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II. — STAPHYLOCOQUE

DESCRIPTION. — De même que pour le streptocoque, l'élément primitif du staphylocoque est le Coccus; mais la forme en est toujours régulièrement sphérique et le volume ne varie dans les conditions normales que dans de faibles proportions (0 jj.,9 à 1 (x,2). Néanmoins, le diamètre apparent diminue dans les cultures anciennes et, d'autre part, des formes volumineuses de dégénérescence apparaissent lorsqu'on le cultive dans des conditions dysgénésiques par

STAPHYLOCOQUE. — CULTURES. 1*— 41

exemple à une température élevée. Il ne produit pas de spores.

Lorsqu'on examine des cultures liquides non colorées, on voit que les grains sont le plus souvent réunis en petits amas, immobiles, rappelant lointainement une grappe de raisin. Cette apparence est très nette dans les produits (pus, sang) provenant d'animaux infectés par le staphylocoque. Sur des frottis de culture, la disposition est des plus irrégulières, mais la forme d'îlots domine et cette irrégularité môme permet de différencier le staphylocoque des microbes voisins, streptocoques, diplocoques, tétragènes, etc., qui présentent des formes de groupement plus constantes.

Le staphylocoque se colore facilement par les couleurs d'aniline et garde la coloration de Gram, ce qui rend facile sa recherche dans les tissus.

CULTURES. — Le staphylocoque pousse abondamment sur le bouillon. Il trouble régulièrement ce milieu, puis donne naissance à un dépôt homogène plus ou moins coloré selon la race, sans que jamais le bouillon reprenne sa limpidité primitive. Le lait est coagulé en cinq ou six jours, sous l'influence de la sécrétion d'acides. Le staphylocoque pousse assez bien sur les sérosités liquides.

Une des propriétés les plus caractéristiques du staphylocoque est son pouvoir diastasique sur la gélatine, qu'il liquéfie plus ou moins rapidement suivant les échantillons. La culture qui se maintient à la surface du milieu est en général fortement colorée.

Sur agar, le staphylocoque donne une culture épaisse, grumeleuse, d'une couleur jaune orangé au centre, plus claire sur les bords.

Sur sérum solidifié, la coloration est plus dorée, mais c'est sur pomme de terre que la coloration du staphylocoque est la plus accentuée. La culture est épaisse, luxuriante, d'une coloration variant du jaune d'or foncé au blanc faiblement teinté, suivant les races : mais il est à remarquer que la sécrétion de pigment est toujours comparativement plus abondante sur ce milieu.

Pouvoir chromogène. — Les différences dans la coloration des cultures avaient déterminé certains auteurs (Rosenbach, Lannelongue et Achard, Passet) à distinguer plusieurs espèces de staphylocoques, sous les noms de Staphylococcus aureus (Rosenbach), Staphylococcus citreus (Passet), Staphyloccocus albus (Rosenbach). Mais l'absence de fixité de ce caractère doit faire abandonner ces distinctions, qui ne doivent être considérées que comme des races particulièrement instables. Le pouvoir chromogène disparait sous l'influence de la lumière, de la privation d'oxygène, du vieillissement, de l'addition d'antipyrine au milieu, etc. Cette modification est le plus souvent temporaire ; mais elle peut être définitive. Rodet et Courmont ont vu un staphylocoque doré perdre complètement son pouvoir chromogène. Inversement Netter a observé la transformation d'un staphylocoque blanc en staphylocoque doré. Le passage par l'organisme

,2 ACHÀLME. — MICROBES COMMENSAUX.

exerce une influence qui mérite d'être signalée. S, Ton ensemence pour l'isolemenl du pus expérimental produit à l'aide d'un staphylocoque bien déterminé, on obtient un mélange de colonies variant du jaune-orange au blanc avec tous les intermédiaires. Dudgeon a insisté sur la plus grande fréquence, déjà signalée par d'autres auteurs, du staphylocoque doré dans les lésions d'inflammation aiguë et du staphylocoque blanc dans les inflammations torpides et les tissus normaux. Produits solubles. — Le staphylocoque sécrète une trypsine assez active qui liquéfie la gélatine, ainsi que nous lavons vu, digère

Fig. 10. — Micrococciis pyogenes aurais d'une culture sur

rélose.

la fibrine et l'albumine, et pousse la désorganisation des matières protéiques jusqu'à la formation d'hydrogène sulfuré et d'ammoniaque. Kitasato, à l'inverse de quelques autres observateurs, n'a pas trouvé d'indol dans les cultures. Les nitrates sont réduits en nitrites.

