ET FORAGES
1° SOURCES : CAPTAGE, ADDUCTION ET ÉLÉVATION. - Captage des sources. — L'homme a été de tout temps attiré par
les sources : c'est ainsi que le nomade va camper près d'elles et que Ihomme civilisé construit sa chaumière ou son château à proximité. Au moyen âge, les abbayes s'édifient presque toujours près dune belle émission d'eau, et de leur côté les paysans se groupent autour d'autres sources, en sorte que les villages jalonnent dans certaines régions les lignes d'eau naturelle. (Le fait est surtout évident là où une nappe affleure le long d'un coteau; on voit alors les villages s'aligner suivant l'affleurement qui fait ligne de sources). Malheureusement, il est arrivé trop souvent que l'homme, en s'installant près d'une source, n'a pas pris garde d'en conserver la pureté, et que les eaux ont été souillées par les déchets de la vie humaine ou animale : la plus grande attention doit être apportée désormais sur ce point.
Pour cette raison, il sera indiqué de construire la maison non dans le voisinage immédiat de la source, mais à quelque distance en contre-bas. Si la maison existe déjà et est contiguë à la source, on devra isoler la zone où passent les filets aqueux et y empêcher soigneusement tout dépôt d'immondices, tout écoulement d'eaux usées, etc.
Toute source utilisée devra être captée : cela veut dire qu'elle devra être mise en état, d'une part, de ne pouvoir être troublée ou polluée par des hommes ou des animaux; d'autre part, d'être isolée complètement de toute eau étrangère, eau de surface ou insuffisamment filtrée et surtout eau résiduaire quelconque. C'est lorsqu'elles sont voisines de la surface que les eaux sont exposées comme il vient d'être dit : c'est donc la dernière partie du trajet des filets aboutissant à la source qui devra être protégée soigneusement.
Pour capter une source, on aura dès lors : 1° à couvrir à son émergence le bassin qui la recueille et où on fera la prise d'eau; 2° à poursuivre, s'il y a lieu, par des ouvrages appropriés (tronçons de galeries, chambres souterraines, etc.) les venues d'eau à l'amont, dans toute la longueur où elles sont exposées à être détournées ou contaminées. En principe, les éboulis et les terrains inconsistants ou filtrant mal devront être traversés en aqueducs ou en tuyaux étanches, et on devra remonter si possible jusqu'à la source géologique, c'est-àdire jusqu'à l'émission d'eau à la sortie des terrains en place. Mais il faut reconnaître que l'application de ce principe entraînerait souvent très loin, c'est-à-dire à des travaux trop coûteux, et comme en définitive les eaux profondes ne sont polluées que si la surface et les premières couches du sol sont elles-mêmes le siège de souillures, il sera plus simple de protéger le sol dans un certain périmètre autour du bassin de captage.
Cette protection, après qu'on aura déterminé le périmètre à l'appliquer, consistera autant que possible à clore ce périmètre et, en tout cas, à empêcher les hommes et les animaux d'y passer, d'y camper
ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.
ou d'y parquer, etc. ; trop souvent des sources ont été contaminées et des épidémies se sont déclarées, parce que des nomades ou des ouvriers agricoles étaient venus s'installer près des sources et les avaient infectées de leursdéjections. Ensuite il nedevra, bien entendu, pas être apporté dans cette zone d'engrais d'origine animale : si l'on veut absolument y faire de la culture, il faudra se contenter d'engrais minéraux; mais il est tout indiqué de laisser la surface en prairie (sans y laisser pâturer les bêtes) ou en forêt.
La détermination du périmètre dangereux est parfois assez délicate et peut alors exiger l'intervention d'un géologue et une étude expérimentale du trajet des filets souterrains (fluorescéine;. Tout dépend de la nature du terrain : tandis que la traversée de quelques mètres de sable fin ou de quelques dizaines de mètres de graviers suffît à purifier l'eau, elle peut faire des kilomètres dans les fissures des roches calcaires ou autres sans arriver à une filtration parfaite. Nous ne pouvons entrer ici dans de plus grands détails; mais nous rappellerons encore que c'est presque toujours l'introduction directe d'eaux de ruissellement ou d'eaux résiduaires dans les bassins de captage qui est la cause de la pollution des sources : il faut donc faire autour de ces bassins des drains et des fossés qui écartent sûrement ces eaux étrangères.
