OCCASIONNELLEMENT TRANSMISSIBLES A L'HOMME
le D'' ACHALME.
On donne le nom de charbon aux différentes manifestations morbides qui surviennent chez l'homme et les animaux à la suite de l'introduction et du développement d'un microorganisme spécial, le Bacillus anlhracis.
AGENT PATHOGÈNE.— En raison delà facilité de sa recherche, de sa culture et de la constance de ses propriétés virulentes, le bacille du charbon a été l'objet d'un grand nombre de travaux, comme étant le type du microorganisme pathogène. Les noms deDavaine, Pasteur, Koch, Ghauveau, Chamberland et Roux, restent attachés à l'étude de la première maladie infectieuse dont la cause ait été objectivement connue. Le livre de Straus (1887) résume bien tous les travaux de cette période du début de la bactériologie.
Le bacille du charbon se présente dans le sang de l'homme et des animaux sous forme de bâtonnets cylindriques de5à 6 a de long sur là 1 p., 5 de large, isolés ou placés bout à bout, de manière à former de courtes chaînettes. Les extrémités des bâtonnets, parfois renflées ou élargies, sont coupées carrément et limitéesparune ligne légèrement flexueuse. Dans les préparations colorées, le bâtonnet est souvent entouré d'un espace clair, qui avait été faussement considéré comme une capsule.
Dans les cultures, la longueur des chaînettes augmente considérablement de manière à figurer de véritables filaments divisés en segments réguliers séparés par des espaces clairs. Bientôt apparaissent, à une des extrémités des bâtonnets, un point brillant, qui s'isole du reste du protoplasma par une membrane (périspore) et devient la spore, corps ovoïde, réfringent, qui représente la forme de résistance du microorganisme et qu'il ne faut pas confondre avec les sporoïdes de dégénérescence si bien étudiées par Ruzicka. Puis le protoplasma du bacille se résorbe peu à peu, par autolyse; la membrane elle-même disparaît, et la spore devient libre.
Le bacille du charbon prend facilement les couleurs d'aniline et conserve la coloration de Gram. Divers auteurs ont décrit dans son protoplasma des granulations chromatiques, auxquelles ils donnent le nom et la signification de noyaux. Il semble, d'après Prcisz, que ni les formations de Schottelius et Nakanisch, ni les grains métachro-
matiques de Babès, Ernst, ni les granulations acido-résistantes de Bunge ne peuvent être considérées comme de véritables noyaux. Preisz décrit comme tels des corpuscules axiaux se colorant intensivement parles solutions étendues de fuchsine et devenant le point de départ de la formation des spores.
On a longtemps regardé l'immobilité comme un des caractères les plus constants du bacille charbonneux. Les recherches de René Dupont tendent à établir que, par une sélection, on peut obtenir des bacilles pourvus de cils et présentant des mouvements lents et flexueux. Stiennon, Preisz, ont dans ces derniers temps attaché une importance particulière à la formation d'une capsule autour (\i>< bacilles charbonneux. Cette capsule, qui n'apparaîtrait que dan- les humeurs ou les tissus animaux, ne se produirait que chez les races virulentes et aurait pour effet de protéger la bactérie contre la phagocytose. La substance capsulaire, extraite, lavée et desséchée, aurait même, d'après Preisz, la propriété d'enlever au sérum sanguin son pouvoir bactéricide vis-à-vis de la bactéridie charbonneuse.
L'aspect des cultures est assez caracté- :'■:■{&''.'.•'■ ^ '..;*-■"• Q. ;""'•• ristique, surtout sur gélatine en piqûre. >. •:• •';£'' V '. V / V' ..: Sur ce milieu, le trait d'inoculation s'enfc'i£'' •'.'-" \ :"V/ ■•'■'. •.■'•' '■•: toure de petits filaments, donnant à la 'ïiii'. ' Câ . • - V * '' '"'"■ culture l'aspect d'un petit écouvillon : la /V-^.V './*© ^ ■'& gëlal'me est lentement liquéfiée. Sur agar, ^•.•••.'■•••...'•w',^'; ,.••;.. on obtient descolonies épaisses, crémeuse-, '"' ■■••■*'-='••■ •"'•'•' blanchâtres. Sur bouillon, la végétation lig. 79. — Sang de Cobaye se fa^ en grumeaux qui se sédimentenl en
mort du charbon (obj.apo- , . ■ . ,. . , , .
chr. 1,30 oc. 4. Zeiss). laissant le liquide clair.