Le staphylocoque produit également des acides aux dépens des substances ternaires. Achard et Gaillard ont étudié la lactose, la dextrose, la glycérine. Les acides signalés ont été : les acides lactique, acétique, propionique, valérianiqueetsébacique; ces recherches mériteraient d'être reprises et complétées.

Un grand nombre de produits dont les effets physiologiques sont mieux connus que la composition chimique ont été isolés des cultures du staphylocoque.

Substances pyogenes. — Christmas a montré que les cultures chauffées à 100° ou filtrées produisaient une suppuration amicrobienne, due principalement à la présence d'une substance précipi-

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STAPHYLOCOQUE — PRODUITS SOLUBLES. 1?— 43

table par l'alcool qu'il ne faut pas confondre avec la phlogosine de Leber, soluble dans l'alcool, et dont l'existence ne semble pas prouvée.

Substances prédisposantes. — Rodet et Courmont ont étudié sous ce nom des substances solubles dans l'alcool, dont l'injection au lapin favorise l'infection par le staphylocoque, principalement lorsque ce microorganisme est inoculé deux ou trois mois après des injections répétées de l'extrait alcoolique de cultures.

Produits vaccinants. — Entre les mains de Rodet et Courmont, la vaccination, qui s'obtient très difficilement avec le microbe vivant ou les cultures filtrées, a pu être provoquée par l'injection de l'ensemble des substances précipitables ;

par l'alcool. Ces dernières, m*. § ^ /zs

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également, d'après les au- (W)

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du filtrat à 55° pendant vingt-quatre heures.

Produits vaSO-dilata- Fi? H Micrococcuspyogenes aureus, teiirS. — Arloillg a dé- pus de panaris,

montré l'existence dans les cultures de substances agissant sur les centres vaso-dilatateurs.

Produits toxiques. — Rodet et Courmont ont également étudié avec soin les effets toxiques des cultures de staphylocoques. Ils ont reconnu que le meilleur mode expérimental était l'emploi de cultures vivantes ou tuées par la chaleur, les filtrats se montrant toujours beaucoup moins actifs.

Les effets toxiques (arrêt de, la respiration, affaiblissement du cœur, accès convulsifs, hypothermie) produits par la culture complète peuvent être dissociés par l'action de l'alcool. Les substances précipitables se montrent plus actives que le mélange et produisent principalement les phénomènes respiratoires et convulsivants.

Les substances solubles dans l'alcool ont au contraire des effets antagonistes et se montrent également plus toxiques que le mélange. Les phénomènes anesthésiques et cardiaques dominent.

Les toxines staphylococciques peuvent se montrer assez actives. Mosny et Marcano ont expérimenté des cultures filtrées tuant le lapin en quelques secondes, h la dose de 10 centimètres cubes. Rodet et Courmont ont pu obtenir des toxines mortelles pour le même animal à la dose d'un centième de centimètre cube.

Leucocidine. — Les cultures de staphylocoque contiennent à

ACIIALME.

MICROBES COMMENSAUX

Fig. 12. — Micrococcus pyogenes

aureus.

Cultures sur plaques : 1, colonie de quarante-huit heures; 2, colonie de cinq jours.

faible dose une substance qui altère les leucocytes et se rencontre en plus grande abondance dans le sérum du pus provoqué par ce microbe. Staphylolysine. — D'après Neisser et Wechsberg, le staphylocoque sécrète une hémolysine très thermolahile, active principalement pour le sang du lapin.

L'abondance de la sécrétion hémolytique varie avec les races de microbes, sans qu'il soit possible d'établir une relation entre le pouvoir hémolytique et la virulence pour l'homme.

VITALITÉ. — Les cultures du staphylocoque pyogène sont douées d'une résistance beaucoup plus grande que celles du streptocoque et sont susceptibles de repiquage, même après plusieurs mois, principalement en ce qui concerne les cultures sur milieu solide.