Quant à la forme et à la construction desdits bassins, elles sont très variables, aussi bien que leurs dimensions, suivant les circon-
Fig. 32. — Chambre de captage dune source d'affleurement à flanc de coteau.
Fig. 33. — Détail de la crépine de prise d'eau.
stances, le débit, la nature des sources, etc. Ce sont des chambres, bouges ou réceptacles en maçonnerie, en béton ou en briques, coiffant en quelque sorte la source ou recevant les filets et les collectant. Les figures 32 et 33 montrent un type de captage pour une source affleurant à flanc de coteau ; la figure 35, une tour ronde avec calotte sphérique entourant une source filonienne ou une source d'émergence (craie fissurée au cas particulier). Le tuyau de départ et de prise vient plonger vers le bas de la chambre et doit être muni d'une
Coupe i/erticale
crépine (fïg:. 33) : s'il s'agit d'un tuyau d'aspiration, il devra comporter un clapet de pied (fïg. 34), afin d'empêcher la colonne liquide de redescendre. Si la source se trouble, il sera bon. d'avoir deux chambres successives et de ne faire partir la prise d'eau que de la seconde, afin d'avoir ainsi une certaine décantation. Enfin on doit trouver encore un orifice de trop-plein, une bonde de fond pour vider et nettoyer le bassin, et un moyen d'accès (porte avec escalier, trou d'homme avec échelle, etc.
Adduction. — L'eau captée, il faut l'amener à la maison, où elle sera employée. Pour cela,
)éparb
Tourbe Gravier et silex
Fig. 34. — Clapet de pied avec crépine Fig. 35. — Pavillon de captage d'une source de prise d'eau pour aspiration. d'émergence ou filonienne.
deux cas se présentent : ou bien le lieu d'emploi est en contre-bas de la source, et alors un tuyau ou un petit aqueduc suffirontà amener l'eau par gravité ; ou bien c'est le contraire, auquel cas il faudra élever mécaniquement. Dans les deux hypothèses, on devra exiger de la conduite d'être absolument étanche, faute de quoi elle pourrait soit perdre en route l'eau de la source, soit — ce qui est plus dangereux au point de vue hygiénique — capter des eaux étrangères, générale-t ment impures. Les joints du tuyau de conduite sont évidemmen
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des points faibles sous ce rapport et demandent à être faits soigneusement et bien surveillés.
Les tuyaux se font en bois, en poterie ou terre cuite (grès vernissé), en béton de ciment, en béton armé, en plomb, en fonte, en fer ou en acier : pour les petites conduites qui nous occupent ici, il ne peut guère être question d aqueducs proprement dits. Nous n'en parlerons donc pas, non plus que des tuyaux de fonte, que tout le monde connaît, de ceux d acier, de ciment ou de ciment armé : il en sera question tout au long dans le fascicule traitant des distributions d'eaux urbaines (1). Nous dirons quelques mots des tuyaux en bois, en grès et en plomb, qui sont d'un usage fréquent à la campagne.
Tuyaux en bois. — Les tuyaux enbois sont d'origine très ancienne : on n'a qu'à percer à la tarière un trou dans un tronc d'arbre, de préférence pin ou sapin, pour avoir un tube d'une certaine longueur, lequel, posé dans la terre, se conserve quelques années (de quatre ans dans les terrains secs à quinze ans dans les terrains humides). La difficulté
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Fig. 36. — Tuyaux en bois; A, anciens tuyaux: B, tuyaux américai
commence quand il faut mettre plusieurs tuyaux l'un au bout de l'autre pour faire des joints étanches : on y arrive soit en emboîtant les arbres convenablement taillés par un assemblage à leurs extrémités, soit en reliant les deux bouts juxtaposés par un anneau de fer muni de bords aiguspénétrantdanslebois(fig.36,A).AuxÉtats-Unis, onconstruitdes tuyaux de grand diamètre au moyen de douves emboîtées et cerclées
(1) Voy. fascicule XIV du Traité d'hygiène de Brouardei., Chantemesse et Mosny.
à la manière des tonneaux (fîg. 36, B), et on faitde grandes longueurs de conduitesde la sorte, avec toutes les pièces de raccord voulues (1) : il est vrai que les bois employés sont des bois durs et lisses, qu'on ne trouve pas en France.
