‹ Traité d'hygiène (volume 4)Chapitre 21 sur 49 · SL · texte numérisé non relu

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Rue Basse Fig. 73. — Maison de cultivateur, à Mauvages (Ardennes), d'après H. H il aire.

bas et long; bas, parce qu'il n'y a pas d'étage; long, parce que la grange, l'étable et l'écurie confinent au corps de logis, à la suite ou en retour. Pour les constructions modernes, au contraire, la disposition est analogue à celle de l'hofstède flamande, c'est-à-dire que l'habitation est nettement séparée des bâtiments d'exploitation (fig. 74) et comprend souvent un étage. Dans ce cas, le fumier se trouve au milieu de la cour intérieure .

Dans les parties boisées, dans l'Argonne, les maisons, entassées les

runes contre les autres, sont bâties en bois et se composent de la -cuisine, dune ou plusieurs chambres et d'un grenier à foin et à bois. Franche-Comté. — En Franche-Comté, sur les premiers plateaux di> Jura (l), par suite du développement et de la prospérité de certaines industries, de l'emploi de meilleurs procédés pour la culture du sol et de l'industrie à domicile (horlogerie), le bien-être s'est accru depuis quarante ans d'une façon très marquée. Aussi les maisons sont-elles bien construites, bien aérées et suffisamment vastes. La propriété y est très divisée, etles grands domaines n'y existent pas; lesmaisons, quoique séparées les unes des autres, sont réunies en villages agglomérés.

Fig. 74. — Ferme moderne de Champagne.

(Cliché Chantriot).

Ordinairement exposées au midi, ces maisons sont bâties solidement de pierres du pays reliées par du mortier de chaux: les ouvertures sont encadrées de pierres de taille, et la couverture est faite en tuiles du pays (fig. 75).

Au rez-de-chaussée, un couloir donne accès à une ou deux chambres communiquant entre elles et à la cuisine généralement au fond (2). Les chambres ont un plancher de sapin ou de chêne, et Tune d'elles sert de chambre à coucher des parents. La cuisine, dallée, possède

(1) Lalance, in De Foville, toc. cit.

(2) Dans les maisons moins grandes, on ne trouve pas le couloir d'entrée; on pénètre directement dans la cuisine ; le reste de la disposition générale n'est pas modifié.

une grande cheminée ouverte; un fourneau y sert à la préparation des aliments. On accède à l'étage par un escalier intérieur parlant du couloir ou de la cuisine, et on y trouve deux ou trois chambres blanchies à la chaux. Dans les unes couchent les enfants, garçons et filles séparés : dans l'autre, on conserve les grains, ou on y a placé l'établi de travail de l'horloger.

De la cuisine, on peut se rendre directement dans la grange, surmontée d'un grenier, et de là dans l'écurie, le tout couvert par le même toit.

La maison, toujours située en retrait de la route, est entourée

(Clic/ié Marinier) .

Fig. 75. — Ferme des premiers plateaux du Jura, à Saint-Étienne-de-Coldre.

d'un jardin ou d'un verger dans lequel se trouve le tas de fumier et plus loin le hangar et le toit à porcs.

Hautes-Alpes (1). — Les maisons delà région montueuse des Alpes françaises sont ordinairement construites sur l'un des versants de la vallée, sur un terrain plus ou moins pentueux. Par suite de cette situation, une portion de chaque maison est enfoncée dans la terre. De préférence l'orientation est généralement du levant au couchant, la façade principale exposée au midi. On est ainsi plutôt débarrassé de la neige et moins exposé au froid.

Les maisons sont groupées en village construit en amphithéâtre

(1) P. Guillaume, in De Foville, lac. cit.

122 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

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Maison à Saint-Marcellin, d'après P. Guillaume.

I, rez-de-chaussée; II, étage; III, greniers.

