IV. — ROUGET DU PORC
AGENT PATHOGÈNE. — C'est un bacille grêle, dont la description est due à Lœffler. On le trouve principalement dans le suc du
foie, de la rate, de la moelle des os, isolé ou groupé sous forme de petits amas. Il se colore facilement et reste coloré par la méthode de Gram. Ses dimensions et ses caractères se rapprochent du Bacillus murisepticus. La culture sur gélatine, comparée heureusement à l'aspect d'une brosse à bouteille, est assez caractéristique. En milieu anaérobie, on obtient toujours un développement plus abondant.
Le bacille du rouget ne produit pas de spores ; aussi est-il assez sensible à la chaleur et à la lumière. Mais, dans des conditions d'obscurité et d'humidité favorables, il peut se conservertrès longtemps. Gaertner Ta retrouvé vivant au bout d'un an dans la terre et le fumier.
Il est pathogène pour le porc, la souris, le lapin, le pigeon, et sa virulence se modifie assez rapidement par le passage sur les animaux, ce qui a permis d'obtenir des vaccins gradués pouvant conférer l'immunité aux jeunes porcs pendant environ un an.
TRANSMISSION A L'HOMME. — Comme celle de la fièvre aphteuse, elle est exceptionnelle, étant donnée la fréquence de la maladie chez les animaux. Cependant Schottelius, Hildebrand et Mayer, Casper, Lubowsky ont rapporté des observations incontestables.
Le mode de contagion semble variable ; les faits d'Hildebrand, Mayer et Schmuck sont consécutifs à des piqûres ; les deux cas de Casper, à la manipulation de cultures dans un laboratoire : les observations de Lubowsky sont rapportées par cet auteur à l'ingestion de viande provenant d'animaux malades. Ces derniers cas sont intéressants au point de vue prophylactique, car on avait admis jusque-là que la viande des porcs atteints de rouget était inoffensive (Dieckorhoff, Schmidt, Ostertag); mais on avait constaté, d'autre part, que la vitalité de l'agent pathogène y persistait longtemps et n'était modifiée que lentement par la salaison et le fumage. Les pouvoirs publics ont néanmoins pensé que les dangers occasionnés par la mise en vente de la viande des animaux malades étaient minimes; car le décret du 6 octobre 1904 abolit l'article 43 du Code rural prescrivant la destruction de la viande des animaux abattus comme atteints du rouget.
La rage est une maladie virulente, transmissible par inoculation et produite chez l'homme par la morsure d'animaux enragés.
AGENT PATHOGÈNE. — Bien que les propriétés du virus rabique aient été bien étudiées et soient bien connues, on n'a pas encore isolé l'agent pathogène de la rage. Il n'y a, en effet, rien à retenir des recherches bactériologiques de Hallier, Rivolta, Galtier, Fol, Fred. Levy, Sormani, Babès, Mottet et Protopopoff, Bruschet-
tini, Memmo, Grigorjew, etc., si ce n'est la difficulté d'une question qui semble avoir lassé La patience des observateurs.
On connaît néanmoins les localisations de l'agent infectieux et la voie <|u"il emprunte pour envahir l'organisme.
La salive est la sécrétion la plus constamment et la plus précocement virulente (trois jours avant l'apparition des symptômes, d'après Roux et Nocard). En dehors des glandes salivaires, on peut obtenir des inoculations positives avec les glandes lacrymales, le pancréas (C. Nicolle et Chaltiel), les capsules surrénales (Bombici), les glandes mammaires et leurs sécrétions.
Le lait peut être en effet virulent, mais d'une façon fort inconstante (Fleming, Nocard). L'urine pathologique (Bouchard), le sperme (de Blasi et Russo Travali) ont donné exceptionnellement des résultats positifs, alors que le foie, la rate, les muscles, l'humeur aqueuse, le sang se sont toujours montrés inoffensifs.
