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PROTECTION SANITAIRE

La protection sanitaire, telle qu'elle résulte des enseignements acquis par l'observation scientifique des faits, devient des plus simples et doit s'exercer non seulement comme on l'a cru longtemps, pour les ports de mer, mais aussi pour les villes d'intérieur. Toute agglomération importante, nous le savons, est exposée à la fièvre jaune, si le virus y est apporté et s'il peut s'y conserver. Ces conditions ne sont qu'accidentellement réalisées pour les villes situées en dehors de la zone limitée au nord et au sud par les isothermes de 20°, soit pendant la durée de l'été, soit pendant seulement quelques jours. Sans doute les ports de mer, en plus du danger qui résulte, comme pour tout autre centre de population, du voisinage terrestre d'une ville infectée, ont aussi à redouter les germes que peuvent convoyer avec eux les bateaux provenant de

'•!'• E. MARCIIOUX. — FIEVRE JAUNE.

pays contaminés. Mais ce serait une erreur de croire que la fièvre jaune vient toujours de la mer. Pour les pays situés dans la zone tropicale, il arrive au contraire fréquemment que le danger est du côté de l'intérieur.

En particulier pour cette vaste région de l'Afrique, où nous avons dénoncé la présence d'un foyer endémique flottant, pour tout ce vaste territoire compris entre le Sénégal, le Niger et l'Océan, la fièvre jaune se déplace d'année en année soit de l'intérieur vers la côte, soit du sud vers le nord ou de l'ouest vers l'est et reste un danger local dont il faut craindre la venue de tous les côtés. Même pour la zone tempérée, les épidémies du sud de l'Espagne nous ont appris que la fièvre jaune pouvait prendre la voie terrestre pour gagner du terrain. Les mesures à appliquer diffèrent suivant qu'il s'agit de pays où ne vit pas le Stegomyia ou bien de villes dans lesquelles cet insecte existe.

Prenons le cas d'un port de mer. Puisque le port en plus des risques que la ville d'intérieur encourt en a qui lui sont propres, nous aurons forcément donné la ligne de conduite à tenir dans les deux cas.

S'il n'y a pas de Stegomyia dans le port où fait escale un navirevenant de pays proches et contaminés, les précautions à prendre se borneraient à détruire les moustiques qui peuvent se trouver à bord. Les malades pourront débarquer, comme les personnes en santé, et être soignés soit à domicile, soit dans les salles communes des hôpitaux, sans faire courir aucun danger aux habitants.

Si le Stegomyia catopus existe à terre, les mesures à prendre se compliquent singulièrement. Non seulement il faut détruire les insectes que le bateau peut convoyer, mais on doit isoler les malades, s'il s'en trouve, dans des compartiments étanches aux moustiques. Le bateau restera mouillé au large; les passagers qui débarquent seront mis en observation, soit à bord, soit dans un lazaret, protégé par des toiles métalliques, jusqu'à ce que toute chance d'infection ne soit plus à craindre.

Pour fixer la durée de cet isolement, il convient d'être bien fixé sur la période d'incubation de la maladie.

Les cas expérimentaux nous ont appris que la fièvre jaune sedéclare généralement dans un laps de temps variant de quarante et une heures à six jours après la piqûre infeclante. Mais on connaît des cas authentiques et bien vérifiés de Typhus amarilse montrant après dix et onze jours d'incubation. La maladie, dans quelques cas expérimentaux, n'a même éclaté que treize jours après l'infection. Si l'on veut être à l'abri de toute chance de contagion, il faudra donc garder les personnes suspectes au lazaret pendant une période de treize jours. Ce qui revient en somme à imposer treize jours de prison à des innocents.

Ces procédés de défense nous semblent barbares et dignes du

PROPHYLAXIi:. 1?— 415

moyen, âge. On doit être aujourd'hui plus soucieux de la liberté individuelle. L'application de pareilles mesures entraîne fatalement des tentatives de fraude, qu'il faut réprimer sévèrement, ou l'abandon par les navires de ports si peu hospitaliers.

Une seule règle est recommandable qui évite toutes ces pratiques surannées. Elle consiste à placer tout port soucieux de son développement commercial dans la situation d'un pays où le Stegomyia calopus n'existe pas. La destruction préventive des larves est un moyen sûr et radical d'éviter la fièvre jaune. Mais il est indispensable aussi que le service, une fois créé, ne soit pas suspendu. La surveillance ne doit pas se relâcher; seule, elle peut lutter contre la négligence et l'oubli fatal des règles les plus élémentaires, quand l'autorité n'en rappelle pas constamment l'observation.

Les brigades sanitaires doivent exister et fonctionnernon seulement dans les pays à vomilo negro, mais encore dans tous les centres menacés d'une introduction de la maladie. Ports de mer et villes d'intérieur doivent s'organiser comme les endroits où règne déjà la fièvre jaune. Cette lutte contre les moustiques, si elle est généralisée et bien appliquée, éduquera les populations. Elle leur apprendra, chose qu'elles semblent ignorer, que les moustiques constituent une vermine comme celle dont il paraît à tout le monde élémentaire de se garantir. Espérons qu'un jour viendra où l'on fuira une ville, une maison à moustiques, comme on fuit aujourd'hui une chambre à punaises. Ce jour-là l'hygiène des pays chauds aura fait un progrès considérable.

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