PIAN
à Sumatra (129 cas, 81 p. 100 positifs), de Siebert, de Wellmann (Benguela-Angola), d'Ashburn et Graig (Philippines), etc. Le Spirochœle pertenuis peut donc bien être, à l'heure actuelle, considéré comme le microorganisme pathogène du pian.
Celte notion nouvelle a permis à Castellani d'établir sur une base objective l'unicité des maladies du type Frambœsia et présente en outre l'intérêt de rapprocher à nouveau le pian de la syphilis, en superposant l'affinité étiologique à l'affinité clinique depuis longtemps constatée.
Charlouis avait vu que des indigènes atteints de Frambœsia pouvaient contracter la syphilis et s'était prononcé en faveur de la dualité de ces deux affections. Le pian étant inoculable à un certain nombre d'espèces de singes, Castellani, Neisser, Baermann, Halberstœdter, Ashburn et ( aaigsont arrivés aux mêmes conclusions, en se basant sur la non-vaccination expérimentale d'une de ces maladies vis-à-vis de l'autre et sur la diversité dans la réaction des anticorps. Néanmoins, Nattan-Larricr et Levaditi ayant observé -5 macaques immunisés contre la syphilis devenus réfractaires au pian, concluent à une parenté plus étroite entre les deux maladies, le pian étant une variété atténuée de la syphilis. En somme, nous nous trouvons en présence d'un de ces cas, si nombreux en pathologie, où l'on hésite, après avoir pesé les analogies et les différences, entre la création dune espèce et ceile d'une variété, tant nosologique que parasitologique.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. - Le pian est répandu sur la plus grande partie de la zone intertropicale. En Afrique, il est surtout très commun sur la côte occidentale, depuis la Sénégambie jusqu'à l'Angola; mais on l'observe également en Algérie, dans le bassin du Nil, au Mozambique et dans les îles de la côte orientale (Comores, Madagascar, île Maurice).
En Amérique, le pian règne aux Antilles, dans les Guyanes, l'Etat de Costa-Rica, le Venezuela, la Colombie (Robledo) et le Brésil. Dans celte dernière contrée, Breda a décrit une forme spéciale sous le nom de Frambœsia brasiliana. Mais il semble s'agir là d'une maladie absolument distincte du pian.
En Océanie, la Nouvelle-Calédonie, les îles Fidji, Loyalty, Samoa, Tonga, Salomon, Marshall, sont spécialement ravagées par le pian, que l'on observe également à Java.
En Asie, le pian a été reconnu et décrit dans l'Inde, en Assam, à Ceylan, où il porte le nom deparangi, sur les côtes de Malabar et de Coromandel. Il est commun en Birmanie, au Siam et a été observé sur la côte méridionale de Chine. [1 n'avait jamais été signalé dans l'Indo-Chine française: mais les travaux de Jeanselme ont établi qu'il y était fort répandu. Le Cambodge, la Ilaute-Cochinchinc et le Laos sont spécialement infectés. Le Tonkin semble indemne, mais
208 ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.
Jeanselme a relevé un certain nombre de loyers sur les côtes d'Annam.
CONDITIONS INDIVIDUELLES. — Le pian est une affection éminemment contagieuse. Il suffit de la plus Légère solution decontinuitédes tissus pour permettre l'introduction de l'agent pathogène. Patrick Manson, après Alibert, Hirsch, Wilson, Cadet, admet que, parleurs piqûres, les insectes jouent un certain rôle dans sa propagation. Castellani croit également à la transmission fréquente par les mouches. Du reste l'inoculabilité du pian a été expérimentalement établie par les recherches de Paulct, puis de C,harlouis,qui obtinrent toujours des résultats positifs après une incubation de douze à vingt jours.
Le pian n'est ni héréditaire, ni congénital. Mais le plus souvent les nouveau-nés sont contagionnés par leur mère ou leur nourrice. Le fait qu'une première atteinte de pian confère une immunité durable a pour résultat une prédominance considérable du nombre des enfants parmi les malades atteints d'éruptions pianiques. Mais aucun âge n'est à l'abri de la contagion. Il n'existe pas non plus d'immunité de races. La plus grande rareté de l'affection chez les Européens semble due uniquement aux soins plus hygiéniques qu'ils prennent de leur personne.