Villa à Brévannes
Plan des combles.
Fi». 91 — Villa à Brévannes.
Plan du sous-sol.
E. Rivoalen (1) les plans d'une villa édifiée à Brévannes, qui joint à des dehors avenants et de solide apparence des dispositions intérieures plaisantes et pratiques (fig. 87).
Au rez-de-chaussée (fig. 88). se trouvent, d'un côté, un bureau, de l'autre côté et faisant suite, le salon, la salle à manger et une terrasse.
La cage d'escalier, séparée du vestibule, laisse celui-ci à la réception. Un vestiaire, éclairé en second jour par une cloison vitrée, débarrasse cette cage de tout encombrement trop peu décoratif.
(1) E. Rivoalen, Les petites maisons modernes, Fanchon, éditeur, Pari:
La cuisine spacieuse est avoisinée d'une office qui la relie à la salle à manger. Cette cuisine, munie d'une large armoire fixe, s'ouvre par un dégagement clair sur la descente au sous-sol et sur une porte de service ouverte sur le jardin. Le water-closet, ouvert sur la cage d'escalier, prend air et jour par-dessus le dégagement de la cuisine.
Au sous-sol (fig. 91), le calorifère, une buanderie, une cave à bois et charbon et une cave à vins.
Au premier étage (fig. 89), quatre chambres avec un cabinet de toilette, une salle de bains et un water-closet. Nous y trouvons, pour les deux chambres du côté gauche, une disposition heureuse des armoires dans le mur qui sépare ces chambres; on augmente ainsi l'espace utile et on diminue les endroits difficiles à nettoyer.
Sous les combles (fig. 90), le grenier et d'autres chambres qui peuvent être habitées ou servir de lingerie.
L'ensemble des dépenses de construction, y compris le calorifère et le fourneau de cuisine, l'aménagement de la salle de bains avec baignoire et chauffe-bains, et un système élévatoire pour la distribution des eaux (pompe, réservoir, moteur à pétrole), a coûté, prix à forfait, 33 i 45 francs.
Nous ne pouvons que louer toutes les dispositions adoptées dans cette villa; il en est une cependant qui nous semble peu hygiénique. Au plan du sous-sol (fig. 91), on remarque l'existence de deux puisards dans lesquels se rendent les eaux de pluie et peut-être les eaux ménagères. Nous craignons qu'ils soient des puits perdus, et alors comment seront; protégées les eaux servant à l'alimentation des habitants de cette' belle villa? Nous espérons nous tromper et que les eaux usées se rendent, par une canalisation qui n'est pas figurée, dans l'égout le plus voisin.
Etudions maintenant dans quelles conditions hygiéniques doivent être construites les habitations à la campagne ; il en découlera facilement la série des améliorations nécessitées par le mauvais état actuel.
Toute habitation, pour être salubre, doit être sèche, bien aérée et ensoleillée. Ces conditions sont sous la dépendance du choix de l'emplacement, de l'orientation des façades et des matériaux employés à la construction.
EMPLACEMENT ET ORIENTATION. — Dans les agglomérations urbaines, le choix de l'emplacement est dépendant des rues et places; il ne devrait pas en être de même à la campagne, où la libre disposition du terrain permet de construire de la façon la plus convenable. Cependant les mêmes préoccupations qu'à la ville font que la façade principale de l'habitation se trouve le plus souvent en bordure de la route, et le besoin de sociabilité rapproche les maisons jusqu'à en faire sur un parcours restreint une suite ininterrompue.
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Il serait pourtant désirable que chaque maison fût nettement séparée de sa voisine de façon à ce que, murs comme pignons, elle soit entièrement aérée et ensoleillée par ses quatre faces.
Ce sont les considérations géologiques, topographiques et climatériques qui doivent déterminer le choix de remplacement comme celui de l'orientation de l'habitation, et, ce qu'il faut avant tout rechercher, c'est se mettre à l'abri de l'humidité.
On doit choisir un endroit modérément élevé, avec le sol enpenter abrité du nord et de l'est, non encaissé et permettant à la circulation de l'air de se faire librement tout autour. Ce site sera évidemment variable, suivant que la contrée est basse ou montagneuse. En terrain platT on évitera Je mieux possible la proximité immédiate des cours d'eau, mares et étangs, qui, par leurs débordements ou infiltrations, créent à leurs abords une zone de sol humide.
La sécheresse d'un site dépend principalement de la facilité avec laquelle les eaux de pluie peuvent s'écouler à la surface et s'infiltrer dans le sol, ainsi que delà distance qui sépare cette surface du niveau de la nappe aquifère. Le meilleur serait donc celui où le terrain est formé de sable et de gravier sur une grande profondeur, avec la surface en pente légère ; non seulement cette disposition donne un excellent drainage naturel du sous-sol, mais, en raison de l'épaisseur de la couche perméable, les eaux de la nappe souterraine se trouvent à une grande distance du sol et, par suite, des fondations de l'habition. Au contraire, lorsque la couche perméable superficielle est trop peu épaisse, il se trouve au-dessous une couche imperméable (argile, roches), qui retient l'eau comme dans une éponge, et cette eau monte par capillarité jusque très près de la surface du sol et mémo dans les murs.
On peut, en ce cas, obtenir une amélioration, souvent suffisante, par un bon drainage du sous-sol. Les drains posés sur la couche imperméable permettent l'évacuation rapide de l'eau, qui va s'écouler en un point plus bas. En plaine, il serait à souhaiter que le drainage des terrains destinés aux constructions fut la règle, car, ainsi qu'il a été démontré (1), on peut par là aérer et réchauffer le sol et les constructions, et on supprime toutes les émanations dites telluriquesT c'est-à-dire provenant des fermentations qui s'effectuent dans le sol souillé de matières organiques.
La nappe souterraine aquifère doit se trouver au minimum à 3 mètres de la surface ou à 1 . mètre du pied des fondations. Il sera utile de se rendre compte si cette nappe est sujette à des fluctuations importantes ou subites.
Un sol très perméable ou un sol moyen bien drainé empêchent une trop grande évaporation de l'eau à la surface, évaporation qui ne
(1) Rislf.r et Wéry, Drainage et irrigations. Encyclopédie agricole, Paris, 1902,
peut s'obtenir que par le refroidissement de la terre et de l'air. 11 est du reste reconnu que les régions humides sont très froides.
Les sols de sable, de gravier ou de craie sont très secs. Les sols d'argile ou de marne sont humides, à moins d'être bien drainés. On ne doit, par contre, jamais construire dans les terrains tourbeux, ou sur des terres rapportées contenant des matières organiques en voie de putréfaction.
Il est indispensable de bien choisir l'emplacement, car, s'il est relativement aisé de se préserver de l'humidité pendant la construction, nous verrons plus loin qu'il est très difficile d'en combattre les effets quand elle existe.