1, route ; 2, ruelle , 3, terrasse; 4, jardin ; 5, vestibule; 6, table ; 7, bêtes à cornes; 8, mulets; 9, borne-fontaine; 10, 11, 12, moutons; 13, cheminée; 14, poêle; 15, pétrin ; 16, armoire; 17, lit; 18, potager; 19, table ; 20, pendule; 21, petite table comptoir; 22, 23, lit; 24, coffre , 25, garde-robe; 26, escalier de la cave; 27, cave; 28, lit; 29, réduit sous l'escalier; 30, escalier; 31, chambre des greniers ; 32, grains ; 33, farine et pain; 34, chambre d'ami; 35, lit ; 36, table; 37, cheminée; 38, poêle: 39, chambre ; 40, coffre à avoine; 41, lit; 42, chambrette ; 43, balcon; 44, couloir; 45, grange ; 46, entrée de la grange ; 47, foins ; 48, escalier ; 49, pont supérieur ; 50, plan incliné ; 52, grange à blé ; 53, glacis en plâtre pour le bois ; 54, pignon ouvert.

sur le versant méridional de la vallée, souvent réunies par des murs mitoyens. Elles sont bâties de pierres du pays avec mortier de chaux et recouvertes de chaume, de planches ou d'ardoises.

La figure 76 montre la disposition d'une maison type de ces contrées.

Le rez-de-chaussée est entièrement voûté : il comprend, d'un côté, Tétable où toutes les bêtes sont abritées et, de l'autre côté, la cuisine

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Fig. 77. — Ferme des environs de Gap (Provence).

et une chambre de débarras contenant chacune un lit. Un lit se trouve aussi souvent derrière l'escalier qui conduit à l'étage se composant de la grange au-dessus de l'étable et de chambres à coucher ou de greniers. Sous les combles, sont remisés le foin et le bois. Les étables ne servent point de chambre à coucher, mais on y fait la veillée : on y reste une partie de la journée lors des plus grands froids.

Il y a quelquefois des dépendances, comme un jardin de peu (Tétendue, un hangar pour remiser le bois et les outils, ou une loge à porcs.

Cette maison est peu saine, l'air y circule difficilement. Pour se protéger du froid, en hiver, on bouche souvent hermétiquement les

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fenêtres de la maison et de rétable. D'ailleurs, on entasse trop de choses dans un espace relativement restreint. Aussi il sort de certaines habitations une odeur fétide qui fait mal au cœur à tous ceux qui n'en ont pas l'habitude.

Provence. — En Provence, les maisons de ménagers ou de petits propriétaires se ressemblent presque toutes. Elles sont généralement bien orientées : la façade principale est au sud ou sud-est, pour être à l'abri du mistral, qui vient du nord-ouest, et de ce côté la maison est souvent protégée par un rideau de cyprès. Les maisons (fig. 77) comprennent un corps de logis principal à un étage construit assez légèrement en pierres, réunissant l'habitation et l'écurie. Ces deux parties sont quelquefois séparées par un couloir d'entrée avec, au fond, l'escalier, qui permet l'accès à l'étage.

A l'intérieur, les murs sont enduits de plâtre badigeonné à l'ocre jaune. La cuisine, assez spacieuse, ne sert que de cuisine et de salle à manger; elle est généralement propre et peu encombrée de meubles; elle est carrelée comme toutes les pièces de la maison. La cuisine seule possède une cheminée avec fourneau en maçonnerie.

A l'étage se trouvent les chambres à coucher, celle des parents et celle des filles, renfermant chacune un ou deux lits, une table et une grande armoire. Les garçons couchent dans le grenier à fourrage, audessus de l'écurie.

Gomme annexes, la maison provençale comprend une remise, une lapinière et un poulailler et quelquefois une loge à porcs ou une bergerie. Au milieu de la cour se trouve le puits circulaire en pierre avec sa margelle, sa poulie de fer et son seau en bois, et tout à côté le fumier et la fosse à purin.

Auvergne. — Dans le Cantal (1), comme dans toutes les Cévennes, l'aspect extérieur des maisons est d'une rudimentaire simplicité. Elles sont construites de pierres du pays (quartz, basalte, tuf, chiste, etc.), reliées avec du mortier de chaux, ou plus souvent avec de la terre argileuse. Pour les couvertures, on.se sert de la lourde tuile plate basaltique ou de tuiles cuites"; dans la montagne, il existe beaucoup de toits de chaume.