Le lait se coagule au bout de trois jours, sous l'influence d'une présure, puis se peptonise complètement.
Le bacille du charbon sécrète donc une diastase protéoh tique qui a été bien étudiée par Malfîtano ; il donne naissance également à un ferment soluble qui saccharifie l'amidon. Les produits ultimes de sa végétation consistent en ammoniaque, acide carbonique et acides gras. Hoffa, S. Martin, Hankin et Werbrook ont isolé des cultures sur milieux liquides des substances plus ou moins toxiques de nature alcaloïdique ou albuminosique. Marmier a étudié d'une manière précise lespoisonsbactéridiensetles conditions de leur diffusion hors du protoplasma microbien, où ils restent inclus si la culture est faite dans des conditions eugénésiques. Heyrowsky et Landsteiner ont réussi à isoler des cultures du bacille du charbon une hémolysine très instable.
Le Bacillus anihracis est un aérobie vrai ; la privation d'oxygène* s'oppose à son développement et peut môme tuer les cultures non sporulées. G. Rosenlhal a pourtant réussi à l'accoutumer à vivre dans des conditions relativement anaérobies.
Les bâtonnets sont facilement tués par une température de 58°
pendant quelques minutes; les spores sont au contraire extrêmement réfractaires et résistent longuement à l'ébullition. Il est nécessaire de faire agir plusieurs minutes une température humide de 107° et, dans l'air sec, elles supportent pendant plusieurs heures un séjour à 130°-140\ Les auteurs ne sont pas absolument d'accord au sujet de ces chiffres, et il est probable que ces divergences sont dues à ce que les spores, comme les graines des végétaux, résistent plus ou moins aux conditions extérieures, suivantqu'elles sontplus ou moins vieilles. La lumière agit puissamment sur les bacilles du charbon. Les bâtonnets sont tués en trois quarts d'heure d'insolation; lessporesau bout de soixante heures. Roux a montré que le processus nocif était surtout un processus d'oxydation ; car, à l'abri de l'air, la lumière n'exerçait qu'une action minime. Di Donna a montré qu'il était possible d'immuniser les lapins à l'aide de bacilles atténués par la lumière solaire.
La bactéridie charbonneuse résiste longtemps à la dessiccation. Sous forme sporulée, sa conservation est pour ainsi dire indéfinie : des spores se sont en effet montrées vivantes et virulentes après dixhuit ans, vingt-deux ans. Dans l'eau, la résistance est fonction de la température et d'autant plus grande que cette dernière est plus basse.
De nombreux travaux ont été faits sur l'action des antiseptiques sur le bacille du charbon et ont mis en évidence la grande résistance des spores à ces agents.
La spore charbonneuse apparaît donc comme presque insensible aux influences extérieures, et c'est ce qui explique non seulement la grande vitalité des cultures charbonneuses, mais encore leur fixité. C'est seulement en plaçant le microorganisme déjà développé dans des conditions dysgénésiques l'empêchant d'arriver à la fructification que l'on peut arriver à produire des modifications permanentes du bacille charbonneux. Au premier rang, se trouve la formation de races asporogènes qui objectivent pour ainsi dire les variations dans les propriétés biologiques de la bactéridie.
Un grand nombre d'animaux sontsensiblesau charbon, principalement parmi les herbivores et les rongeurs.
Au point de vue de la sensibilité au charbon spontané, les moutons tiennent la tète parmi les animaux domestiques. La maladie revêt le plus souvent chez eux un caractère presque foudroyant; elle est connue sous le nom de sang de rate, coup de sang. Certaines races algériennes (race barbarine) semblent néanmoins relativement réfractaires (Chauveau).
Chez le bœuf, l'infection bactéridienne donne naissance à la fièvre charbonneuse, bien différente cliniquement des tumeurs charbonneuses du charbon symptomatique.
