II. - MOYENS MÉDICAUX
Traiter les maladies vénériennes est une des mesures les plus propres à entraver leur diffusion. Il est de l'intérêt de la Société d'assurer la gratuité des soins aux indigents syphilitiques ou blennorragiques, afin de les mettre [hors d'état de propager la contagion.
L'aménagement d'hôpitaux spéciaux pour vénériens offre certains avantages pour l'étude et pour l'enseignement. Mais, d'une manière générale, ils ne sont pas à recommander, parce que les malades, surtout les femmes, ne se décident à y entrer qu'avec répugnance. Il est préférable de créer des divisions pour les syphilitiques dans les hôpitaux généraux, ou mieux encore des services mixtes. Quant à la blennorragie, qui, par son traitement et surtout celui de ses complications, est du ressort de la chirurgie, elle doit être rattachée aux services des maladies des voies urinaires.
Beaucoup de vénériens peuvent recevoir les soins que réclame leur état sans être hospitalisés, ce qui a le double avantage de permettre au malade de travailler pour nourrir sa famille et de ne pas grever trop lourdement le budget d'assistance. L'ouverture de dispensaires vénéréologiques, en nombre proportionnel aux besoins de la population, pourrait rendre les plus grands services, mais à la condition qu'ils soient bien organisés et dirigés par des médecins compétents. En ce qui concerne les consultations externes des hôpitaux de Paris, où les vénériens peuvent actuellement demander conseil, A. Fournier leur adresse les critiques suivantes :
« 1° Elles sont encombrées. Que peut faire un médecin en présence d'une cohue de 200 à 250 malades ? Il ne peut donner, aux derniers venus surtout, qu'une consultation imparfaite;
« 2° Elles ne sont pas gratuites, mais au contraire onéreuses pour le malade qui perd, à attendre la consultation et le médicament, une demi-journée ou même une journée de travail et de salaire ;
« 3° Elles sont humiliantes et odieuses, parce que les malades entrent par fournées, sont interrogés et examinés en public. Il en résulte que, pour le plus grand dommage de la prophylaxie, les malades ne reviennent (pie forcés par l'apparition d'un accident grave ;
G78 E. JEANSELME. — MALADIES VÉNÉRIENNES.
« 4° Le malade atteint de syphilis, sans lésion actuelle, ne peut recevoir qu'un conseil très incomplet, faute du temps nécessaire pour reconstituer, par de nombreuses interrogations, révolution de l'affection et le traitement antérieur;
« 5° Le temps manque aussi pour instruire le malade des dangers qu'il l'ait courir à autrui, de là de graves accidents de famille, toujours évitables, et dont le malade reporte volontiers — non sans raison — la faute au médecin qui aurait dû le prévenir ;
« 6° Quant au traitement de la blennorragie, tout fait défaut, car, sous la réserve d'une seule exception, aucune consultation hospitalière ne possède l'installation nécessaire pour appliquer le traitement de la blennorragie d'après les méthodes thérapeutiques nouvelles. »
Pour remplir les trois indications prophylactiques majeures : guérir, préserver, instruire, il faut, poursuit A. Fournier, que la consultation dans les dispensaires ait lieu aux jours et heures les plus favorables aux intérêts des malades, que l'examen soit individuel et privé, que les conseils oraux soient accompagnés d'une instruction imprimée indiquant les règles du traitement et l'hygiène à suivre, que les médicaments soient délivrés gratuitement.
Pour compléter l'organisation des moyens prophylactiques d'ordre médical, il convient d'exiger des étudiants en médecine un stage dans un service de vénériens et de donner aux sages-femmes, sur la syphilis et la blennorragie, des notions élémentaires qui leur seront de la plus grande utilité dans la pratique courante (1).
Le projet de loi concernant la prostitution et la prophylaxie des maladies vénériennes consacre les réformes dont M. A. Fournier a démontré l'urgence :
« Art. 36. — Il ne doit pas exister, en dehors des nécessités de l'enseignement, des services spéciaux exclusivement destinés au traitement des maladies vénériennes.
« Les hôpitaux, les dispensaires, les consultations à l'usage des malades relevant de la médecine et de la chirurgie générale seront ouverts aux vénériens dans les mêmes conditions qu'aux autres malades.
« Art. 37. — Dans tous les centres importants, sur la proposition des maires ou des préfets, les administrations hospitalières seront
(1) A. Fournier, Le dispensaire vénéréologique. Ce qu'il devrait être pour le traitement et l'enseignement des maladies vénériennes. Soc. franc, de prophyl., 11 juillet 1904. — Voy. aussi Salmon, Rapport de la commission pour l'étude d'un hôpital modèle pour femmes vénériennes. Discussion de la question des dispensaires vénéréologiques. Soc. franc, de prophyl., 1903, n° 10; 1904, n09 3, 4, 5, 9 et 10 ; 1905, n°s 1, 2 et 4; 1906, nos 5, 6 et 7. — Janet, Traité des maladies vénériennes dans les hôpitaux. Soc. franc, de prophyl., 11 juillet 1904." — Les étudiants de la Faculté de médecine de Paris seront désormais astreints à un stage dans un service de vénériens.
tenues d'organiser des consultations ouvertes le dimanche matin et, au moins une fois par semaine, après les heures de travail.
« Les locaux destinés aux consultations seront disposés de telle sorte que les malades soient examinés isolément, hors de la vue des autres malades ou des personnes étrangères au service médical. »
En Danemark, un édit royal du 2 juillet 1790 a institué le traitement gratuit des maladies vénériennes. L'article 5 de la loi du 30 mars 1906 est ainsi conçu : « Les personnes soutirant de maladies sexuelles ont droit au traitement gratuit aux Irais publics. Elles sont tenues de se faire soigner par un médecin privé ou, dans le cas contraire, elles seront internées dans un hôpital. »
En Serbie, depuis 1887, tout syphilitique, quelle que soit sa condition de fortune, est tenu de se pi'ésenter à l'hôpital ou au médecin d'arrondissement, et à partir de ce moment il reçoit gratuitement les soins et médicaments. Il est enjoint par la loi à tout médecin de traiter gratuitement les syphilitiques. Le médecin d'arrondissement inscrit les cas parvenus à sa connaissance sur le livre des syphilitiques dont il a la garde. Une statistique annuelle est dressée à l'aide de ces registres.