Lamaison(fig. 78-79) se compose d'une pièce ou de deux pièces. En entrant, on voit l'escalier du grenier et à gauche, pour la maison à deux pièces, la chambre ou salon. Dans la cuisine se trouve la grande cheminée à crémaillère, une table et des bancs, un placard et les lits placés le long du mur opposé à l'entrée et ornés de rideaux de voyante couleur. Les murs intérieurs sont crépis comme ceux de l'extérieur. A la cuisine communique un débarras et quelquefois un four. Le sol de la cuisine est tantôt planchéié, tantôt dallé, quelquefois un peu surélevé, mais souvent au niveau du sol extérieur.

(1) A. Aymar, in De Foville, loc. cit.

Le salon, quand il existe, renferme un ou plusieurs lits, une-

Fig. 78. — Maison avec escalier de pierre en Auvergne, Cantal, d'après A.Aymar.

armoire, les malles et les effets. Le grenier sert à remiser les grains et divers ustensiles de la ferme ; il s'y trouve parfois un lit.

Fig. 79. — Maison sans escalier extérieur en Auvergne, Cantal, d'après A. Aymar.

Dans bien des endroits, l'étable est contiguë à la cuisine, et on y passe la plus grande partie des journées d'hiver.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

La maison d'une pièce, d'une superficie de 30 à 40 mètres carrés, est habitée par cinq où six personnes formant un seul ménage qui n'a, le plus souvent, qu'un domestique. Deux lits suffisent : l'un pour les parents et l'autre pour les enfants. Ceux-ci sont loués comme bergers, dès l'âge de dix à douze ans, et laissent la place aux nouveau-nés. Le domestique couche à l'écurie. La servante a son lit au grenier ou sous la cage de l'escalier.

Dans les maisons à deux pièces, la chambre n'est qu'une dépendance de la cuisine, une addition effectuée dans le but de conserver les enfants dont le concours est nécessaire à l'exploitation, dont l'âge et le sexe exigent des lits séparés.

Dans certains cantons, de pauvres paysans cohabitent avec les animaux ; une simple cloison de bois les sépare.

Les dépendances sont l'étable et la grange audessus, le hangar, le fournil où l'on fait et l'on cuit le pain et les loges à porcs séparées de la maison.

Devant l'écurie s'étale dans la cour le fumier, abandonné sans soins avant de l'utiliser comme

Maison de la plaine, à Varens (Languedoc), d'après J. Mommëja.

Fig. 80.

engrais.

Languedoc. — Dans la plaine du Tarn (l), l'absence de la pierre et la cherté de la brique cuite font généralement adopter comme matériaux de construction la brique crue et le pisé, et les constructions rurales se réduisent alors à la hauteur d'un simple rez-de-chaussée, supportant un galetas généralement assez élevé. C'est du reste une habitude invétérée du paysand'habiter seulementle rez-de-chaussée, même dans les maisons modernes à étages. On accède à la maison (fig. 80) par le hangar H, dont la toiture est supportée par deux piliers P et M ; à ce dernier est adossé l'évier surmonté d'un dressoir. En A et B sont deux chambres pareilles, toutes deux pourvues d'une cheminée. Pourtant c'est A la salle principale; l'autre est destinée au fils aîné.

(1) J. Momméja, in De Foville, loc. cil.

Cette salle sert de cuisine, salle à manger et chambre à coucher. Du hangar, on peut pénétrer dans l'écurie E pour les bœufs, avec au fond une loge pour un cheval. Derrière la maison, se trouve un vaste chai C, dans lequel les charrettes attelées peuvent entrer librement. Le galetas sert à conserver les récoltes; il est souvent surmonté d'un ou de deux pigeonniers.

On trouve aussi un assez grand nombre de demeures qui présentent un premier étage destiné au propriétaire, tandis qu'au rez-de-

Fig. 81. — Maison de petit propriétaire aux environs de Cahors (Guyenne),

d'après Petit.

chaussée réside le maître-valet. Ce sont alors des espèces de villas très bien construites en briques cuites, avec arcades à l'italienne.

