DIFFÉRENCIATION
suffisamment convaincants aux savants qui ont établi leur spécificité.
Breinl et Kinghorn (1) ont constaté, les premiers, que le spirille de la récurrente africaine, envoyé par Todd, est pathogène pour la souris, le rat et le lapin, contrairement au parasite de la récurrente d'Europe ("2). Ils ont conclu que cet le différence de pathogénité devait être liée à une certaine spécificité de chacune de ces deux variétés spirillaires. La même conclusion fut formulée par Novy et Knapp (3), qui remarquèrent des différences de pouvoir pathogène entre le Spiroclueta Duttoni et le spirille de la récurrente américaine. Ces constatations trouvèrent pleine confirmation dans les recherches d'immunité entreprises par Breinl et Kinghorn d'une part, et par Fraenkel (4), Uhlenhuth et FLcndel (5), d'autre part. Voici, en résumé, les conclusions qui se dégagent de ces travaux :
Il a été établi que les animaux, en particulier les rats et les souris, qui survivent à une infection par un des spirilles connus, l'européen, l'américain ou l'africain, sont immuns vis-à-vis d'une nouvelle inoculation faite ultérieurement avec la même variété de spirilles. Or, on a vu que, si la réinfection, au lieu d'être homologue, est hétérologue, c'est-à-dire si elle est pratiquée avec une autre espèce de spirille que celle qui a servi à l'immunisation des animaux, ceux-ci s'infectent comme les sujets neufs. // ny a donc pas d'immunité croisée, ce qui prouve que ces diverses catégories de parasites sont sensiblement différentes les unes des autres, malgré leurs ressemblances morphologiques. On obtient les mêmes résultats lorsque, au lieu de s'adresser à l'immunité active, on examine l'action exercée in vitro sur les spirilles par le sérum des animaux vaccinés, comme l'ont fait Hœndel et Manteufel. Le sérum d'un rat guéri de la spirillose européenne, par exemple, agglutine, immobilise et transforme en granules le spirille d'Obermeier, tout en étant inactif vis-à-vis des autres variétés spirillaires. On peut donc différencier les trois microorganismes en spirales en s'adressant soit à des expériences d'action préventive in vivo, soit aux propriétés bactéricides des immun-sérums (phénomène de Pfeift'er). Ces dernières propriétés paraissent rigoureusement spécifiques, plus spécifiques même que les qualités agglutinatives des mêmes sérums [Manteufel (6)]. Cette
(1) Breinl et Kinghorn, XXIe Mémoire de la Liverpool School of tropical mec/., 1906, sept., p. 1.
(2) Nous avons vu que, dans la suite, on a pu transmettre la récurrente d'Europe à ces espèces animales.
(3) Novy et Knapp, The Journal, janv. 1906; Journal of infect, diseases, vol. CXI, p. 291.
(4) Fr/enkel, Miïnch. med. Wochenschr., 1907, n° 5.
(5) Uhlenhuth et H&ndel, Arh. aus déni kaiserlich. Gcsundhcilsamle, 1907, vol. XXVI, fasc. 1, p. 1.
(6) Manteufel, Arh. ans dein kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907. vol. XXVII. l'asc. 2.
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spécificité esl a lel point marquée que, en se servant de sérums provenanl de malades ayanl eu «les accès de fièvre récurrente, on a pu préciser la variété de spirilles qui était en cause. Ainsi, pour donner un exemple, Eiœndel, ayant reçu le sérum d'un malade de Moscou et l'ayanl examiné au point de vue de ses propriétés spirillicides, a affirmé qu'il était question d'une récurrente provoquée parle spirille africain. Or, il s'agissait effectivement du sérum d'un travailleur du laboratoire qui avait expérimenté avec le Spirochœla Duttoni et qui s'était infecté accidentellement.
On peut donc conclure que le Spirochada Obermeieri, le Spirochœla Dulloni, le spirille américain et vraisemblablement aussi le spirille abyssinien de Brumpt sont autant de variétés spirillaires à part. Ajoutons que, d'après les recherches deFramkel (1), les mêmes différences existeraient entre le parasite de la récurrente de YOuest- Africain et celui de la fièvre à rechutes de Y Afrique allemande orientale (virus de Dutton et virus de Koch).
Sources de virus. — La principale source de virus est le sang humain pendant la période fébrile, lorsqu'il renferme des spirilles en plus ou moins grand nombre. Son infectiosité pour l'homme a été démontrée expérimentalement (inoculation directe), par Miïnch, dès 1874. Enl876,Moczulko\vskyinoculadesoncôté,àunsujethumain, du sang pris sur un malade atteint de spirillose ; il lui transmit une fièvre récurrente typique. Plus tard, Metchnikoff s'injecta à lui-même à deux reprises du sang infectieux, eut, après une incubation de cinq jours, des accès de fièvre à rechute et présenta des parasites dans le sang. Des cas d'infection accidentelle au cours des manipulations de laboratoire ont été relatés par Bashenoff('i) et par Haendel.
