récepteurs. Pour un petit
volume, il sera facile de creuser des fosses en terre, revêtues d argile corroyée, où l'eau reste stagnante : si elle ne s y clarifie pas suffisamment par simple sédimentation, on pourra y ajouter un coagulant tel que le sulfate d'alumine, ou encore la chaux [et le sulfate
Basses eaux
Tuyau' ;'-'"l)l d'aspiration •''-'
Fig\ 27. — Chambre filtrante pour prise d'eau sous le lit d'un fleuve (filter-crib).
ferreux simultanément, dont on détermine les doses utiles expérimentalement (1). On peut aussi imaginer facilement des chambres de clarification (dégrossissage) remplies de galets dont l'eau traverse les interstices soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical; enfin on en arriverait à des appareils tels que les dégrossisseurs Puech, imaginés précisément pour l'usine de l'inventeur à Mazamet (2) ou tels que les clarificateurs industriels, filtrespresses, etc.
Enfin, pour une simple maison, on pourra recourir soit au clarificateur de ménage, par exemple celui du système Panafieu(fig. 28), — succession de bacs divisés chacun en deux compartiments inégaux par une cloison verticale n'allant pas jusqu'au fond, en sorte que l'eau se déverse d'un bassin dans la petite partie de l'autre et est obligée de passer sous la cloison pour entrer dans la grande partie, s'y déposer et gagner par déversement le bassin suivant, — soit aux anciennes fontaines filtrantes (filtres en grès, filtres à charbon et à sable, tels les filtres Ducommun et Fonvielle, à éponge de fer, comme le filtre
(1) On peut aussi arriver à prévoir ces doses d'après la composition de l'eau ; mais on comprend que nous ne puissions entrer ici dans les détails. Le lecteur que ce sujet intéresse pourra se reporter au Traité des distributions d'eau de Debauve et Imueaux (3y édit., t. I, p. 486).
(2) Voy. page 380, lasc. II.
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Fig. 28. — Clarificateur de ménage.
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Bishoff, etc.). Citons, comme pouvant encore rendre des services signalés, les trois types ci-dessous de tonneaux filtrants (fig. 29, 30 et 31 ), qui peuvent être installés très facilement. Dans le premier type, le tonneau est simple, mais l'eau traverse d abord, sous les petites cloches «, des éponges pressées qui arrêtent les grosses impuretés ; en dessous sont les couches de sable ou de charbon. La figure 30 représente le filtre qui a servi longtemps dans la marine : l'eau descendant de b dans c par le tube d remonte en se filtrant de bas en haut au travers des couches g et s'écoule de k par le robinet n.
Fig. 29. Fig. 30. Fig-. 31.
Fig. 29 à 31. — Tonneaux filtrants.
Fig. 29. — Tonneau filtrant; fig. 30. — Filtre de la marine; fig. 31. — Filtre Zéni.
Enfin la figure 31 montre le filtre Zéni, où il y a une première filtration de haut en bas par le tonneau médian et de bas en haut dans l'espace annulaire extérieur.
11 est bien entendu que la clarification obtenue avec des appareils de ce genre ne dispense enrien.de la filtration ou stérilisation : elle prépare seulement et facilite cette opération.
Si Ton prend l'eau à un lac ou à un étang, il faut veiller de même que la prise ne soit pas voisine de déversements nuisibles. Il conviendra de la descendre aussi profondément que possible, les couches profondes étant plus pures et d'une température plus constante : il a notamment été reconnu qu'à une profondeur de 15 mètres on n'a que de 13 à 14° quand l'eau de surface arrive à 1(J°.