L'orientation dépend principalement de la direction des vents dominants. En France, les vents du nord sont froids ; ceux d'ouest sont humides ; aussi les hygiénistes sont-ils d'accord avec la coutume générale pour orienter la façade principale au midi. Si l'exposition à l'est permet, dans la majorité des cas, de fournir à l'habitation un air sec et si la ventilation est-ouest est la plus efficace, la situation au midi donne, en hiver, saison où la chaleur est la plus utile, un soleil actif dans toute la chambre, tandis qu'en été les rayons solaires ne pénètrent que dans la partie proche des fenêtres, laissant le reste de la chambre dans la pénombre et la fraîcheur. Knauff (d'Hcidelberg) a déterminé que d'octobre à mai la quantité de chaleur reçue par un mur exposé au midi est supérieure à la somme des chaleurs reçues par les murs exposés à l'est et à l'ouest. L'inverse a lieu de mai à octobre, et il est évident que la chaleur est plus nécessaire pendant les saisons fraîches et froides. Les façades principales seront donc exposées au nord el au sud, ou au nord-ouest et au sudest, ou encore au nord-est et au sud-ouest sensiblement.
MATÉRIAUX. — Pour les constructions rurales, les matériaux employés sont ordinairement, avons-nous dit, ceux que Ton trouve dans le pays, soit naturels, soit fabriqués. Dans les contrées pauvres, on emploie la terre même ; dans le nord et l'est de la France, la brique, la pierre partout où il existe des carrières; enfin le bois dans les régions montagneuses et forestières.
Nous étudierons séparément les matériaux utilisés pour la construction des murs, ce qu'on appelle la maçonnerie, puis les procédés de couvertures des habitations, ensuite les enduits extérieurs et intérieurs, enfin le revêtement du sol à l'intérieur de l'habitation.
Maçonneries. — Pierres. — Les matériaux les plus employés sont les pierres naturelles et, parmi celles-ci, les pierres calcaires. Elles sont en effet très répandues; elles ont l'avantage de se travailler très facilement et peuvent donner de bonnes constructions. Il existe de très grandes variétés de calcaires, depuis les marbres, qui sont très durs, jusqu'aux travertins et aux tufs. Le grain doit en être fin et serré. Les pierres ne doivent pas être gélives, c'est-à-dire ne pas éela-
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ter par la gelée, ce qui montrerait, en outre de leur peu de solidité, qu'elles sont hygrométriques et devrait les faire rejeter. Les pierres siliceuses, généralement très dures (granit, grès, etc.), sont utilisées moins facilement : mais, dans certains pays, on n'en trouve pas d'autres; elles conviennent bien pour le pavage.
Briques. — Les briques sont formées d'un mélange artificiel d'argile et de sable, parfois aussi de chaux. On les emploie crues dans certains pays méridionaux, après une dessiccation convenable; elles ont alors le même inconvénient que le pisé, dont nous parlerons plus loin. Les briques cuites, qu'employaient communément les Romains, servent presque uniquement pour la construction dans les pays du nord de la France. Lorsqu'elles sont convenablement fabriquées, elles sont très peu hygrométriques, quoique étant assez poreuses. Elles doivent être lourdes, dures, de couleur rouge brun foncé, avoir les faces bien unies et les arêtes vives, et rendre par le choc un son clair. On fait des briques vernissées de couleurs variées, qui en revêtement concourent à la décoration des façades. On fait aussi des briques avec le laitier des hauts fourneaux mêlé à une certaine proportion de chaux.
Pisé. — Le pisé est de la terre argileuse comprimée. Il n'a que les seuls avantages d'être bon marché et d'une exécution facile. Ses inconvénients sont nombreux : peu résistant, facilement envahi par les insectes et les rongeurs, absorbant très facilement l'humidité, dont il se débarrasse avec difficulté. Aussi l'article 1"' du règlement modèle B (1) n'autorise-t-il son emploi que sur des fondations en pierres hourdées en chaux hydraulique, jusqu'à 30 centimètres au-dessus du sol. Le pisé ne devrait jamais être utilisé pour la construction des habitations; il devrait être réservé aux murs de clôture ou pour certains bâtiments, tels que hangars, abris, etc. On améliore la terre employée à la fabrication du pisé en l'arrosant avec du lait de chaux, ou en la saupoudrant de chaux en poudre.
Torchis ou bauge. — Le torchis ou bauge, encore plus économique que le pisé, est composé de terre franche. mélangée de paille hachée, de foin coupé ou de bourres de poils. Comme il n'est pas comprimé, il est moins solide et plus hygrométrique que le pisé et par suite encore plus à déconseiller.
Les bons matériaux de construction doivent être poreux, c'est-àdire contenir beaucoup d'air, mais non hygrométriques, pour ne pas être gélifs. Ils sont ainsi peu conductibles pour la chaleur et ont une capacité calorifique très faible. Ils se laissent, par suite, traverser très lentement par la chaleur, et une quantité relativement peu considérable de calorique suffit pour les chauffer; aussi, en été, ils protègent contre l'ardeur du soleil et, en hiver, ils favorisent le chauffage intérieur.
(1) Voy. Réglementation sanitaire, p. 23 2.
Mortier. — Les pierres naturelles ou artificielles sont assemblées et reliées les unes aux autres par le mortier. C'est une matière plastique composée de chaux ou de ciment, de sable et d'eau. La composition des mortiers est variable suivant l'emploi auquel ils sont destinés, la proportion de chaux, de silice, d'alumine, etc., leur donnant des qualités différentes. Ils doivent être toujours de bonne qualité et employés en quantité convenable. Les murs construits avec un mauvais mortier sont peu résistants et trop poreux. On ne doit jamais employer de mortiers de terre, si ce n'est pour la construction des fours, où la haute température désagrégerait les mortiers ordinaires.
Les mortiers aériens sont réservés aux parties de la construction ne craignant pas l'humidité : ce sont le mortier ordinaire (sable et chaux grasse) et le mortier de plâtre, dont nous parlerons lorsque nous traiterons des enduits. Les mortiers hydrauliques (chaux hydraulique ou ciment) sont d'un usage très général : ils sont obligatoires pour toutes les parties exposées à l'humidité, fondations, citernes, fosses d'aisances, fosses à purin, etc., ainsi que pour les enduits et les rejointoiements. La dessiccation des matières doit se faire lentement, afin de laisser à l'eau en excès le temps de s'évaporer et à l'acide carbonique de l'air le temps de se fixer sur la chaux pour former un carbonate insoluble Si l'eau est enlevée rapidement par la porosité des pierres ou par évaporation, le mortier se réduit en poudre ; la gelée peut aussi détruire les mortiers. Le sable de mer doit être lavé complètement avant d'entrer dans la composition d'un mortier, car il absorbe, par les sels qu'il contient, l'humidité, et les murs ne peuvent s'assécher.