La localisation la plus caractéristique du virus rabique est le système nerveux ; le bulbe, la moelle, le cerveau, sont constamment capables de communiquer l'infection. La virulence des nerfs, toujours prédominante du côté mordu quand elle existe, a montré la voie de propagation de l'agent infectieux dans l'organisme. Le liquide céphalo-rachidien considéré comme virulent par la plupart des auteurs s'est montré inoffensif dans les expériences de Poor et de Fermi.
L'expérimentation, entre les mains de di Vestea et Zagari, Roux, Marie, a vérifié définitivement l'hypothèse de Jaccoud et de Duboué, c'est-à-dire le rôle des tubes nerveux comme intermédiaire entre l'inoculation périphérique et le système nerveux central.
C'est donc dans ce dernier, dont l'émulsion constitue le virus rabique expérimental, que l'on peut espérer découvrir l'agent animé, cause de la rage. Il semble qu'un pas important ait été fait dans cette voie par Negri, qui adécritdans les cellules nerveuses des circonvolutions et, dans la corne d'Ammon, des corpuscules protoplasmiques intracellulaires de dimensions variables (de 4à 25 jji), qui n'ont été rencontrés que dans les cas de rage et ont été retrouvés par un grand nombre d'auteurs, tels que Guarnieri, Daddi, Butarelli et Volpino, Amato, Pace, William et Lowden, Van Gieson, Cari Kins, etc. Stefanescu les a observés dans les glandes salivaires etda Costa dans les capsules surrénales.
Leur structure et leur évolution ont été bien étudiées par Volpino, qui les a colorés soit par la méthode de Romanowsky, soit par le picrocarmin et le bleu de méthylène. D'après cet auteur, les corps de Negri se composeraient d'une membrane mince, d'aspect hyalin, contenant une substance amorphe, homogène, dans laquelle se trouvent plongées les formations internes. Ces dernières contiennent de très petits corpuscules punctiformes en anneaux ou en bâtonnets,
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se colorant d'une manière très intense par le bleu. Ces corps, que Negri considère comme les noyaux de son protozoaire, représentent, d après Volpino, les parasites eux-mêmes, le corps de Negri étant pour lui une sorte d'involucre tendant à l'enkystement de l'agent pathogène.
Cette interprétation à laquelle se range Babès ferait disparaître un certain nombre des objections faites à la spécificité des corps de Negri, entre autres leur fréquence plus grande dans les formes prolongées et atténuées que dans les formes les plus virulentes. D'autre part, elle serait moins en désaccord avec la propriété du virus rabique dilué, qui d'après Remlinger, Bertarelli, di Vestea, Celli et de Blasi, Volpino, peut traverser les bougies Berkefeld et même, dans certains cas, les bougies Chamberland.
On peut donc considérer l'agent pathogène de la rage comme un microorganisme ultramicroscopique, au moins dans ses formes jeunes, et dont la présence dans les cellules nerveuses a pour résultat la formation des corps de Negri, que ces derniers soient un involucre sécrété par le microbe lui-même, ou qu'il s'agisse d'une réaction de l'organisme, comme l'admettent certains auteurs tels que Schifïmann, qui les rapproche des formations analogues décrites dans la vaccine, la variole, etc., et Manouélian qui les compare aux corps résiduels des cellules spermatiques.
Les propriétés biologiques du virus rabique sont mieux connues que ses caractères morphologiques. Sa sensibilité aux agents de destruction est très grande. Une exposition un peu prolongée à une température de 40 et 50°, suffit à annihiler la virulence, qui disparaît avec une égale rapidité sous l'influence de la lumière. Celli a montré l'action des substances chimiques, qui diffère sensiblement de celle exercée sur les autres microorganismes. C'estainsique le carbonate de soude, l'essence de térébenthine, l'acideacétique, sontau nombre des substances les plus actives, alors que, d'après Fol, le sublimé au centième n'aurait qu'une action incertaine.