Tuyaux de grès. — Les tuyaux de grès cérame, vernissé, qui rendent de si grands services pour l'évacuation des eaux usées, peuvent aussi être utilisés à la campagne pour les eaux potables, à condition que la pression reste faible (moins de 1 ou 2 atmosphères) et constante. Ils ont pour principal avantage leur bon marché (moins de moitié du coût de la fonte) ; de plus, ils ne sont pas altérés par certaines eaux qui attaquent la fonte (les eaux trop peu minéralisées). Uninconvénientréside dans la multiplicité desjoints (les tuyaux n'ont que 1 mètre de long), lesquels se font par l'intermédiaire de manchons soudant les deux extrémités au moyen d'un coulis de ciment. Les fabriques françaises de bons tuyaux de grès sont : Sociétés des produits céramiques de Rambervilliers, de Boulogne-sur-Mer, Société des grès de l'Est à Givet, Société des poteries de Louvroil, Jacob, Delafon et Cie à Pouilly-sur-Saône, Muller à Ivry, Prost à la Tour-de-Salvigny, Morda à Fontainettes-Saint-Aubin, Couturier à Montchanin. Il est clair que ces tuyaux sont d'autant plus avantageux que le lieu d'emploi est plus voisin d'une de ces usines.
Tuyaux de plomb. — Le plomb, si employé par les Romains, se recommande par sa flexibilité : il convient pour la distribution intérieure et les petits diamèlres. Mais il ne faut pas oublier qu'il est attaqué par certaines eaux et donne alors des composés toxiques : ce sont les eaux très peu minéralisées (eau de pluie, eaux des terrains granitiques ou des sables), ou les eaux acides (eaux des tourbières et des terrains marécageux), qui attaquent ce métal, surtout quand l'eau reste stagnante à son contact. Il faut donc, en pareil cas, éviter les tuyaux de plomb, plus encore les bassins et réservoirs en plomb ; toutefois on peut corriger la nature de telles eaux soit en les faisant passer sur des pierres calcaires auxquelles elles prennent du carbonate de chaux, soit en les traitant par le carbonate de soude (50 grammes par mètre cube, à WakefieldJ, ou encore par la chaux associée au carbonate <!e chaux.
Elévation : béliers. — Lorsqu'il faut relever l'eau d'une source, on a à déterminer la nature du moteur et celle de la machine élévatoire. Nous parlerons rapidement de ces engins à propos des puits, où on a généralement à les utiliser ; mais il arrive assez souvent que la source elle-même peut servir de moteur pour élever une fraction de son débit, et nous devons nous arrêter un instant à cette solution, qui est très pratique pour la campagne.
Béliers hydrauliques. — L'appareil employé dans ce cas est
(1) Voy. l'Album de la National Woocl pipe C°, à Los Angeles et à San-Francisco.
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presque toujours un bélier hydraulique. Avec une source très puissante, on peut aussi penser aune turbine, mais le bélier a l'avantage de fonctionner avec des débits bien plus faibles, et en outre sans une surveillance aussi assidue. Cet appareil a pour principe la transformation en travail, appliquée à l'élévation d'un poids d'eau/? à la hauteur H, de la force vive dune autre masse liquide de poids P, qui, tombant d'une hauteur /?, est animée, quand on l'arrête, d'une vitesse
v — yjlgh, en sorte qu'on a l'égalité théorique :
2sr
ou Vh = pli.
Le premier bélier, construit par Montgolfier (1815), a été perfectionné, et en France on recourt aujourd'hui aux béliers Bollée, Decœur et Durozoi.
Bélier Bollée. -- La figure 37 montre une coupe schématique de
l'appareil *Bollée. L'eau arrive parle tuyau B et fait mouvoir à chaque pulsation la soupape S, qui est un véritable cylindre ou piston plongeur, fermé par le bas et percé sur son pourtour de fenêtres rectangulaires : à la partie supérieure, il s'engage dans une rainure remplie d'eau, de sorte qu'il y a compression progressive cl que le choc est en partie évité. La soupape est équilibrée en partie par le balancier à contrepoids et à tige EDd :
fermant, elle agit en outre sur un ressort qu'elle comprime et qui ensuite réagit sur elle pour la décoller de son siège. L'eau refoulée passe par la soupape S etgagne le tubeT, où le réservoir d'air R uniformise la pression. Le tube C, placé à l'amont de S, agit comme reniflard : il porte d'un côté une soupape d'aspiration vers l'air libre et de l'autre une soupape de refoulement débouchant dans un tuyau //, qui rejoint lui-même le réservoir d'air; la colonne d'eau du tube C reproduit les pulsations du bélier.
