‹ Traité d'hygiène (volume 4)Chapitre 5 sur 49 · I. — SALUBRITÉ DE L'ATMOSPHÈRE A LA CAMPAGNE; FUMÉES ET POUSSIÈRES · texte numérisé non relu

I. — SALUBRITÉ DE L'ATMOSPHÈRE A LA CAMPAGNE; FUMÉES ET POUSSIÈRES

Il y a peu de chose à dire sur ce sujet : les campagnes, largement ouvertes à tous les vents, jouissent précisément d'un air pur et constammentrenouvelé. La végétation, les forêts surtout, y travaillent chaque jour à la régénération de l'oxygène et à l'absorption de l'acide carbonique par l'exercice de la fonction chlorophyllienne. Toutefois il est difficile par des dosages, du reste très délicats, de mettre en évidence une plus forte proportion d'oxygène à la campagne qu'à la ville : ce qui apparaît seulement avec une grande netteté, c'est la forte teneur de l'air des villes en acide carbonique (A. Gautier a trouvé que 108 litres d'air à Paris contiennent 30ms,25 d'acide carbonique ; le même volume d'air en rase campagne n'en contient que 3mg,44, soit dix fois moins).

Il est difficile également de dire si l'ozone joue un rôle sanitaire important. Il semble être plus abondant à la campagne qu'en ville, mais cela tient peut-être simplement à ce qu'il y a moins de matières organiques susceptibles de le détruire. C'est à la même cause sans doute (peut-être aussi en partie à l'oxydation lente des résines des sapins) que l'air des montagnes doit d'être plus chargé d'ozone. Quoi qu'il en soit, les teneurs sont si faibles qu'elles ne peuvent avoir aucune action sur les microbes, ni aucune relation avec les épidémies (contrairement à l'opinion de quelques savants qui avaient cherché une coïncidence entre les variations de l'ozone et certaines affections, notamment la grippe).

La teneur en ammoniaque, un peu supérieure en ville qu'à la campagne, ne paraît avoir aucune conséquence.

Au point de vue thermal, l'atmosphère à la campagne est généralement plus fraîche qu'en ville, et ladifférence peutatteindre quelques degrés. Elle tient, l'hiver, au réchauffement que produisent les nombreux foyers urbains et, en tout temps au manque de renouvellement de l'air des rues emprisonné dans le damier des hautes bâtisses de nos villes modernes. Ici encore pas de conséquence directe bien sensible.

L'humidité de l'air est-elle différente en ville ou à la campagne? C'est également difficile à dire et sans influence sur la santé publique- On peut cependant signaler comme un fait acquis la plus grande humidité de l'air au-dessus des forêts : la transpiration des feuilles y produit une colonne d'air plus humide el plus froid, qui se faitsentir, au dire des aéronautes, jusqu'à 1 500 mètres de hauteur, et c'est cette colonne qui arrête et refroidit les vents pluvieux et cause l'augmentation des précipitations atmosphériques relevée au-dessus des

massifs boisés. Cette augmentation n'est pas négligeable, car elle atteint parfois jusqu'à 1*2 et même 20 p. 100 : certains pays, comme la Tunisie et l'Algérie, ont vu, à la suite du déboisement en grand pratiqué si stupidement par les Arabes, la hauteur des pluies annuelles diminuer notablement et la région devenir plus aride et plus désertique.

La pureté de l'air à la campagne peut être troublée localement par diverses causes, généralement les mêmes qu'en ville : ce sont les fumées, les odeurs et les poussières.

Les foyers des maisons rurales sont trop épars et trop peu intenses pour causer une nuisance. Il n'en est pas de même des foyers industriels, qui s'installent en certains points et suffisent parfois à obscurcir le ciel tout autour : mais nous retombons ici dans l'hygiène industrielle, la question des fumivores, de la bonne conduite des foyers par des chauffeurs expérimentés, celle des établissements -classés, etc. : nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur (1).

De même pour les odeurs et les poussières qui proviennent d'industries nuisibles pour le voisinage. Certaines odeurs industrielles s'étendentparfois sur de très grandes étendues : telle est l'odeur dite de Paris, qui provient, comme on sait, du traitement des superphosphates dans les usines d'Aubervilliers; telle est aussi l'odeur qui résulte parfois de la cuisson d'argiles pyriteuses pour faire des briques. Quant aux odeurs rurales proprement dites, fumiers, purins, écuries et porcheries, silos, etc., elles résultent toutes de la décomposition ou de la fermentation de substances organiques, et il est facile de les éviter complètement par de simples mesures de propreté : -elles ne s'étendent du reste qu'à peu de distance de l'objet incriminé.