Dans la région montagneuse des Causses, l'habitation, bâtie en pierres, est régulièrement séparée de toutes les autres constructions, grange, four, pigeonnier.

Guyenne. — Bien que relativement voisines, les fermes du Lot sont très différentes de celles du Tarn. Les habitations (1) sont orientées à l'est, à cause des vents d'ouest qui amènent la pluie. Elles sont bâties

(1) Petit, in De Foville, loc. cit.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

de moellons recouverts d'un crépi grossier; la toiture est en tuiles rouges et quelquefois en ardoises. Ayant la forme d'un rectangle,. ces maisons se composent d'un rez-de-chaussée, d'un étage auquel on accède par un escalier formant balcon et d'un grenier (fig. 81).

Le rez-de-chaussée sert de cave et de bergerie. Le premier étage est spécialement affecté à l'habitation. La cuisine, qui en constitue la pièce principale, est chauffée par une vaste cheminée, avec, fixées

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Maison voisine

Fig. 82. — Maison de vigneron du Loiret' (Orléanais), d'après A. Arnoux.

de chaque côté au mur, des chaises de forme particulière ; dans un angle se trouve l'échelle du grenier, dissimulée par une cloison avec porte. La cuisine et les deux autres pièces servent de chambre à coucher.

Une petite étable et un fournil, un jardin et une cour sont les dépendances habituelles. Dans les exploitations d'une certaine importance, la grange et l'écurie forment un bâtiment séparé.

Orléanais. — Les maisons de vignerons de la vallée de la Loire (1) ont un aspect très propre, presque coquet. Construites de pierres de bonne qualité réunies avec du mortier et recouvertes d'un crépi

(1) A. Arnoux, in De Foville, loc. cit.

grossier, elles se composent (fig. 82) d'un rez-de-chaussée et, audessus, d'un grenier à grains et à fourrages, auquel on accède par une échelle. A l'intérieur, on trouve deux pièces, qui servent d'habitation, éclairées, Tune par une porte et une fenêtre, l'autre par une fenêtre seulement. Ces deux pièces ont une cheminée ; la première sert de cuisine, de salle à manger et de chambre à coucher avec un lit à bateau monté sur roulettes; la seconde, de chambre à coucher et de débarras. Cette dernière communique avec la grange, par laquelle on accède à Técurie-étable.

Les pièces sont blanchies à la chaux: elles sont plafonnées: le sol est muni de petits carreaux rouges très soigneusement lavés.

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Fig. 83.

Plan d'une ferme bretonne, d'après Vallau:1

La maison ne possède par de cabinets d'aisances; ils sont remplacés par une excavation, creusée dans le jardin voisin, et entourée d'une palissade en genêt ou en paille. Au milieu de la cour, se trouve le fumier.

Le vigneron cultivant aussi les céréales, la grange abrite les récoltes, mais renferme aussi les cuviers et le pressoir pour la vendange.

Bretagne. — Les fermes de Bretagne (1) présentent encore un aspect tout à fait caractéristique. Les matériaux de construction sont les granités compacts ou feuilletés et les moellons schisteux ou granitiques noyés dans le crépissage. Là où les carrières sont rares, le bois apparaît dans l'encadrement des ouvertures et même dans la construction entière. Les toitures de chaume diminuent beaucoup et sont remplacées par celles de tuiles ou d'ardoises. Il n'y a pas de caves, et, comme le climat est pluvieux et le sol peu perméable, les maisons sont toujours très humides au rez-de-chaussée. Aussi les maisons anciennes, qui n'avaient qu'un rez-de-chaussée, sont-elles maintenant souvent remplacées par des maisons à étage.

(1) L. Vallaux, La Basse-Bretagne. Etude de géographie humaine, Paris, E. Cornély et G'1', 1907.

Traité d'hygiène. X11I. — 9

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. - HYGIÈNE RURALE.

