PRÉLIMINAIRES
dans l'intimité des tissus, ont entièrement disparu du domaine classique ; mais bien des faits sont venus montrer qu'il ne faut leur accorder, ainsi qu a la plupart des dogmes biologiques, qu'une valeur des plus relative.
En ce qui concerne la distinction absolue entre les espèces commensales et les espèces pathogènes spécifiques, la pathologie humaine aurait dû être éclairée depuis longtemps par les données acquises en parasitologie végétale. Ne sait-on pas depuis longtemps que le phylloxéra, qui s'étendit comme un fléau sur les vignes françaises, est un parasite inoffensif des vignes américaines, sur la racine desquelles il a réalisé un équilibre stable?
Des exemples aussi caractérisliques se sont fait longtemps attendre en nosologie animale. L'histoire des trypanosomiases vient de combler cette lacune, en montrant que ces flagellés peuvent exister dans le sang de certaines espèces animales sans provoquer aucune réaction morbide, alors qu'inoculée à d'autres mammifères la même espèce provoque chez ces derniers une maladie mortelle. Celte question des réservoirs de virus a apporté dans la pathogénie une notion nouvelle dont l'importance ne saurait encore être mesurée.
Comment s'est formé cet équilibre ? Provient- il d'une convenance accidentelle, ou plutôt est-il le résultat d'une longue adaptation réciproque, devenue héréditaire chez les deux organismes en présence? La seconde hypothèse est de beaucoup la plus probable. Le fait de cette immunité naturelle d'une nature particulière se rapproche en effet de la persistance, si souvent constatée dans ces derniers temps, des organismes pathogènes spécifiques ayant conservé toute leur virulence et vivant en commensaux inoffensifs chez des individus guéris de la maladie infectieuse engendrée par eux.
L'étude des piroplasmoses animales abonde en faits de cette sorte. En dehors de la longue latence possible des spores tétaniques, l'histoire de la fièvre typhoïde, de la fièvre de Malte, de la diphtérie, etc., a montré que le microorganisme pathogène est loin de disparaître toujours en même temps que la maladie qu'il a causée. On le trouve encore pendant la convalescence, après la guérison. On peut même le déceler chez l'homme sain, qui peut n'être qu'un simple vecteur, sans avoir lui-même éprouvé les atteintes de la maladie.
Ces faits ne laissent pas que de compliquer singulièrement la prophylaxie de ces affections que l'on avait pu espérer un moment trancher d'une manière plus simple et ont montré le danger de généraliser trop hâtivement des idées trop absolues. Il en résulte, pour le médecin praticien, la nécessité de bien connaître la pathogénie spéciale de chaque maladie et de la baser sur une connaissance approfondie des propriétés biologiques de l'agent pathogène.
L'état de résistance de l'organisme aux infiniment petits est donc en résumé le résultat d'un véritable équilibre entre les forces de
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défense des cellules et les forces d'attaque des microbes. L'hygiène n'a d'autre but que de maintenir cet équilibre, en établissant une aussi grande marge que possible au profit de l'économie. Pour arriver rationnellement à ce but, il est nécessaire d'étudier dans leurs plus intimes détails les deux facteurs en présence.
Le premier, celui qui a trait aux moyens de défense de l'organisme, est le plus constant. Les méthodes de protection de l'économie sont en effet peu nombreuses, puisque certaines théories trop exclusives veulent les réduire à une unité factice. Leur étude devrait être un des chapitres les plus importants de la physiologie : car c'est celui où toute découverte s'accompagne immédiatement de sanctions pratiques. Nous ne reviendrons pas dans ce fascicule sur celte question, qui doit être constamment présente aux esprits médicaux.
Les mêmes méthodes doivent être appliquées à l'étude du deuxième terme du problème. Ce serait l'aire preuve d'une étroitesse de vues préparant à bien des déceptions que de ne vouloir étudier les microorganismes pathogènes que dans leur rapport immédiat avec l'organisme animal. Si, par suite d'adaptations successives, le parasitisme habituel a pu dégrader un certain nombre de leurs fonctions, il n'en est pas moins utile de connaître, d'une manière aussi complète que possible, leur morphologie, leur habitat, leurs propriétés biologiques, aussi bien sur les milieux inertes, où le métabolisme de leur vie éclate avec plus de simplicité, que sur les milieux vivants.
Rien n'est à négliger; car tout élément nouveau peut avoir sa répercussion sur le fléau de la balance ; et inversement toute découverte d'une nouvelle propriété d'un agent pathogène doit avoir pour corollaire une recherche sur le moyen employé par l'organisme pour rétablir l'équilibre troublé.