L'action de l'oxygène est peu marquée, et le staphylocoque végète et se conserve aussi bien en culture aérobie qu'en culture anaérobie. Une pression de 90 atmosphères n'exerce sur lui aucune action (Sabrazès et Bazin).

Il est assez sensible à la chaleur et présente des formes d'involution dans les cultures maintenues au-dessus de 40°.

Un séjour de cinq jours à 44° le tue, et la température de 80° le détruit en une heure. Dans les matières albuminoïdes desséchées, il peut néanmoins supporter un chauffage de quelques minutes à 100°. La lumière solaire ou électrique altère sa virulence, son pouvoir chromogène et sa vitalité.

La permanence de cette dernière après un séjour prolongé dans l'eau distillée a été l'objet d'expériences contradictoires. Curt Brœm, Bolton prétendent que le staphylocoque meurt au bout de vingt-cinq à cinquante jours. Courmont, au contraire, l'a retrouvé vivant après plusieurs mois.

L'action des antiseptiques a été l'objet de recherches nombreuses, parmi lesquelles il convient de citer au premier rang celles de Tarnier etVignal, Rodet, Bouchard.

Les substances les plus actives sont le bichlorure et le biiodure de mercure, l'acide phénique, le sulfate de cuivre, le thymol, la pyoctanine (Liebreich et Oskor).

HABITAT. — Le staphylocoque pyogène est un des microbes les plus répandus dans le milieu extérieur. On le retrouve dans l'air, dans l'eau, les poussières du sol. Mais il est surtout répandu à la surface du corps et il infecte à ce point l'épiderme que, sans des précautions spéciales, telles que la destruction des couches épidermiques superficielles par une pointe de feu, il est presque impossible d'obte-

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nir des cultures du sang ne contenant pas de staphylocoques, entraînés par la pointe de la lancette ou de l'aiguille de Pravaz. Il s'agit pourtant là le plus souvent d'un staphylocoque blanc, liquéfiant peu la gélatine et dénué de virulence. Sa fréquence est telle que Gordon, qui le décrit sous le nom de Staphylococcus épidermidis albus et préconise pour son isolement certains milieux spéciaux, fait de sa présence un indice certain de la contamination de l'air par des particules provenant de la peau humaine. Mais, ainsi que nous le verrons, ce que nous avons dit des variations de virulence du streptocoque s'applique presque intégralement au staphylocoque; aussi la présence de ces formes atténuées, qui assiègent pour ainsi dire l'organisme et pénètrent même dans les orifices glandulaires, est-elle loin d'être négligeable; car cette permanence lui permet de profiter de la moindre défaillance de l'organisme.

Plus fréquent sur la peau que le streptocoque, on le rencontre plus rarement que ce dernier à la surface des muqueuses buccales, nasales, intestinales, biliaires (Létienne), laryngo-trachéales, etc. Mais les microbes que l'on isole se montrent presque toujours moins inoffensifs que ceux de la surface cutanée. Le staphylocoque passe du reste avec une certaine facilité dans le sang, et c'est un des agents les plus fréquents des infections organiques et cadavériques (AchardetPhulpin). Cette ubiquité rend particulièrement délicates les recherches sur des affections staphylococciques et nécessite une critique très serrée les cas où le staphylocoque est reconnu comme agent pathogène. La présence sur les coupes, le pouvoir chromogène et l'étude de la virulence doivent être pris en considération ; car la simple culture du staphylocoque blanc n'est pas suffisante pour éliminer les causes d'erreur provenant d'une contamination accidentelle.

VIRULENCE. — L'étude expérimentale du rôle pathogène du staphylocoque sur les animaux a été commencée par Rosenbach, Krause, Becker, etc. ; mais ce sont surtout les recherches de Rodet, complétées par les travaux de Courmont, Lannelongue et Achard, Colzi, Lexer, etc., qui ont mis en évidence les faits intéressants ayant permis d'étudier un certain nombre de points importants de l'étiologie des maladies infectieuses. Plus encore que celle du streptocoque, la virulence du staphylocoque se montre capricieuse. Sans que Ton puisse en déterminer la cause efficiente, on observe tantôt sa longue conservation dans les cultures, tantôt, au contraire, sa disparition brusque ou progressive. Le staphylocoque doré se montre habituellement plus actif que les variétés blanches ou citrines, mais ce fait ne constitue pas une règle absolue (Rodet, Courmont, Watson-Cheyne, etc.).