En dehors des poussières industrielles, il est. pour certaines campagnes une plaie nouvelle : c'est la poussière que fait sur les routes le passage des automobiles. Sur certaines routes, au voisinage des grandes villes notamment, les nuages de poussière soulevée par ces véhicules sont si fréquents et si intenses que les habitants des maisons riveraines (et même un peu reculées) ne peuvent plus ouvrir leurs fenêtres; les arbres sont gris de poussière, l'air en est irrespirable : en outre, il va sans dire que les microbes de toutes sortes, qui étaient pour ainsi dire collés au sol, sont mis en suspension avec les autres particules soulevées et pénètrent aussi dans les appartements et dans l'organisme humain.

La lutte contre la poussière des rues et des routes s'impose donc. Nous renverrons à ce qu'en dit Courmont (2) ; malheureusement,

(1) Voy. Lrclerc de Pulligny, Boulin, Courtois-Suffit, Lévy-Sirugue et J. Courmont, Hygiène industrielle, fascicule Vil du Truite d'hygiène de Brouardel, Chantemesse et Mosny.

[-2) Voy. Courmont et Lesieur, Atmosphère et climats, fascicule I du Traité d'hygiène de Brouardel, Ghantemesse et Mosny.

les remèdes préconisés, arrosage fréquent, pétrolage, westrumite, goudronnage, coûtent fort cher, — trop cher pour pouvoir être appliqués sur de grandes longueurs à la campagne. On doit en tout cas faire quelque chose pour la traversée des villages.

Enfin, en terminant, nous rappellerons que la pureté habituelle de l'atmosphère à la campagne n'empêche pas que souvent le paysan respire un air malsain, un air confiné dans les maisons, cabarets, lieux de réunions, etc. Cela tient aux défectuosités des habitations rurales, sur lesquelles nous reviendrons en détail plus loin (Voy. page 114), et aux habitudes du paysan qui, ayant été au grand air toute la journée, semble avoir à cœur de s'enfermer la nuit ou le dimanche dans des chambres étroites, hermétiquement closes et surchauffées en hiver.

IL - ASSAINISSEMENT DU SOL : CORRECTION DES EAUX NUISIBLES, DESSECHEMENT DES MARAIS, DRAINAGES.

Le sol agit sur la santé publique spécialement par l'intermédiaire des eaux, soit des eaux qui séjournent à sa surface, soit de celles qui descendent dans la profondeur et forment les nappes souterraines alimentant elles-mêmes les puits et les sources. En ce qui regarde les eaux de surface, le sol intervient par deux caractères importants : d'une part, la déclivité, qui résulte de la topographie; d'autre part, le degré de perméabilité, qui résulte de la nature géologique des terrains.

La vitesse de ruissellement de l'eau, faible ou forte, est la conséquence de ces deux termes : lorsque cette vitesse est nulle ou très petite, on dit que l'eau stagne, et ce sont les eaux stagnantes qui sont précisément les plus nuisibles à la santé des habitants voisins.

Nous ne reviendrons pas sur la nature géologique du sol, dont De Launay et Bonjean ont longuement parlé au fascicule II du présent ouvrage (1), et nous prendrons seulement pour tâche l'étude des moyens propres à assainir le sol, ce qui veut dire presque exclusivement à Yassécher.

L'eau en excès est nuisible de deux manières : en premier lieu, lorsqu'elle occupe une partie de la surface, où elle constitue des marais, lagunes, tourbières, rendant la région sinon inhabitable, du moins très insalubre : en second lieu, lorsque, sans être visible au dehors, elle imbibe le sol jusqu'à une hauteur telle qu'on en est incommodé, en d'autres termes lorsque la nappe phréatique se maintient trop près de la surface. En effet, dès que le niveau de cette nappe est à moins deOm,50 de profondeur, l'eau envahit la fondation, monte par Capillarité dans les murs des édifices et entretient dans les habitations

(1) Voy. De Launay, Martel, Ogier, Bonjean, Le Sol et l'Eau, fascicule II du Traité d'hygiène de Brouardei;, Chantemesse, Mosny.

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