‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 180 sur 224 · III. — MOYENS MORAUX · texte numérisé non relu

III. — MOYENS MORAUX

Il y a quelques années, en dehors du milieu médical, les conséquences immédiates et lointaines des maladies vénériennes étaient totalement inconnues. Aujourd'hui, grâce à la fondation de ligues qui ont organisé la lutte contre le péril vénérien, les notions essentielles touchant la prophylaxie de la syphilis et de la blennorragie commencent à se répandre dans toutes les classes de la société. Une active propagande, qui a recours aux moyens les plus divers pour atteindre le but : enseignement individuel ou collectif, conférences, brochures rédigées en style familier, vulgarisation par l'image, a pénétré dans tous les milieux, dans l'usine, dans l'armée, et jusque dans les écoles où les jeunes gens, victimes de leur inexpérience, deviennent une proie facile pour les maladies vénériennes.

Dans la classe bourgeoise, au moins 10 p. 100 des sujets atteints de syphilis ou de blennorragie ont contracté leur maladie dans la première jeunesse, à l'âge des études scolaires. Les ouvriers fournissent un contingent encore plus élevé, 13,4 p. 100. Sur une centaine de syphilitiques des deux sexes, plus de la moitié prennent la syphilis de quatorze à vingt et un ans. Sur 653 cas de syphilis cérébrale, 65, soit le dixième, dérivent d'une infection contractée entre quatorze et dix-neuf ans.

Ces chiffres montrent quelle est la gravité de la contamination juvénile. Ils justifient le voeu qui a été exprimé, sur la proposition de Lassar (de Berlin), parla Conférence internationale de Bruxelles:

680 E. JEANSELME. — MALADIES VENERIENNES.

« Les gouvernements sont priés de saisir toutes les occasions favorables pour attirer l'attention du public et surtout des jeunes gens sur les dangers que la prostitution fait courir à la santé des personnes, de l'un et l'autre sexe el sur les suites funestes des maladie vénériennes. »

La Société française de prophylaxie, par la plume de ses membres les plus autorisés, s'est efforcée de mettre en garde les élèves des classes supérieures, les jeunes ouvriers et les jeunes ouvrières, contre le péril vénérien. Cet enseignement, fait avec tact et discrétion, n'a soulevé aucune protestation, et il est appelé, sans nul doute, à donner les meilleurs résultats (1).

D'autres moyens d'ordre moral ont été préconisés, parmi lesquels ont peut citer les suivants :

a. Protéger la femme contre la séduction en autorisant la recherche de la paternité, admise par plusieurs législations européennes;

b. Faciliter les unions légitimes et encourager les mariages jeunes;

c. Réglementer avec plus de justice le travail de la femme. Sur 18 industries féminines, d'après Charles Benoist, il y en a 17 qui ne permettent pas à l'ouvrière d'équilibrer son budget. Cette insuffisance des salaires conduit presque nécessairement la femme à vivre en partie de la prostitution.

Malheureusement, la solution de ces problèmes soulève des difficultés presque insurmontables dans l'état actuel de la société.

Surveiller la prostitution, punir le délit de contamination vénérienne, porter à la connaissance de tous les méfaits de la syphilis et de la blennorragie sont pour le présent nos meilleures armes de combat.

Puissent les progrès de la science rendre inutile dans l'avenir remploi de ces moyens d'action en annihilant un des fléaux qui pèse le plus lourdement sur l'humanité!

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