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PUCES

Les puces sont des insectes aphaniptères, que leurs cocons, leurs métamorphoses complètes, les caractères de leurs larves, ainsi que les dispositions de leur système nerveux et de leur système respiratoire rapprochent des diptères, dont ils formeraient une famille dégradée par le parasitisme. On les observe sur l'homme, les carnivores, les rongeurs, les insectivores et quelques oiseaux, jamais chez les bovidés et les pachydermes.

La puce de l'homme (Pulex irritons) est caractérisée par ses yeux bien développés et l'absence de peignes au prothorax. La femelle pond ses œufs sur le sol, exceptionnellement sur la peau des individus malpropres (Bergh). Les larves vivent dans la poussière, principalement dans les fentes des parquets. L'évolution totale dure environ un mois. L'adulte provoque par sa piqûre une hémorragie punctiforme entourée d'une auréole rougeâtre. La lésion ainsi produite s'accompagne d'un prurit léger et ne présenterait qu'une importance minime si les recherches de ces dernières années n'avaient établi le rôle important joué par les puces dans la propagation de certaines maladies, et spécialement de la peste.

Les puces du rat, à l'exception de la Typhlopsylla mus cuti, appartiennent à des espèces pouvant vivre sur l'homme et ainsi qu'il sera développé plus loin à propos de la pathogénie de la peste.

On comprend que ces insectes puissent transporter le bacille spécifique en quittant les rats dont l'infection précède généralement les épidémies de peste (Tiraboschi). De même les puces semblent pouvoir être les vecteurs de certaines maladies à trypanosomes, ainsi que l'ont établi expérimentalement Rabinowitsch et Kempner, Sivori et Lecler, pour le Trypanosoma Lewisi.

Enfin la puce du chien (P. serraticeps) peut constituer l'hôte intermédiaire du cestode connu sous le nom de Dipylidium caninum [Tœnia canina) et, par ingestion accidentelle, déterminer le développement de ce parasite chez l'homme.

GALE

tï— 177

GALE

La gale est une affection cutanée déterminée par la présence d'un acarien parasite, le Sarcoptes scabiei.

Le parasite de la gale est un acarien de la tribu des sarcoptides psoriques, caractérisée par la dissemblance des pattes antérieures et postérieures. Par suite de l'adaptation à la vie parasitaire, les pattes postérieures sont incomplètes chez les femelles, les nymphes et les larves, où les ambulacres sont remplacés par une ou deux soies. Le rostre de ces sarcoptides est semblable à celui des autres acariens de ce groupe; mais la sécrétion d'une salive venimeuse est la caractéristique physiologique de la tribu.

Le genre Sarcoptes (Latreille) possède des pattes antérieures marginales, grosses et courtes, et des pattes postérieures sous-abdominales; ce caractère, joint à l'absence de ventouses copulatrices et de lobes abdominaux chez le mâle, différencie le genre Sarcoptes des genres voisins, Psoroptes et Symbiotes (Chorioptes).

Le Sarcoptes scabiei ressemble à une petite tortue en ce qu'il possède un corps orbiculaire, plat en dessous, un peu hémisphérique en dessus. Sa coloration varie du'gris au roussâtre. Le tégument est

Fig. 90. — Sarcoptes scabiei femelle.

A, vue de dos ; B, vue par la face ventrale; a, œuf.

l'orme d'une cuticule transparente, ornée de quatre paires de soies et de douze paires d'aiguillons à pointe mousse; cette cuticule est divisée en cinq segments incomplets par quatre sillons parallèles, et présente à la face dorsale un plastron grenu recouvert plus en arrière de petites papilles coniques et dures, plus nombreuses chez la femelle que chez le maie. Le rostre est relativement court, muni

Traité d'hygiène. XVII. — 12

ACIIALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

do chaque côté <le joues qui doublent les palpes presque complètement adhérentes. La base du rostre est logée dans une cavité incisée en dessous et portant le nom de camérostome. Les pattes antérieures

Fig. 91. — Sillon renfermant un sarcopte femelle â son extrémité (d'après Hebra). Ce sarcopte contient un œuf; derrière lui, on voit une série d'œufs rangés dans Taxe du sillon; dans les plus éloignés, l'embryon est de plus en plus développé. Les points noirs sont les excréments du parasite. Grossi 70 fois.

courtes sont terminées par des crochets robustes inégaux et un ambulacre à ventouse porté par un pédoncule simple.

