HISTORIQUE DU TYPHUS EXÀNTHEMATIQUE. 1*— 5C
Ton puisse dégager du chaos dos maladies pestilentielles des anciens est celle qui, en 1 £89, décima les troupes de Ferdinand au siège de Grenade.
L'histoire des grandes épidémies de typhus, depuis le xve jusqu'au xixe siècle, est d'ailleurs, dans la plupart des cas, intimement associée à celle des grandes opérations militaires : la guerre et le typhus nous apparaissent ainsi comme deux fléaux presque inséparables.
Au xvr siècle, on note les épidémies italiennes de 1508 et 15*28, dont Fracastor a retracé l'histoire, donnant la première description précise du typhus (mor bis lent icularis). LTlalie est encore ravagée en 1580 et 151)1. lui France, le typhus frappe 1 armée de Charles- Ouinl, au siège de Metz, en 15*2-2. Vu 1566, une épidémie née en Hongrie, dans l'armée de Maximilien II, se répand dans toute l'Europe.
Au xvne siècle, la guerre de Trente Ans est l'occasion d'une nouvelle et redoutable éclosion de la maladie, qui désole l'Europe centrale. L'Angleterre est atteinte, à plusieurs reprises, en 1643 (siège de Reading) ; en 1605, époque à laquelle le typhus surajoute ses ravages à ceux de la grande peste à Londres; enfin en 1698. La Hollande n'est pas épargnée (1633 et 1669), et l'Allemagne subit de nouveau le fléau en 16S3.
L'histoire du typhus au xvme siècle est dominée par la lugubre série des épidémies irlandaises, qui ont fait de ce pays la « terre classique » du typhus exanthémalique. Depuis longtemps l'affection était ^connue en Irlande sous le nom expressif d'Irish ague ; mais c'est à partir de 1708 que ses ravages sont notés et suivis d'année en année par les auteurs. Dans le cours du xviue siècle, on peut relever au moins huit grandes épidémies irlandaises. Celle de J 710-1741, I au dire de Murchison, ravagea la totalité de l'Irlande et, en deux années, ce malheureux pays perdit 80000 habitants du fait du typhus et de la famine.
Nous mentionnerons encore les épidémies de Vienne, de Berlin (1757-1759), de Naples (1864). La fin du xvme siècle est marquée par la célèbre épidémie du siège de Gênes (1799), dont Rasori fut l'historien.
Au début du xixe siècle, les guerres de l'Empire devaient provoquer une recrudescence du fléau qui suivit les armées de Napoléon, surtout aux sombres époques des revers et de la déroute : à Saragosse, à Torgau, à Dantzig, à Vilna, dans la retraite de Russie.
LTlalie est atteinte en 1810. Fuis, en 1817, la série irlandaise, interrompue depuis 1795, reprend. Débutant à Corck, à la fin de 1816, l'épidémie s'étend à toutes les lies Britanniques de 1817 à 1819. 11 semble certain qu'il y eut alors associai ion du typhus exaiithématique et du typhus récurrent. En tout cas, plus de 700 000 in lividus furent frappés en Irlande, et l'on compta i 1000 décès.
De 18*20 à 1846, c'est en Irlande une endémie solidement établie,
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avec de terribles réveils épidémiques dont le plus formidable que l'Irlande eût jamais éprouvé fut celui de 1840. A celle époque et pendant deux années, le typhus s'étendit à tout le Royaume-Uni, désolant notamment Londres, Edimbourg, Glasgow, Manchester. En 1856, en 1801 et de 1802 à 1809, Londres est de nouveau gravement frappé.
La Silésie, la Bohême et la Galicie ont leurs épidémies de 1847-1848 et de 1850.
Les épidémies de typhus liées aux expéditions militaires sont celles du siège d'Anvers, de la fin de guerre d'Italie et surtout de la guerre de Grimée (1850) et de la guerre russo-turque (1877-1878).