Chez le cheval, le charbon est assez rare, mais presque toujours rapidementmortel; l'une semble unpeu plus résistant. Les chameaux, les chevreuils, les daims, les cerfs sont assez sensibles à l'infection
spontanée. Le porc y esl moins sensible. D'après les travaux de Wyssmann, la pénétration se fail surloul chez lui par les voies respiratoires. Le chien n'es! guère que pendant sa jeunesse expo-'- à contracter le charbon spontané.
Lesautres carnivores, le chat, le loup, les grands carnivores sont plus ou moins réfractai res; le puma seul semble faire exception à cette règle. Parmi les animaux de laboratoire, la souris, le cobaye, !<■ lapin. Contractent l'affection avec la plus grande facilite. Les rats, surtout les rats blancs, sont relativement réfracta ires. Les gallinacés, tels que les poules, ne succombent au charbon quedans cerlaines condition-.
le refroidissement artificiel par exemple. Les jeunes pigeons se montrent un peu plus sensibles. Les moineaux s'infectent facilement.
L'animal réactif de choix est le cobaye, et son extrême sensibilité permet de déceler facilement le bacille du charbon.
D'après Guérin, le procédé le meilleur de la recherche de ce microor- 80. — Formation des spores chez le Bacillus ganisme dans la viande nnihmcis (900/1). est la scarification de la
peau du dos du cobaye.
qui donne des résultats plus constants que l'inoculation sous-cutanée, principalement lorsque le microbe est mélangé à d'autres espèces saprogènes.
CONDITIONS EXPÉRIMENTALES. — Il y a peu de maladie infectieuse dont le déterminisme expérimental ait été étudié avec autant de soins que le charbon. C'est à l'aide;du Bacillus anthracis que certaines conditions de l'infection ont pu être élucidées. Au premier rang, il faut placer le rôle du facteur quantité, donl Chauveau a montré toute l'importance, en forçant, par l'inoculation d'une plus grande quantité de germes, l'immunité naturelle des moutons barbarins. L étude de la virulence a donné également naissance à un grand nombre de travaux, qui ont établi que, en dehors des conditions de culture que nous avons étudiées plus haut, le passage par l'organisme animal avait pour résultat de modifier les propriétés pathogènes du bacille, en les exallant au moyen du passage par les animaux relativement réfractaires et en les atténuant au moyen du passage par les animaux sensibles. Cette exaltation semble le résultai d'une véritable sélection naturelle
des microbes les plus virulents dans la lutte contre l'organisme.
L'influence de la porte d'entrée du microorganisme sur la marche de l'infection charbonneuse a fait également l'objet de nombreuses recherches.
La voie cutanée semble, peut-être en raison de la nature aérobie du microbe, plus sévère que l'inoculation sous-cutanée, et la scarification préférable à l'injection comme méthode. La peau saine ellemême peut se laisser pénétrer par les germes, et l'on a pu rendre charbonneux des animaux par frictions avec une pommade dans laquelle on avait incorporé des spores.
Le tube digestif, qui est la voie d'infection spontanée la plus fréquente chez les animaux, présente une susceptibilité très variable suivant les espèces. Les ruminants et les solipèdes sont beaucoup plus sensibles à ce mode d'inoculation que les rongeurs.
Le bacille peut pénétrer dans bien des cas à travers des excoriations de la muqueuse buccale ou pharyngée, et les expériences de Pasteur, Chamberland et Roux, Toussaint, ont montré que la mortalité était beaucoup plus grande lorsque l'on mélangeait aux aliments infectés des objets piquants, tels que des chardons ou des barbes d'épis d'orge.
Le suc gastrique semble exercer sur le microorganisme une action antiseptique qui, bien entendu, s'exerce d'une manière beaucoup plus efficace sur les bacilles que sur les spores. Koch a en effet démontré expérimentalement que ces dernières pouvaient facilement traverser l'estomac et donner lieu dans l'intestin à une infection mortelle.
L'infection par voie pulmonaire a pu être réalisée expérimentalement. En pulvérisant un liquide contenant des spores, on peut, chez le lapin, provoquer une infection généralisée sans lésions pulmonaires. Celles-ci, au contraire, sont présentes lorsque le liquide pulvérisé contient des bacilles (Bùchner).