Les femelles ont trois à cinq dixièmes de millimètre de longueur. Les pattes postérieures sont toutes incomplètes et terminées par de longues soies.

Les mâles sont environ moitié plus petits (200 à 300 jx). Ils sont

GALE

Fig. 92. — Sarcoptes scabiei mâle, vu par la face ventrale et grossi 250 fois.

caractérisés, en outre, par leur quatrième paire de pattes complète et la présence de l'organe génital dans l'abdomen.

L'évolution du sarcopte est rapide. De l'œuf ovale (150 u. sur 100 (a) sort, au bout de trois à six jours, une larve hexapode, qui gagne la surface de la peau et s'enfonce dans l'épiderme pour muer aux environs du neuvième jouren larve octopode. Sixjours après, nouvelle mue donnant naissance à deux sortes de nymphes : des petites d'où proviendront les mâles et des grosses d'où naîtront les femelles. En un mois environ, plus tôt d'après certains auteurs (Mégnin, Gerlach), Paca rien est adulte et apte à la reproduction.

Après la dernière mue, la femelle erre, ainsi que le mâle, à la surface de la peau ; mais, aussitôt après l'accouplement, elle s'enfonce dans l'épiderme

et y creuse une galerie à laquelle on donne le nom de sillon et dont la présence est le signe pathognomonique de la gale. Empêchée de revenir sur ses pas par les soies et les épines qu'elle porte sur le corps, elle progresse en augmentant la longueur de la galerie et en pondant ses œufs, dont le développement est ainsi d'autant plus avancé qu'ils sont situés plus près de l'orifice du sillon. Elle meurt une fois la ponte achevée, après avoir vécu environ trois mois et pondu en moyenne un à deux œufs par jour; on se rend compte ainsi qu'une seule femelle peut suffire à une infection relativement rapide, si l'on tient compte du fait que les femelles naissent en nombre à peu près double de celui des mâles.

MODE DE CONTA- GION. — Contagion par l'homme.

Fig. 93. — Larve hexapode du Sarcopte de la gale.

La contagiosité de la

gale a

ACHALME. - MALADIKS SPÉCIFIQUES.

toujours été admise. Néanmoins, il ne faut p;^ exagérer la facilité avec laquelle se fait cette contagion. Si l'on analyse la grande majorité des faits, on trouve toujours comme origine un contact prolongé avec des personnes atteintes de l'affection. On peut bien admettre qu'en portant les vêtements d'un galeux ou en couchant dans son lit on peut contracter la gale ; mais ce mode de contagion semble infiniment plus rare que celui résultant de la cohabitation nocturne ou des rapports sexuels. Il est presque sans exemple que les médecins

ou même les infirmiers contractent professionnellement la maladie. Aucun âge n'est à l'abri; il est bien évident que la malpropreté constitue une cause prédisposante puissante : mais, néanmoins, elle agit plutôt comme favorisant la généralisation du parasite que la contagion proprement dite.

Contagion par les animaux. — La clinique démontre que l'homme peut contracter la gale au contact des animaux malades.

S'agit-il alors du même parasite ou d'espèces diflerentes particulières à chaque animal ? L'existence de différentes espèces de gales animales a contribué à obscurcir cette question. Avec Railliet, Mégnin, etc., il faut admettre que l'espèce Sarcoptes scabiei est une et que les espèces décrites sous le nom de Sarcoptes equi, ovis, caprœ, vulpis, tupi, cameli, suis, etc., suivant qu'elles avaient été trouvées sur le cheval, le mouton, le cabiai, la chèvre, le renard, le loup, le chameau, le sanglier, le porc, etc., ne sont pas autre chose que de simples variétés du Sarcoptes scabiei.