Le rôle de la dessiccation a été le mieux étudié, car c'est sur son action que se trouve basé le principe de la préparation du vaccin antirabique. En quatorze ou quinze jours, la moelle d'un lapin, placée dans l'air sec à l'abri de la putréfaction, a perdu son pouvoir pathogène après avoir subi une atténuation progressive.
RAGE DES ANIMAUX. — Presque tous les animaux à sang chaud sont susceptibles de contracter la rage ; mais, d'après Remlinger et contrairement aux expérience de Hôgyes, les animaux à sang froid, même réchauffés, se montrent réfractaires, sans que leur système nerveux semble posséder d'action antirabique.
La rage du chien est la plus fréquente, et c'est cet animal qui est l'agent le plus actif de propagation. Le virus isolé des centres nerveux du chien, inoculé sous la dure-mère du lapin, détermine la rage après
incubai ion de douze à quinze jours. Il ne représente pas le maximum d'exaltation que puisse atteindre le virus rabique. On lui donne le nom de virus des rues, par opposition au virus fixe, obtenu par un grand nombre de passages de lapin à lapin (180 environ), et qui produit la maladie après une incubation irréductible de six jours. Transporté sur le chien, le virus fixe conserve ses propriétés; on Ta même rencontré exceptionnellement dans la rage spontanée du chat.
Le passage parles bovidés amène également une exaltation progressive du virus, alors que l'inoculation en série au singe a pour résultat une atténuation se caractérisant par une augmentation de plus en plus grande de la période d'incubation (Pasteur). Cette atténuation est encore plus sensible chez les oiseaux (Krause et Glermont, von Lôte, A. Marie).
Chez la plupart des autres animaux, le virus ne semble pas subir de modification bien marquée.
La rage a été observée aussi bien chez les animaux sauvages que chez les animaux domestiques. Parmi ces derniers, nous citerons le chat, le bœuf, le mouton, la chèvre, le cheval, le mulet et l'âne ; le porc, protégé par sonépais pannicule adipeux, est rarement atteint. Le loup, le renard, le chacal, semblent, parmi les animaux sauvages, les plus fréquemment atteints ; on a également vu la maladie sévir sous forme d'épizootie sur les daims et les cerfs.
Remlinger a étudié spécialement la rage des rats et des souris à la suite d'un cas de transmission à l'homme par la morsure d'un de ces animaux. Il résulte néanmoins des recherches de G. Fermi que cette rage des muridés doit être extrêmement rare.
La rage a pu être expérimentalement provoquée chez un grand nombre d'animaux par l'inoculation sous la dure-mère, qui se montre la méthode la plus sévère.
L'inoculation dans la chambre antérieure de l'œil ou dans l'épaisseur d'un nerf, le sciatique par exemple, donne également des résultats très constants. La voie hypodermique est au contraire très infidèle, de même que l'injection intraséreuse ou intraveineuse.
Les rages de laboratoire les mieux étudiées sont celles du lapin et celles du cobaye. França a également étudié expérimentalement la maladie sur un grand nombre d'animaux sauvages (renard, hérisson» blaireau, fouine, etc.).
TRANSMISSION A L'HOMME. — Il est clair que la fréquence de la rage chez l'homme est fonction de la fréquence de la rage chez les animaux. Aussi, beaucoup plus que celle du climat, la distribution géographique de la maladie subit-elle l'influence des mesures prophylactiques mises en œuvre contre la propagation de la rage du chien, le principal propagateur de l'affection. C'est ainsi que l'Australie est actuellement indemne ; que l'Angleterre a vu les cas de rage du chien tomber de (>7:> en 1895 à 1 en L901 : que la maladie a
presque complètement disparu en Suède et en Hollande à la suite de mesures sanitaires rigoureuses.
Nous devons à la vérité de signaler que la France et la Belgique à l'ouest et la Russie à Test constituent les deux principaux foyers d'infection européens.