Béton. — Le béton est un mélange de mortier et de petites pierres ou de cailloux. On emploie presque toujours le mortier hydraulique, et, lorsqu'il doit résister à l'action de l'eau, on met un excès de mortier hydraulique ou de ciment, afin qu'il n'y ait pas de vides dans la masse. On obtient ainsi des maçonneries imperméables, et nous le recommanderons vivement plus loin pour protéger les habitations contre l'humidité.
Bois. — Le bois, réservé ordinairement pour la charpente et la menuiserie, sert aussi souvent à l'édification de bâtiments annexes, hangars, remises, petites étables, etc. Il est encore très employé dans les pays montagneux forestiers pour la construction complète de l'habitation. Il a de nombreux inconvénients, à moins d'être choisi parmi les essences très résistantes et de n'être employé que plusieurs mois après l'abatage des arbres. Il protège mal contre les variations de température: les parois en bois sont froides en hiver et chaudes en été. La sécheresse le fendille, l'humidité persistante le pourrit, et il se recouvre de nombreuses végétations microscopiques. Il est enfin la proie facile des insectes et des rongeurs.
Traité d'hygiène. XIII. — 10
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Couvertures. — Les couvertures doivent protéger l'intérieur des habitations contre les intempéries, pluies et vent et contre les variations de température.
Les couvertures végétales en paille (chaume), en jonc ou roseaux. n'ont que deux qualités : être bon marché et donner au local ainsi recouvert une grande uniformité de température obtenue par l'épaisseur considérable (0m,25 à 0m,30) de la toiture. Elles ont, par contre, de nombreux inconvénients : durée restreinte, obligation continuelle de réparer les dégâts causés par les vents ou les neiges, risques considérables d'incendie ; de plus, elles servent de repaire aux rongeurs et aux insectes. Déjà prohibées par les compagnies d'assurances, elles sont interdites pour la couverture et la sous-couverture des maisons, granges, écuries et étables, par l'article 2 du règlement modèle B.
Les couvertures en bois ont les inconvénients signalés déjà, et, de plus, les alternatives de sécheresse et d'humidité disjoignent les planches; elles ne procurent qu'une protection momentanée et illusoire ; elles sont à condamner.
Parmi les couvertures minérales, il n'y a que les ardoises qui soient recommandables. Elles sont légères, protègent bien contre la pluie, mais pas contre les variations de température: très fragiles, elles rendent les réparations assez difficiles.
Nous ne parlerons des pierres plates employées en certains pays pauvres que pour en déconseiller l'emploi : elles sont trop lourdes, et, souvent mal assemblées, elles laissent passer la pluie et le vent.
Les couvertures céramiques sont très avantageuses, car elles présentent toutes les qualités requises pour une bonne toiture. Elles sont formées avec des tuiles qui ont les qualités et la composition des briques : elles doivent donc être très peu hygrométriques, quoique assez poreuses. Les tuiles plates doivent être régulières et non déformées : elles donnent de bonnes couvertures chaudes, mais lourdes. Les tuiles mécaniques, employées maintenant presque partout, sont légères, d'une " pose facile et donnent une toiture parfaitement imperméable. En intercalant des tuiles de verre, on peut éclairer les greniers, et des chattières en assureront l'aération. Il sera utile de garnir ces dernières d'une toile métallique pour interdire le passage des oiseaux ou des rongeurs.
Les couvertures doivent toujours être munies de gouttières, dont nous parlerons en examinant les moyens de protection contre l'humidité.
Enduits. — Lorsque la grosse maçonnerie est terminée et que le mortier est sec, au moins à l'intérieur de l'habitation, les murs sont recouverts d'un enduit destiné à obtenir une surface aussi régulière que possible et ne présentant pas d'anfractuosités dans lesquelles peuvent s'accumuler l'eau et les poussières. A l'extérieur, on se con-
tente soit d'un rejointoiement obtenu en remplissant de mortier les intervalles des pierres naturelles ou artificielles, soit d'un crépi recouvrant toute la surface.
Dans les parties basses des murs, dans les sous-sols, les écuries et •en général là où le mur peut être en contact fréquent avec l'eau, on emploie le mortier de chaux hydraulique ou de ciment.
Le mortier de plâtre, ou plâtre proprement dit, n'est employé que pour les revêtements intérieurs et les plafonds. Après dessiccation, il doit être bien blanc et présenter une surface égale et peu poreuse.
Les enduits extérieurs ne servent qu'à protéger les murs contre la pluie ; ils pourront donc varier suivant les climats. Il n'en est pas de même de ceux de l'intérieur, qui doivent, au moins dans une certaine limite, être imperméabiesou en tout cas peu hygrométriques. En effet, les murs intérieurs sont exposés partout à s'imprégner de vapeur d'eau (cuisines), ou à se souiller par les poussières ou les liquides organiques. Il est donc indispensable de pouvoir les nettoyer le plus souvent possible, de les laver même avec des antiseptiques en cas de maladies transmissibles. De nombreux travaux ont montré, en effet, que les germes infectieux peuvent garder leur vitalité sur les murs, pendant un temps variable, suivant les espèces, mais d'autant plus grand que ces murs sont plus humides et que leur surface est moins lisse.
On a donc le plus grand intérêt à revêtir les murs intérieurs d'un enduit imperméable, au moins aux endroits voisins de la surface du sol, susceptibles d'être souillés par des liquides organiques ou des déjections. On peut souvent se contenter d'imperméabiliser le mur jusqu'à lm,50 ou lm,80 de hauteur ; la partie supérieure n'est revêtue que d'un enduit de plâtre ordinaire. On a reproché aux enduits imperméables de se couvrir de buées et même de ruisseler par les temps de grande humidité ou pendant la préparation des aliments dans les cuisines. Nous considérons cet inconvénient, qui est souvent dû à un défaut d'aération, plutôt comme une qualité, car un revêtement non imperméable, placé dans les mêmes conditions, absorbera cette humidité ou cette vapeur d'eau et ne s'en débarrassera que peu à peu, en laissant pendant tout ce temps le mur froid. De plus, l'eau qui ruisselle pourra être facilement enlevée et produira, sans qu'on le veuille, un lavage de la surface, lequel assainira la chambre.
On peut obtenir l'imperméabilité en couvrant un enduit de plâtre avec plusieurs couches de peinture ordinaire et, mieux encore, faire suivre la peinture d'un vernissage; certaines peintures vernissées à base de goudron donnent le même résultat plus rapidement.