L'animal de choix est le lapin ; mais les effets varient suivant la dose et la virulence du microbe, suivant Page de l'animal inoculé et la porte d'entrée employée.

ACHALME. — MICROBES COMMENSAUX.

Pour un lapin adulte el un staphylocoque de virulence moyenne, la dose nécessaire pour obtenir une Lésion esl très variable suivant le poini d'inoculation. La résistance la plus difficile à forcer est celle du péritoine, el d'après Herman, la quantité nécessaire pour produire une péritonite fibrino-purulente est vingl fois plus considérable que celle qui suffit à obtenir une suppuration du tissu sous-cutané. Avec le quarl de cette dernière dose, on peut, en faisant l'inoculation dans l'arachnoïde et la plèvre, provoquer une méningite suppurée ou une pleurésie fibrino-purulente. Si on opère avec une culture assez virulente pour que ces derniers efl'ets soient obtenus avec un quart de centimètre cube, I ou II gouttes de la même culture suffiront pour causer une infection purulente généralisée. Enfin la voie la plus sensible est l'introduction dans la chambre antérieure de l'œil, puisqu'une dose huit mille fois moindre (Herman) de celle qui produit un abcès sous-cutané suffit à provoquer une suppuration pouvant envahir la totalité de l'œil.

L'injection dans les veines est la meilleure méthode pour l'évaluation de la virulence. Les effets obtenus sont à la fois fonction de la quantité et de la virulence, l'augmentation de l'un ou l'autre de ces deux facteurs aboutissant au même résultat. L'échelle descendante est la suivante : mort en quelques heures par septicémie sans lésions appréciables, mort en une semaine environ avec lésions classiques d'infection purulente, cachexie progressive avec ou sans accidents suppures (arthrites purulentes) ou nerveux (paralysies, convulsions); résistance après une longue période d'amaigrissement.

Les lésions de l'infection purulente à staphylocoques chez le lapin adulte sont visibles, pourvu que l'animal ait survécu pendant plus de deux jours.

Les abcès du rein sont absolument constants et quelquefois seuls (Rodet, Ribbert, etc.). Ils présentent nettement la forme d'infarctus conoïdes à base bosselée correspondant à la surface du rein et à sommet central convergeant vers la papille. Le bassinet est rempli d'urines purulentes, et quelquefois le tissu périrénal peut être envahi par la suppuration. Ces lésions ne sont pourtant pas fatales, et l'on peut trouver dans les reins de lapins guéris des cicatrices étoilées consécutives à la guérison de ces infarctus infectieux. Au microscope,

ni

Micrococcus pyogenes aureus, sur gélatine, en piqûre profonde.

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on reconnaît que les staphylocoques sont surtout accumulés dans les vaisseaux de la zone médullaire, qui présentent des lésions d'endartérite végétante.

Les muscles, le poumon, le foie peuvent également présenter des infarctus suppures. Il est remarquable que, dans cette infection sanguine, la rate reste le plus souvent indemne. Mais nous devons mentionner spécialement les lésions cardiaques, qui suivent immédiatement les lésions rénales comme constance et consistent en abcès miliaires, siégeant dans le myocarde et particulièrement dans la région de la pointe.

Telles sont les lésions chez le lapin adulte : mais les belles recherches de Rodet et Courmont ont montré que, si l'on opère sur un animal en voie de croissance, on voit apparaître des localisations sur le squelette dont la genèse présente une importance particulière, car elle reproduit d'une manière fidèle l'ostéomyélite que l'on observe chez l'enfant.

Les arthrites purulentes sont à peu près constantes et peuvent intéresser toutes les articulations : toutefois celles du genou et de l'épaule sont leur siège de prédilection. Ces arthrites sont le plus souvent sous la dépendance d'un abcès osseux; elles peuvent néanmmoins, dans certains cas, exister seules et débuter parla synoviale sous forme de taches ecchymotiques dues peut-être à des infarctus microbiens. On peut observer des lésions analogues du côté des synoviales tendineuses.

