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ORGANISATION DU SERVICE

Uïi service de prophylaxie bien organisé nécessite toujours l'emploi d'un personnel spécial bien éduqué. Ce personnel sera d'autant plus nombreux que le territoire à surveiller sera plus étendu. Le chiffre de la population qui l'occupe n'importe guère plus que les dimensions du terrain, car la surveillance doit s'exercer non seulement dans les maisons, mais aussi dans les terrains vagues intra ou péri-urbains. S'il s'agit de lutter contre une épidémie, on doit admettre qu'il faut employer cinquante hommes par kilomètre carré ou 20 000 habitants. Il faudra un peu moins de monde pour assurer la prophylaxie préventive.

Ce personnel, sous les ordres d'un chef bien renseigné, sera partagé en équipes placées sous la direction d'un médecin ou d'un garde sanitaire très au courant.

Les fonctions ne sont pas les mêmes pour toutes les équipes. Les unes recherchent les malades et transmettent au siège central les renseignements qu'elles obtiennent sur les cas suspects, au fur et à mesure qu'elles les recueillent.

Les autres évacuent les malades, pratiquent l'isolement à domicile et détruisent les moustiques adultes.

Les dernières visitent les maisons, y recherchent les larves, en font disparaître les immondices et surveillent les dépôts d'eau.

L'éducation du personnel doit être faite rapidement, à l'aide de conférences pratiques et d'exercices bien dirigés. La recommandation la plus importante à faire aux hommes que le service sanitaire envoie dans les maisons est la courtoisie. Il n'y a pas d'hygiène efficace sans l'aide de la population à protéger.

En aucun cas, les mesures ne doivent présenter un caractère vexatoire, et le chef, au contraire, s'ingéniera à rendre service aux habitants des maisons qu'il fait visiter. S'il dispose d'un budget suffisant, la chose lui sera la plupart du temps facile, puisqu'il pourra faire exécuter sans en exiger le remboursement de petites réparations utiles à l'hygiène.

Agents de renseignements. — Les équipes de renseignements

E. MARCHOUX. - FIEVRE JAUNE.

a'enquièrenl discrètement de l'étal de santé des habitants dans te quartier qu'elles visitent et signalent aux médecins sanitaires tous les cas de maladies fébriles dont ils apprennent l'existence. Chaque jour ils recueillent des médecins traitants les notifications des cas de maladies contagieuses que ceux-ci découvrent dans leur clientèle.

Agents d'isolement et de destruction des insectes adultes. — Les équipes chargées d'isoler les malades les évacuent sur des

hôpitaux spéciaux, si l'isolement à domicile est impossible.

L'évacuation doit se faire dans des voitures d'ambulance spéciales, munies de fenêtre grillées de toile métallique fine. La toile métallique qui arrête sûrement le Slegomyia mesure lmm,5 de maille.

Les hôpitaux d'isolement, comme les voitures d'ambulance, sont protégés à toutes leurs ouvertures par des écrans qui arrêtent les moustiques. Les portes d'entrée sont garnies de tambours à deux portes, dont l'ouverture simultanée est rendue impossible par un système quelconque. Le plus employé est un appareil à contrepoids qui est amené à bout de course par l'ouverture d'une seule porte. Si le plafond est trop élevé pour permettre une surveillance exacte des parois et la destruction régulière des moustiques qui ont franchi les barrières placées aux ouvertures, si la disposition des orifices de ventilation ne permet pas de les protéger, si l'hôpital est un bâtiment de fortune et provisoire, il peut être avantageux d'employer, au lieu des écrans métalliques ou en tulle, des chambres portatives comme il en existe dans le commerce. La maison Tourneur a construit une chambre moustiquaire qui permet de mettre, où qu'il soit, un malade à l'abri des moustiques (fig. 180).

Quand le malade désire ne pas quitter son domicile et que la disposition de celui-ci permet de faire droit à sa demande, le personnel sanitaire qui s'est présenté pourvu du matériel convenable dispose le local. Les fenêtres sont garnies d'écrans en toile métallique; la porte est munie d'un tambour portatif qu'on adapte au chambranle avec des toiles. Les deux portes de ce tambour sont, comme nous l'avons dit plus haut, pourvues d'un système qui en empêche l'ouverture simultanée (fig. 179). D'ailleurs un garde sanitaire est laissé en sentinelle pour veiller au bon fonctionnement de l'appareil.

Fig.. 179. — Tambour portatif pour l'isolement.