Les murs intérieurs sont aussi souvent recouverts de papiers peints, qui ont l'avantage de donner une décoration à très bon marché. Ces papiers ont des inconvénients tels qu'ils ne devraient jamais être employés à la campagne. Le plus grave est celui de ne pouvoir être
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nettoyés sérieusement, ce qui serait pourtant indispensable, étant donnée la facilité avec laquelle ils s'imprègnent de toutes les souillures. On renouvelle le papier le moins souvent possible, et son enlèvement peut, du reste, être cause de contagion lorsqu'il est opéré dans une chambre qui a été habitée par un malade infectieux. Enfin la colle qui sert à fixer le papier est éminemment fermentescible et entretient l'humidité.
Au papier peint il faut donc préférer, du moins à la campagne,, des murs badigeonnés au lait de chaux. Ce badigeon doit être fait avec de la bonne chaux, sans aucun mélange qui atténuerait son pouvoir bactéricide, et une colle de gélatine stérilisée par l'ébullition ; il doit être renouvelé tous les ans. Ces prescriptions hygiéniques sont peu coûteuses et peuvent être remplies par l'occupant lui-même à peu de frais un jour de chômage. Lorsqu'il sera procédé à un nouveau badigeonnage, on devra se garder de gratter le mur même légèrement pour enlever la couche précédente ; cette pratique , dangereuse pour les opérateurs, qui peuvent ainsi ingérer tous les germes qui se sont accolés au mur, sera avantageusement remplacée par un bon lavage à la brosse, qui sera plus efficace et tout à fait inoffensif.
Revêtement du sol. — Nous étudierons, lorsque nous examinerons les dispositions de la ferme, le revêtement du sol à l'extérieur de l'habitation ; nous voulons cependant signaler l'avantage qu'il y aurait à entourer toute la maison d'un pavage bien fait au moins sur une largeur de 0m, 50, ce qui empêcherait, par suite de tassement ou de nivellement mal fait, les eaux de pluie de venir glisser le long des murs de fondations.
Les différentes pièces de l'habitation doivent avoir un sol aussi imperméable que possible, et cela est surtout indispensable pour le rez-de-chaussée. L'article 3 du règlement modèle B interdit la terre battue. On ne peut, en effet, se trouver en de plus mauvaises conditions de salubrité qu'avec un sol capable de s'imprégner de détritus et déjections de toutes sortes, sol qu'il est absolument impossible de rendre propre et dans lequel peuvent s'établir toutes les fermentations putrides entretenues par des apporls constants de matières organiques et par l'humidité.
Les planchers sont aussi peu recommandables, au moins pour toutes les parties de l'habitation en relations faciles avec le dehors. On sait, en effet, le peu de précautions que prennent les paysans habitués au travail en plein air et par tous les temps; leurs gros souliers ou leurs sabots apportent à la maison de la terre, même du fumier et du purin. Il faut éloigner le plus rapidementpossible toutes ces souillures, et le balayage est toujours insuffisant. Le lavage, qui serait si efficace avec un sol lisse et imperméable, est long et pénible lorsqu'il s'agit de planchers; il est de plus insuffisant le plus souvent à cause des interstices plus ou moins profonds qui les par-
sèment assez rapidement, surtout dans les pièces très fréquentées.
Le sol de l'habitation, directement en contact avec la terre, devra être formé de la façon suivante : d'abord, une couche de cailloux ou de mâchefer, puis une couche de béton de quelques centimètres, enfin une couche de ciment formant dallage ou dans laquelle on noiera des carreaux ou des dalles, de façon à ce que les joints soient bien pleins. Les carreaux sont soit en terre cuite, soiten céramique; la fabrication, analogue à celle des briques, mais plus soignée, doit leur donner les mêmes qualités : surface lisse, imperméabilité, coloration variée concourant d'une façon heureuse à la décoration. Les carreaux sont d'un lavage facile et rapide, et leur couleur souvent claire oblige à ce que ce lavage soit fréquent, assurant ainsi la grande propreté du sol.
Nous sommes très disposés à recommander de généraliser l'emploi •de ces carrelages pour toutes les pièces de l'habitation, aussi bien au rez-de-chaussée qu'aux étages et même pour les chambres à coucher, ■comme cela se pratique dans une grande partie du Midi de la France.
On a beaucoup exagéré le refroidissement que peut produire un carrelage ou un dallage dans une chambre, par suite de l'impression désagréable que l'on ressent lorsqu'on y pose le pied nu. Ce refroidissement tient le plus souvent au mauvais isolement du carrelage. Vallin (1) a montré, par une expérience très simple, qu'il est négligeable. Cette expérience consistait à placer dans des conditions identiques un thermomètre entre le pied nu et divers matériaux ; l'air ambiant étant à 17° environ, les chiffres relevés furent : chêne •ciré, 27° à 28°; carreau d'asphalte, 24°; marbre, 23°. Dans les pièces communes, les chaussures protégeront suffisamment ; dans les chambres à coucher, il suffira de s'habituer à ne pas marcher pieds nus et à se chausser aussitôt levé, même avec des chaussons établis d'une façon très primitive. Ce léger inconvénient est du reste bien minime, si on le compare aux bienfaits que peut procurer un sol toujours propre, parce qu'il est facile à nettoyer.
Pour le rez-de-chaussée, on a longtemps préconisé l'établissement Centre vous. Ils jouissent maintenant dune défaveur méritée, car, s'ils permettaient d'interposer une couche d'air isolante, ils facilitaient dans cette espace libre le séjour des souris et autres animalcules et l'accumulation de poussières, de liquides, surtout lorsqu'il s'agissait de planchers. Ces poussières et ces liquides plus ou moins organiques ou organisés y étaient en constante fermentation, si bien qu'on a assimilé les amas trouvés dans les entrevous à un véritable terreau. Dans ce terreau, les germes infectieux peuvent garder leur vitalité et, par certaines circonstances, peuvent être remis en circu-
(1) Vallin, De la valeur hygiénique comparée des planchers et dallages dans les habitations collectives. Revue d'hygiène, 1898, p. 193.
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laiion, amenant ainsi la contagion. Ces entrevous ont du reste peu d'intérêt lorsqu'on établit un carrelage sur sol imperméable. Pour les étages, on remplira les entrevous avec des scories ou mieux du béton maigre.
CONSTRUCTIONS. —Nous ne pouvons, dans un traité d'hygiène, entrer dans les détails matériels des constructions, détails que Ton trouvera dans les ouvrages techniques (1). Nous devons seulement examiner les conditions nécessaires et indispensables pour assurer la salubrité de l'habitation.