On a trouvé le spirille de la récurrente dans le sang d'épistaxis, dans le sang de la menstruation et dans Y urine hémalurique (Kannenberg) ; on a prétendu l'avoir même décelé dans la sécrétion salivaire. Quoi qu'il en soit, c'est le sang circulant qui, dans la grande majorité des cas, constitue la principale source du virus.
Mode de transmission. — Nous avons vu, dans ce qui précède, que la fièvre à rechutes peut être conférée en introduisant le virus sous la peau, dans le péritoine ou dans la circulation générale. Le spirille d'Obermeier ou celui de la fièvre récurrente africaine peuventils engendrer une infection en pénétrant dans l'organisme par la peau intacte'! Quelques recherches préliminaires, concernant la
M) Fb>enkel, Mel. Klinik, l(.>(>7. n° 31.
(2) Bashekoff, Hospital Zeitiinj Botkins, îS92 (d'après Wladimiroff).
filtrabilité de ces parasites à travers des bougies en terre d'infusoires, laissaient prévoir que cette pénétration n'est pas impossible a priori. Novy et Knapp, de môme que Breinl et Kinghorn, avaient vu, en effet, que le liquide obtenu en filtrant du sang infectieux dilué, à travers les bougies, conférait parfois la maladie aux animaux sensibles. La question de la pénétration du spirille de la récurrente par la peau intacte a été reprise par Manteufel (1). Cet auteur emploie le rat comme animal d'expérience et se sert du procédé suivant : on coupe les poils sur la peau du dos, en ayant soin de ne produire aucun traumatisme; on y dépose quelques gouttes de sang renfermant le Spirochœla Dnlloni, on prolonge le contact pendant deux heures, et on couvre la surface imprégnée de sang avec une couche de collodion. Dans plusieurs expériences disposées de cette manière, l'auteur a constaté que les animaux contractaient la spirillose et qu'ils présentaient des parasites dans le sang circulant. D'autres fois il lui fut impossible de découvrir des spirochètes par l'examen microscopique, mais il constata que les animaux offraient, dans la suite, une immunité marquée vis-à-vis d'une réinfection par le spirille de Dutton. Ces recherches ont été confirmées parNattan- Larrier (2), à l'Institut Pasteur, de sorte que la pénétration des spirilles par le revêtement cutané macroscopiquement intact est actuellement hors de doute. Ajoutons que, d'après les constatations de Frsenkel, d'Uhlenhuth et Hœndel et de Manteufel, il est possible de conférer la spirillose humaine aux animaux sensibles, en déposant le virus dans le sac conjonctival, ou en l'introduisant par la voie digestive.
Ces observations offrent quelque intérêt pratique. Étant donné que les parasites traversent avec une certaine facilité la peau non traumatisée, on conçoit que, dans certains cas, la maladie puisse se transmettre par des souillures avec du sang provenant de malades atteints de fièvre à rechutes. Les égratignures, si fréquentes chez les miséreux des asiles de nuit, souventeouverts d'ectoparasites, doivent faciliter encore plus ce mode de contagion, en ouvrant des portes d'entrée au spirille d'Obermeier. Toutefois, il parait établi actuellement que la la contamination s'opère surtout par T intermédiaire des insectes; le fait a été démontré pour ce qui a traita la transmission de la fièvre récurrente africaine et est très probable pour la fièvre à rechutes d'Europe.
Rôle des insectes. — Etant donné que la fièvre récurrente, lorsqu'elle apparaît sous forme épidémique, s'attaque de prédilection aux miséreux qui vivent dans de mauvaises conditions hygiéniques, surtout à ceux qui fréquentent les asiles de nuit, on a pensé que la
(1) Manteufel, Arb. nus dem kaiserlich. Gesundheitsamte, 1907, vol. XXVII fasc. 2.
(2) Nattan-Lauiuer, Bull, de la Soc. de pulholoffie exotique, 1909, p. 239.
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contagion devait s'opérer grâce à l'intervention de quelques insectes ectoparasites. Tictin (1), qui a étudié de près cette question, est affirmatif en ce qui concerne le rôle des punaises dans la transmission de la fièvre spirillaire de Russie. L'auteur a recherché sans succès le spirille d'Obermeier dans des poux prélevés sur des malades atteints de cette infection. Par contre, il les a trouvés dans les punaises recueillies dans les lits où avaient couché ces malades. Tictin a observé que les parasites spirilles persistent au moins soixante-dix-sept heures dans le corps des punaises et qu'ils disparaissent cent trois heures après qu'elles ont sucé du sang infectieux. L'inoculation à un singe d'une émulsion faite en triturant plusieurs punaises infectées a conféré une spirillose typique. Le temps qui s'écoule entre le moment où les ectoparasites ingurgitent le sang et celui où l'on fait l'inoculation semble influencer sensiblement l'issue de l'expérience. En effet, Tictin n'a pu transmettre la spirillose qu'à la condition d'injecter une émulsion de punaises qui venaient à peine de se nourrir avec du sang infectieux; il échoua complètement lorsque l'inoculation fut faite avec des ectoparasites ayant ingurgité ce sang quarante-huit heures auparavant.