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Le reste du personnel se dissémine dans la maison et dispose chaque pièce pour la destruction des moustiques qui s'y trouvent;

après avoir fermé toutes les issues, collé des bandes de papier sur les fissures des parois, recouvert les cheminées et les courettes de toiles et de papier, il brûle soit du soufre à la dose de 8 grammes, soil de

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la poudre depyrèthre à raison de 2 grammes, soit encore 20 grammes de feuilles de tabac par mètre cube.

Le soufre tue les moustiques ; il n'y a qu'à le laisser agir pendant qu'on continue le travail ailleurs. Quand on craint qu'il ne cause des

(1 ('liais, on a recours au pyrèthre ou au tabac. La fumée dégagée par ces substances est susceptible de tuer quelques Slegomyia, mais en général elle n'exerce pas une action aussi énergique. Elle stupéfie les insectes et les fait tomber sur le sol, où on les ramasse au balai pour les brûler. Une faut pas laisser les vapeurs agir pendant plus d'une heure : Faction stupéfiante aurait cessé et les insectes seraient réveillés.

Toute la maison est ainsi traitée; la chambre seule du malade est réservée. Quand celui-ci est guéri ou décédé, elle est fumigée à son tour.

Pour être efficaces, les mesures de protection ne doivent pas être limitées à la demeure du fébricitant, mais étendue aux locaux environnants.

La présence d'un cas de fièvre jaune laisse supposer qu'il existe dans le quartier des Slegomyia infectés. D'autre part, un certain nombre de ceux qui ont piqué le malade avant l'arrivée des gardes sanitaires ont pu s'enfuir et chercher un refuge dans les bâtiments voisins.

En allant assez vite et en opérant rigoureusement, on évite qu'un malade déclaré donne naissance à un foyer. Si tous les jauneux étaient connus, ces seules mesures suffiraient à faire disparaître la maladie. Mais on a vu comment, en dépit des précautions les plus strictes, un certain nombre de cas légers doivent passer inaperçus. Combien d'enfants, combien d'adultes vaccinés sont susceptibles de receler le virus, sans qu'on puisse en être prévenu. Il faut donc compléter la prophylaxie qui s'adresse au malade par un certain nombre de mesures dirigées contre les Slegomyia.

Agents de destruction des larves. — Le Slegomyia est un intermédiaire indispensable au transport du virus ; c'est à lui qu'il faut s'attaquer. Le danger disparaîtra avec l'insecte. Ses mœurs simplifient le problème. C'est un citadin, nous le savons, un moustique domestique pour ainsi dire. 11 dépose ses œufs dans des endroits faciles à atteindre ; ses larves sont commodes à détruire.

Les équipes d'agents mousliquiers se partagent la ville et visitent toutes les maisons chaque semaine. Nous savons que, dans ce court intervalle, les œufs n'ont pu donner naissance à des insectes parfaits. On est donc sûr de trouver toutes les générations nouvelles aux stades sédentaires de larves ou de pupes.

C'est dans la recherche de ces gîtes qu'il faut savoir dépenser le plus d'ingéniosité, et c'est à ce service qu'il convient d'attacher les agents techniques les plus habiles et les plus exercés. Le moindre dépôt d'eau doit être découvert. La visite de la maison depuis la

toiture jusqu'à la cave et à la fosse d'aisances s'impose absolument. Les chenaux de descente d'eau, fréquemment encombrés par les herbes, les feuilles ou les débris de toutes sortes, constituent sou veut des réceptacles où chaque pluie collecte un peu d'eau. C'est dans la visite de ces canaux de conduite, dans celle de la toiture et des vases ornementaux que l'agent sanitaire peut être utile au propriétaire de la maison, en effectuant les petites réparations urgentes. La récolte et l'éloignement des immondices écartent du même coup un grand nombre de récipients hors d'usage, qui sont devenus des gites à larves. La visite des bananeries voisines des maisons et des plantes ornementales des jardins ne doit pas être négligée. Quelque pénible que puisse paraître la nécessité de faire disparaître une plante utile ou ornementale, il faut savoir se résoudre à en faire le sacrifice. La vie humaine mérite qu'on fasse l'abandon d'un certain nombre d'agréments de cet ordre et aussi des jeux d'eau que, trop souvent, on recherche dans les jardins. Il n'est pas jusqu'au système de protection des murs miloyensà l'aide de tessons enchâssés qui ne devienne dangereux. De ces minuscules gobelets sortent de nombreux Slegomyia tout armés pour transporter la fièvre jaune. En somme, tout dépôt d'eau temporaire ou permanent doit être découvert et visité. Si la présence de l'eau n'est d'aucune utilité majeure, il faut faire disparaître le récipient pour éviter l'apport accidentel d'une nouvelle masse liquide. Si l'eau est nécessaire aux usages domestiques, il faut savoir la mettre à l'abri des moustiques et détruire les larves qu'elle renferme. Un couvercle hermétique ou de toile métallique est exigé sur chaque récipient. Pour l'eau de lavage, on peut la recouvrir d'une mince couche de pétrole (10 à 15 centimètres cubes par mètre superficiel), qui,s'étalantàla surface, amène l'asphyxie de toutes les larves. S'il s'agit d'eau de boisson, une couche d'huile à manger rend les mêmes services.