Sous le périoste osseux, on rencontre fréquemment de petites collections purulentes, limitées et entourées d'une zone hémorragique. Ces petits abcès sont surtout fréquents aux extrémités inférieure du fémur et supérieure du tibia et de l'humérus. Au-dessous du pus, on trouve soit un petit séquestre, soit une cavité plus ou moins profonde, entourée, si la survie de l'animal a été suffisante, de tissu osseux de néoformation. i

Parfois le périoste semble sain, mais une étude plus approfondie révèle l'existence de lésions osseuses, qui sont les plus constantes et les plus caractéristiques. Elles occupent de préférence la région juxtaépiphysaire des os longs et prédominent aux articulations signalées plus haut. Le tissu spongieux diaphysaire au voisinage du cartilage de conjugaison est infiltré d'une petite quantité de pus et est parsemé de séquestres souvent excessivement nombreux. Il en résulte une telle friabilité de la diaphyse en ce point que le décollement épiphysaire s'effectue spontanément ou sous l'influence du moindre effort. Les altérations du cartilage de conjugaison ou du tissu osseux épiphysaires sont exceptionnelles. Le canal médullaire est en général indemne, ce qui constitue un bon signe de diagnostic entre les ostéomyélites expérimentales à staphylocoques et à streptocoques. Dans ces dernières, en effet, le maximum des lésions osseuses s'observe dans

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MICROBES COMMENSAUX

le canal médullaire occupé par des gros abcès collectés n'empiétant pas sur le tissu osseux (Courmont et Jaboulay).

Jusqu'ici l'ostéomyélite n'a pu être reproduite que chez le jeune lapin. Lucet aurait néanmoins réussi chez l'oie. Chez les autres animaux : cobaye, chien, souris, rat, les lésions principalement suppuratives sont beaucoup moins caractéristiques.

Les moyens que nous avons indiqués comme réussissant à relever la virulence du streptocoque (passages successifs, section nerveuse, association avec d'autres microbes ou leurs produits solubles) réussissent également avec le staphylocoque. Il présente même, plus encore que le streptocoque, cette faculté d'adaptation sur laquelle on ne saurait trop insister. Les passages ont en effet pour résultat non seulement d'adapter le microbe à un animal donné, mais encore au tissu de cet animal dans lequel il s'est développé. C'est pourquoi un staphylocoque provenant d'une lésion osseuse a beaucoup plus de tendance à provoquer l'ostéo-myélite qu'un staphylocoque isolé d'un furoncle par exemple (Bezançon et Labbé, Fiorentini, etc.), et cette particularité explique Terreur de Henke, qui croyait, se basant sur ces faits, que l'agent pathogène de l'ostéomyélite n'était pas le staphylocoque, mais un autre microbe se trouvant en mélange avec lui.

Des expériences intéressantes de Budjwid ont établi que la présence de glycose soit dans le sang, soit au point d'inoculation, exerçait une action favorisante très nette. Ces résultats, confirmés par Ferraro, ont été niés par Grawitz, de Bary, Steinhaus, Herman. Quoi qu'il en soit, ils empruntent un intérêt tout particulier à l'application qui peut en être faite à la pathologie du diabète. Il est en effet de notion courante que, chez les diabétiques, les affections staphylococciques revêtent immédiatement un caractère exceptionnel de gravité. Le fait peut être expérimentalement reproduit sur le chien privé de pancréas (Charrin). Le staphylocoque semble lui-même exercer une action directe sur la fonction glycogénique, et son injection dans le sang produit, d'après Lépine, une hyperglycémie passagère suivie d'hypoglycémie.

Quant à l'action du sucre, elle semble s'exercer indirectement en apportant un obstacle à la chimiotaxie leucocytaire ;c'estpourquoile même rôle adjuvant peut être joué par des substances plutôt nuisibles au développement du microbe, telles que le sublimé, l'acide phéniquer la cadavérine, etc. Nousavons \ u plus haut l'action favorisante et pyo-

Fig. 14. — Culture de Micrococcus pyo gènes aureus, sur gélatine, en piqûre profonde.