Anciennement, la maison bretonne ne comprenait qu'une seule et immense pièce servant à tous les usages, avec ses lits clos, ses armoires massives, ses bancs, ses tables, son vaisselier et sa colossale cheminée, où se blottissait et se groupait autour du feu la famille entière, lui beaucoup de points, il en est encore ainsi.

Fig. 84. — Intérieur breton avec Ht-armoirc.

Dans la plus grande partie de la Basse-Bretagne, les intérieurs ^ont divisés en plusieurs pièces (%. 83). On entre parle couloir avec cloisons en planches, le sol en terre battue et l'escalier au fond. A droite, la salle de réception, qui ordinairement n'est qu'une décharge qui sert à tout, mais contient souvent un ou plusieurs lits. A gauche la pièce capitale, la cuisine, le lieu où tout le monde vit. Le long du mur se font suite, sans solution de continuité, en a un lit clos, en h mie horloge, en c une immense armoire à linge et à lait

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le tout formant une sorte de panneau le long duquel court un banc d qui souvent recouvre un long coffre où Ton serre le linge et les habits. En e s'ouvre une vaste cheminée; en f, se trouve le doustrille ou vaisselier; en g, la table et les bancs et enfin en a' un autre lit clos.

A l'habitation font suite l'écurie et rétable, distinctes, mais réunies par des portes de communication. En face de l'étable, une crèche à porcs devant laquelle se trouve le tas de fumier. Dans bien des en-

Fig. 83. — Maison troglodyte à Chinon.

droits, ce tas s'élève à 2 et 3 mètres de hauteur, juste en face et tout près de la porte principale, qu'il masque entièrement.

Au-dessus des bâtiments se trouvent les greniers pour les récoltes, que l'on conserve aussi souvent dans des granges séparées.

Le lit clos (fig. 84) est appelé à disparaître ; il est, peut-on dire, en lutte avec l'étage, où jamais un lit clos n'a été installé; et l'étage l'emportera sur lui. Déjà, en certains endroits, les maîtres dédaignent les vieux lits bretons ; ils y font coucher les domestiques, et ils ont pour eux, à l'étage, un mobilier moderne.

Dans bien des endroits, mal éclairées et aérées par des fenêtres rares et très petites, les maisons sont encombrées; aussi la promiscuité humaine entre les habitants est complète, et à la promiscuité humaine s'ajoute trop souvent, encore maintenant, la promis-

132 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. —HYGIENE RURALE.

cuite animale. L'étable n'est séparée de la cuisine que par une cloison avec porte de communication, et on change facilement une étable en habitation, et réciproquement, après un nettoyage sommaire ou môme sans nettoyage aucun.

Nous devons signaler qu'il existe encore des habitations troglodytes aux environs de Creil (1) et dans le Maine-et-Loire (fig. 85). Ces maisons sont percées dans la carrière ; elles s'annoncent au loin par des cheminées posées à ras de terre. Des familles entières habitent ces demeures souterraines, qui sont très humides, obscures et dans lesquelles il est presque impossible de renouveler convenablement l'air. Une table, quelques chaises, un lit sont souvent les seuls ornements de cette grotte. Plafond, murs, sol, tout est au naturel.

ENQUÊTES MÉDICALES. — Nous nous sommes abstenus, jusque maintenant, de toute critique sur les conditions hygiéniques des habitations, car nous pouvons nous en rapporter pour cela aux enquêtes faites parmi les ingénieurs agronomes par Marié Davy (2) et, parmi les médecins, par Landouzy et Weill-Mantou (3), dont les rapports montrent qu'il y a eu bien peu de changements au tableau que faisait Drouineau en 1892 (4).

