‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 25 sur 224 · VII. - TÉTANOS · texte numérisé non relu

VII. - TÉTANOS

Le tétanos est une maladie microbienne commune à l'homme et aux animaux et se traduisant par une contracture douloureuse «les muscles volontaires, pouvant se généraliser et aboutir à la mort.

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AGENT PATHOGÈNE. — La nature infectieuse du tétanos pressentie par Lehman, Labbé, Stadefeldt, Nocard, a été démontrée presque simultanément par Carie et Rattone, qui en établirent expérimentalement la transmissibilité, et Nicolaïer qui produisit un tétanos expérimental par l'inoculation de la terre de jardin et signala l'existence constante d'un bacille spécial, qu'il signala comme l'agent spécifique de la maladie. De nombreux travaux vinrent corroborer les résultats obtenus par Nicolaïer, mais c'est à Kitasato que revient le mérite d'avoir le premier obtenu le bacille du tétanos en culture pure, d'en avoir décrit les caractères principaux et d'en avoir mis hors de conteste la spécificité. Les recherches de Knud Faber et le mémoire fondamental de Vaillard et Vincent (1) déterminèrent dune manière définitive le mécanisme de l'infection, ou plutôt de l'intoxication tétanique, en mettant en évidence le rôle prépondérant joué par la toxine sécrétée par le bacille de Nicolaïer.

Les caractères morphologiques du bacille tétanique ne pourraient suffire à le caractériser. Ils lui sont communs avec les autres bacilles anaérobies que nous avons décrits avec lui, sous le nom de bacilles tryptobutyriques. Ce sont des bâtonnets de 0 a, 5 environ de largeur, mais dont la longueur est très variable suivant les milieux et l'âge de la culture. La formation de spores est assez précoce (trentesix à quarante-huit heures) et se produit sur la plupart des milieux. Elle est presque toujours terminale, assez volumineuse, et le paraît d'autant plus que, dès son apparition, le corps bacillaire diminue de diamètre jusqu'à disparaître complètement par autolyse. Sa forme est plus régulièrement sphérique que celle des spores des bacilles appartenant au même groupe et qui se présentent sous un aspect plus ou moins ovoïde (vibrion septique, bacille du charbon symptomatique, B. patrifîcas, etc..)

Le bacille tétanique est mobile et présente soit des oscillations rapides, soit des mouvements d'ondulation, sensibles principalement dans les formes longues. Cette mobilité est due à la présence de longs cils flexueux, au nombre de 20 à 30, bien étudiés par Kanthack et Connel. Lors de l'apparition de la spore, les mouvements s'atténuent et disparaissent, mais non d'une manière absolument constante.

Les couleurs d'aniline agissent énergiquement sur le bacille du tétanos, qui reste coloré par la méthode de Gram et mieux par celle de Claudius. Les spores se colorent facilement par la solution de Ziehl après action de l'acide chromique à 5 p. 100.

L'aspect macroscopique des colonies sur milieux solides n'est pas aussi caractéristique que l'on pourrait le croire à la lecture des traités classiques. La liquéfaction de la gélatine est seule un caractère constant. Quant à l'auréole nuageuse, ou radiée, que l'on observe

(1) Annales de l'Inslilut Pasteur, janv. 1891.

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fréquemmenl autour des colonies sur gélatine ou sur agar, elle esl inconstante el varie avec la composition et la consistance du milieu. Les propriétés biologiques du bacille tétanique sont plus caractéristiques. Une des principales esl fanaérobiose, <pii, néanmoins, n'est pas exclusive du développement en profondeur ou à l'abri d'un voile formé par des microbes aérobies (Debrand). On peut, du reste, par une éducation particulière, accoutumer le bacille tétanique à des proportions progressives d'oxygène (G. Rosenthal . La spore tétanique est extrêmement résistante à la chaleur; elle résiste, d'après Smith, pendant plus d'une heure à l'ébullition.

Fig. 74. — Bacille du tétanos d'une jeune culture dans le bouillon (1000 li.

L'action du bacille tétanique sur les substances hydrocarbonées est minime ; il laisse intact tous les sucres, sauf toutefois la maltose dans certaines conditions spéciales et donne alors de l'acide butyrique. C'est au contraire un puissant ferment des substances quaternaires et un agent actif de putréfaction. Il sécrète une trypsine qui digère la gélatine, la fibrine, l'albumine, en milieu alcalin, et pousse la décomposition de ces dernières substances jusqu'à la formation de leucine, de lyrosine et d'ammoniaque avec dégagement d'hydrogène sulfuré etd'acide carbonique. 11 se forme égalementune petite quantité d'acides gras : acide butyrique, valérianique, paroxyphénylpropionique.

Mais, à côté de celle diastase, qui classe le bacilledu tétanos parmi les anaérobies tryptiques, on rencontre, dan- lesmilieux de culture, un autre corps diastasique absolument spécifique : c'est la toxine,

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tétanique caractérisée par ses effets physiologiques et que la filtration sur bougie permet d'étudier séparément.

C'est un poison extraordinairement actif, tuant la souris à la dose de un cent-millième de centimètre cube avec les symptômes du tétanos typique. Son action porte principalement sur les centres nerveux, dont les cellules présentent pour la toxine une affinité puissante (Wassermann et Takaki), permettant de l'extraire des solutions par fixation, la substance nerveuse se comportant de la même manière que la fibrine vis-à-vis de la pepsine.

Si Ton inocule la toxine sous la peau, sa propagation jusqu'à Taxe cérébro-spinal se fait par deux voies : une partie passe dans le sang et en est extraite par les cellules nerveuses en vertu de leur affinité : l'attire gagne les centres nerveux par l'intermédiaire des fibres nerveuses motrices et plus spécialement du cylindraxe, ainsi que le démontre l'absence d'absorption en cas de dégénérescence des neurones (Fletcher, Tiberti). La fixation définitive se fait au contact des cellules nerveuses : c'est ainsi que s'expliquent l'existence constante d'une période d'incubation, la localisation des contractures au niveau du point d'inoculation en cas d'injection de faible dose chez les animaux de laboratoire, ainsi que la différence des symptômes suivant la porte d'entrée [tétanos cérébral (Roux et Borrel), tétanos viscéral (Binot)"].

Il faut noter toutefois que, chez l'homme et chez le cheval, une sensibilité probablement plus grande des cellules des centres moteurs bulbaires a pour résultat une précocité plus grande et une prédominance constante des phénomènes de trismus, de dysphagie, quel que soit le point d'inoculation.

Plusieurs auteurs ont recherché quelle était la nature chimique de la substance fixatrice (adsorbante) des centres nerveux. Marie et Morax ont montré que la substance cérébrale desséchée perd 97 p. 100 de son pouvoir neutralisant, ce qui rend plus difficile l'isolement de la matière active. Landsteiner a cru trouver cette substance dans le protagon, Takaki dans l'extrait alcoolique contenant principalement des cérébrosides neutres et surtout du cérébron. Tifïeneau et Marie, se basant sur l'influence de la dessiccation d'une part, et d'autre part sur la mise en liberté de la toxine sous l'action des ferments protéolytiques tels que la papaïne, admettent avec plus de vraisemblance la nature albuminoïde de la substance active.

Le suc gastrique, grâce à son acide chlorhydrique, et le suc pancréatique activé par l'entérokinase détruisent la substance tétanique. La bile et principalement les savons biliaires et la cholestérine ki neutralisent également (Vincent). La muqueuse intestinale semble lui être imperméable (Breton et Petit).

La toxine tétanique possède les propriétés des corps diastasiques. Elle se fixe facilement aux précipités et est très sensible à la chaleur.

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