Bélier Decœur. — M. Decœur rapproche les orifices d'écoulement alternatif dans le bassin de chute et dans le tuyau de refoulement et active aussi le mouvement des soupapes par des ressorts (fîg. 3cS . La soupape principale est ici à tige inférieure; elle s'introduit par le haut et porte en bas une goupille fendue. On fait varier sa position d'équilibre au moyen de deux ressorts antagonistes appliqués sur la
Fig*. 37. — Bélier Bollée.
goupille [et poussés par deux leviers, maintenus en place par une came à crans et une vis à cliquet. On obtient la mise en marche ou Tarrêt du bélier en soulevant ou en abaissant la soupape à l'aide des leviers. — Pour de grands débits, l'inventeur a un type à
^Mm^^^mm,
Levier de mise'ç en marche
A/Jy ot<?j.
Fig. 38. — Bélier hydraulique Decœur. Type pour petits débits (tuyaux de 20 nrllimètres). Coupe suivant l'axe des tuyaux.
échappement extérieur, avec soupape annulaire à double siège. Bélier simple de Durozoi. — Dans le bélier simple, dit normal, de M. Durozoi (fig. 39), l'ea u arrive par M, coule par les orifices du clapet B. maintenu entr'ouvert par un ressort à boudin réglable. Lorsque la vitesse est suffisante, le clapet !3, entraîné par elle, vient appuyer sur
7i ED. IMBEAUX ET E KOLANTS. — HYGIENE RURALE.
son siège, et alors, l'écoulement étant brusquement interrompu, l'eau recule, soulève le clapet C et passe dans le réservoir à air A et dans le refoulement R. Puis le vide s'étant formé en arrière de B pendant le recul de la colonne d'amenée, l'air rentre parla vannette V", et avec l'aide du ressort ramène B à sa position primitive: l'écoulement reprend, et le phénomène recommence (une partie de l'air passe en suivant la petite flèche pour aller se loger sous le clapet C).
Fig. 39. — Coupe du bélier normal Durozoi. Modèle 190'
Bélier-pompe Durozoi. — Il peuty avoir intérêt à élever une eau différente de l'eau motrice : Durozoi a imaginé pour ce cas le bélierpompe (fig. 40). Le coup de bélier est reproduit sous le piston différentiel P, surmonté du petit piston P' entouré d'un ressort qui en facilite la descente. Les manettes L servent à mettre l'appareil en fonction lorsqu'il y a aspiration par la boite à clapets H, jusqu'à ce que la cloche A soit pleine, ainsi qu'une partie du tuyau de refoulement. L'injection d'air dans la cloche s'effectue par un reniflard situé sur le tuyau d'amenée d'eau potable.
Hydro-élévateur. — Enfin Durozoi propose de substituer au
Fig. il. — Vue extérieure de l'hydro-élévateur.
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bélier un appareil qu'il appelle hydro-élévateur automatique (fig. 41). C'est un appareil à colonne d'eau à deux cylindres, actionnant une pompe foulante à double effet : les trois pistons des trois cylindres sont montés sur le même arbre horizontal, et le petit cylindre de la pompe se loge entre les deux grands : un système de deux tringles renverse les effets quand les pistons moteurs sont arrivés à fond de course. Cet engin se prête mieux que le bélier aux variations de débit.
Il existe aussi diverses autres machines soit à eau faisant choc, comme la machine de Caligny, le bélier d'aspiration Leblanc, etc., soit à eau sous pression, comme le moteur universel Durozoi (marchant à volonté à vapeur, à air comprimé ou à eau sous pression), les divers moteurs de la maison Samain et Cie (de Paris), etc. On comprend que nous ne pouvons pas insister davantage.
2° DRAINAGES. — Dans certains endroits, il y a une nappe souterraine, mais elle ne donne pas d'émissions (ou n'en donne que de très petites), et il faut aller en collecter l'eau soit par des tranchées ou des galeries, soit par des puits. Nous donnons le nom de drainages à la première de ces solutions, c'est-à-dire au cas où l'eau est assez profonde pour qu'on puisse l'atteindre par des tranchées à ciel ouvert : généralement on établit dans le fond de la tranchée un aqueduc captant, qu'on assied si possible sur le fond imperméable de la nappe, puis on recomble; dans certains cas, comme en Hollande pour Amsterdam, La Haye, Delft, etc., les fossés drainants restent ouverts.