Les variétés semblent un peu adaptées à l'espèce animale sur laquelle ils vivent, et leur transplantation sur l'homme et les autres espèces animales ne se fait pas sans difficultés. j Les observations les plus nettes portent sur la gale du cheval, celle

de la chèvre, du chameau, du chien.

^ La gale du chat ne donne lieu qu'à une infection éphémère.

La gale sarcoptique du mouton ne se transmet qu'exceptionnelle-

Fig. 94. — Nymphe octopode du Sarcopte de la gale.

TEIGNES ET FAYUS. 17—181

menià l'homme. D'après Mégnin, le sarcopte du loup transplanté sur l'homme donne lieu à la forme spéciale connue sous le nom de gale norvégienne.

Les autres gales des animaux dues à des sarcoptides du genre psoropte ou du genre choriopte ^symbiote) ne sont pas contagieuses pour l'homme, malgré l'observation restée unique de Ziïrn. Il en est de même de la gale démodectique, affection particulièrement grave du chien, due à un parasite très voisin du Demodex folliculorum, commensal à peu près inoffensif des follicules pileux de l'homme.

TEIGNES ET FAVUS.

Les champignons des teignes forment le type le mieux étudié des mycoses humaines. Leur isolement et leur culture a permis d'établir sur des bases vraiment scientifiques des divisions de ce groupe nosologique, qui, il y a une quinzaine d'années, était encore plein d'obscurité au point de vue étiologique.

La vie parasitaire semble avoir altéré les formes végétatives des champignons des teignes, qui, dans l'organisme, se présentent toujours sous la forme de filaments mycéliens. Au niveau des ongles, des poils et des cheveux, ces filaments sont formés d'articles très courts, arrondis, placés bout à bout et qui constituent des organes de résistance, faussement appelés spores mycéliennes.

Les vraies spores n'apparaissent guère que dans les cultures où l'on peut retrouver trois modes de reproduction distincts :

La plus simple est la forme endoconidie, dans laquelle une cellule du mycélium augmente de volume, s'entoure d'une membrane épaisse, se transformant en une forme de résistance, dite chlamydospore. Plus élevée est la formation tVhyphes dressées, fertiles, produisant sur leurs parties latérales de petits bourgeons à extrémité arrondie, qui ne tardent pas à s'isoler par une cloison transversale, formant ainsi des conidies qui deviennent caduques à leur maturité. Ces spores peuvent s'implanter directement sur l'hyphe fertile (type Acladium) ou par l'intermédiaire de ste'rigmates (type Bolhrytis).

Enfin, dans un troisième cas, on note la formation de gros organes fuselés de 50 jx de longueur environ, sur 12 à 14 p de large. Leur extrémité libre est arrondie; l'extrémité adhérente est plus effilée, souvent attachée à un pédoncule mince et fluxueux, parfois implanté directement sur le mycélium.

Ces modes de reproduction ne permettent pas de classer définitivement les champignons des teignes parmi les champignons supérieurs; cependant Matruchot et Dassonville ont vu, dans les formations conidiennes, des éléments suffisants pour les rapprocher du genre Clenomyces appartenant au groupe des Gymnoascés, faisant partie des champignons Ascospore's.

Ce groupe est caractérisé par un périthèce formé de filaments

ACHALMF. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

enchevêtrés, mais ne constituant jamais une membrane véritable. Les asques octosporés naissent du prolongement interne des fila ment s constituant Le périthèce.

Ce mode supérieur de reproduction par asques n'a jamais été

Ctenomyces ,

Achorion .

Microsporum.

Fig. 95. — Principales formes des Gymnoaseés (Guiart).

/), mycélium sporulé extrait d'un cheveu; c, chlamydospores; d, fuseaux multiloculés ; e, chandelier favique; /*, clous faviques; g, m, organes pectines: h, fructifications conidiennes : i, ébauche de périthèce : j, périthèce : k, filament spirale et crosse ramifiée ; /, filament portant des organes pectines.

constaté directement chez les champignons des teignes. Néanmoins, on note dans le mycélium des Trychophijlon (\e> filaments en vrille, considérés par Duclaux comme des ébauches de périthèce, el de

TEIGNES ET FAVUS.

même Sabouraud a décrit chez les Achorion de véritables ébauches de périthèce, permettant de considérer comme très probable la légitimité de la classification des champignons des teignes parmi les champignons gymnoascés.