Défense contre rhumidité. — Il est indéniable (2) que l'humidité exerce sur l'organisme humain une influence générale, imprécise sans doute, mais qui crée une prédisposition à la maladie ou aggrave certains états pathologiques. Lorsque les murs sont humides, ils refroidissent considérablement l'habitation, car ils acquièrent la propriété d'être meilleurs conducteurs de la chaleur, et une partie de cette chaleur est utilisée pour l'évaporation. De plus, les personnes que leurs occupations obligent à se trouver à proximité de murs humides ont la partie du corps qui avoisine le mur à une température inférieure à l'autre partie: il s'ensuit une rupture de l'équilibre thermique de l'organisme qui peut favoriser l'éclosion ou l'évolution de certaines maladies. Enfin, comme nous l'avons déjà dit, lorsqu'un mur est le siège d'une humidité habituelle et permanente, les matières organiques qui viennent à le souiller servent de milieu de culture aux germes apportés parles poussières et surtout aux germes pathogènes, qui y gardent très longtemps leur vitalité.
L'humidité est souvent rendue très apparente, surtout dans les caves, par l'apparition de taches blanchâtres plus ou moins étendues produites par la nitrification, ce qui fait dire que le mur est salpêtre. Cela arrive souvent lorsque le mur a été construit sur un terrain récemment cultivé, riche en humus et en engrais, ou un terrain rapporté chargé de matières organiques, ces terrains étant sur une couche imperméable non drainée. On peut empêcher la salpétrisation d'un mur par des badigeonnages au sulfate de cuivre (3) ; mais on ne supprime pas ainsi l'humidité.
Dans toute construction, on doit craindre l'eau venant du sol ou venant des pluies.
Malgré un bon drainage, s'il se produit une modification imprévue dans le régime des eaux souterraines, les^murs peuvent, surtout si les fondations sont assez profondes, se trouver dans un sol humide par suite de l'ascension de l'eau par capillarité. Quel que soit le terrain, il est donc recommandable d'isoler le pied du mur par un massif de
(1) Danguy, Constructions rurales. Encyclopédie agricole, Paris, 1904. — Abadie, La ferme moderne, Paris.
(2) Abel et H. Olshausen, Revue d'hygiène, 190 i, p. 952.
(3) Valhn, Revue d'hygiène, 1898, p. 289.
béton de chaux hydraulique. Cette précaution préliminaire n'est pas toujours suffisante, et on recourt aux dispositifs représentés par les figures schématiques 92 à 95.
Ils consistent à intercaler, le plus souvent au-dessus du niveau du sol une couche de matière isolante (damp-proof course des Anglais],
Fi^. 92.
Fig. 93.
Fig. 94.
Fig. 95.
Fig. 92 à 95. - Dispositifs pour éviter l'humidité venant du sol.
qui est soit une feuille de plomb, soit une couche d'asphalte, soit encore des ardoises noyées dans l'asphalte. Il est indispensable, pour obtenir le résultat cherché, que cette couche isolante soit absolument ininterrompue, et, par exemple, lorsqu'on emploie l'asphalte, que celle-ci soit étendue rapidement sur toute l'étendue du mur, de façon à n'avoir aucun raccord à faire par la
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suite ; on peut même mettre deux couches isolantes (fig. 93) Tune au-dessous du niveau du sous-sol, l'autre au-dessus du niveau du sol. On peut aussi revêtir la surface externe du mur d'une couche d'asphalte (fig. 92).
Cette précaution n'étant pas jugée suffisante, on isole complètement le pied du mur, soit par une tranchée remplie de cailloux et au fond de laquelle se trouve un drain, soit en réservant autour de l'habitation un espace libre [area){ûg. 94), qui a le grand inconvénient de devenir un réceptacle de toutes les poussières et autres matières pouvant y tomber. Cet espace libre peut être délimité par un autre mur et couvert (fig. 95), emprisonnant ainsi de l'air; on doit prévoir en ce cas l'évacuation de l'eau qui pourrait y pénétrer
„ .frises depaiyuel
^ loiU'èe traitée au
2ail de cèacicx.
deaterrepence
. -frises deparquel ou carrelaue m:.'.. ..asphalte
^ be'lon de pouzzolane
hourdis en hriaues creuses
" ' '".^enduit plaire '.
Carrelage ou parquet sur entrevous plein.
et l'aération pour assécher cet espace. C'est un mur creux avec couche isolante.
Les murs étant ainsi garantis contre l'humidité, il faut assurer la même protection au sol du rez-de-chaussée ou à celui des caves, c'est-àdire 'l'isolement le plus parfait possible de la partie de l'habitation en contact direct avec la terre (fig. 96). Nousavons indiqué plus haut qu'une couche de béton posée sur des matières poreuses, comme du mâchefer ou des briques, donnait toute satisfaction: on peut remplacer le béton par de l'asphalte, qui assure la même imperméabilité.
Les pluies, quelquefois si persistantes en certaines régions, peuvent rendre l'habitation humide, si les murs sont trop peu épais et mal protégés, ou si la toiture a été mal construite ou privée de gouttières.
Les murs doivent être suffisamment épais : Om,35 pour les briques avec enduit, 0m,45 avec les pierres. Les murs creux ont été longtemps proposés pour obtenir une protection meilleure: mais, outre que la construction en est coûteuse, il semble maintenant qu'on doute de leur efficacité et qu'on leur préfère des murs simples, recouverts d'un bon revêtement en mortier (comme dans le Nord), ou en ciment.
Il faut éviter toute saillie sur les façades; par contre, les seuils des fenêtres seront assez saillants, formant jet d'eau, avec au-dessous
une rigole ou larmier, de façon à empêcher les eaux de rejoindre la façade (fig. 97).
Les toitures doivent toujours être pourvues de gouttières, qui récoltent les eaux -et les éloignent de Fhabi-
PW\\XX\V .
Fig. 97. — Seuil de fenêtre avec larmier.
Fig. 98. — Chéneau.
tation. Lorsqu'elles n'existent pas, les eaux pluviales tombent au pied du mur, jaillissent sur le mur et s'infiltrent en suivant la ligne de
fondation. Il est toujours utile, comme nous l'avons déjà dit, de revêtir le mur, jusqu'à 0m,50 du sol, d'un enduit de ciment et de pro-
Gouttière.
Toiture en saillie.
téger les fondations par un pavage même de faible largeur. Les gouttières seront assez grandes pour recevoir les pluies les plus abondantes et posées en pente de 1 à 2 centimètres par mètre, pour
EU. IMBEAUX ET E. ROLANTS.
HYGIENE RURALE
assurer un écoulement rapide. Pour leur bon fonctionnement et leur conservation, il est indispensable de les surveiller et de les nettoyer souvent. Nous ne recommandons nullement les chéneaux (fîg. 98), qui, s'ils sont mal construits ou mal entretenus, peuvent laisser couler les eaux sur le mur. Nous préférons la disposition de la figure 99, ou mieux encore celle de la figure 101, où la gouttière est absolument indépendante du mur, à laquelle elle est reliée par des crochets.