STAPHYLOCOQUE. — ROLE PATHOGENE. 11-49

gène des cultures filtrées du staphylocoque et de l'extrait alcoolique de ces cultures, qui doivent agir d'une façon analogue.

ROLE PATHOGÈNE. — Les localisations morbides du staphylocoque sont aussi nombreuses que celles du streptocoque; aussi serai-je bref sur la plupart d'entre elles pour ne pas m'exposera des redites. Les statistiques montrent que, si l'on tient compte principalement des abcès superficiels, l'agent pyogène le plus fréquent est le staphylocoque dans la proportion de 75 p. 100 environ. C'est en effet lui qui cause le furoncle, l'anthrax, la majorité des folliculites, des phlegmons sous-cutanés. On lui a attribué le clou de Biskra ; mais il semble ne se comporter là que comme un agent d'infection secondaire, du reste constant et possédant un degré de virulence très marqué, ainsi que j'ai pu le constater sur moi-même. Son rôle dans les suppurations épidémiques, l'echtyma, l'impétigo, semble être moindre que celui du streptocoque; sa «présence y est néanmoins presque constante. En revanche, on le rencontre dans la plupart des cas de fausse vaccine, et il existe en abondance dans la lymphe vaccinale de génisses. Parmi ces lésions cutanées, l'étiologie du furoncle mérite de nous arrêter un instant. C'est pour ainsi dire la lésion type du Staphylococcus aurais. La pénétration se fait le plus souvent parles gaines des poils et les orifices glandulaires (Garri, Netter, Vassmuth). Il semble que deux conditions peuvent se produire, comme nous l'avons vu pour le streptocoque. Tantôt le microbe est mis en contact avec la peau à un degré de virulence suffisante pour provoquer la maladie. Tel est le cas où la contamination a lieu par le pus d'un autre furoncle, d'une ostéomyélite ou d'une autre suppuration à staphylocoques ou encore par un mélange microbien dont la symbiose aboutit à l'exaltation de la virulence du microbe (produits de putréfaction animale ou même végétale). C'est ainsi que peuvent se créer de véritables épidémies de furoncles, épidémies de famille en général, qui ne prennent jamais une grande extension. Dans d'autre cas, au contraire, il semble que le furoncle apparaisse sous l'influence de la variation de virulence d'un microbe, commensal banal de la peau. C'est le cas de ceux qui résultent d'influences irritantes, locales, telles que l'application de pommades, le contact prolongé des poussières métalliques ou autres, les irritations mécaniques fréquemment renouvelées. Parmi ces dernières, il faut placer au premier rang le frottement répété des habits, principalement de laine ou de coton, qui semble être la cause exclusive des furoncles si fréquents chez les jeunes soldats, et principalement parmi les cavaliers.

Plus obscure est la pathogénie des furoncles, qui semblent sous la dépendance de létal général. On sait l'importance des auto-intoxications intestinales et la fréquence des éruptions furonculeuses dans la convalescence de certaines maladies telles que la fièvre typhoïde,

Traité d'hygiène. XVII. — 4

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MICROBES COMMENSAUX

la variole, etc. Certains auteurs (Eiselberg, Brunner, Gartner, Tizzoni, etc.) attribuent à la lésion cutanée une origine sanguine, se basant sur l'élimination possible par les glandes sudoripares du staphylocoque contenu dans le sang. Courmont se range à cet avis. Mais il me semble néanmoins qu'il est possible d'admettre que, sous les influences toxiques qui correspondent aux états précités, la résistance cutanée se laisse forcer par les microbes banaux; ces cas se rapprocheraient ainsi du furoncle diabétique, dont nous avons vu plus haut la fréquence et la gravité.