Trop souvent encore l'habitation se compose d'une seule pièce au plafond bas, éclairée par une fenêtre unique qui parfois ne peut s'ouvrir, par un trou ou par la porte simplement. Le sol de terre battu est en contre-bas du sol extérieur; lorsqu'il est pavé, il est mal entretenu, parsemé de cavités et de trous dans lesquels s'accumulent les détritus du ménage avec la terre et le fumier apportés du dehors. Cette pièce unique sert à la fois de cuisine, de salle commune et de chambre à coucher, avec des lits, ou plutôt des grabas, relégués dans des coins obscurs ou sous un escalier, quelquefois même dans des armoires, lits dans lesquels on se couche par deux ou trois avec une promiscuité fréquente des sexes. Une cheminée fumeuse ou un poêle souvent rouge l'hiver en rend l'atmosphère irrespirable. Pour augmenter encore l'insalubrité, cette pièce unique communique quelquefois avec l'étable de la vache, de la chèvre ou du porc, et n'en est séparée que par une même cloison, qui ne s'étend pas toujours jusqu'au plafond. Ce plafond ne se compose ordinairement que de planches mal jointes qui séparent la pièce d'un grenier mal protégé par du chaume ou des toitures faites de larges pierres plates laissant passer la pluie et lèvent. Les murs de terre (pisé) absorbent d'autant mieux l'humidité qu'ils sont élevés sur un terrain mal préparé pour

(1) G. Baudran, in De Foville, loc. cit.

(2) Habitations rurales. /er Congrès international d'assainissement et de salubrité de l'habitation, Paris, 1904.

(3) Congrès international de la tuberculose, Paris, 1905.

(4; Drouineau, Hygiène rurale. Encyclopédie dliygiène de Rochard, t. IV.

cela, retenant à sa surface les eaux de pluie et les eaux ménagères, qui croupissent et exhalent une odeur épouvantable.

Dans les pays accidentés, les habitations sont souvent construites sur le terrain le plus bas, appuyées contre le coteau même que Ton creuse comme pour s'y enterrer.

A toutes ces causes d'humidité s'ajoute la présence de rideaux d'arbres plantés sous prétexte de s'abriter du vent, mais qui, s'ils sont touffus, empêchent l'air et le soleil de venir assécher les murs imprégnés d'eau ou même ruisselants. De plus, les eaux de pluie non collectées par des gouttières, viennent tomber au pied des murs, en noyant les fondations.

Quelquefois, dans les habitations plus grandes, le rez-de-chaussée est abandonné aux animaux : le premier étage, réservé au logement de la famille, reçoit toutes les émanations exhalées par les animaux et parleur fumier.

Le puits est dans la cuisine ou à proximité de la maison, presque toujours à côté du tas de fumier, dont le liquide va souiller les eaux de la nappe souterraine. Le fumier est toujours, du reste, devant la porte et sous la fenêtre, de façon que le moindre vent en entraîne les odeurs et les poussières dans la maison.

Ces maisons sont si misérables que par leur délabrement même elles entretiennent les habitudes de malpropreté, si générales à la campagne. Cette malpropreté entretient de son coté les foyers d'infection, et on a pu dire (1) : « que dans chaque village il y a des maisons de tuberculeux, comme il y a des familles de tuberculeux ».

« A la campagne, dit le Dr Bertrand (2), les causes immédiates de contagion sont toujours l'humidité, le défaut d'aération, les habitudes antihygiéniques. La maison rurale n'est pas moins malsaine que le taudis des villes. Dans bien des endroits, les villages s'allongent sur des terrains d'alluvions au bord des cours d'eaux ; presque toutes les habitations, déjà enchevêtrées les unes dans les autres, se privent l'une l'autre d'air et de soleil ; les planchers demeurent le plus souvent inconnus et, comme il faut bien, de temps en temps, niveler la cour où croupit le purin, celle-ci finit par s'exhausser, de telle sorte que les chambres habitées demeurent en contre-bas ; c'est alors l'humidité persistante, que ne combat pas une aération insuffisante par des portes étroites et des fenêtres minuscules, qui parfois ne s'ouvrent même pas. Dans ces réduits, les dimensions de la vaste cheminée permettraient seules de ne pas étouffer : on augmente aujourd'hui leur insalubrité en remplaçant les cheminées, bouchéesr par l'odieux poêle en fonte, cause initiale des affecl ions pulmonaires,

(1) Landouzy et Weill-Mantou, loc. cit.