Quoi qu'il en soit, on voit de suite que les eaux captées par drainage sont peu profondes et que, au point de vue hygiénique, elles ont le plus grand besoin d'être protégées, à moins qu'on ne se décide, pour l'eau de boisson, à la filtrer ou stériliser, ce qui est une grave sujétion. On devra donc veiller soigneusement à ce que les terrains drainés ne reçoivent ni matières fécales, ni engrais d'origine animale, ni ordures d'aucune sorte, et le mieux sera de les maintenir en prairie. Notons qu'il n'est guère possible de drainer une forêt, parce que les racines des arbres descendant jusqu'à 5 mètres de profondeur ont vite fait d'obstruer les drains : il conviendrait donc de défricher une bande de chaque côté des aqueducs.
Au point de vue technique, citons rapidement les types de drains.
1° Drains àpierres sèches (c'est-à-dire sans mortier). — La figure 42 en montre deux types de tailles différentes. Le petit aqueduc est posé chaque fois sur la couche imperméable ; dans le premier type. un corroi en argile tapisse la face arrière de la murette d'aval, de manière à empêcher l'eau de fuir de ce côté ; dans le second, cette murette est en maçonnerie.
Dans les terrains granitiques, on est souvent conduit à drainer pour augmenter le produit des petites sources existantes : on doit
alors entrer les drains dans le granit en place, non décomposé. C est ce qu'on a fait pour les villes de Limoges, Fougères, Vitré, Lorient, Rennes et Quimper : la figure 43 montre les types de drains
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Yi%. 42. — Galeries de drainage à pierres sèches.
adoptés dans ces deux dernières villes ; celui de Quimper est le plus parfait.
2° Drains en maçonnerie ou en béton. — Les figures 44 et45 représentent deux types de drains maçonnés, l'un de taille très réduite, l'autre à la rigueur visitable. La paroi du côté d'amontest percée d'ouvertures (barbacanes) pour l'entrée de l'eau; mais, en avant d'elle, on a établi une sorte de filtre en briques, pierres sèches et sable rapporté. Remarquons le corroi argileux établi au-dessus des terres de recomblement de la fouille : il a pour but d'écarter les eaux de surface et de les empêcher de pénétrer trop directement dans le drain.
Une mesure analogue a été prise à Giùrgiù (Roumanie), ainsi que le montre la figure 46. La cuvette en béton de ciment recueille les eaux d'une couche de sable aquifère reposant sur l'argile ; le couvercle a été recouvert de pierres sèches au-dessus desquelles on a mis le corroi argileux de protection.
3° Drains en tuyaux ; drains filtrants.-- Les simples tuyaux de drainage décrits pour l'assainissement du sol (Voy. page 39) ne sont pas bien convenables pour les eaux potables : il y a trop de joints et
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d'espaces libres par où la terre et d'autres matières peuvent entrer. Il vaut mieux prendre des tuyaux fenêtres, c'est-à-dire présentant des ouvertures pour l'entrée de Peau, et alors, en avant de ces ouvertures, on dispose un petit filtre en cailloux ou en pierres cassées, comme il a été dit ci-dessus. Il est facile de confectionner des tuyaux de ce genre en ciment.
Au lieu des fenêtres, on peut aussi, comme on Ta fait à Epinal (fig. 47), faire une partie du tuyau en béton très maigre (200 kilogrammes de portland de la Porte-de-France pour 1 mètre cube de
Rennes (transformé). Quimper.
Fig. 43. — Drainages dans les terrains granitiques.
1. Terre de prairie et tourbe; 2, cailloux roulés et argile; 3, tuf granitique, 4, granit non décomposé; 8, remblai avec les matériaux de la fouille; 9, béton de ciment; 10, chape en ciment; 11, dalle en pierre (Quimper); 12, murettes à pierres sèches ; 13, sable de mer (Quimper) faisant filtre.
gravier à l'anneau de 0,04), de manière qu'il soit poreux et qu'il forme filtre : on a trouvé qu'il contenait alors 36 p. 100 de vides. Le reste du tuyau est composé de 400 kilogrammes de ciment pour 0me,800 de gravier et 0mc,500 de sable.