D'ailleurs, il faut savoir écarter de toute maison l'obligation de conserver un dépôt d'eau.

Le meilleur moyen d'atteindre ce but consiste à pourvoir les villes d'eau abondante et livrée au robinet. Mais souvent la provision est insuffisante pour distribuer l'eau à profusion.

On doit restreindre le gaspillage à l'aide d'un robinet jaugeur et d'une caisse domiciliaire, relai obligatoire qui restreint la consommation. Cette caisse peut, il est vrai, être garnie d'un couvercle en toile métallique. Mais l'eau n'est jamais utilisée d'une façon uniforme. Il y a, dans la journée, des heures de grand débit, et le contenu de la caisse ne suffit pas à tous les besoins. Comme la caisse se remplit lentement, les habitants sont obligés de se ménager des réserves, et voilà le mal. Ce mal ne serait pas grand si les dépôts d'eau étaient toujours bien protégés ou fréquemment renouvelés. Comment obtenir une attention soutenue de la négligence humaine?

',10 E. MAUClIOl X. - FIEVRE JAUNE.

Quandilestimpossiblèdëpriverlèsgensàe récipients domiciliai res^ il convient de les établir officiellement, tous semblables, pour «in»' la surveillance en devienne facile et la protection efficace.

Il y a des villes où l'eau nVsl pas distribuée du tout; il y on a où la conduite existe, mais n'esl pas suffisante, où le réseau n'étant pas maillé, la pression tombe en aval de tout robinet ouvert.

Dans ces conditions, les habitants manquent souvent d'eau et

Fig. 181. — Disposition de la barrique à eau avec son entonnoir.

doivent, s'en approvisionner. C'est alors le gîte à larve dans tous les coins de la maison. Car les récipients sont disséminés partout en quantité surabondante; on craint toujours la disette.

Le seul procédé qui permette d'éviter tout abus et qui rende la surveillance constante et régulière consiste à confier au service sanitaire le soin de fournir l'eau à domicile.

Au besoin une partie de la population peut être, à tour de rôle, requise d'aider à ce service par l'établissement d'une sorte de prestation; en tout cas, la direction doit en revenir au médecin de la Santé.

Celui-ci, sur son budget, comme on l'a fait à La Havane, procure à chaque maison ou groupe de maisons des récipients spéciaux, en général des barriques, adaptées à l'usage qu'on leur demande (fig. 181).

Elles sont munies au droit de la bonde d'une ouverture carrée, bordée

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de quatre planchettes qui font entonnoir pour le remplissage. Cette ouverture est soigneusement fermée par un cadenas dont la clef reste entre les mains des agents sanitaires. Les consommateurs se servent par un robinet.

En remplissant chaque jour à laide de haquets ou par tout autre mode ces cuves étanches, on réussit à obtenir l'abandon de tous les autres récipients domiciliaires.

Quand on opère rapidement avec un personnel bien dressé et surtout bien discipliné, on arrive très vite à éduquer la population et à faire réellement disparaître tous les gîtes à larves qui existent dans les maisons.

Mais, si Ton n'y prend garde, on se heurte à une autre difficulté. Les larves et les pupes sont plus faciles à atteindre que les insectes parfaits. Ceux-ci échappent en assez grand nombre aux procédés de destruction qu'on leur oppose. Il arrive alors, comme on Fa vu à Rio-de- Janeiro, que, ne trouvant plus dans les maisons d'eau pour y déposer leurs œufs, ils vont pondre dans les mares circumurbaines que jamais auparavant ils ne fréquentaient. La destruction des larves devient de plus en plus difficile à mesurer que la zone de surveillance s'élargit. Il faut donc prévoir cette modification dans les moeurs du Slegomyia et l'arrêter quand il en est temps encore. Au lieu de faire disparaître tous les récipients domicilaires d'un coup, il convient dans chaque quartier d'en réserver quelques-uns qui soient connus, surveillés et vidés périodiquement. On installe ainsi de véritables pièges à larves, qui permettent de conduire beaucoup plus loin la destruction des moustiques convoyeurs de virus.

Il est indispensable, pour que le service fonctionne bien et qu'il ne s'y produise pas des défaillances fâcheuses, que le chef sache entretenir le zèle de son personnel.

