BOUTON D'ORIENT
Actuellement, il est presque complètement acquis que le parasite du bouton d'Orient appartient à la classe des protozoaires. Déjà Cunningham (1885) et Firth (1890) avaient aperçu des corps fixant assez fortement les matières colorantes et contenus dans une certaine proportion des cellules infiltrantes. Cunningham avait émis l'opinion que ces corps étaient des parasites ; mais Riehl, qui les avait également aperçus, combattit cette opinion et considéra ces
Fig. 119. — Bouton de Biskra (figure due à M. Nattan-Larrier). Le parasite du bouton d'Orient (piroplasme de Wright).
a, globules rouges; /), un macrophage contenant six piroplasmes, dont deux sont situés sur son noyau et quatre en dehors de celui-ci ; c, deux formes de dégénérescence du piroplasme. — On voit, en dehors de ces deux derniers éléments et de ceux qui sont inclus dans le macrophage, vingt-cinq piroplasmes, dont on distingue facilement le noyau, le chromatosome et les formations vacuolaires. Onze de ces piroplasmes sont en voie de reproduction (division du noyau et du chromatosome, multiplication des vacuoles).
corps comme le résultat d'une dégénérescence hyaline du protoplasma.
Les perfectionnements apportés par la méthode de Romanowski et ses dérivées dans l'étude des protozoaires parasites du sang et des tissus permirent une étude plus approfondie des corps de Cunningham.
Une description excellente fut donnée par Wright. Ce sont des corps ronds (exceptionnellement ovales) de '2 à 4 [x de diamètre, renfermant à leur intérieur une grosse et une petite masse chromatiques. Ces deux masses occupent une position périphérique, et la plus petite est ronde ou bacillaire. Marzinowsky et Bogrow ont bien décrit le mode de segmentation du parasite, déjà aperçu par Wright. La petite masse bacillaire se divise d'abord en deux, puis la grosse masse chromatique se segmente de même, bientôt suivie de la scission du protoplasma aboutissant à une bipartition longitudinale totale du parasite.
Traité d'hygiène. XVII. — 14
210 ACHALME. — MALADIES SPÉCIFIQUES.
Ce dernier semble toujours intracellulaire el <isl inclus dans l<i protoplasma des éléments mononucléaires du tissu granuleux. Marzinowsky a néanmoins décrit des éléments libres légèrement mobiles, lia observé également des mouvements amiboïdes lents «les corps
intracellulaires en examinant des préparations fraîches sur une platine chauffante.
Charles Nicolle a réussi à obtenir des cultures du parasite de Wright en employant un milieu au sang de lapin gélose.
Avec des cultures de deuxième passage, il a, avec la collaboration de Sicre, réussi à provoquer chez un macaque une lésion cutanée dont les frottis au bout de dix jours montraient les parasites caractéristiques.
Ce protozoaire semble bien jouer un rôle important dans la pathogénie du bouton d'Alep. Marzinowsky et Bogrow l'ont rencontré 13 fois sur 16 en Transcaucasie : James dans 11 cas sur 18 à Delhi (Hindoustan). Wright, Nicolle et Remlinger Font observé chez des malades ayant contracté l'affection à Alep, et Mesnil Ta retrouvé sur des frottis de lamelles provenant de clou de Biskra et Billet dans un cas provenant d'Ismaïlia.
Ces recherches ont été plus récemment confirmées par les observations de Strong (îles Philippines), C. Nicolle, C. Nicolle et Cathoire (6 cas de clous de Gafsa), Manson (1 cas contracté à Bagdad), Nattan- Larrier et Nicolaïdis (1 cas originaire d'Alep), Nattan-Larrier et Bussière(10casde la région du golfe Persique)et les 16 cas nouveaux provenant d'Alep et examinés par Mesnil, Nicolle et Remlinger.
D'après Nattan-Larrier et Bussière, les parasites sont surtout abondants dans la zone d'accroissement du bouton, c'est-à-dire dans sa profondeur et à la périphérie. Ils sont surtout très nombreux dans les macrophages, un peu moins dans les cellules conjonctives, rares dans les endothéliums vasculaires. La plupart se trouvent à l'intérieur des cellules, mais on peut rencontrer quelques formes libres dans les lacunes du tissu conjonctif, dans la lumière des lymphatiques et à la surface même de la lésion.
Quelle place doit occuper ce parasite parmi les protozoaires ? Wright, qui l'a décrit sous le nom d'Helcosoma tropicum, le rapprochaitdesmicrosporidies ; mais il n'en présente ni la membraneépaisse, ni les réactions colorantes des spores. Marzinowsky et Bogrow admettaient une certaine analogie avec les trypanosomes et le décrivaient sous le nom d'ovoplasma orientale.
La culture a pu en être obtenue par Nicolle, puis par Marzinowsky. Ce dernier auteur a observé dans les cultures des formes flagellées sexuées dont il a pu suivre la fusion sous le microscope. Il admet donc l'existence hors de l'organisme d'un cycle évolutif qui doit se poursuivre chez l'animal vecteur jusqu'au stade encore inconnu où il est de nouveau inoculé à l'homme.
BOUTON D'OMUNT
Le Leishmania tropica se rapproche donc complètement du Leishmania Donovani.
James, qui a étudié comparativement les deux affections et qui a insisté sur la ressemblance morphologique des parasites, a attiré l'attention sur la distribution géographique absolument différente du boulon d'Orient et du kala-azar dans l'Inde. Alors que le premier est surtout fréquent dans la région de Delhi, Lahore, Sind,où Ton n'observe pas de kala-azar, cette dernière affection est surtout fréquente en Assam, où l'on ne trouve pas un seul vrai bouton d'Orient.
James s'étonne de voir deux parasites qui semblent liés par une parenté si étroite donner lieu l'un à une maladie cutanée relativement bénigne, et l'autre à une affection générale d'un pronostic exceptionnellement sévère. L'histoire des microorganismes pathogènes est pourtant pleine d'exemples analogues.
Cette identité morphologique des parasites du kala-azar et du bouton d'Orient a suggéré à Patrick Manson l'hypothèse suivante, qui emprunte surtout son intérêt à la haute autorité de son auteur. Comparant ces deux affections à la variole et à la vaccine, et rappelant que le bouton d'Orient sévit surtout dans les pays où les chameaux sont employés comme bêtes de somme, il fait la supposition que le germe du kala-azar a pu s'atténuer en passant par le chameau, comme celui de la petite vérole en passant par la vache. Le bouton d'Orient, qui confère une immunité durable, pourrait donc également protéger contre la terrible maladie qu'est la splénomégalie tropicale.
La découverte de l'agent pathogène du Bouton d'Orient a permis
Fig.