Dans les sables boulants, c'est-à-dire très fins et, en quelque sorte, coulant avec l'eau, les drains ordinaires seraient vite obstrués. On pourra alors recourir au drain tout spécialement imaginé par M. Ch. Cuau, d'après le principe de son puits captant avec crépine à talus naturel d'éboulement. La figure 48 représente en perspective un élément de caniveau drainant en ciment armé (A) et la crépine d'un puits système Cuau (B). Le sable prend son talus naturel entre les éléments inclinés des parois drainantes, et l'eau suinte sans l'entraîner.
Nous dirons deux mots seulement à cette occasion de la possibilité de renforcer la nappe drainée par l'irrigation : en déversant à la surface une certaine quantité d'eau, cette eau traverse les premières couches du sol et gagne les drains ; mais le point délicat, c'est de savoir si elle est suffisamment purifiée pour donner de l'eau potable. La réponse est généralement négative, car, à moins qu'il ne s'agisse d'un sable fin bien homogène, l'épaisseur filtrante est trop faible pour donner une eau pure. Quoi qu'il en soit, le procédé est
'" — pente de la couche imperméable
*~"<*&><, couche d'argile imperméable
Fig. 44. — Drainages. Petit drain non visitable.
à retenir, au moins dans certains cas, ne serait-ce que pour obtenir une eau plus claire que l'eau de surface : si on dispose de couches de sable fin, on peut faire de l'infiltration artificielle (Richert) et créer ainsi une nappe aseptique, où on puise par drains ou par puits.
3° PUITS. — 1° Puits ordinaires. — C'est le mode le plus habituel de puisage dans la nappe souterraine : malheureusement, pour donner de l'eau pure, il exige des conditions qui ne sont généralement pas remplies.
Construction des puits. — [.es puits peu profonds qui s'adressent à la première nappe, ou à une nappe peu éloignée, sont creusés dans chaque pays par les ouvriers spéciaux, qui prennent rarement toutes les précautions voulues pour éviter les accidents. Lorsqu'ils ont à traverser des terrains compacts et secs, ils ne garnissent pas les
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HYGIÈNE RURALE
parois : un ouvrier travaille au fond, un autre est au treuil pour monter les déblais avec un seau.
Dans la craie, dans le calcaire, on descend ainsi à des profondeurs
-^ pente de la couche y,'Ôoyflif^ barèaœne >mperm éable couche d argile imperméable
Section verticale.
gros galets
barb<3C3ne<
Plan.
Fig. 45. — Drainages. Grand drain visitable.
relativement considérables, sans grand danger, il fautle reconnaître, pourvu qu'on ait le soin d'enlever des parois, à mesure que Ton descend, tous les blocs sans adhérence. La cause d'accident la plus
fréquente est la chute des outils ou des seaux qui emportent les déblais. Arrivé à la nappe liquide, on descend les puits dans l'eau aussi profondément que possible ; il faut choisir, à cet effet, l'époque où la nappe est le plus abaissée ; on est presque toujours amené à profiter des sécheresses exceptionnelles pour repiquer les puits. Souvent il est inutile de murailler ces puits, sauf dans leur partie supérieure, et on appuie le cylindre de maçonnerie sur une entaille ménagée dans la dernière assise rocheuse.
Les puits à ouvrir dans les assises terreuses ou argileuses et surtout dans les assises sableuses, sont beaucoup plus difficiles et plus dangereux ; certains sables fins et humides sont presque incoercibles. Les argiles pures se tiennent parfois très bien. Ainsi on voit
Fig\ 46. — Galerie de drainage à Giùrgiù (Roumanie).
les ouvriers puisatiers des argiles du pays de Bray descendre profondément, en se contentant de garnir les parois avec des branchages contournés en hélice. Mais, pour peu qu'il y ait des mouvements à craindre, il faut avoir soin de blinder la fouille : parfois même on est amené à un blindage jointif, et Ton élève la maçonnerie à l'intérieur.
Enfin, quand la fluidité du terrain est trop grande, le procédé le plus économique et le plus rapide est de construire les puits sur un rouet, armé d'un couteau circulaire à sa base ; on creuse ou on drague à l'intérieur en dégageant les terres sous le couteau, et la masse s'enfonce peu à peu sous son propre poids ou avec une surcharge : la maçonnerie est montée au-dessus du sol au fur et à mesure de la descente.
La figure 49 fait voir différents types de rouets en bois et en fer : nous ne pouvons que renvoyer, pour les détails, aux traités de procédés généraux de construction.