Les autres voies d'introduction des virus sont d'un intérêt purement expérimental et employée surtout pour forcer la résistance d'animaux relativement réfractaires. Telles sont l'inoculation intraveineuse, l'inoculation intra-oculaire et surtout l'inoculation dans les centres nerveux, qui se montre particulièrement sévère (Martinotti et Tedeschi).
Contre toute' attente, la voie péritonéale est une très mauvaise porte d'entrée pour le charbon, et, si l'on prend soin soigneusement de ne laisser pénétrer aucun bacille dans le trajet parcouru par l'aiguille, on peut injecter au lapin et même peut-être au cobaye des doses de virus un grand nombre de fois mortelles.
De même, la muqueuse utérine, même après la parturition, ne se laisse que très difficilement infecter (Straus et Sanchez-Toledo).
Quant à l'infection fœtale, qui a été cliniquement observée dans l'espèce humaine (Sangalli, Marchand, Paltauf), elle est rarement
observée chez les animaux (Brauell, Davaine). Chauveau admettait qu'il s'agissait (lune vaccination du fœtus par le passage des produits solubles à travers le placenta: mais les expériences <lc Straus et Ghamberland ont montré qu'il s'agissait d'une véritable vaccination par le passage de très faibles quantités de bactéries au niveau d'hémorragies placentaires.
Au point de vue de la réceptivité, l'expérimentation a établi le rôle de diverses circonstances favorisant l'infection. La notion d'âge a été bien mise en lumière par Pasteur, Toussaint, Straus, les animaux s'infectant d'autant plus facilement qu'ils sont plus jeunes. Les conditions prédisposantes résultant de l'affaiblissement de l'organisme ont Fig. 81. — Colonie de ..,„,.. , , , , T ,
Bacillusanthracisdè- e^e * objet de recherches nombreuses. Les obser-
veloppée sur plaques valions de Pasteur sur le refroidissement des de gélatine après pouies e^ <\e Gibier sur réchauffement des gre-
trenle-six heures, ... ,,.
(60/1), d'après une nouilles ont montré 1 importance du changephotographie, ment de la température normale de l'animal: mais, contrairement aux premières conclusions, cette influence agit en diminuant la résistance de l'animal et non en exaltant la vitalité du bacille.
C'est de la même manière qu'agissent : le surmenage, dont le rôle en pratique semble important (Charrinct Roger), la saignée (Serafini, Arloing, Rodetj, le jeûne prolongé (Canalis et Morpurgo), la privation d'eau (Pernice et Alessi), les lésions nerveuses et surtout la section des nerfs sensitifs (Frânkel), l'extirpation d'organes importants : rate (Bardach), pancréas (Canalis et Morpurgo), rein (Pernice et Pollacci); l'intoxication par un grand nombre de substances : curare, alcool, chloral (Platania), chloroforme (Klein et Conwell), antipyrine (Wagner), phloridzine (Loir), phénylhydrazine (Mya et Sanarelli), etc.
L'étude de l'infection charbonneuse a été également d'une grande utilité pour la connaissance des phénomènes intimes de l'infection, et principalement du rôle de la phagocytose dans la défense de l'organisme; mais ce serait sortir des limites de cet ouvrage que d'insister sur ce point.
ÉTIOLOGIE. — Étiolog-ie du charbon des animaux. — Bien que l'on ait rapporté quelques cas probants de transmission du charbon de l'homme à l'homme, c'est le plus souvent des animaux que l'homme contracte cette affection. Nous examinerons donc rapidement les conditions dans lesquelles naissent et se propagent les épizoolies charbonneuses.
Le charbon est répandu surtoute la surface du globe, mais il sévit plus particulièrement dans certaines régions. En Europe, c'est en Russie qu'il cause le plus de ravages. La Sibérie paye à la maladie un impôt encore plus lourd que la Russie d'Europe. En Autriche, la
Hongrie et les provinces danubiennes sont plus spécialement atteintes. La maladie est plus fréquente en Bavière et en Saxe que dans le reste de Y Allemagne.
En France, on l'observe principalement dans la Beauce, la Brie, la Champagne, le Languedoc, l'Auvergne, les Charentes.