La maladie sévit principalement dans les départements du sudouest et du sud-est. Elle est exceptionnellement fréquente en Algérie et Tunisie. Néanmoins on a pu constater, à Paris principalement, que l'application stricte des règlements (Loi de 1881, décret de 1882, décret du G octobre 1904) suffisait à réduire dans des proportions considérables le nombre des chiens enragés.
C'est par la morsure du chien que la rage est le plus souvent transmise à l'homme (92 p. 100 des cas de morsures). Puis viennent en proportion décroissante le chat (6 p. 100), les bovidés, l'âne et le mulet, le loup, le renard, le chacal, l'homme, le mouton et le porc. Le maximum de fréquence des morsures est observé en juin, le minimum en novembre.
D'après les statistiques les plus dignes de foi, on pouvait, avant la mise en pratique du traitement pastorien, évaluer à environ 15 ou 16 p. 100 le pourcentage des cas de rage déclarés chez l'homme par rapport au nombre des individus mordus. On comprendra toutefois qu'une évaluation rigoureuse est bien difficile; car les cas de morsure étaient, à cette époque, soigneusement dissimulés, et le nombre des malades venant demander des soins à l'Institut Pasteur a été une véritable surprise pour le corps médical.
Néanmoins, on peut tirer de ces observations certaines constatations intéressantes. On a pu observer en effet que, parmi les animaux mordeurs, c'est le loup qui occasionne proportionnellement la mortalité la plus grande ; mais ce fait est dû moins à la plus grande activité du virus qu'à la profondeur et à la multiplicité des morsures. Ce dernier facteur est en effet de la plus haute importance, ce qui se comprend facilement, les chances de lésions étant ainsi considérablement augmentées.
Le siège des morsures joue également un rôle important au point de vue des dangers d'infection. Au premier rang, il faut placer les morsures du visage, puis celles de la main, du tronc, du membre supérieur, du membre inférieur. Deux éléments semblent en jeu dans cette inégale répartition : d'une part la richesse du plexus nerveux qui en rend la blessure plus ou moins fréquente et profonde, et, d'autre part, l'existence ou l'absence de vêtements qui, en essuyant les crocs de l'animal mordeur, les débarrassent plus ou moins complètement du virus rabique.
L'importance de l'épaisseur des vêtements protecteurs explique également la moindre gravité des morsures chez la femme.
L'enfant, plus exposé que l'adulte aux morsures, semble moins
prédisposé à L'éclosion de la maladie : du moins les statistiques donnent-elles un pourcentage beaucoup moindre.
A côté du danger des morsures, les autres modes d'infection sonl bien peu dechose. Néanmoins, il y a lieu de.tcnir compte des cas où la rage a pu se développer par le simple contact du virus avec une surface ulcérée, ou même une muqueuse saine. Remlinger a pu expérimentalement inoculer l'affection par l'absorption du virus au niveau de la muqueuse pituitaire, de la muqueuse anale, de la muqueuse génitale. Certains faits cliniques sont venus corroborer ces expériences.
La voie conjonctivale n'a donné que des résultats négatifs.
Ces différentes observations montrent avec quelles précautions doivent être pratiquées les autopsies d'animaux enragés et manipulés les organes virulents.
La contagion par le lait n'est pas impossible, ainsi que l'a établi une observation de Fleming ; quant à l'infection par l'ingestion de viande d'animaux enragés, sa possibilité reste des plus hypothétique, malgré l'observation du vétérinaire Decroix: néanmoins, étant donnée la rareté de la rage chez les herbivores, il vaut mieux se ranger à l'avis d'Ostertag, qui conseille de rejeter de la consommation les viandes provenant d'animaux rabiques.