Enfin les toitures en saillie protégeront efficacement les pignons contre les pluies (fig. 100). Cette saillie, qui peut être de 0m,80 à 1 mètre, n'a que le seul inconvénient de pouvoir être soulevée par le vent lorsqu'elle n'est pas bien retenue.
Fig. loi. — Gouttière isolée.
A toutes ces causes d'humidité, qui deviennent permanentes si on n'a pas pris les précautions indiquées, il s'en ajoute une autre, transitoire, qu'on observe toujours dans les maisons nouvellement construites, même dans les meilleures conditions. En effet, les mortiers doivent perdre par évaporation toute l'eau qui a servi à leur préparation, et le temps exigé par cette dessiccation est variable suivant le climat et suivant la saison. Il est toujours indiqué de laisser s'écouler un temps, le plus long possible, entre l'achèvement des travaux et l'occupation de la maison ; aussi existe-t-il, dans certaines villes allemandes, des règlements à ce sujet. Dans d'autres villes, les enduits ne peuvent être posés qu'un certain temps après l'achèvementdes maçonneries, ce qui assure une parfaite dessiccation du mortier à l'intérieur des murs, dessiccation rendue impossible par l'application trop rapide des enduits. Malheureusement l'impatience ou l'intérêt du propriétaire le poussent à habiter ou à faire habiter sa maison le plus tôt possible.
On peut se rendre compte, d'une façon simple et suffisamment précise, s'il est possible d'habiter une maison sans avoir à craindre les effets de l'humidité. Pour cela, on place au milieu de la chambre un large vase contenant 1 kilogramme de chaux, fraîchement éteinte, et on ferme hermétiquement portes et fenêtres. Au bout de vingtquatre heures, on pèse à nouveau la chaux, et, si l'augmentation de poids est supérieure à 1 p. 100, soit 10 grammes, on doit considérer la chambre comme humide et insalubre.
Nous avons déjà dit qu'il était plus facile de prévenir que de remédier, et cela s'applique surtout à l'humidité, car il est bien difficile souvent d'arriver à assurer l'assèchement complet d'une habitation humide. Cependant on peut améliorer cet état de choses, d'abord en recherchant les causes de cette humidité. La réfection de la toiture et la pose de gouttières suffiront quelquefois. Quand c'est du sol que vient le mal, on dégagera autant que possible les fondations,, pendant la belle saison de préférence, de façon à établir une area (fig. 94); le bas de la tranchée sera drainé pour évacuer les eaux très rapidement. Les enduits extérieurs et intérieurs des murs seront enlevés et les joints repiqués. Le tout sera laissé en l'état pendant toute la période de temps sec; on enduira ensuite de nouveau avec du mortier de chaux hydraulique, ou mieux, pour les parties basses, avec du mortier de ciment. Si cela n'occasionne pas de danger pour la solidité du bâtiment, on coulera en sous-œuvre une couche de béton hydraulique, qui sera continuée par une semelle de béton de même nature sur toute la surface occupée par l'habitation. Les sols seront par suite refaits à nouveau et les carrelages noyés dans le ciment.
Aération. — Il peut sembler superflu au premier abord de parler de l'aération pour des habitations le plus souvent isolées en pleine campagne, et cependant on a lu plus haut les doléances de ceux qui , ont vu de près la demeure du paysan. Aussi le règlement sanitaire municipal modèle B prescrit-il, par l'article 5, que toute pièce servant à l'habitation de jour et de nuit sera ventilée, aura une hauteur minima de 2m,60 sous plafond et une capacité d'au moins 25 mètres cubes.
L'air des locaux habités est rapidement souillé par la respirationr les fonctions de la peau et du tube digestif, le chauffage, l'éclairage artificiel, la préparation des aliments, la stagnation des immondices. Toutes ces causes de souillures sont multipliées par le surpeuplement, qui est la règle, comme nous l'avons vu, dans les contrées pauvres. L'air doit être par suite souvent renouvelé. Il ne faut pas proposer au paysan des installations coûteuses et compliquées, qui trouvent leur place dans les établissements collectifs, mais lui donner des moyens simples qu'il puisse facilement adopter.
L'aération se fera surtout par les fenêtres, qui devront rester ouvertes la plus grande partie de la journée dans les pièces inhabitées
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à ce moment. On obtient aussi une excellente aération par les cheminées, pourvues ou non de foyers.
C'est surtout pour la mauvaise saison qu'il est utile de prévoir, pour chaque pièce de l'habitation, un cube d'air suffisant qui, pendant la nuit, ne sera renouvelé qu'en partie. On admet que le cube d'air minimum nécessaire par individu est d'environ 15 mètres cubes ; mais il n'est pas indifférent que, tenant compte de ce minimum, on établisse des pièces très hautes. En effet, dans les salles très hautes, à moins d'avoir des orifices de ventilation à la partie supérieure, l'air chaud qui se trouve au plafond reste stagnant et se renouvelle très difficilement. C'est ce qui explique qu'en Angleterre on rencontre rarement des chambres d'une hauteur supérieure à 3 mètres.
Enfin on peut augmenter de beaucoup la quantité d'air mise à la disposition de chaque individu en faisant surmonter les portes des chambres, s'ouvrant sur un vestibule ou un couloir, d'une imposte avec fenêtre à battant mobile comme celle dont nous donnerons le dessin pour les écuries (fig. 109). Cette fenêtre mettra la chambre en communication avec les pièces inhabitées la nuit et que l'on aura ventilées souvent pendant le jour.
Nous ne saurions trop insister pour recommander de laisser les fenêtres ouvertes le plus souvent possible, et pour cela il est bon de supprimer partout l'appui qui, toujours encombré d'ustensiles ou de plantes en pots, comme dans le Nord, s'oppose à l'ouverture fréquente de la fenêtre. Celle-ci devra donc affleurer la surface intérieure du mur, ce qui de plus a l'avantage delà mieux préserver de la pluie.
Chauffage. — La France jouissant en moyenne d'un climat tempéré, il n'est pas nécessaire, au moins dans la généralité des cas, de prendre, comme dans certaines régions froides de l'Europe, de grandes précautions contre le froid, c'est-à-dire murs très épais, fenêtres et portes doubles, etc. ; ni contre la trop grande chaleur. De plus, habitué à vivre au dehors et par tous les temps, le paysan est peu sensible au froid.
Presque toujours l'habitation de l'ouvrier agricole, comme celle du petit cultivateur, ne comporte qu'un seul foyer, qui sert en même temps pour le chauffage et la préparation des aliments. Examinons donc les coutumes actuelles pour en découvrir les avantages et les inconvénients.
A part quelques rares exceptions, on ne rencontre à la campagne que les cheminées, fourneaux et poêles, et le chauffage se fait par combustion de bois ou de houille.