L'affection est relativement rare en Angleterre et dans l'Amérique du Nord. Elle est assez répandue dans l'Inde et en Chine ; mais c'est dans les grands pays d'élevage comme l'Australie, l'Amérique du Sud, qu'elle cause les plus grands ravages, d'autant plus grands qu'elle a souvent été méconnue. C'est ainsi que Loir, Germond et Hinds établirent la nature charbonneuse de la Cumberland diseuse, qui tua plus de 30 000 moutons en Australie, et que Marchoux et Salimbeni reconnurent définitivement le Bacillus anthracis comme agent pathogène de la garotilha, qui cause de grands dégâts dans les troupeaux de bovidés aux environs de Rio-de-Janeiro.
La grande résistance des spores charbonneuses aux agents de destruction est la principale cause de la dissémination de la maladie.
L'ingestion de ces spores par les animaux au pacage produit l'infection intestinale, qui est la porte d'entrée la plus fréquente chez les animaux.
D'après Pasteur, c'est principalement l'enfouissement des cadavres des animaux morts du charbon qui produit la contamination de la terre et la formation des « champs maudits ». Toute cause venant apporter à la surface la terre de la profondeur a pour résultat la dissémination des spores formées le plus souventavant l'enfouissement du cadavre. Les labours un peu profonds, les ravinements, les vers de terre, les insectes et les larves, puis à la surface les limaces et les escargots sont susceptibles déjouer ce rôle propagateur. Koch,qui a contesté les conclusions précédentes, attribue une plus grande importance à la pollution superficielle et à la reproduction du charbon comme saprophyte des mares et des abreuvoirs, représentant de véritables infusions végétales.
Cette vie saprophy tique du Bacillus anthracis est encore peu connue. En tout cas, ce serait forcer les faits que de voir dans le Bacillus subtilis et d'autres saprogènes inoffensifs des formes non virulentes du bacille du charbon. On ne verrait du reste pas très bien comment des bactéries aussi dégradées pourraient reprendre spontanément leur virulence, étant données les difficultés que l'on a pour remonter le pouvoir pathogène d'un bacille très atténué. Dans certains cas néanmoins, cette infection superficielle semble jouer un rôle dans la conservation des microbes, et la persistance de la vitalité du microbe dans l'eau peut faire admettre que, dans certaines conditions, l'eau de boisson peut être l'agent propagateur de la maladie.
D'autres facteurs peuvent entrer en ligne dans la diffusion du charbon. Par exemple, Marchoux et Salimbeni ont insisté sur le rôle
joué dans la propagation de la garotilha, par les vautours (urubus), (|iii se nourrissenl de cadavres d'animaux. Ils ont montré expérimentalement que les déjections de ces oiseaux, qui se déplacent à de mandes distances, contiennen t'en abondance des spores virulentes, lesquelles, déposées sur le sol, sonl susceptibles de créer de nouveaux foyers d'infection.
Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de l'importance exagérée que l'on a accordée à la propagation par les mouches.
Étiologie du charbon chez l'homme. — C'est le plus souvent des animaux que l'homme contracte le charbon. Les autres causes sont exceptionnelles. On a rapporté quelques cas de charbon consécutifs à des piqûres anatomiques ou à des injections sous-cutanées faites avec une seringue ayant servi au traitement d'un malade atteint de charbon. De même le laboratoire a fait quelques Fig. 82. — Colonie de Bac Mus an- victimes : aussi le maniement des cul-
thracis développée en plaques t deBacillu8 anthrcicis doit-il être
de gélatine après trois jours
(60/1). toujours entouré de grandes précau-
tions.
Mais, dans l'immense majorité des cas, le point de départ de l'infection peut être trouvé dans un produit animal provenant d'un organisme infecté : viande, sang, peau, poils, laine, corne, lait, etc. Il ne faut pas oublier, en effet, que toutes les sécrétions de l'animal charbonneux sont virulentes et contaminent accidentellement les productions épidermiques, qui deviennent d'autant plus dangereuses que le contact de l'air favorise la formation des spores, lesquelles résistent même aux manipulations industrielles.
Aussi, en dehors des professions telles que celles de boucher, de porteur aux halles, qui exposent au contact avec des viandes contaminées, on rencontre surtout le charbon chez les ouvriers exerçant les métiers dans lesquels on utilise les dépouilles d'animaux.