Il serait trop long de rappeler ici tous les détails de la refonte des cadres nosologiques, qui fut le résultat des découvertes bactériologiques et substitua des bases naturelles et objectives à celles plus subjectives et moins précises fournies par la clinique. Les études morphologiques ont permis de grouper pathogéniquement des maladies très différentes dans leurs localisations ou leurs manifestations, bien qu'elles soient dues à l'action du même microorganisme.
Les recherches sur les propriétés biologiques des microbes ont rendu possible le rapprochement entre des affections aussi éloignées que le tétanos et la diphtérie, et montré que, dues l'une et l'autre à une intoxication par les toxines d'un microbe localisé, elles étaient l'une et l'autre justiciables de moyens thérapeutiques analogues.
Il n'est pas jusqu'aux affinités naturelles des espèces microbiennes qui ouvrent des horizons nouveaux aux recherches thérapeutiques. Des maladies aussi éloignées nosologiquement que le boulon d'Orient et le kala-azar se trouvent étroitement rapprochées par l'analogie frappante des parasites qui les causent, et il est permis d'espérer que
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-tout moyen de préservation ou de traitement d'une des affections sera susceptible d'être adapté à l'autre.
Ces exemples, glanés au hasard dans la riche moisson des faits bactériologiques, montrent que les sciences médicales appliquées et spécialement l'hygiène vivent de la connaissance de plus en plus approfondie de la biologie des parasites des deux règnes : c'est des progrès dans les investigations de cet ordre que l'on peut attendre les solutions pratiques des problèmes nombreux soulevés par la préservation de la santé humaine contre ses ennemis du dehors.
Aussi nous pardonnera-t-on d'avoir à dessein donné à l'étude même des microorganismes, considérés en eux-mêmes, un développement plus grand qu'il n'est coutume dans les ouvrages destinés aux praticiens, car nous sommes convaincus que la connaissance de ces faits positifs et précis est nécessaire à la compréhension des phénomènes pathogéniques.
LES INFECTIONS AUTOGÈNES.
C'est seulement sous le bénéfice de certaines réserves que l'on peut diviser les infections en infections autogènes et infections hétérogènes.
Le microorganisme qui cause une infection autogène appartient en général à une espèce adaptée au parasitisme chez l'animal avec lequel il a réussi à réaliser un équilibre plus ou moins stable. Ce dernier peut être rompu par suite de la déchéance de l'hôte, la limite extrême de cette déchéance étant la mort qui le transforme en milieu inerte. Plus la déchéance est grande, moins est considérable l'effort du parasite pour faire pencher la balance de son côté. Corrélativement moins est grande aussi la sélection qui s'opère de par la lutte ainsi engagée. Aussi cette rupture d'équilibre n'apparaît-elle que comme un mode de disparition d'un organisme déchu et reste-t-elle un incident isolé.
Si, au contraire, la variation est partie du côté du microorganisme, dont les propriétés combatives ont été exaspérées par une des causes complexes agissant sur sa virulence et dont un grand nombre nous ost encore inconnu, ou si une sélection intense s'est effectuée sous l'influence de l'effort déployé au cours de la lutte par l'organisme se relevant d'une défaillance passagère, il peut en résulter la formation d'une race plus ou moins fixée, ayant acquis une puissance d'attaque supérieure à celle de la race primitive. Reporté alors sur un organisme normal, le microbe à virulence exaltée peut provoquer une infection de la même manière qu'un microorganisme hétérogène. Il y a dès lors éclosion d'une épidémie réelle à apparence parfois spécifique, comme l'érysipèle, certaines bronchopneumonies, etc., et pourtant, en dernière analyse, cette infection est due à l'exaltation
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passagère d'un microbe banal, commensal habituel de l'organisme.
Inversement un microorganisme infectieux, nettement spécifique, peul ue pas succomber d'une manière complète, au cours des oscillations pathologiques qui représentent les efforts de l'économie pour le rétablissement des conditions de vie normale. La vaccination est la manifestation d un équilibre nouveau qui n'est pas incompatible, commenousi'avonsvu,aveclapersistancedansi'organismederagenl pathogène, devenu un commensal relativement inoffensif. Mais que cet ensemble de propriétés qui constituent l'immunité acquise vienne à se modifier, l'équilibre se trouve de nouveau rompu et une réinfection apparaît sans que soit nécessaire une introduction nouvelle du germe infectieux. La maladie, due à la présence d'un microbe spécifique habituellement extérieur, est donc, dans ce cas, élymologiquement autogène, puisqu'elle éclôt sans apport nouveau du germe infectieux.
La distinction n'a donc rien d'absolu.
MICROBES COMMENSAUX
le Dr ACHALME.