II doit faire de fréquentes rondes et ne pas trop se reposer sur ses subordonnés. Il trouvera souvent des gîtes à larves qui auront échappé à ses prévisions et que n'aura pas découverts son personnel.

Cuba. — Rigoureusement appliquées, ces mesures donnent très vite les meilleurs résultats. Il n'a fallu que quelques mois pour faire disparaître la fièvre jaune de La Havane.

Il est vrai que la suppression radicale était plus apparente que réelle, puisque la fièvre jaune a reparu après le départ des troupes américaines, et cela certainement sans avoir été réintroduite. Nous savons combien il est difficile et même impossible de dépister tous les cas. Une prophylaxie qui ne visait qu'à la protection des malades et à la destruction des moustiques infectés devait fatalement être insuffisante.

Rio-de- Janeiro. — Ce sont des raisons de cet ordre qui ont prolongé la lutte à Rio-de-Janeiro. Il a fallu cinq ans pour amener l'extinction

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complète dan- la capitale brésilienne d'un fléau qui y régnait en permanence depuis au moins 1849. Mais il a suffi de quelques mois seulement pour réduire Le nombre des casa un minimum peu inquiétant, ainsi qu'en témoigne le tableau ci-joint. Le service de prophylaxie, commencé le *20 avril 1903, donnait déjà des résultats remarquables en mai. On peut dire que, depuis cette époque, la fièvre jaune était devenue une maladie rare à Rio-de-Janeiro.

Statistique de la lièvre jaune à Rio-de-Janeiro pour la période de 1890 à 1909. — La population de la ville était au mois de janvier 1907 de (V28675 habitants.

Nombre moyen des décès de fièvre jaune ]>our la ville entière pendant la période 1S9U-I909 :

Années. C*s déclarés. Décès.

i Premier semestre 559 j

' Deuxième semcslre 25 ;

Depuis 1908, aucun cas n'a été signalé. C'est là un succès remarquable de la méthode. La lutte était plus difficile à Rio qu'à La Havane, surtout durant l'occupation militaire américaine. Rio est une ville très étendue et peuplée de 850 000 habitants. La baie est parsemée d'îles nombreuses, dont quelques-unes sont habitées et ont même une population assez importante. En face de Rio-de-Janeiro, capitale fédérale, sur l'autre rive de la baie, s'élève la ville de Nictheroy, capitale de l'Llat de Rio-de-Janeiro. Pour obtenir un résultat complet, il fallait donc un personnel énorme et une action synergique dans tous les points infectés. La tache était difficile. Oswaldo Cruz a le grand mérite de l'avoir entreprise et menée à bien. Le Gouvernement Brésilien l'a admirablement secondé en lui fournissant de larges subsides. Près de 100000000 de francs ont été employés à faire disparaître la fièvre jaune de Rio-de-Janeiro, mais

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ces 100 000 000 ont été depuis longtemps retrouvés par le surcroit d'affaires qu'a amené le relèvement du crédit sanitaire de la capitale brésilienne.

Panama. — Le colonel Gorgas, qui avait si remarquablement mené la campagne à La Havane et qui a été, pour ainsi dire, l'instaurateur des mesures anti-amariles, a accepté de diriger le service sanitaire du service de Panama.

Il a très vite obtenu la disparition de toute la zone de travail d'un fléau terrible qui a été pour beaucoup dans l'échec de la Compagnie française de percementde l'isthme. Aujourd'hui la fièvre jaune n'existe plus sur le territoire de la République de Panama depuis 1906. Ainsi s'éteignent les craintes que faisait naître pour l'Extrême-Orient la traversée du canal quand il sera terminé.

Bamako. — Quand la fièvre jaune apparaît par surprise dans une ville, les mesures à prendre sont toujours les mêmes. Mais, si la ville est petite, si la saison est favorable, on peut adopter une méthode qui a été inaugurée à Bamako, dans le Soudan français, par le Dr BoufTard.

Au premier cas de fièvre jaune, BoufTard a pris la précaution immédiate de faire détruire les moustiques autour du malade. Puis, partant du fait connu que le Siegomyia infecté ne pique pas le jour, il a décidé la population européenne à évacuer la ville pendant la nuit. A une certaine distance, sur l'autre rive du Niger, il a fait établir un camp auquel, dès la tombée du jour, il conduisait processionnellement toute la population sensible. Le matin chacun revenait à ses affaires. Pendant ce temps, la brigade de défense détruisait les moustiques dans toutes les maisons et veillait à l'extinction des larves. A peu de frais, le résultat a été remarquable. Il n'y a eu à Bamako qu'un seul cas de fièvre jaune.

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