ULCÈRE PHAGÉDÉNIQUE DES PAYS CHAUDS
vant à Alger des convoyeurs kabyles revenant de Madagascar, Vincent donna une excellente description d'un bacille analogue que Coyon retrouva peu après à Paris dans un cas de pourriture d'hôpital. Il semble donc bien qu'il s'agit d'un même agent pathogène, ce qui amène à l'identification de la pourriture d'hôpital et de l'ulcère tropical.
C'est un bacille immobile, mesurant de 4 à 8 ;j. de longueur sur une largeur de 1 \x environ ; il est le plus souvent rectiligne; ses extrémités sont amincies ou arrondies, principalement dans les formes filamenteuses. Il ne semble pas présenter de spores, et il faut se garder de considérer comme telles certaines apparences dues à des vacuoles ou à des formes involutives.
Ce microorganisme se colore facilement par les couleurs d'aniline, principalement la thionine, mais se décolore par la méthode de Gram. Il existe en quantité énorme, principalement dans les cas graves, où l'exsudat se présente presque sous la forme d'une culture pure à l'exclusion d'autres
éléments cellulaires. C'est à la partie profonde de l'exsudat diphtéroïde que la prolifération bactérienne est la plus active, et la couche microbienne est à ce niveau presque continue. Le microbe ne pénètre jamais bien profondément dans les tissus et ne donne jamais lieu à une infection générale.
Malgré sa puissance proliférative, le bacille n'a jamais pu être cultivé. Un grand nombre de milieux ont été essayés en culture aérobie et anaérobie sans aucun succès. Les inoculations sont restées le plus souvent sans résultat. Coyon semble néanmoins avoir réussi une fois chez un cobaye en inoculant l'exsudat à la surface d'une plaie anfractueuse. Vincent également a obtenu quelques inoculations positives chez des lapins cachectiques.
La vitalité du microorganisme à la surface des plaies infectées est si considérable que les infections secondaires sont relativement rares. Vincent a trouvé comme association des staphylocoques, des streptocoques, le Proteiis vulgaris, le Baeterium coli, le bacille de
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Fig. 78.— Bacille fusiforme de Vincent (l 000/1), voisin du bacille de la pourriture d'hôpital.
l'«6 ACHALME. — MICROBES SAPROPHYTES.
Friedlânder. Il a rencontré deux fois sur quarante-sepl examens le bacille pyocyanique, auquel Rappin avait attribué un rôle important dans la pathogénie delà pourriture d'hôpital. Enfin il insiste sur la
présence fréquente d'un spirille qu'il n'a jamais pu cultiver. Ce même spirille a été retrouvé par Smith et Peill, par Bouffard, par Brault, qui ne lui reconnaissent aucune valeur pathogène. O dernier auteur, au contraire, a reconnu que l'association du streptocoque au bacille spécifique donnait à l'affection un caractère de gravité plus considérable.
Vincent, dans un cas d'ulcère de la Guadeloupe, a trouvé dans le pus de la plaie un petit staphylocoque ne prenant pas le Gram et ne cultivant pas sur les milieux ordinaires. Il lui attribue une action pathogène dans ce cas; mais Le Dantec croit à la rareté de cette forme dans les pays tropicaux, n'ayant jamais observé que des ulcères à exsudats pulpeux bacillaires.
CONDITIONS PATHOGÉNIQUES. —Le bacille del'ulcère phagédénique semble avoir pour habitat normal le sol humide, et en particulier l'humus : car toutes les plaies des jambes et des pieds s'infectent facilement chez les individus qui séjournent dans la jungle, ou travaillent dans la vase pour repiquer le riz.
Les conditions individuelles consistent en une solution de continuité de la peau, et un mauvais état général. Toute plaie peut se transformer en ulcère phagédénique, Les vésicules de pian, les piqûres de sangsues, les plaies produites par l'extirpation des puceschiques, les frottements des souliers, ou les écorchures par des échardes de bambou sont les portes d'entrée les plus fréquentes. Aussi comprend-on que les Européens soient beaucoup moins exposés que les indigènes. D'autre part, tout ce qui peut affaiblir l'état général et causer la misère physiologique prédispose à l'ulcère phagédénique. Aussi l'observe-t-on surtout chez les surmenés, les dysentériques, les paludiques, les scorbutiques, etc. Il accompagne presque toujours les grandes famines de l'Inde.
Nous insistons surtout sur la pathogénie de l'ulcère tropical, car celle de la pourriture d'hôpital manque de documents récents en raison de sa rareté. Néanmoins la contagion semble jouer chez elle un rôle capital, et c'est là le seul argument qu'opposent les auteurs qui se refusent à identifier les deux affections. Il disparait, du reste, devant les observations de plus en plus nombreuses de contagion et d'auto-inoculation de l'ulcère phagédénique (Bassignot, Col, Boinet, Le Dantec). Dans la pourriture d'hôpital, on peut toutefois supposer que l'exagération de virulence des microorganismes prime tout le reste de la pathogénie.