Les peaux sont particulièrement virulentes, et l'affection est fréquente chez les mégissiers et les tanneurs. Le tannage lui-même est insuffisant pour assurer la désinfection, et les ouvriers du cuir, selliers, bourreliers, cordonniers, pelletiers, gantiers, paient souvent leur tribut à la maladie. Les fondeurs et les fabricants de colle forte peuvent s'infecter dans la manipulation des produits qu'ils utilisent. Les laines et les crins, les cornes peuvent également servir de véhicules au microbe. Aussi les trieurs de laines, les cardeurs de matelas, les découpeurs de-corne, les ouvriers en feutre, les brossiers, etc., sont-ils particulièrement exposés.
Il est à considérer toutefois que, depuis la généralisation des vacci-
CHARBON. Il- 155
nations pastoriennes, le charbon animal a beaucoup diminué en Europe, et que les produits étrangers sont beaucoup plus fréquemment incriminés que les produits indigènes.
Nous avons vu que la pénétration du bacille peut se faire expérimentalement à travers la peau saine ; mais, néanmoins, il semble que le plus souvent l'inoculation se fait au niveau d'une solution de continuité qui peut être très minime. Néanmoins, les surfaces ulcérées, revêtues d'un tissu de granulations, ne peuvent servir de porte d'entrée au bacille du charbon, suivant les expériences de Giani et conformément aux faits cliniques. Le plus souvent, la plaie est contemporaine de l'infection (écorchure avec une esquille, coupure avec un instrument contaminé, morsure), ou elle est amenée par l'introduction de bacilles préalablement déposés à la surface de la peau.
Les piqûres de mouches et d'autres insectes peuvent-elles inoculer le charbon? La question ne saurait encore être tranchée complètement. Il est en effet curieux de voir qu'à mesure que le rôle des insectes piquants dans la propagation des maladies infectieuses était mieux étudié et devenait plus important, les cas bien observés d'infection par les « mouches charbonneuses» devenaient plus rares, au point que l'on peut se demander s'il ne s'agit pas là d'une véritable légende. Au point de vue entomologique, en effet, il est certain que les mouches qui vont sur les corps morts appartiennent à des espèces de muscidées dénuées d'appareil d'inoculation et qu'en revanche les mouches piquantes n'approchent que rarement les cadavres. Il y a donc là une véritable antinomie. D'autre part, en lisant la longue suite d'observations rapportées dans un sens ou dans l'autre (on en trouvera une bibliographie complète dans le travail de Nuttall), on voit que les seules observations un peu probantes sont celles dans lesquelles une pustule maligne s'est développée au point où une mouche avait été écrasée, ou celles dans lesquelles, la peau étant déjà infectée, la piqûre a produit soit directement, soit par le grattage, la solution de continuité nécessaire à la pénétration du bacille.
Les espèces qui, d'après Mégnin, seraient susceptibles de transporter et d'inoculer à la fois le virus seraient les Simulium, les Slomoxis, les Pangonia et quelques Tabanus. Mais il s'agit plutôt là de possibilité que de certitude, et l'expérimentation n'a pas réussi à préciser les faits. Les expériences de Raimbert ont montré que les mouches piquantes n'ont aucune tendance à s'abreuver du sang charbonneux extrait des vaisseaux, mais que la mouche domestique (Musca domestica) et la mouche bleue de la viande (Calliphora vomitaria) peuvent se contaminer et colporter le virus. Davaine arriva au même résultat : mais il faut noter que les deux espèces n'ont pas d'appareil piquant, et que la dernière ne se pose pour ainsi dire jamais sur l'homme.
La question de la mouche charbonneuse semble donc devoir se
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MALADIES ANIMALES TRANSMISSIBLLS.
résoudre ainsi : les mouches peuvent transporter le bacille charbonneux cl servir à sa diffusion dans une mesure probablement très limitée, mais elles ne l'inoculent pas, et la plupart des faits rapportés, en ce qui concerne le charbon humain, ne résistent pas à la critique. A côté des mouches, on peut placer certains autres insectes, tels que dermestes (Proust), attagenes et plinas (Heim), Periplaneta (Gao), qui peuvent servir de vecteurs des spores soit ingérées, soit déposées à leur surface.
