C. LEVADITI. - FIÈVRES RÉCURRENTES
\:Ornithodorus Savignyi
Fig. 197. — Ornilhodorus Savignyi, Nuttal, ricfef, Cambridge, 1908, Un p. 42.)
plus ou moins loin en arrière
Ç. (D'après nversily Press,
Fig. 198. — Ornilhodorus Savignyi, Nuttal, Ticks, Cambridge, 1908, Press, p. 42.)
par une dent obtuse; apophyse
(Andouin) est le type de ce, genre.
L'Ornithodorus moubula offre beaucoup <le ressemblance avec ce dernier ; il en diffère cependant par Y absence des yeux. En voici les principaux caractères :
Caractères (d'après Blanchard), 9- — « Corp*s longs de 7 millimètres à llmm,5 suivant l'état de réplétion :
brunnoinUreaudos,un peu plus pâle à la face ventrale; les pattes et le rostre d'un blanc creux translucide. Tégument peu velu, orné de pustules irrégulières, confluentes, confinées à la partie antérieure, ou s'étendant à la face dorsale. Cellules dermiques irrégulièrement ovales, grandes, limitées par une bande de chitine sombre et munies d'une ou deux très petites épines près du bord. Des glandes tubulaires souscutanées se voient par transparence ; de contour irrégulier et ramifiées, elles ont l'aspect de fibres musculaires ; elles émettent de temps à autre un liquide clair assez abondant. Péritrèmes finement ponctués; stigmate semi-lunaire.
Vulve profondément crénelée à son bord. Chélicères : doigt terminé interne bidentée; l'externe a deux
Ç . (D'après University
dénis très écartées. Hypostome rétréci en arrière, à peine plus largeà sa hase qu'à son tiers antérieur. Palpes effilés.
« Larves restant incluses clans l'œuf. Rostre faisant saillie au bord antérieur ; deux fortes épines à sa base à la face dorsale. Hypostome armé de deux larges dents angulaires de chaque côté. Stigmates absents. Au bout de trois ou quatre jours passés dans l'immobilité, la larve mue dans l'œuf et la nymphe éclôt.
« Nymphe ovale. Tégument dorsal couvert de petites papilles confluentes, plus grandes en arrière et formant une frange régulièrement crénelée. Rostre faisant un peu saillie en avant. Pattes assez
Fig. 199. — Ornithodo
>ru
s moubata Ç. (D'après Nultal, Ticks University Press, p. 48.)
, Cambridge, 1908,
longues : les pâlies 1-4 à sept articles, les pattes 2-3 à huit articles. Stigmates petits, au niveau des hanches 3. »
UOrnithodoriis moubata a été signalé en Egypte, Transvaal, Soudan, Congo, Ouganda, Angola, Zambèze.
Habitudes. — L'Ornithodorus aime la terre sèche, dans laquelle il se cache pendant le jour pour en sortir la nuit et piquer l'homme endormi. On le trouve dans les cases des indigènes et, surtout, dans les habitations situées sur les roules des caravanes. D'après Koch, cet acarien ne piquerait que la nuit; Brumpt affirme cependant qu'il pique aussi pendant le jour. « Je puis affirmer, dit-il* que, dans les endroits où j'ai eu l'occasion d'étudier ce parasite, je l'ai vu piquer aussi bien le jour que la nuit. Il ne redoute pas de courir sur le sable brûlant pendant les heures les plus torrides de la journée. »
Le rôle joué par l' Ornilhodorus dans la transmission de la fièvre récurrente d'Afrique a été entrevu par Cook en 1904 ; cet auteur relate que les indigènes de l'Ouganda prétendent que la fièvre à
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rechutes succède aux piqûres (Tune punaise particulière, L Uganda l>il><> (Brumpt) ; mais, comme nous l'avons déjà dit, ce sont Dutton etToddet Koch qui ont démontré le fait, grâce à l'expérimentation sur lé singe.
La piqûre de Y Ornithodorus provoque une irritation locale caractérisée par l'apparition d'une zone grisâtre suivie de la formation d'une petite croûte ; elle est douloureuse (Blanchard). En piquant l'homme infecté, l'ectoparasite se gorge de sang, et on trouve des spirilles dans son tube digestif. D'après Koch, les parasites y persistent pendant trois jours en conservant leur forme caractéristique; ils diminuent en nombre bientôt après et disparaissent vers le quatrième ou le cinquième jour. Par contre, Dutton et Todd ont retrouvé les spirilles cinq semaines après la piqûre.