La cheminée plus ou moins monumentale de nos pères existe encore partout où le bois peut se trouver facilement et à bon compte. A l'aide de crémaillère ou de trépied, on peut chauffer les récipients contenant les aliments: mais, pour le chauffage proprement dit, on a un bien mauvais résultat, car on ne peut guère récupérer dans la
pièce plus de 10 p. 100 des calories dégagées par la combustion. Cependant les cheminées sont suffisantes dans les contrées où les hivers ne sont pas rigoureux, et la gaîté qu'une belle flambée ajoute à l'intérieur compense en partie le peu de chaleur qu'elles répandent. Étant mauvaises pour le chauffage, les cheminées sont excellentes pour la ventilation; en effet l'appel d'air considérable qui s'engouffre dans le tuyau de fumée et entraîne avec lui toute la chaleur renouvelle d'une façon effective l'air de l'habitation.
Les cheminées sont souvent fumeuses lors de l'allumage ou lorsqu'on ranime le feu presque éteint. Cela tient à deux causes : la première est presque toujours la mauvaise construction de la cheminée; la deuxième, la grande quantité de fumée que donne le bois en s'allumant.
Une cheminée, pour être bien construite, ne doit pas être trop vaste; ses dimensions seront établies de telle sorte que la hotte ait, à partir du manteau, la forme d'un entonnoir, pour que l'air qui passe devant le l'eu trouve un dégagement facile et direct vers le conduit de fumée.
Les fumées, si abondantes pendant l'allumage, sont facilement évacuées par le conduit de fumée, si on prend soin à ce moment de mettre un écran de tôle devant la cheminée. En effet, les premières fumées, en s'engageantdans le conduit d'évacuation, s'y refroidissent et retombent dans la pièce; au contraire, si le courant d'air est restreint, il s'échauffe plus facilement; il en est de même du conduit, et le tirage est immédiatement établi.
Il est très dangereux d'abandonner dans une cheminée un feu que l'on n'a pu allumer, car la fumée et les gaz qui se sont accumulés dans le conduit de fumée se refroidissent et retombent dans la chambre, pouvant ainsi causer l'asphyxie et la mort, comme l'ont prouvé de nombreux accidents.
Les fourneaux ne sont que des cheminées dont l'àtre est surélevé et où le combustible, bois ou charbon, est déposé sur une grille au fond d'un foyer. Ils doivent toujours être surmontés d'une hotte, comme les cheminées. On a malheureusement tendance à croire que la braise, le coke et certains charbons, dégageant peu de fumée, sont inoffensifs: au contraire, ils produisent, autant que les autres combustibles, de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone, gaz très dangereux qu'il faut éloigner aussitôt leur production.
Les poêles des habitations rurales sont toujours à feu intermittent; nous passerons donc sous silence les poêles à feu continu, siYépandus dans les villes. Les poêles utilisent le plus souvent la houille comme combustible ; ils sont de formes très variées, mais un seul modèle est presque partout employé, c'est le poêle en fonte avec ou sans four, dit poêle flamand (fig. 102).
On a beaucoup médit de ces poêles, car on sait que la fonte portée au rouge laisse passer les gaz de la combustion, souillant ainsi l'air
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respiré. C'est évidemment un grave défaut de ces appareils; mais on remarquera qu'il n'est nécessaire de faire un si grand feu que pour la préparation des aliments (à ce moment, l'air est souvent renouvelé par les allées et venues de la ménagère), et qu'en d'autres temps il n'est nul besoin de porter le poêle au rouge pour obtenir une température convenable dans la pièce, du moins si l'habitation est sèche et bien construite. Il ne faut pas oublier que le rendement calorifique des poêles est très supérieur à celui de la cheminée : il varie de 70 à 75 p. 1 00. Dans le but de remédier au principal inconvénient des poêles, on a proposé de revêtir l'intérieur du foyer avec de la terre réfractaire; la fonte ainsi protégée ne sera pas portée au rouge et, par suite, sera imperméable aux gaz. Mais cette couche protectrice est très longue
à se chauffer et, par
suite, à laisser rayonner la chaleur autour d'elle.
Elle ne peut être employée pour les poêles à feu intermittent, car elle est de peu de durée. En effet, le feu y est tout à fait irrégulier : doux en dehors des repas, il est très ardent au moment de la préparation des aliments; les tisonnages violents à ce moment détériorent rapidement la terre réfractaire, surtout lorsqu'on veut en détacher les mâchefers qui y adhèrent. Les réparations fréquentes et coûteuses en interdisent la généralisation. On a aussi beaucoup vanté les poêles de faïence, qui sont formés presque toujours d'un foyer en fonte entouré de briques réfractaires et de carreaux de faïence. Dans ce • cas, on a tous les inconvénients d'un poêle de fonte ordinaire, car les joints des briques ne tardent pas à s'effriter et à laisser passer les gaz issus du foyer, et de plus on ne peut se rendre compte de l'état de la fonte, qui'est ainsi portée plus facilement au rouge. Si le foyer est tout en briques, les dangers sont bien plus grands, car il n'y a plus aucune imperméabilité, même à basse température.
Nous ne croyons pas, comme on l'a dit, qu'il faille proscrire le poêle en fonte, et, le voulut-on, on ne saurait proposer un autre appareil aussi peu coûteux et rendant autant de services à la campagne ; aussi serait-il préférable d'apprendre au paysan à s*en servir mieux et à éviter le plus souvent possible de le faire rougir.
Il faudrait surtout lui persuader de renoncer à l'emploi de la clef.
Fig. 102. — Poêle spécial pour ferme (Godin).
C'est une plaque de tôle qui, placée dans le tuyau de fumée, peut intercepter plus ou moins le tirage. Lorsque le feu est trop ardent, si on ferme cette clef pour le modérer, les gaz de la combustion se répandent dans la pièce et peuvent causer des malaises quelquefois très graves. La clef est non seulement un instrument dangereux, mais elle est de plus inutile, car il est beaucoup plus simple de mettre sur le feu quelques fines cendres, qui le modèrent très rapidement, sans diminuer en aucune façon le tirage et par suite l'évacuation des gaz nuisibles.
Le chauffage est intimement lié à l'aération, car, quoi qu'on fasse, il se dégage toujours à certains moments des gaz de combustion, et c'est surtout dans les soirées d'hiver, lorsque portes et fenêtres sont bien closes, que l'atmosphère de l'habitation peut devenir malsaine, si on n'y prend pas garde. La première règle est que tout appareil de chauffage doit être relié à un conduit de fumée qui rejette au dehors tous les produits de la combustion ; cela fait condamner les braseros et autres appareils portatifs. Ensuite les conduits de fumée seront droits sans aucune déviation qui pourrait gêner l'ascension des gaz, et ils ne devront desservir qu'un seul appareil.