Aux trois types cliniques de teignes : teigne faveuse, teigne tondante à grosses spores, teigne tondante à petites spores, correspondent trois espèces ou plutôt trois stirpes formés d'espèces très voisines : les Achorions, les Trychophytons, les Microsporon.

FAVUS ET ACHORION. — Au point de vue de leur existence

Fit

96. — Coupe verticale du cuir chevelu passant par le centre d'un godet favique (d'après Sabouraud).

parasitaire, les Achorion sont caractérisés par la production d'une lésion très spéciale : le godet favique, constitué par un lacis mycélien, situé entre la couche cornée superficielle et le siratum Uicidam de l'épiderme. Le cheveu favique est également caractéristique. A l'inverse des autres teignes, le parasite envahit partiellement Fintérieur

184 ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

du poil et y affecte une grande irrégularité de forme et de direction. Le cheveu reste long et n'est pas brisé court, comme dans les trichophyties.

Morphologiquement, les Achorion se différencient entre les autres champignons du groupe par l'absence de cloisonnement des fuseaux, la fréquence des formes mycéliennes pectinées, l'irrégularité de forme et de dimensions des chlamydospores, l'absence de vrilles, la non-colorabilité de la membrane d'enveloppe du filament, dont le contenu prend facilement les couleurs d'aniline.

Un de? points les plus intéressants dans l'histoire des champignons des teignes est la formation, dans certaines circonstances, de formes pléomorphiques héréditaires, absolument distinctes, morphologiquement et biologiquement, du champignon primitif.

Chez VA chorion, cette forme, décrite par Sabouraud sous le nom de duvet blanc pléomorphique, garde ensuite sa forme sur tous les milieux, mais peut revenir spontanément à sa forme primitive spongoïde par la seule culture sur les milieux artificiels.

L'Achorion Schœnleini, champignon du favus de l'homme, représente le type du genre. Sa culture, en partant de la race humaine, est plus difficile à obtenir que celle des autres parasites des teignes. Les meilleurs milieux, d'après Sabouraud, sont ceux qui contiennent 2 p. 100 depeptone et 4 p. 100 de glucose. Les colonies qui peuvent prendre un assez grand développement sont grisâtres et présentent un aspect mamelonné, irrégulier et spongieux. La face profonde adhère plus ou moins au milieu de culture, suivant sa consistance : mais, lorsqu'il s'agit de gélose un peu molle, comme par exemple la gélose glycérinée, le parasite envoie dans le substratum des expansions d'apparence mousseuse.

Les caractères des colonies sont assez difficiles à définir; car même surle même milieu, dans les mêmes conditions, les colonies provenant d'un même ensemencementpeuvent présenter des différences notables.

L Achorion liquéfie lentement la gélatine; le lait est assez rapidement peptonisé à 37°. L1 Achorion sécrète donc une diastase protéolylique. Ses autres ferments solubles n'ont pas été étudiés.

Morphologiquement, V Achorion Schœnleini présente quelques particularités caractéristiques, telles que la formation de renflements ovoïdes en têtes de clou, décrite par Kral et Plaut sous le nom de corps jaunes et représentant des réserves protoplasmiques tendant à la formation de chlamydospores. Sur les cultures en milieu liquide, le mycélium tend également à se ramifier davantage que dans les espèces voisines et présente des renflements irréguliers placés soit sur la continuité, soit à l'extrémité des filaments mycéliens, donnant naissance aux apparences les plus diverses (formes amiboïdes, filaments en tête de méduse, en bois de renne, chandeliers faviques).

La vitalité des formes de résistance est lies grande, el Sabrazès

TEIGNES ET FAVUS.

a constaté qu'elles pouvaient garder leur faculté de germination pendant plus de deux années.