La question a été reprise dans les derniers temps et étudiée à l'aide de l'expérimentation sur le singe et les autres animaux de laboratoire, en particulier le rat.
En ce qui concerne les poux, Manteufel (2) a établi que le poux du rat [Hsematopinus) peut transmettre à cette espèce animale la récurrente européenne. De leur côté, Sergent et Foley (3) ont vu que le Spirochseta Obermeieri conserve longtemps sa vitalité et sa virulence dans l'intestin des poux recueillis sur l'homme; on sait, d'autre part, que Mackie (4) attribue aux poux la transmission de la fièvre à rechutes de l'Inde. Quant aux punaises, ni Breinl, Kinghorn et Todd (5), ni Rabinowitch (6), ni, plus récemment, Schellack (7) n'ont réussi à démontrer leur rôle d'agents pouvant assurer la propagation de la spirillose humaine (expériences sur l'homme, le singe et le rat). Une seul fois sur six, Mackie a pu conférer la récurrente au singe en le faisant piquer par des punaises ayant ingurgité du sang contenant des spirilles, et on doit se demander s'il ne s'agit pas là d'une erreur expérimentale passée inaperçue. Quant aux résultats positifs
(1) Tictin, Centralbl. fur Bactériologie, 1897, vol. XXI.
(2) Manteufel, Arb. aus dem kaiserlicli. Gesundheitsamte, vol. XXIX, fasc. 2.
(3) Sergent et Foley, Bull, de la Soc. de palhol. exotique, 1908, vol. I, n. 3.
(4) Mackie, Brit. med. Journ., vol. XI; Lance t 19)7, vol. XI.
(5) Breinl, Kinghorn et Todd, XXIe Mémoire de la Liverpool School of tropical med., 1907.
(6) Rabinowitch, Berlin, klin. Wochenschr., 1907, vol. XLIV.
(7) Schellack, Arb. aus dem'kaiserlich. Gesundheitsamte, 1909, vol. XXX, fasc. 2, p. 351.
enregistrés par Nutlal (1), il y a lieu de remarquer que les punaises dont cet auteur s'est servi pour transmettre la spirillose aux souris venaient à peine de se nourrir avec du sang virulent.
11 en résulte que la question du rôle des poux et des punaises, en taul qu'agents assurant la transmission de la fièvre récurrente, n'est pas définitivement précisée. Du fait que ces ectoparasites, lorsqu'ils ont vécu un certain temps en contact avec des individus atteints de fièvre récurrente, renferment des spirilles vivants et virulents, il ne s'ensuit guère qu'ils doivent être considérés comme des convoyeurs de la spirillose humaine. L'hypothèse ne pourrait être considérée comme vraisemblable que si l'on réussissait à conférer la maladie au singe en le faisant piquer par des punaises contenant des parasites spirilles. C'est par de telles expériences, en effet, que l'on a démontré le rôle des Argas (Argas refïexus) dans la transmission de la spirillose des poules (Marchoux et Salimbeni) et celui de Y Ornithodorus moubata dans l'étiologie de la fièvre récurrente africaine. En l'état actuel de la question, tout ce que l'on peut dire, c'est que les punaises, conservant pendant un certains temps, dans leur corps, des spirilles vivants et virulents, peuvent transporterie virus d'un individu à l'autre; un sujet sain pourrait donc s'infecteren les écrasant et en se grattant la peau immédiatement après, ou même en déposant leur contenu sur le revêtement cutané intact.
La question du rôle des tics dans la transmission de la récurrente africaine est mieux précisée. On sait actuellement, grâce aux recherches expérimentales de Dutton et Todd et de Koch, que cette infection est transmise par Y Omit hodorus moubata, qui se comporte comme un véritable hôte intermédiaire.
« Ornithodorus moubata » (Murray, 1877). — Synonymie : Argas moubata Murray, 1877 : Ornithodorus Savignyixar. cœcus Neumann.
L Ornithodorus moubata est un ixode du genre Ornithodorus. Voici, d'après Blanchard (2), les caractères de ce genre :
Caractères. — « Yeux quelquefois présents, situés à la face ventrale, au voisinage des hanches antérieures. Corps aplati, arrondi en arrière, atténué en avant; bords latéraux parallèles, droits, parfois concaves. Pourtour du corps épais, sans plis radiés ni plaques quadrangulaires. Tégument mamelonné de saillies hémisphériques, à dessins variés. Face dorsale marquée de dépressions variables. Face ventrale ornée de plis et de sillons : deux plis coxaux, disposés longitudinalement en dedans des hanches; deux sillons transverses, l'un pré-anal, l'autre post-anal; un sillon anal longitudinal allant de l'anus au sillon post-anal. Rostre encastré dans un camérostome à bords épais. »
(1) Nuttal, Journal of hygiène, vol. I, n° 2, p. 142 (Parasitolo^y-snpplemcnl).
(2) Blanchard, L'insecte et l'infection, 1909, Paris, Librairie scientif. et litt., fasc. : les Acariens.