(2) Contribution à l'étude étiologique de la tuberculose dans l'Aube. Congrès international de la tuberculose, Paris, 1905, t. II, p. 466.

134 ED. IMBEAfX ET E. ROLAViS. — ÎIYGIÈ.NE RURALE.

des anémies symplomaliques qui frappent, malgré la vie au grand air, tant débucherons ou de gardes-barrières. Ailleurs, c'est l'étable qui répond la contagion. On ne sait pas assez la proportion énorme de bêtes tuberculeuses qui vivent dans nos campagnes. La progression en est vraiment effrayante. Près de ces animaux malades, souvent même avec eux, habite toule une population de bergers, de domestiques de ferme. Enfin la laiterie ne reste pas indemne : son personnel féminin se contagionne facilement, et, par un échange de mauvais procédés, il concourt à son tour à la contamination des laitages, si dangereux à tous les égards. »

« Jamais, dit leDp Decosttes(l), les fenêtres (très étroites) ne sont ouvertes; témoins les nombreux ustensiles qui encombrent les ouvertures, dont les carreaux ne sont jamais lavés. Sur le sol inégalement pavé, avec interstices boueux, les crachats s'ensemencent avec fruit; jamais le soleil ni la lumière ne pénètrent dans certaines parties de la maison. »

Dans leur Rapport sur Fêlai de la tuberculose dans les peliles villes, bourgades el communes de France, d'après l'enquête faite auprès des médecins par la quatrième section du Congrès inlernaticnal de la tuberculose (Paris, 1905), Landouzy et Weill-Mantou ('2) relatent l'opinion d'un grand nombre de leurs confrères qui pensent que, « parmi les causes préparantes qui approprient le terrain à la culture du bacille de la tuberculose, il y a le logement insalubre : habitations étroites, sombres et privées d'air, chambre souvent unique danslaquelle s'entassent les familles, bouges dont les fenêtres, quand elles ne sont pas condamnées, ne s'ouvrent jamais, en un mot taudis où tout semble réuni à plaisir, non seulement pour engendrer l'éliclement et la misère physiologique, mais surtout pour permettre et conserver l'infection tuberculeuse ».

Nous avons voulu, par ces citations, montrercombien peude terrain a été conquis pour la salubrité de l'habitation dans les campagnes : nons verrons, à propos de la réglementation sanitaire, ce qui pourrait être fait pour améliorer cette situation déplorable.

Dans de tels taudis, quels soucis de propreté peuvent avoir les habitants, non seulement de propreté du logement, mais encore de propreté corporelle?

Si maintenant (3) nous n'admettons plus que la malpropreté des locaux habités peut engendrer à elle seule certaines maladies, dont nous connaissons la cause microbienne, telles que le typhus, la fièvre typhoïde, les diarrhées et la tuberculose, nous savons que les souillures organiques et les putréfactions qui s'ensuivent peuvent pro-

(1) Rapporté par le Dr Marchand, La tuberculose à Limoges et dans le Limousin. Conyrès international de la tuberculose, Paiis, 1905, t. II, p. 197.

(2) Loc. cit.

(3) Aun'ould, Traité d'hygiène, ôc edit., Paris, 1907.

HABITiVfTON A LA CAMPAGNE. 13-135

iluireune sorte d'intoxication qui, en affaiblissant l'organisme, le met dans un élat de réceptivité propre àl'éclosion et à révolution de ces maladies. On sait aussi que les microbes pathogènes, qui craignent l'oxygène et le soleil, résistent longtemps dans les lieux obscurs et sans air, surtout lorsqu'ils sont enveloppés par une gangue formée par la souillure desséchée autour d'eux. Dans les milieux contaminés, les poussières soulevées par le balayage vont se fixer sur les aliments, sur les doigts des habitants, s'absorbent par la bouche ou vont infecter les eaux de boisson. On a aussi émis l'hypothèse que certains germes, vivant habituellement en saprophytes, peuvent se développer dans l'organisme suivant certaines circonstances favorisantes et y acquérir des propriétés pathogènes. Enfin certains germes inoffensifs isolément peuvent fournir dans l'économie humaine des .associations dangereuses.