Les chambres à coucher peuvent le plus souvent n'être chauffées que sur la recommandation du médecin, en cas de maladie. On peut en augmenter la température en disposant les cheminées non contre les pignons, comme cela se fait trop souvent, mais au centre de l'habitation, contre un mur de refend, comme nous le verrons lorsque nous étudierons la disposition des pièces. Ces tuyaux devront s'élever à 40 centimètres au moins au-dessus du laite de la maison.
La constitution des murs joue un rôle considérable dans la thermalité, eton a recommandé de les recouvrir d'enduits très mauvais conducteurs de la chaleur : mais cela n'est applicable que dans les constructions relativement luxueuses, et il y a peu de chances pour qu'il en soit ainsi pour les habitations économiques du paysan.
Éclairage. — Les habitations rurales, très peu élevées pour la plupart, souvent isolées, seraient éclairées de jour abondamment par la lumière solaire, si le détestable impôt des portes et fenêtres n'incitait le pauvre cultivateur à boucher ses fenêtres ou à ne pas en ouvrir.
La lumière solaire est pourtant indispensable à la vie ; elle exerce sur l'organisme humain directement ou indirectement une action bienfaisante, et surtout lorsqu'elle est directe, elle exerce une action épuratrice sur les germes de l'air et des eaux. Enfin on peut dire que, mieux une pièce sera éclairée, mieux elle est entretenue en étal de propreté. « Un local sombre est presque toujours mal tenu, et, dans une chambre, les coins où la lumière ne pénètre pas librement sont moins bien nettoyés, se transforment en réceptacles de poussières et deviennent une source d'altération pour l'air » (Putzeys).
Les chambres à coucher doivent recevoir les ravons directs du
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soleil ; il n'en est pas tout à fait de même des pièces où on travaille surtout à des ouvrages délicats, car la lumière directe du soleil est peu favorable à l'exercice de la vue. Il est préférable d'éclairer abondamment, dans ce dernier cas, par la lumière solaire diffuse.
Pour pouvoir soumettre l'intérieur de l'habitation à un ensoleillement ou à un éclairage diffus abondant, il faut que les fenêtres soient larges, qu'elles montent à très faible distance du plafond et qu'elles descendent jusque 0m,80 à 0m,90 du sol. On admet que le rapport entre la surface vitrée donnant accès à la lumière et la surface du plancher doit être de 1/6 environ.
On a recommandé de munir les fenêtres d'auvents dans le but de mieux les protéger contre les pluies ; nous pensons qu'on ne doit recourir à ce moyen que le plus rarement possible, car il supprime souvent complètement tout ensoleillement ; il serait préférable d'orienter la maison de façon que le pignon, exposé principalement aux pluies, ne contienne aucune ouverture.
Pour se préserver des rayons directs trop ardents, surtout au midi en été, les persiennes doivent être seules employées, car les jalousies et les stores masquent toujours, même lorsqu'ils sont relevés, la partie supérieure de la fenêtre, par laquelle entrent les rayons qui pénétreront plus profondément dans l'intérieur de la pièce.
La lumière artificielle, nécessaire la nuit, doit être assez intense pour ne pas fatiguer l'organe de la vision, surtout lorsqu'elle est employée pour permettre un travail délicat. C'est une exigence qui est rare à la campagne, où, par raison d'économie, on travaille peu la nuit: aussi les produits de combustion des foyers lumineux sont-ils souvent peu à considérer. Il est cependant à recommander d'éviter l'emploi de lampes fumeuses, qui déversent dans l'atmosphère des gaz délétères*
L'éclairage artificiel dans les communes rurales est obtenu presque partout par les lampes à huile minérale, quelquefois par des lampes à alcool ou par l'électricité. Nous ne conseillons pas d'y ajouter l'éclairage à l'acétylène, car, mal installé ou mal conduit, il peut produire l'incendie ou l'intoxication. L'éclairage au pétrole, qui a remplacé l'éclairage à l'huile ordinaire, sera lui-même remplacé par l'éclairage à l'alcool lorsque les lampes à alcool seront devenues plus simples et moins coûteuses: c'est le pétrole qui en brûlant fournit le plus d'acide carbonique.
Enfin certaines contrées montagneuses utilisent déjà maintenant la houille blanche (les chutes d'eau) pour produire l'électricité à très bon compte, qui leur donne l'éclairage le plus hygiénique, puisqu'il est produit avec un échauffement très faible et sans laisser de produits de combustion dans l'air.
HABITATION DE L OUVRIER AGRICOLE. — Nous pouvons maintenant coordonner les notions que nous venons d'exposeret, pour
ia-161
cela, étudier un type d'habitation. Loin de nous la prétention de créer un modèle applicable partout ; mais nous pensons que les principes qui vont nous servir de base peuvent être suivis le plus souvent pour l'édification d'une maison salubre.
L'habitation doit comprendre non pas une seule pièce, comme cela existe encore trop souvent d'après les témoignages rapportés plus haut, mais plusieurs pièces. Les familles sont souvent nombreuses à la campagne: il serait donc désirable qu'il y ait trois chambres à coucher : une pour les parents, une deuxième pour les garçons et la troisième pour les filles : ceci a été demandé bien souvent.
Ces chambres à coucher seront toujours absolument indépendantes de la cuisine, qui sert en même temps de salle à manger et de salle commune. Ces différentes chambres ont en outre l'avantage d'éviter la trop grande promiscuité des sexes, celui de pouvoir isoler un
malade, ce qui importe
, , , ,.J ;4, cuisine; B, C, D, chambres; E, cave ; F, vestibule;
surtout lorsqu il est G) G^ cheminées; tf, fosse d'aisances; /, puits; K, ci- COntagieuX et d'autant terne; />, trottoir; M, jardin; JV, terrasse, plus que certains villages sont très éloignés d'hôpitaux ou que les communes pauvres ne peuvent payer les frais d'hospitalisation de ces malades.
Dans une enquête faite en Angleterre auprès d'un grand nombre de femmes d'ouvriers agricoles (1), ce nombre de quatre pièces, dont trois chambres, était désiré ; déplus, on souhaitait une salle plus
Fis. 103.
Maison d'ouvrier agricole, de-chaussée.
Plan du rez-
(1) Constance Cochratve, Sanitary Record, 5 octobre L905. TnAiTi': d'hygiène. XI
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petite que la cuisine pour recevoir les parents ou amis, où le* enfant puissent travailler après la classe, le mari se reposer tranquillement le soir, les convalescents être à l'abri des allées et venues fréquentes de la cuisine, etc. Bien que cela soit tout à fait désirable, il nous semble y avoir lieu de s'en tenir à notre premier nombre de quatre pièces.
Les plans des figures 103, 104, 105 nous donnent une maison de ce type. Établissons de suite que la maison comprendra un étage, cela sera plus sain et moins coûteux.