Les cités de Dantzig, de Prague sont atteintes en 1887 et 1888.
Enfin, en 1892-1893, le typhus qui, en France, semblait limité à un certain foyer breton d'endémie suscitant parfois des poussées épidémiques très restreintes, s'est étendu à une notable partie de noire territoire.
RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE ACTUELLE DU TYPHUS: LES TERRES D'ENDÉMIE TYPHIQUE. — Nous venons de tracer, dans un rapide historique, les grandes manifestations épidémiques du typhus. Il est d'un intérêt plus immédiat d'établir le bilan actuel de cette infection, en déterminant -quels sont aujourd'hui, à la surface du globe, ses terres d'endémie, c'est-à-dire les foyers actifs, quoique plus ou moins latents, d'où peuvent partir et s'étendre les nouvelles épidémies.
1° Europe. — Du xve au xixe siècle, le typhus pouvait être considéré comme une des maladies endémo-épidémiques les plus répandues en Europe. A l'heure actuelle, il n'en est plus ainsi : partout, sur notre continent, le typhus a rétrogradé; il semble avoir définitivement disparu de certaines contrées et, dans la plupart des foyers où il persiste à l'élat endémique, sa vitali lé est singulièrement atténuée.
La Suisse semble indemne depuis 1844, la Belgique depuis 1848. Le typhus paraît ne plus exister en Espagne et être absolument exceptionnel en Danemark, en Suède et en Norvège.
L'Allemagne, qui a connu les terribles épidémies de la Silésie prussienne en 1847-1848 et les reviviscences notables de 1855, 1807, 1873, est encore aujourd'hui « terre de typhus ». Mais le territoire endémique semble se limiter aux provinces du nord-est : Prusse, Posen, Silésie, avec quelques foyers aberrants, notamment à Magdebourg et à Erfurt. L'épidémie de Dantzig (1887-1888) est à rattacher à ce foyer endémique, qui semble d'ailleurs de moins en moins actif si l'on en juge d'après le nombre des cas traités dans les hôpitaux d'Allemagnede 1880à 1897. Voici leschiflïcs quenous empruntonsà Netter:
1886-1888 693 cas traités.
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i La Russie est un des foyers les plus actifs du typhus européen. Il est impossible, en raison du défaut d'organisation sanitaire dans ce pays, de donner des chiffres précis. Mais le foyer d'endémie typhique du nord-est de l'Allemagne n'est qu'une prolongation du foyer des provinces baltiques de la Russie. L'année 1891, année de famine, a été marquée par une explosion épidémique particulièrement violente.
-' .En Autriche, le typhus n'a pas disparu : la Bohême, la Moravie, la Silésie autrichienne, la Galicie fournissaient encore naguère un contingent de quelques centaines de décès annuels. La dernière épidémie sérieuse qui a frappé particulièrement la ville de Prague date de 1891.
La terrible épidémie de la guerre russo-turque a révélé sur les bord du Danube un cenlre endémiquede typhus, reliquat d'épidémies antérieures (épidémie de Valachie). En 1906, Bucarest a été atteint par une épidémie qui a donné lieu à des éludes intéressantes de Galicesco et Slatineano (1). Le typhus a été fréquemment signalé à Constantinople.
En Italie, le typhus a longtemps fait de sérieux ravages, en Piémont, en Toscane et surtout dans la partie la plus pauvre du royaume, la province de Naples, ainsi qu'en Sicile et en Sardaigne. Mais, depuis 1891, une accalmie notable et progressive s'est manifestée, ainsi qu'en témoigne la statistique suivante, indiquant le nombre de décès dus au typhus :
En 1887 1 904 décès.
En 1888 2 099 —
En 1889 463 —
En 1890 190 —
En 1891 34 —
En 1892 10 —
En 1893 56 —
En 1894 47 —
En 1895 9 —
Si le typhus semble avoir disparu d'Espagne, il existe encore à l'état endémique dans une province du Portugal, l'Algarve.