Quoi qu'il en soit, la malpropreté d'un logement entraine la malpropreté du locataire, qui ne prend alors aucun soin d'améliorer cette situation, surtout lorsqu'il trouve ces améliorations trop longues ou trop coûteuses :au contraire, il arrivera fatalement que, si les pièces du logement sont propres et faciles à entretenir en cet état, il les respectera et prendra des précautions pour ne pas les souiller.

La situation déplorable des maisons de paysans n'est pas spéciale à la France. En Italie et en Espagne, le confort est encore moindre. Il est vrai que le climat moins rude rend l'homme moins exigeant. En Allemagne, le Dr Rotts (de Potsdam) nous apprend (1) qu'il reste beaucoup à faire : les types de maisons rurales dans différentes régions de l'Empire dont il donne les photographies montrent les mêmes dispositions qu'en France (ouvertures insuffisantes, voisinage des immondices, contamination des puits, etc.). Il semble qu'en Angleterre seulement de sérieux efforts aient été faits pour l'amélioration de l'habitation du paysan.

Comment et quand pourra-t-on améliorer ce déplorable état de choses? La loi sur la santé publique et les règlements sanitaires municipaux seront difficilement appliqués et seulement peu à peu, car on n'en comprendra pas toujours l'utilité incontestable, et on ne verra que les dépenses à faire. Nous pensons, et c'est l'opinion d'un grand nombre d'hygiénistes qui se sont occupés de l'état sanitaire à la campagne, que c'est surtout par l'instruction et l'éducationdu paysan qu'on l'amènera à réformer tant de fâcheuses coutumes. Il faut <lonc qu'à l'école on enseigne les principes de l'hygiène.

AMÉLIORATION DES HABITATIONS A LA CAMPAGNE. — Nous devons maintenant signaler ce qui est tenté pour améliorer les conditions sanitaires à la campagne. Nous prendrons pour cela deux •exemples, l'un pour les habitations ouvrières, l'autre pour les villas bourgeoises.

(1) Rapport ù la XXVIIe réunion du Verein fur offenllick Gesundheitspfluge.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE

La Société française des habitations à bon marché (1) a été fondée en 1889 en vue d'encourager dans toute la France la construction, par les particuliers, les industriels ou les sociétés locales, de maisons

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Fig. 86. — Type de maison ouvrière de la caisse d'épargne de Troyes, IL Senet, architecte (2).

salubres et à bon marché, ou l'amélioration des logements existants, etnotamment de propager les moyens propres à faciliter auxemployés, artisans ou ouvriers, l'acquisition de leur maison. Reconnue d'utilité

(1) Siège social à Paris, 4, rue Lavoisier.

(2) Figure communiquée par la Société française des habitations à bon marché

publique en 1890, elle a puissamment contribué à rétablissement de la loi du 30 novembre 1894 et est devenue l'auxiliaire le plus actif du Conseil supérieur des habitations à bon marché créé par cette loi. (-cite société communique gratuitement aux intéressés tous les

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Fig. 87. — Villa à Brévannes (Seine-ct-Oisej. Architecte, M. Bouchon (1).

documents qui peuvent les éclairer, notamment : les statuts des sociétés existantes, leurs comptes rendus, les modèles de statuts, baux et devis : les types de plans, etc.

(1) Les figures 87 à 91 sont empruntées à Rivoalen, Les petites maisons, modernes, Fanchon, éditeur, Paris.

138 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

Les très nombreuses sociétés à la formation desquelles elle a aidé ont été surtout créées dans les villes, et son influence s'est peu répandue jusque maintenant dans les campagnes. Cependant, parmi les plans que le secrétaire M. Dubois a bien voulu mettre à notre disposition, nous avons remarqué celui qui a été établi par l'architecte Senet pour la Caisse d'épargne de Troyes (fig. 86), qui peut servir de type pour une maison ouvrière à la campagne.

Le prix de cette maison revient à 6000 francs environ, compre-

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