‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 120 sur 224 · PRÉSENCE DU BACILLE PESTEUX DANS LES EXCRÉTIONS DE MALADES · texte numérisé non relu

PRÉSENCE DU BACILLE PESTEUX DANS LES EXCRÉTIONS DE MALADES

Après la découverte de Yersin, on avait attribué aux déjections des malades et des rats pesteux la transmission du microbe. On admettait que leurs excrétions répandaient le microbe à l'infini dans le milieu extérieur et que l'homme contractait habituellement la maladie en ingérant des aliments souillés par des déjections de rats pesteux.

Nous avons en 1897 cherché à vérifier les faits avancés à ce sujet en expérimentant sur le rat. Or il nous a été impossible de donner la peste à un rat en lui faisant ingérer des aliments souillés par l'urine ou les déjections. Cet échec a contribué à orienter nos recherches vers la transmission parasitaire. Depuis cette époque, divers expérimentateurs ont réussi à isoler, d'ailleurs d'une manière tout à fait exceptionnelle, le microbe de l'urine de quelques malades.

Des recherches les plus récentes il résulte que, lorsque le bacille existe dans le sang, on peut le rencontrer dans l'urine peu d'heures avant la mort dans un tiers environ des cas. Exceptionnellement on peut le rencontrer dans l'urine plusieurs jours avant la mort; même il s'y trouve parfois alors que le sang ne le renferme pas. L'examen microscopique de l'urine ne suffit point pour le déceler : l'injection sous-cutanée de quelques gouttes d'urine au cobaye est le moyen le plus favorable à employer pour cette recherche.

Dans les matières fécales des malades, on n'a pu déceler le microbe que dans des cas où les déjections contenaient du sang. Il est probable que c'est avec le sang également, par suite de lésions imperceptibles du rein, des uretères ou de la muqueuse vésicale, que le microbe pénètre dans l'urine. Des ruptures de lymphatiques peuvent également être en cause, attendu que quelquefois le microbe existe dans l'urine et non dans le sang.

La Commission anglaise a réalisé une expérience intéressante en vue de vérifier si les linges souillés par l'urine et les matières fécales sont susceptibles de transmettre la maladie au cobaye, par un contact intime et prolongé avec cet animal. L'expérience est demeurée négative.

En résumé, la présence du microbe dans les matières fécales est

tout à fait exceptionnelle. Il existe au contraire assez fréquemment dans l'urine à la période agonique. En dépit de ce fait, les linges qui ont servi aux moribonds sont incapables de communiquer la maladie. Les recherches de la Commission anglaise ont confirmé, à dix ans de dislance, nos conclusions sur le rôle négatif des excréments et de l'urine dans la transmission naturelle.

IV. — MAMMIFÈRES SUSCEPTIBLES D'ÊTRE ATTEINTS PAR LA PESTE NATURELLE ET DE JOUER UN ROLE DANS SA PROPAGA- TION. — PESTE CHEZ LES MURIDÉS.

On sait depuis quelques années que les épidémies de peste coïncident régulièrement avec des épizooties murines. Les rats ne sont pas les seuls mammifères sensibles à la peste. On l'a rencontrée, dans la nature, chez les tarabaganes, les écureuils, les singes, les chats, les cobayes et les kanguroos. Nous indiquerons sommairement les conditions dans lesquelles la peste naturelle peut être observée chez ces animaux, avant de nous étendre sur les muridés et sur les caractères de la peste murine.

« Aretomys bobac >» . — Il faut citer en première ligne YArctomys bobac, ou tarabagane; on le rencontre dans les régions septentrionales de l'Europe et de l'Asie. Il parait être assez répandu au nord duThibet, en Mongolie et en Baïkalie principalement.

Cette espèce de marmotte mesure environ 78 centimètres de longueur totale. Elle a le pelage épais, gris noirâtre en dessus, plus pâle en dessous ; les extrémités des membres sont grises, la queue est roussâtre. C'est un animal hibernant qui dort dans son terrier de septembre à mars et se nourrit de végétaux. Les cosaques et les Buriates lui donnent la chasse pour sa chair. Or il arrive parfois que les animaux tués ou capturés soient infectés de peste et la transmettent au chasseur.

Nous aurons l'occasion de revenir, à propos de l'épidémiologie de la peste, sur le rôle de V Aretomys bobac.

« Sciurus pal nia ru in » . — Nous avons fait connaître qu'un autre rongeur, l'écureuil de l'Inde, Sciurus palmarum, est susceptible de contracter spontanément la peste. Toutefois seuls les écureuils qui fréquentent les habitations humaines infectées deviennent malades: il ne paraît pas que la maladie se propage jamais à ceux qui vivent loin des agglomérations où règne une épidémie.

Sing-es. — Il en est de même des singes qui, en diverses contrées de l'Inde, ont été atteints de la peste, parfois épizootiquement, comme à Hardwar. Ce n'est que parmi les tribus de singes qui vivent au voisinage immédiat ou dans l'enceinte même des villes pestiférées qu'on a relevé des cas de peste.

Cbats. — On possède des observations assez nombreuses de

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