Des expériences très bien conduites de Nuttall, ainsi que celles de Joly et de Muhling, ont établi, d'autre part, que les insectes piqueurs habituels de l'homme (Cimex lectucarius, Pulex) ne peuvent
"rsf.2
Fig. 83. — Très jeune culture sur gélatine de Bacillus anlhracis.
Fig. 84. — Culture de Bacillus anthracis plus âgée.
Bacillus anthracis sur gélatine. La gélatine est en partie liquéfiée.
pas transmettre la maladie, et même que le bacille qu'ils absorbent avec le sang, n'étant pas sporulé, se détruit assez rapidement danleur estomac, et cela d'autant plus rapidement que la température extérieure est plus élevée.
Après l'inoculation par la surface cutanée, qui provoque la pustule maligne ou l'œdème malin, la porte d'entrée la plus fréquente est le tube digestif, dont l'infection donne naissance au charbon gastrointestinal. L'ingestion de bacilles charbonneux qui la provoque est due le plus souvent à leur présence dans la viande ou le lait d'animaux contaminés. Il est certain que les viandes d'animaux charbonneux sont 1res dangereuses el doivent être absolument interdites: car, en dehors des dangers de leurs manipulations, les préparations
soit de cuisson, soit de conservation (salaison, fumage) sont insuffisantes pour en détruire la virulence, surtout lorsqu'il s'agit de spores qui, suivant les expériences de Schmidt, Muhlheim et contrairement aux conclusions de Joline, se forment à la surface de la viande au contact de l'air. De môme le lait des animaux charbonneux, qui, conformément aux recherches de Moussous et Ghambrelent, de Nocard, peut contenir des bacilles charbonneux, est susceptible, dans certaines conditions, de donner naissance au charbon intestinal (Karlinski).
A ces faits positifs, on a opposé des cas où l'ingestion de viandes ou de lait charbonneux n'a été suivie d'aucun accident. 11 est bien évident que la contagion n'est pas fatale dans tous les cas ; mais, fûtelle rare, les conclusions hygiéniques doivent être maintenues dans leur intégrité; car, en cette matière, les fails négatifs n'ont qu'une importance secondaire.
Enfin l'inhalation des spores virulentes peut donner lieu à des formes spéciales de charbon pulmonaire, que l'on a désignées sous le nom de maladies des chiffonniers, maladies des trieurs de laine.
PROPHYLAXIE. — Le charbonhumain estdonc une maladiedéjà rare et qui est appelée à le devenir de plus en plus, au fur et à mesure que les progrès de la vaccination charbonneuse auront, comme on peut l'observer déjà en Europe, diminué les chances de contagion par la disparition progressive du charbon animal.
En attendant, aucune mesure ne sera trop rigoureuse pour s'opposer à la dissémination des germes qui, en raison de leur longue conservation, constituent un danger permanent d'infection pour les hommes et les animaux.
L'incinération des cadavres est un procédé onéreux et difficile à surveiller; même avec un foyer spécial, il faut une heure et demie pour brûler un mouton. On doit donner la préférence à l'ébullition dans l'eau additionnée d'acide sulfurique.
La protection des ports contre les produits animaux exotiques mérite un sérieux examen. Certains (Hambourg, Liverpool) sont réglementés à ce sujet; d'autres (Anvers, Marseille) ne prennent aucune mesure administrative.
Hanna, après avoir rapporté 21 cas de charbon observés chez les ouvriers du port de Liverpool, préconise les mesures suivantes comme susceptibles de diminuer le danger.
1° Recommandations et instructions pour les ouvriers et leurs employeurs sur la nature de la maladie ;
2° Les cuirs provenant des pays infectés ou suspects seront portés sur une liste spéciale; ils seront manipulés avec des gants stérilisés après l'usage;
3° Importer les cuirs et les peaux sèches en grands ballots recouverts de toile et les manipuler mécaniquement;
4° Substituer les cuirs humides aux secs:
5° Ne pas transporter les cuirs sur les épaules ;
6° Balayage humide et désinfection des emplacements à cuirs ou peaux;
7° Rechercher le lieu de provenance des matières infectées et demander par la voie diplomatique, aux gouvernements en question, de soumettre le bétail à une stricte inspection vétérinaire.