L'inoculation de YAchorion Schœnleini réussit sur divers animaux tels que le chat, le chien (Ouincke), la souris, le lapin, la poule (Sabrazès). Ce dernier auteur a obtenu également chez le cobaye un lésion circinée par inoculation superficielle et une mycose pseudotuberculeuse par injection intrapéritonéale.

à Les conditions pathogéniques du favus chez l'homme ne présentent rien de particulier. La maladie est incomparablement plus fréquente chez l'enfant. La femme semble expérimentalement plus sensible que l'homme. La misère physiologique et l'absence d'hygiène favorisent l'implantation et le développement du parasite.

^ La transmission d'homme à homme est la plus fréquente. Elle peut être directe, mais est souvent indirecte, par l'intermédiaire d'objets souillés : brosses, ciseaux, peignes, etc.

J La transmission par les animaux se fait principalementpar le contact avec les jeunes chats, qui présentent des godets faviques à l'extrémité des pattes. Le chat semble souvent s'infecter lui-même par l'intermédiaire de la souris.

t De même Saint-Cyr contracta le favus en faisant ses études sur la teigne du chien.

Les recherches de ces dernières années doivent faire remettre à l'étude les cas de transmission du favus des animaux à l'homme.

Fig. 97. — Godet favique (d'après Gruby).

A côté de YAchorion Schœnleini, il semble y avoir d'autres espèces voisines, susceptibles de causer cliniquement la teigne favique de l'homme, mais pouvant être différenciées morphologiquement.

Bodin considère, en effet, le favus de la souris comme causé par une espèce spéciale, Achorion Q ui ne ke a mis, qui, tout en produisant le godet caractéristique, se rapprocherait par ses cultures du genre Trichophyton, avec lequel il forme une véritable transition.

Les cultures sont pathogènes pour la souris et le cobaye et reproduisent la lésion typique.

Ce parasite diffère, d'après les travaux de Bodin, du champignon décrit par Busquet sous le nom (YAchorion Arloingi, comme l'agent pathogène du favus de la souris. Cette dernière espèce n'aurait pas, d'après Bodin, de spécificité propre et doit être identifiée avec YAchorion Schœnleini.

186 ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

Le favus des chiens esi déterminé d'après les travaux de Costantin et Sabrazès par un champignon spécial, YOospora canina, dont le seul appareil de fructification conidienne consiste en éléments globuleux, disposés en chaînettes à l'extrémité des hyphes. Ce champignon qui, sur gélose, carotte, lait, sécrète un pigment rouge sang caractéristique, peu! (Mie inoculé avec succès à la souris, au lapin, auquel il peut causer une mycose généralisée par inoculation dans la chambre antérieure. Chez l'homme, Sabrazès a pu déterminer expérimentalement des placards érythémato-squameux et une fois des godets faviques.

Le favus de la poule est dû au développement d'un champignon voisin décrit par Mégnin, et étudié par Matruchot et Dassonville, qui lui ont donné le nom de Lophophylon gallinœ. Dans cette espèce, les seules formes durables sont les chlamyclospores en bâtonnets ou en fuseaux, ce qui l'éloigné plus encore du type ascosporé. L'inoculation expérimentale à l'homme a provoqué la formation de larges plaques érythémato- squameuses.

Trichophyties. — La théorie longtemps classique de l'unité trichophytique, qui avait résisté auxtravaux de Gruby, a été définitivement renversée par les recherches de Sabouraud, qui a établi :

1° Que la maladie connue sous le nom de trichophytie comprenait deux groupes d'affections distinctes : l'une due à un Trichophyton à grosses spores, l'autre due à un champignon à petites spores, décrit par Gruby sous le nom de Microscoporum Andouini.

2° Que les Trichophyton eux-mêmes comprenaient plusieurs espèces, bien distinctes à la fois par leur siège à l'intérieur ou à la périphérie des poils malades et par leur origine humaine ou animale.

Ces travaux du laboratoire de Saint-Louis furent complétés au point de vue botanique par les recherches de Matruchot et Dassonville, qui corroborèrent les recherches de Sabouraud et de Bodin sur le mode végétatif des Trichophyton.