En ce qui concerne la prédisposition individuelle, il semble, d'après Grancher, que les tares nerveuses, alcoolisme, nervosisme,épilepsie, jouent un rôle en diminuant la défense locale de l'axe cérébro-spinal et constituent un facteur de gravité appréciable dans l'évolution ultérieure des morsures d'animaux rabiques.
PROPHYLAXIE. — Nous avons vu, à propos de la distribution géographique de la rage, combien se montrent efficaces les mesures administratives prises pour empêcher sa propagation. Grâce à elles, la rage est maintenant exceptionnelle en Angleterre, en Suède, en Hollande. lien serait probablement de même en France, si les règlements existants, en général trop étroitement communaux, étaient appliqués d'une manière rigoureuse et continue. On constate en effet trop souvent, dans la sévérité des pouvoirs publics, des périodes de relâchement qui coïncident toujours avec des recrudescences de la maladie.
La rage est donc au premier chef une maladie socialement évitable. Elle est en outre, même après morsure, presque toujours individuellement évitable depuis la découverte de Pasteur.
On s'est souvent demandé quelle devait être la conduite à tenir en présence d'une personne mordue par un animal soupçonné de rage. Le premier soin doit consister à bien se rendre compte s'il y a eu ou non morsure vraie. Il est en effet inutile de soumettre le patient au traitement antirabique, s'il y a eu seulement contusion sans solution de continuité de la peau, ou si la blessure n'a été faite que par ratissage
ou tiraillement au travers d'habits épais n'ayant pas eux-mêmes subi de déchirures; mais dans les cas douteux, il est préférable d'instituer le traitement. Il en est de même si le malade a été griffé ou léché par un animal suspect au niveau d'une solution de continuité de la peau.
La plaie, de toutes manières, doit être abondamment lavée soit à l'eau bouillie, soit à l'aide d'un antiseptique : solution de sublimé ou eau oxygénée. La cautérisation n'est indiquée que si la morsure est assez limitée et si, depuis l'accident, il ne s'est pas écoulé plus d'une heure. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, ce serait faire subir au malade une souffrance inutile. En cas de cautérisation indiquée, les agents physiques (fer rouge, thermocautère) sont préférables aux agents chimiques (nitrate d'argent, sulfate de cuivre, acides minéraux).
L'examen de l'animal mordeur est également d'un grand poids dans l'appréciation de l'opportunité du traitement antirabique. Remlinger a, à ce propos, dressé le tableau suivant :
Animal mordeur.
1° Mort moins de dix jours après la morsure. 2° Tué moins de dix jours après la morsure. 3° Disparu moins de dix jours après la morsure. 4° Inconnu.
5° Vivant,
à mettre
en
observation
pendant dix jours.
eu
a. L'animal prend la rage.
. L'animal meurt suspect de rage ou succombe à une affection autre que la rage.
L'animal tombe malade. Il n'est pas mort au dixième jour.
d. L'animal est vivant et bien portant après dix jours.
Traitement antirabique.
i Traitement antirabique.
Traitement antirabique.
Prolongation de l'observation. Traitement antirabique si l'animal meurt.
Pas de traitement antirabique.
Le traitement antirabique une fois admis, il faut avoir bien présent à l'esprit son mode d'action pour saisir tout l'intérêt de son intervention rapide. Nous avons vu que le virus rabique se propage de la périphérie à l'encéphale par l'intermédiaire des tubes nerveux. C'est une voie lente qui explique la lenteur de l'incubation. Le traitement préventif a pour but de gagner de vitesse sur l'infection centrale et de réaliser une immunité active assez rapide pour qu'à l'arrivée du venin dans les centres nerveux ceux-ci soient devenus insensibles à son action.
Pour cela, on emploie les injections de moelles progressivement virulentes provenant de lapins inoculés avec du virus fixe.
L'action du virus des premières injections peut être affaiblie de différentes manières.