Profondeur des puits. — Sauf dans certains terrains rocheux ou argileux (comme en Sologne pour le dernier cas), on trouve généralement une première nappe aquifère à peu de dislance de la sur- Thaitb d'hygiène. XIII. — 6
82 ED. IMBEAUX ET E. ROLANÏS. — HYGIÈNE RURALE,
face. Mais nous savons déjà que cette nappe est généralement aussi
<fe <=>, . -
Type ovoïde.
Type circulaire.
Fig. 47. — Drains captants en ciment avec partie poreuse.
rèssouillée. On a, dès lors, intérêt à chercher s'il n'existe pas un< autre nappe sous-jacente et à s'y adresser de préférence.
C'est ce qui arrive par exemple à Beauvais et aux environs. Le sol de la vallée du Thérain y comprend une couche de terre végétale surmontant une formation tourbeuse imparfaite, le tout perméable ; au-dessous vient une assise d'argile, puis un mélange de gravier et
dalle de recouvrement
paroi drainante
Fig. 48. — Drainage dans les sables boulants.
A, Drain filtrant de M. Charles Cuau pour sables boulants ; B, civpine d'un puits de captage dans les sables boulants, système Ch. Cuau.
de silex surmontant la craie et séparé d'elle par un feuillet assez compact. Les puits, qui ne descendent que dans la formation tourbeuse,
Fig. 49. — Rouets pour construction de puits. A, types de rouets en bois: B, type de fort rouet en fer.
recueillent le produit des eaux superficielles, souillées et dangereuses : les puits plus profonds qui traversent l'argile et qui son! étanches au passage des couches supérieures trouvent dans le gravier une nappe puissante, légèrement artésienne, qui est alimentée par les versants crayeux du bassin el donne de l'eau bien meilleure.
84 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.
Nous avons vu que, dans les Dombes et dans les Landes, on avait obtenu aussi une grande amélioration en descendant plus profondément les puits (en dessous de Yalios pour les Landes). Toutefois, dans certaines régions, il n'y a plus d'eau en profondeur, et on doit la prendre au seul niveau qui existe : c'est le cas des fonlanili de Lombardie. Dans les alluvions de la rive gauche du Pô, les eaux venues des Alpes sont si près de la surface qu'il suffit souvent d'enfoncer un tonneau dans les graviers pour avoir une belle source qui déborde par le dessus du tonneau et peut servir à l'irrigation : on évalue à 120 mètres cubes par seconde le débit qu'on utilise ainsi dans le nord de l'Italie.
Au contraire, dans d'autres endroits, comme sur les grandes assises calcaires, on ne trouve d'eau qu'à la base d'une puissante formation, et c'est à 50, 60 mètres et même plus qu'il faut descendre. Les puits deviennent alors très coûteux, et, à un moment donné, il est plus avantageux de les remplacer par des forages.
En résumé, rien de plus variable que la profondeur des puits : mais on peut dire qu'en principe il faut les descendre aussi bas que possible par rapport à la nappe. Généralement on ne doit les arrêter qu'à la couche imperméable qui sert de fond à celte nappe : il convient même de descendre un peu dans cette couche pour avoir une réserve. Les parois du puits ne doivent être drainantes que dans leur partie inférieure : si le puits n'a pu être descendu jusqu'à l'imperméable, nous savons que l'eau entre aussi par le fond, et parfois même elle n'entre que par là.
Insalubrité fréquente des puits. — Un puits en rase campagne peut être bon : il suffit que toute contamination soit suffisamment écartée de lui. Ce n'est malheureusement pas ce qui arrive dans les villages ni dans les fermes, où le puits est souvent voisin du fumier. Les figures 50 et 51, empruntées à Gartner, montrent bien ce qui se passe avec un tel puits et comment on doit y remédier : le puits ne doit pas être ouvert, mais hermétiquement fermé au moyen d'un tampon c ; la pompe ne doit pas être directement au-dessus ; les parties supérieures des maçonneries seront utilement revêtues d'un bon corroi argileux 6 ; la base sera bien encadrée dans la couche imperméable a ; enfin, bien entendu, on éloignera tout objet souillé ou même douteux. Si la maçonnerie vient jusqu'au niveau du sol, elle devra le dépasser notablement pour former margelle et empêcher l'introduction d'eaux étrangères.