Les Trichophyton se caractérisent par la régularité de leur forme mycélienne dans les cheveux malades, la colorabilité légère de leur enveloppe cellulaire rendant son double contour évident, la disposition rectiligne et la division dichotomique des filaments, le cloisonnement des fuseaux, la présence des vrilles, enfin la prédominance de la formation d'hyphes fertiles dressées (formes Bothrytis ou A cladium) sur les autres modes de sporulation.

Leur pléomorphisme est considérable, et il se produit fréquemment dans les cultures des formes duveteuses qui se reproduisent avec leurs caractères acquis et ne retournent que difficilement au type primitif. Sabouraud a pu néanmoins réussir à ramener le champignon en duvet à la forme normale par le passage par l'animal.

Les Trichophyton se divisent en deux grandes classes :

1° « Trichophyton » humains. — Ils sont caractérisés par le siège de leur mycélium à l'intérieur du poil qu'ils bourrent littéralement et qui

TEIGNES ET FAVUS.

se brise sous leur action non loinde la racine. Ce sont les Trichophyton endolhrix, dont le type est le Trichophyton cratériforme (Sabouraud) (T. tonsurans Malmsten), qui occasionne environ 42 p. 100 des teignes tondantes chez lenfant. Sur les milieux artificiels, il donne naissance à des colonies jaunes à centre déprimé en forme de cratère.

Le Trichophyton acuminalum (Sabouraud), T. Sabouraudi (Blanchard), présente au contraire des colonies grisâtres formant un cône saillant à sommet obtus, d'où partent des sillons divisant la colonie en nombreux secteurs. On le trouve dans 30 p. 100 environ des trichophyties infantiles.

Le Trichophyton violaceum (Sabouraud) est relativement rare à Paris, mais surtout fréquent en Italie. Rabello Ta signalé au Para. Sa culture est acuminée, comme celle de l'espèce précédente, mais présente une coloration brun pâle qui vire au violetaubergine au bout de trois semaines. Cette coloration peut être totale ou partielle.

Les Trichophyton endo thrix sont particuliers

à lenfant, chez lequel ils déterminent une teigne tondante à petites plaques, qui se différencient de celles de la pelade par la persistance de nombreux cheveux sains. La contagion est toujours d'origine humaine.

2° « Trichophyton » animaux. — Les Trichophyton animaux qui produisent la plupart dos trichophyties de l'adulte sont caractérisés par une localisai ion intra et extrapilaire [Trichophyton endo-ectothrix), leur facilité d'inoculation aux animaux de laboratoire et les proprié-

Fig. 98. — Coupe verticale du cuir chevelu passant par le centre d'un cheveu dans la trichophytie endolhrix x 130 (d'après Sabouraud).

ACIIALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

tés pyogènes de quelques-uns d'entre eux, qui peuvent ainsi donner naissance àdesdermites profonde- el suppurées. i Le type du genre est le Trichophyton gypseum Sabouraud) (T. Mentagrophytes de Ch. Robin), qui cause chez le cheval une folliculite suppurée transmissible à l'homme sous forme de folliculite, de kerion Celsi ou de sycosis, suivant la partie intéressée. Les

Fig\ 99. — Trichophytie ectothrix d'origine animale autour d'un poil de barbe

(d'après Sabouraud).

cultures de cette espèce présentent un développement rapide et une coloration constamment blanche.

Le cheval peut également transmettre à l'homme plusieurs autres espèces de Trichophyton moins fréquentes et moins virulentes que la précédente, le T. depilans (Mégnin), le T. equinum (Matruchot et Dassonville) et le Trichophylon faviforme du cheval (Bodin).

Une espèce analogue a été trouvée par Sabouraud chez le chien, des Iriehophyties duquel Matruchot et Dassonville ont isolé deux espèces de parasites : le T. caninum, qui parait pouvoir se transmettre à Thomme, et XEidamella spinosa, genre nouveau des Trichojihylon et présentant des equisses plus marquées de périthèce.