172 ACHALME. — MALADIES ANIMAI. ES TRANSMISSIISLES.
La méthode pastorienne es! basée sur la porte progressive de la \ irulence des moelles desséchées dans un flacon stérilisé en présence de fragments de potasse caustique. Au boul <l<i <li\ à treize jours, les moelles peuvenl être injectées sans danger môme sous la dure-mère dû lapin.
Le traitement pastorien est en général de quinze à dix-huit jours, pendant lesquels on injecte une ou deux fois par jour une émulsion de 2à 5 millimètres cubes de moelle desséchée. On commence par la moelle de treize jours; on arrive le cinquième jour à la moelle desséchée depuis cinq jours, et Ton poursuit les injections sans dépasser la moelle de trois jours, qui est encore extrêmement virulente.
Quelques modifications de détails ont été apportées à cette méthode. Ainsi, dans les cas graves, on a pu débuter par des moelles de neuf et parfois même de sept jours et terminer par des moelles de deux, d'un jour ou même de la moelle fraîche. La dose peut être augmentée soit en émulsionnant une quantité plus grande de moelle (5 à 10 millimètres), soit en multipliant le nombre des injections. Enfin, dans les cas spécialement graves, le traitement sera avantageusement continué pendant un mois.
Dans les instituts où il n'y a qu'un petit nombre de malades, on peut employer la méthode de Calmette, qui consiste à fixer dans la glycérine la virulence de la moelle à ces différents stades de dessiccation. Les moelles peuvent ainsi être conservées pendant un mois avec une virulence à peu près constante, ce qui dispense de faire chaque jour de nouveaux passages.
Hôgyes, se basant sur ce que, dans la dessiccation de la moelle, ce n'est pas la qualité mais la quantité du virus qui varie, pense se mettre à l'abri de toutes les variations pouvant résulter des inégalités de la dessiccation ou des différences dans le volume des moelles, en employant la méthode des dilutions. Il prélève au niveau du bulbe 1 gramme de substance, l'émulsionne dans 100 grammes d'eau et en fait des dilutions plus étendues. Le traitement commence par l'injection de 3 centimètres cubes de dilution à 1 p. 10000 et se termine par l'inoculation de 1 centimètre cube de dilution à 1 p. 100.
On a parlé dans ces derniers temps de la sérothérapie antirabique, qui a donné de bons résultats au laboratoire En raison de son action passagère, elle ne saurait être employée seule. Mais sa rapidité et son innocuité font qu'elle offrirait des avantages, si elle était combinée à l'immunisation active dans les cas graves ou tardivement trailés. Le sérum sec pourrait aussi (Marie) être utilisé pour neutraliser le virus rabique au niveau de la plaie.
Le traitement antirabique est relativement inoffensif. Néanmoins, comme il donne lieu parfois à des éruptions (urticaires, ërythèine polymorphe), exceptionnellement à des paralysies, il ne doit pas être institué sans présomption sérieuse. Cette recommandation est encore
plus importante en ce qui concerne les anciens paludéens, le traitement ayant quelquefois pour effet de réveiller les accès. En tout cas, il est bien acquis maintenant que le traitement ne peut ni donner la rage, ni favoriser son éclosion chez une personne en incubation.
Les statistiques sont très nettes à ce sujet. En ne tenant compte que des chiffres récents, on peut évaluer à 15 p. 100 environ le nombre des décès par rage chez les personnes mordues et non traitées. D'autre part, le chiffre des décès chez les individus traités pour des morsures de chien est d'environ 0,30 à 0,50 p. 100 au maximum. Si l'on admet que 50 p. 100 des personnes traitées. n'avaient pas été mordues par un chien réellement enragé, — et ce chiffre est certainement au-dessus de la vérité, — on voit que, sur 1000 personnes traitées, 70 au moins échappent à la mort par le seul fait des inoculations. En ce qui concerne la rage du loup, les statistiques sont encore plus frappantes, puisque la mortalité à passé de 60 à 90 p. 100 à 6,66 p. 100 (Babès).