‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 2 sur 224 · PRELIMINAIRES · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES

PAR

le Dr ACHALME.

Pour qui libère son esprit d'un déterminisme trop étroit, l'histoire des maladies infectieuses n'est qu'un épisode de la concurrence vitale universelle, et c'est sous cet angle qu'il faut examiner la question si l'on veut tenir les conceptions hygiéniques à égale distance de l'empirisme et du dogmatisme, tous deux opposés au même degré aux progrès de toute science biologique.

Bien qu'il ne soit éloigné que de quelques années, le temps nous paraît déjà lointain où l'infection était considérée comme la conséquence fatale de la pénétration d'un microorganisme spécifique dans l'économie. Les fonctions pathogènes de l'envahisseur prédominaient à un tel point les autres propriétés biologiques que le seul caractère de la maladie produite motivait la création d'une espèce particulière.

Le problème semblait des plus simple : la présence du microbe était le facteur principal de la maladie; sa disparition au contraire

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devenait le signal et la consécration de la guérison. L'organisme, considéré comme terrain de culture, jouait bien un rôle de plus en plus important; il élait bien tenu compte, dans une mesure de plus en plus grande, de la violence et de l'efficacité de ses révoltes ; mais, dans cette lutte sans merci, la seule issue semblait consister darîs la victoire complète d'un adversaire et l'anéantissement complet de l'autre. Si l'organisme supérieur ne succombait pas à la violence de l'attaque, l'élimination absolue du microbe était considérée comme la condition suffisante et nécessaire de la guérison.

Peu à peu l'observation émoussa les angles de cette conception trop absolue. Les barrières artificielles que l'on avait voulu élever entre les microbes pathogènes et les microbes saprophytes tombèrent d'elles-mêmes lorsque l'on constata la présence dans l'organisme normal des microorganismes dont le rôle efficient dans les infections les plus communes semblait être hors de doute. Ce fut par la brèche faite au dogme de la spécificité, par la mise en lumière des infections autogènes que s'insinua dans la science la conception autrement philosophique et générale d'un équilibre entre l'organisme vivant et la flore ou la faune des infiniment petits existant dans le monde ambiant.

Mais l'étape ne fut pas franchie d'un coup. Les microbes commensaux habituels de l'organisme furent d'abord seuls reconnus susceptibles d'être facteurs dans cet équilibre instable, dont procèdent la maladie et la santé. Les agents des maladies infectieuses dites spécifiques restaient soumis aux conceptions anciennes.

D'autre part, cette notion de commensalité était incomplète. On voulait bien admettre que des bactéries, susceptibles de devenir occasionnellement pathogènes dans des conditions de virulence encore mal définies, pouvaient avoir pour habitat la surface de notre épithélium cutané ou muqueux; mais on se refusait à croire que cette barrière pût être impunément franchie et que, sans qu'il en résultât un état morbide réel, le microorganisme puisse s'installer plus profondément dans l'économie et se créer un état d'équilibre dans l'intimité même des tissus.

C'est en vain que, dès 1891-1892, j'avais signalé d'une part la possibilité de suppurations osseuses dues au bacille typhique et apparaissant longtemps après la convalescence de la fièvre typhoïde, d'autre part l'existence directement constatée de la persistance du streptocoque érysipélateux dans le tissu dermique pendant l'intervalle des poussées de l'érysipèle à répétition. Ces faits, contraires aux idées d'alors, étaient accueillis avec incrédulité et attribués à la dernière influence de la conception spéculative de Verneuil sur le parasitisme microbien latent.

Il serait exagéré de dire que ces deux notions : impossibilité d'équilibre entre l'organisme et le microbe pathogène des maladies spécifiques et impossibilité d'existence latente de germes microbiens

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