TEIGNES ET FAVUS.

Le Trichophylon felineum (Blanchard) est très voisin du T.gypseum du cheval. On ne le rencontre que chez le chat, et il peut provoquer chez rhomme une trichophytie suppurée dyshydrosi forme (Herpès iris vésiculeux de Biett).

On peut rapprocher aussi du T. gypsum le parasite trouvé par Sabouraud dans une trichophytie d'origine porcine. Certaines observations montrent en effet que le porc peut transmettre à l'homme une teigne tondante, qui peut revêtir la forme épidémique(Lespiau).

La trichophytie des poules due au T. roseam (Sabouraud), T. megnini (Blanchard) peut également se propager à l'homme, chez lequel elle détermine une lésion ressemblant à celles de Ylchtyose pilaire.

Bodin a décrit, sous le nom de T. verriiquosum (T. fa vif orme de l'âne), une espèce endoectolhrix, ne se reproduisant que sous la forme Oospora et formant ainsi une transition entre les champignons des trichophyties et ceux du favus. Il a rencontré, chez le veau et le cheval, un parasite semblable/ Le T. verrucosum semble très contagieux pour l'homme et produit des lésions profondes et suppurées.

L'étude des Trichophyton animaux ne semble pas encore close, et il est probable que l'on découvrira encore d'autres parasites cutanés pouvant se propager des animaux à l'homme.

Cette propagation peut se faire directement par contact avec l'animal malade ou indirectement par l'intermédiaire d'objets contaminés, couvertures, harnais, brosses, tondeuses, etc. Les cavaliers, palefreniers, bouchers, etc., sont, de par leur profession, particulièrement exposés à ces affections.

(( MICROSPORON ». — Les Microsporoiï sont les agents pathogènes de la teigne de Gruby, teigne tondante à petites spores, qui constitue la plus fréquente, la plus contagieuse et la plus rebelle des teignes infantiles. La maladie se présente sous forme de grandes plaques, au niveau desquelles les cheveux sont plus courts et présentent un aspect cendré. Leur fragilité est extrême, et l'onreconnait

Fig. 100. — Cheveu de la Teigne tondante à petites spores ; grossissement de 300 diamètres (d'après Sabouraud).

190 ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.

au microscope que leur base est entourée d'un étui blanchâtre constitué par de petites spores brillantes, polyédriques, beaucoup plus petites (jue celles des Trichophylon ectolhrix (2 à3|x au lieu de 5 à 7). Ces spores ne sont pas disposées en filaments réguliers, mais agglomérées sans ordre, comme les pierres dune mosaïque. Le poil luimême est pénétré de haut en bas par des filaments en petit nombre de 2 |x, 5 de diamètre et allongés dans le sens du grand axe pilaire.

Leur mode végétatif est caractérisé par la formation assez spéciale des chlamydospores, la production fréquente d'hyphes pectinées, le cloisonnement régulier des fuseaux, la sporulation conidienne du type Acladium, l'absence de vrilles et leur pléomorphisme fréquent.

Le type du genre est le Microscoporon Audouini (Gruby-Sabouraud) [T. decaluans Malmsten, Martensella microspora (Vuillemin) paraissant appartenir exclusivement à l'espèce humaine].

Sa culture est facile, et les colonies apparaissent rapidement sous une forme habituellement duveteuse de couleur blanche ; elles sont plus ou moins épaisses suivant les milieux et peuvent, sur pomme de terre, se foncer à leur centre et prendre la couleur du sang desséché.

Le Microsporon du chien (Microsporon canis Bodin), que Sabouraud identifie avec le Microsporon lanosum Sabouraud, qui produit chez l'homme une teigne rebelle très analogue à la teigne de Gruby, se cultive également avec facilité et se différencie du précédent par la couleur jaunâtre des colonies. Il s'inocule facilement au cobaye.

Ces deux espèces semblent très répandues, et Rabello a signalé leur présence dans les teignes observées à Rio-de-Janeiro.