Une constatation des plus intéressante, faite parDuttonetTodd (1) et confirmée par Koch (2), est celle de la présence de parasites spirilles dans les œufs & Ornithodorus. Koch a observé que les œufs des tics ayant sucé du sang virulent sont infectés dans une proportion d'un tiers environ. Les spirilles existent dans l'œuf sous la forme d'amas et conservent leur vitalité et leur virulence. L'infection des œufs ne parait pas entraver leur parfait développement. Les nymphes qui proviennent de leur éclosion sont infectées et transmettent la maladie, comme il résulte des expériences de Dutton et Todd, confirmées par Koch. Il y a donc transmission héréditaire de la spirillose chez les tics, qui jouent le rôle d'agents propagateurs de la maladie.
En faisant piquer les singes sensibles par des Ornithodorus nourris avec du sang infectieux, on leur confère une spirillose typique, à la condition toutefois que l'on emploie un assez grand nombre de tics (une centaine, Koch).
Ces données ont permis de préciser l'épidémiologie de la Tickfever. Sa transmission, fréquente parmi les individus qui voyagent le long des grandes routes des caravanes, s'explique par le fait que 15 et même parfois 50 p. 100 des Ornithodorus moubala de l'Afrique orientale ont été trouvés contaminés par le Spirochœla Dulloni (Koch). Les tics s'infectent en suçant du sang humain contenant des spirilles et transmettent la maladie en piquant d'autres sujets sains. D'un autre côté, nous avons vu que leur descendance, en particulier les nymphes, peut jouer, à son tour, le rôle d'agent transmetteur de la récurrente d'Afrique. Il semble néanmoins, d'après les observations de Koch, que l'homme n'est pas le seul à fournir le virus aux tics infectants. En effet, les rats et les souris des localités où la maladie sévit dune façon endémique semblent constituer des réservoirs de virus.
(1) Dutton et Todd, déjà cités
(2) Koch, déjà cité.
Le fait que la spirillose se transmet héréditairement chez les tics explique, jusqu'à un certain point, la persistance de la maladie dans les contrées inhabitées. D'un autre côté, étant donné que des Ornithodorus parasités peuvent être transportés au loin avec des bagages ou des ballots de marchandises, on conçoit que la maladie puisse devenir contagieuse à distance, sans le concours direct des malades atteints de fièvre récurrente. Ces constatations montrent les dangers qu'offrent les habitations échelonnées le long des grandes routes des caravanes. Les tics vivent et pullulent dans les paillasses et sur les toits de ces habitations ; les voyageurs qui s'y abritent sont donc exposés aux piqûres d'Ornithodorus et contractent fréquemment la spirillose humaine. La maladie semble devenir plus fréquente depuis (pie les voies commerciales se sont développées dans l'Afrique centrale et que se sont multipliées les cases où pullulent les tics. ^ Rappelons que, d'après les observations récentes de Brumpt, la fièvre récurrente d'Abyssinie est transmise également par des Ornithodorus moubata Murray.
Les mesures prophylactiques pouvant être appliquées efficacement dans la fièvre récurrente découlent de ce que nous venons de dire à propos du mode de transmission de cette infection.
Pour ce qui a trait à la spirillose européenne, il y a lieu de recommanderla propreté individuelle, lessoins hygiéniques etla destruction des ectoparasi tes qui peuvent, sinon transmettre la maladie, du moins en conserver pendant un certain temps le virus et le porter sur d'autres sujets sains. On doit également éviter les souillures avec du sang provenant de malade atteint de fièvre à rechutes, et il faut surtout isoler les premiers cas diagnostiqués cliniquement et bactériologiquement, afin de supprimer dès le début les sources de virus. Quant à la fièvre spirillaire d'Afrique, nos connaissances sur sa transmissibilité par l'intermédiaire des tics facilitent mieux encore les mesures prophylactiques à prendre. On doit éviter toute circonstance qui expose un sujet sain aux piqûres de YOrnithodorus moubata. Les voyageurs devront renoncer à s'abriter dans les cases échelonnées le long des grandes routes des caravanes et ne coucher qu'à une certaine distance de ces cases (20 à 30 mètres) ; cette mesure, appliquée aux Européens, s'est montrée efficace. On doit également avoir soin de désinfecter les bagages et surtout de les débarrassor autant que possible des tics qu'ils hébergent.
TYPHUS EXANTHÉMATIQUE