Le seau qui se promène dans et hors du puits et qu'on pose n'importe où avant de le replonger dans l'eau est souvent une cause de souillure. Aussi la pompe est-elle préférable. M. Jonet (de Raisinés. Nord) a imaginé un dessus de puits représenté parla figure 5*2 et qui est excellent. Le essus du puits est recouvert par une cloche en
fonte bien reliée à la maçonnerie et bien fermée : l'instrument de puisage est un double seau qui se vide automatiquement quand il arrive en haut et qui, ne sortant jamais au dehors, ne peut se contaminer.
En général, les puits de l'intérieur des villes, bourgs et villages,
Fig. 50. — Exemple d'un bon puit«
a, couche aquifère ; /), couche arçi leuse ; c, trou d'homme.
Fi*. 31
Exemple d'un mauvais puits.
«•j, couche aquifere; bhb, pénétralioi d'eaux contaminées.
sont tous condamnés en principe, la nappe souterraine étant contaminée en grand sous les centres habités. La chimie seule (par l'étude de la proportion des chlorures) avait permis à Ritter, dès 1879 (analyse de 313 puits de Nancy), de le démontrer: la bactériologie est venue à la rescousse, et l'exemple de nombreuses villes étudiées sous ce rapport (Dorpat, Munich, Berlin, Brème, Budapest, Breslau, etc.) permet d'affirmer que la nappe des puits ne contient qu'une dilution d'urine, une vraie lessive de ville, suivant l'expression allemande (Sladllaïu/e), absolument inutilisable pour la boisson. Duclaux a dit, de son côté, que leur eau n'était qu'une dilution d'urine.
Protection et emplacement des puits : effet sur la nappe souterraine. — Si donc il faut recourir aux puits, on devra leur choisir un emplacement convenable, les couvrir et les protéger en écartant toute cause de souillure de leurs abords. En principe, le puits devra être assez éloigné des habitations pour que celles-ci ne soient pas situées dans la zone de dépression en entonnoir que l'épui-
ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS.
HYGIENE RURALE
sèment continu produit tout autour de lui, et c'est toute celle zone qui sera tenue de la plus rigoureuse propreté. L'étendue de cette zone dépend de la nature du terrain, de l'abondance de la nappe, de l'intensité des épuisements, etc. ; il est difficile de la
déterminer a priori ; il faudrait l'aire une élude expérimentale avec épuisements intensifs et relevés du niveau des puits voisins influencés, ou de petits forages creusés spécialement dans ce but à des distances convenables.
Comme exemple d'une étude de ce genre, nous citerons celle faite par Thiem sur un puits de la vallée de Gleisen, près du village de Deisenhofen. La figure 53 montre à gauche les courbes de niveau de la nappe avant le creusement du puits et, à droite, ce que deviennent ces courbes par suite d'un pompage intensif abaissant le niveau dans le puits de 5 mètres : on voit nettement qu'un pareil pompage aurait nui aux puits du village et attiré des filets d'eau passant dans le village, et par suite d'une pureté douteuse.
Pratiquement, on s'appliquera surtout à protéger les environs immédiats du puits, en tout cas dans un rayon d'au moins 50 mètres, contre tout dépôt d'immondices, principalement d'excréments humains ou animaux. Il conviendra d'établir tout autour de l'orifice une aire imperméable, par exemple en béton ou tout au moins en bonne argile corroyée, avec une pente vers l'extérieur, de manière à écouler au dehors la pluie et les liquides des abords du puits ; on les recueillera dans un drain périphérique, d'où ils seront évacués plus loin. On ne doit notamment jamais établir tout contre le puits l'auge servant d'abreuvoir pour les bestiaux ou de lavoir pour le linge : ces engins doivent être écartés le plus possible, faute de quoi il se forme autour du puits une mare infecte (urines et fientes des animaux, eaux de lavage, etc.), dont les infiltrations gagnent l'intérieur ; on devra également assurer une bonne évacuation des eaux usées de cette provenance. Une difficulté se produit quand on extrait l'eau au moyen d'un manège à chevaux : il convient d'écarter le manège de l'orifice, de manière à ce que les urines et les crottins des chevaux ne puissent y être entraînés.
Désinfection d'un puits. — On a parfois à remettre en service un puits contaminé: il faut le désinfecter. On commencera par le vider et par enlever toute la vase: puis on laissera revenir l'eau, et, si on ne