‹ Traité d'hygiène (volume 5)Chapitre 27 sur 224 · TÉTANOS · texte numérisé non relu

TÉTANOS

• Ce qui prouve que le bacille tétanique, considéré en dehors de sa 1 toxine, est un agent infectieux peu actif, c'est la difficulté avec laquelle, d'après les expériences de Vaillard et Vincent, Vaillard et Rouget, l'infection apparaît à la suite d'inoculations de spores tétaniques débarrassées par le lavage de la toxine qui y adhère. Dans ces conditions, les spores tétaniques sont englobées par les leucocytes et détruites par phagocytose. Tarozzi a néanmoins démontré que cette destruction se fait assez lentement et que l'on pouvait retrouver des spores encore vivantes trois mois après l'inoculation. Nous verrons l'importance de cette infection latente à propos de la pathogénie du tétanos spontané.

Les recherches des auteurs précités ont permis de déterminer expérimentalement les conditions favorisantes de l'infection tétanique. Toutes les causes pouvant éloigner les leucocytes, soit mécaniquement (spores dans du sable ou du papier), soit par chimiotaxie négative, sont susceptibles d'exercer sur l'éclosion des spores une influence favorable, lui permettant de sécréter une petite quantité de toxine avant d'entrer en lutte avec les phagocytes. Certaines substances, telles que l'acide lactique, la triméthylamine, la quinine, mélangées aux spores lavées, agissent de cette manière, et nous verrons plus loin les déductions pratiques que l'on peut tirer de ces faits.

Le rôle du traumatisme a été également bien établi. La formation d'un foyer de nécrose ou d'hémorragie constitue un milieu favorable à la germination des spores tétaniques. Les contusions profondes, les brûlures et principalement les fractures sous-cutanées se montrent particulièrement efficaces.

Vincent a étudié spécialement l'action favorisante de la chaleur sur le développement du tétanos. Il a montré que des cobayes, inoculés avec des spores sans toxine, sont susceptibles de devenir tétaniques, si on les expose pendant quelque temps dans une étuve à 40°, de manière à élever leur température centrale à 42° environ. Les symptômes tétaniques apparaissent au bout de deux ou trois jours, même si les animaux avaient été inoculés quarante et môme soixante jours avant l'expérience. Le bacille se trouve dans tous les tissus, mais il est probable que cette généralisation provient de la répartition des spores renfermées dans les leucocytes et mises en liberté par la cytolyse de ces cellules, sous l'influenee de l'hyperthermie. Le froid peut agir de môme ; mais il est nécessaire qu'il soit assez intense. L'englobement des microbes par les leucocytes ne cesse qu'aux environs de 15°. Il ne saurait donc être question d'un abaissement général de la température à ce ni veau: mais, par le refroidissement local, on peut faire descendre la température d'un membre à 10° et constater ainsi l'influence favorisante du froid sur l'éclosion des spores tétaniques latentes.

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Mais l'influence qui semble prépondérante en pratique est celle des associations microbiennes. Les microbes susceptibles de produire une altération des tissus exercent une action nettement favorisante, en protégeant les spores tétaniques contre les leucocytes ou en provoquant la destruction de ces cellules avant que la vitalité des spores englobées ait disparu. Les microbes pyogènes, le Bacillua prodigiosus, ont été expérimentésaveesuccèspar Vaillardet Rouget.

Une injection de bacille typhique a suffi pour l'aire apparaître le tétanos chez un cobaye trois mois après l'introduction des spores tétaniques. Ces faits donnent la clef de certaines particularités de l'infection tétanique, entre autres : la rareté relative de la maladie malgré la presque ubiquité du germe, l'influence de« soins antiseptiques malgré la grande résistance de la spore tétanique, enfin l'apparition du tétanos en dehors de tout traumatisme, sur laquelle nous aurons à revenir à propos de l'étiologie du tétanos, dit spontané.

HABITAT. — Le bacille du tétanos est un bacille du sol ; c'est là que se trouve son habitat normal, et on le trouve en abondance dans la terre de jardin, la terre fumée, la boue des rues. Il abonde principalement dans les couches superficielles ; au-dessous de 30 centimètres, sa présence devient rare (Beumer).

La terre de toutes les régions du monde semble infectée, mais plus spécialement celle des régions tropicales. Le Dantec a trouvé en abondance le bacille tétanique dans des terres provenant de la Guyane et des Nouvelles-Hébrides.

Bien que son véritable réceptacle soit la terre arable, le bacille tétanique peut se trouver dans toutes les poussières dont la terre est le plus souvent le point de départ. Chantemesse et Widal l'ont trouvé dans la poussière du plancher d'une salle d'hôpital ; Belfanti el Pescarolo, dans des toiles d'araignée provenant d'une écurie ; Hein/.elmann, dans des matériaux de démolition. Les poussières végétales contiennent également souvent le bacille tétanique, ainsi que l'a montré Peyraud par l'inoculation de débris de foin (5 p. 100 d'inoculations positive- .

Celte présence dans le foin explique l'existence fréquente du

Fig. 76. — Culture du bacille du tétanos sur gélatine glucosée inoculée en piqûre profonde, âgée de six jours (d'après Kitasato).

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