Après le furoncle, c'est l'ostéomyélite qui représente la plus spécifique des lésions à staphylocoques. Nous avons insisté plus haut sur la lumière qu'ont répandue les expériences de Rodet et Courmont sur la pathogénie de cette affection. Ici la notion d'âge est des plus intéressantes. Il semble, en effet, que l'os présente un locus minoris resistantiœ au niveau ou plutôt au voisinage des cartilages de conjugaison, et l'activité fonctionnelle résultant en ce point de la néoformation du tissu osseux et de la résorption du cartilage constitue un terrain favorable à l'arrêt du staphylocoque, ainsi que le démontrent la clinique et l'expérimentation. Toute infection sanguine à staphylocoques qui, quelle que soit sa porte d'entrée (angine, bronchite, etc.), n'aurait chez l'adulte donné sans doute lieu à aucune complication, présente au contraire dans l'enfance et l'adolescence une gravité particulière par suite de cette prédisposition locale qui disparait avec les progrès de l'ossification. Parfois même l'introduction du microorganisme peut se faire sans symptômes à travers la paroi intestinale saine. Calmette et Petit ont montré qu'après un seul repas infectant on pouvait retrouver des staphylocoques virulents deux mois après dans la moelle osseuse. Pour être moins caractéristique, le rôle du staphylocoque dans la pathogénie des arthrites purulentes ou plastiques est loin d'être négligeable. L'introduction du microorganisme peut alors résulter d'un traumatisme ou d'une infection sanguine, l'arthrite étant alors la manifestation d'une pyohémie ou d'un pseudorhumatisme infectieux.

Les localisations sur l'appareil circulatoire sont déjà beaucoup plus banales. Les endocardites présentent l'intérêt spécial d'avoir pu être reproduites expérimentalement grâce à un traumatisme des valvules. La facilité avec laquelle le staphylocoque pénètre dans le sang fait concevoir que cette affection puisse résulter de la lésion suppurative staphylococcique en apparence la plus bénigne. La péricardite,

Fig. 15. — Micrococcus pyogenes aurens , culture sur gélatine après simple piqûre superficielle.

STAPHYLOCOQUE. — ROLE PATHOGENE.

la myocarditc, la phlébite, l'arthrite peuvent être rangées au nombre des localisations possibles du staphylocoque.

Le rôle du staphylocoque dans le coryza, la trachéite, la bronchite, est difficile à préciser ; car sa présence dans le muco-pus est presque constante, et il est probable que, dans bien des cas, il n'y existe qu'à l'état de simple saprophyte. On a signalé néanmoins quelques exemples de croups à staphylocoques blancs ou dorés (Chaillou et Martin). Les broncho-pneumonies staphylococciques sont rares et les pleurésies purulentes absolument exceptionnelles.

Le staphylocoque donne lieu, du côté de l'appareil digestif, à un certain nombre de manifestations intéressantes. Il joue un rôle important dans la pathogénie de certaines angines phlegmoneuses ou plus rarement pseudo-membraneuses. D'après Chaillou et Martin, son association avec le bacille diphtérique semble particulièrement grave. Il est également l'agent pathogène fréquent des parotidites (sept sur douze, Girode).

Le staphylocoque est rarement l'agent unique de la péritonite ; mais on le rencontre fréquemment à l'état d'association dans les péritonites polymicrobiennes. Le foie et les voies biliaires se laissent assez facilement envahir par le staphylocoque. On n'est pas encore absolument fixé sur le rôle de ce microbe dans la pathogénie

des grands abcès du foie : néanmoins sa présence fréquente est un fait acquis. Le Gall, Hanot, Girode l'ont signalé comme agent pathogène de l'ictère grave. Enfin il tient une place importante parmi les microorganismes suceptibles de produire l'angiocholite suppurée ou non. Josef Koch a même montré que l'on pouvait produire chez le lapin des cholécystites expérimentales par l'injection de staphylocoque dans les veines.

On a décrit, mais fort rarement, des cystites à staphylocoques. Il en est de môme des métrites, des salpingites. L'infection puerpérale à staphylocoques est extrêmement rare, si elle existe.

Nous pouvons en dire autant des otites moyennes et même des kératites et conjonctivites.

Les localisations sur le système nerveux sont également très rares. En dehors de la méningite et de l'encéphalite absolument exceptionnelles, on peut signaler la phlébite des sinus, consécutive le plus souvent à un furoncle de la face.

Fig. 16. — Culture de Micrococcus pyogenes aureus sur gélose.

AGIIALME. - MICROBES COMMENSAUX.

Fig. 17. -

Crachats contenant des Micrococcus tetra-

genes et des bacilles de la tuberculose.

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