On continue à observer le typhus en Hollande, mais sa fréquence est en décroissance certaine. Il en est de même dans les Iles Britanniques, où non seulement, depuis 1869, on n'a plus enregistré de grande manifestation épidémique, même en Irlande, mais où l'endémie se traduit par des chiffres de moins en moins élevés. C'est ainsi que, pour l'Angleterre, la moyenne des décès, qui est de 1 300 par année de 1875 à 1877, s'abaisse à 275 de 1884 et 1887, à un peu moins de 100 pour la période comprise entre 1892 et 1895, avec un chiffre de 58 décès seulement en 1895. En Irlande, on enregistre 226 décès en 1891 contre 505 en 1885 et 934 en 1880.
1) Galicesco et Slatineano, Soc. de biol., 24 juillet 1906.
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lui France, le typhus, bien que très limité et ignoré de la pluparl des médecins, n'est pas encore.1 complètement éteint. Son histoire contemporaine, clans notre pays, est des plus intéressante, car elle montre comment un foyer d'endémie, relativement restreint, peut donner lieu à un brusque sursaùl épidémique d'une réelle importance.
Le foyer endémique qui existe en France semble avoir été longtemps méconnu, et, après les guerres du Premier Empire, on ne mentionne dans la littérature médicale que quelques manifestations disséminées, sans aucun lien apparent :
Épidémies du bagne de Toulon en 1829, 1833, r845, 1851, 1855, 1856 ;
Typhus de la prison de Reims en 1839;
Typhus des prisons de Strasbourg, Altkirch, Nancy et Lunévillc (1854);
Cas isolés semés en 1856 à Marseille, Avignon et au Val-de-Gràce, par des soldats rapatriés de Crimée.
En réalité, le typhus avait en France une localisation fixe, endémique, en Bretagne, localisation qui a été bien mise en évidence par les travaux de Gillet, de Martin, de Gestin, les études de Thoinot et deNetter(l).
De 1870 à 1892, l'endémie bretonne a subi quelques recrudescences épidémiques locales. Les quatre épidémies suivantes sont (Tu ne authenticité incontestable :
Épidémie de Riantec, arrondissement de Lorient, 1870-1871 (Gillet);
Épidémie de Rouisan, arrondissement de Brest, avec irradiations à Saint-Pierre-Quilbignon, Guilers, Plouzané, Brest (Recouvrance), Saint-Marc, Lambezellec, Guipavas, de 1872 à 1873 (Gestin);
Épidémie de l'île Molène (Finistère), en 1878 (Gestin, Danguy des Déserts);
Épidémie de l'île Tudy (Finistère), en 1891 (Thoinot).
Il est d'autres manifestations, moins nettementétablies, mais dont la nature typhique paraît vraisemblable :
Épidémie de Pont-Croix et de Lesneven (Finistère), en 1873 (Gestin) ;
(1) Consulter sur cette question du typhus en France : Giixet, Quelques considérations sur le typhus de Riantec. Thèse de Paris, 1875. — Martin, Étude sur l'endémicité du typhus dans le département du Finistère. Thèse de Paris, ]N7(J. — Gestin, Rapport sur les épidémies de 1877. Mém. de l'Acad. de méd., t. XXXII. — Thoinot, Le typhus exanthématique de l'île Tudy. Ann. oVhyg. publ. cl dt méd. lég., 1891. — Netter, Origine bretonne de l'épidémie typhique de 1892- 1893 en France. Sem. méd., juin 1893). — Nktteh, Étiologie et prophylaxie du typhus exanthématique. Soc. méd. des hôp., 7 juillet 1893. — Thoinot et Dubief, Typhus à Paris et dans le département de la Seine. Rapport au Préfet de police (résumé in Revue de médecine, 1893). — Thoinot et Netter, Rapport général sur le typhus en France de 1892 à 1893. Recueil des travaux du Comité consultatif d'hygiène publique de France, t. XXV, I si).).