Le Microsporon du cheval (Microsporon Audouini var. equinum Bodin), parasite de l'herpès contagieux des jeunes poulains, ne donne naissance chez l'homme qu'à des lésions beaucoup moins graves et moins rebelles que les espèces précédentes. Le point le plus intéressant de l'histoire de ce parasite est son pléomorphisme particulier. Bodin a en effet montré qu'en modifiant les conditions de végétation on peutobtenir trois formes bien distinctes : la forme endoconidienne, produisant surtout des chlamydospores, la forme acladium et la forme oospora. Chacune de ces formes, qui se propage héréditairement, a des caractères de culture particuliers et des propriétés pathogènes différentes. La forme endoconidienne provient toujours des spores existant dans les lésions animales, et elle est reproduite par le passage chez le cobaye des formes acladium et oospora.

« PITYRIASIS VERSICOLOR ».

Bien que le parasite de cette affection ait longtemps porté le nom de Microsporon furfur, il n'y a qu'une analogie très vague avec les champignons dont nous venons de parler. Aussi, pour faciliter la

PITYRIASIS VERSICOLOR

nomenclature, le désigne-t-on maintenant de préférence sous le nom de Malassezia fur fur.

Fig. 101. — Malassezia furfur, dans une squame épidermique.

On le trouve en abondance dans les squames, où il se présente sous deux formes constamment associées : la forme mycélienne, composée de filaments ramifiés et irrégulièrement cloisonnés de 3 a de diamètre, et la forme dite sporulaire, composée de globules d'apparence striée, disposés en grappes aux extrémités des filaments.

La culture de ce parasite est très difficile; il est probable que les descriptions de Kotliar sont dues à une erreur de technique. Spietschka, puis Matzenauer paraissent avoir été plus heureux, bien que leurs descriptions ne concordent pas complètement. Les colonies sur pomme de terre prennent un aspect brunâtre et assez caractéristique. Le centre des colonies est déprimé et cratériforme. La pomme de terre prend tout autour une coloration violet brunâtre.

Spietschka et Matzenauer semblent avoir obtenu avec leurs cultures des inoculations positives à l'homme.

Le Pityriasis versicolor est une affection de l'adulte que Ton

Fig. 102. — Malassezia furfur, filament émettant des rameaux qui se résolvent en globules (X 2 300) (d'après Vuillemin).

ACHALME. — MALADIES SPECIFIQUES.

observé rarementchez l'enfant et le vieillard. Elle est peu contagieuse, s'implante de préférence sur des épidémies macérés par une sudation abondante. Aussi l'observe-t-on fréquemment chez les tuberculeux, les arthritiques nerveux etgras. Elle est également très répandue dans les pays chauds, où elle se montre particulièrement rebelle.

ÉRYTHRASMA.

Cette affection, voisine de la précédente, est assez commune chez l'adulte, où elle se présente sous forme de plaques d'un brun rougeâtre, occupant en général la région de l'aine, du scrotum ou de

Fig. 103. — Parasite dans l'érythrasma, Microsporon minutissimum (d'après Balzer).

l'aisselle, mais pouvant envahir la région sous-mammaire et les plis de l'abdomen chez les obèses.

Le champignon qui la cause a été observé pour la première fois par Burckhart et bien décrit par Balzer et Riehl. Ses petites dimensions lui ont fait donner le nom de Microsporon minutissimum. Son aspect est, sauf les dimensions très réduites 0 tu, 6, celui du Malassezia fur fur. Les formes filamenteuses segmentées, non ramifiées, forment un véritable réseau sur les cellules épidermiques. Les formes globuleuses, épaissies ou groupées en amas, ont l'aspect de Cocci et ont é«té faussement décrites comme des spores. Sauf la dichotomie, qui fait défaut, l'aspect rappelle celui de certains Streptothrix.

De Michèle prétend avoir obtenu des cultures de ce parasite sous forme de petites colonies brunâtres, mais ses conclusions sont contestées par Ducrey et Reale, dont les données expérimentales sont aussi peu convaincantes.

L'érythrasma est une affection peu contagieuse entretenue par la chaleur et l'humidité ; aussi, dans les pays chauds, peut-elle prendre

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